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Albert Ayler : The First Recordings Vol. 1 & 2 (Jeanne Dielman, 2016)

albert ayler the first recordings 1 & 2

Personne –  pas même la CIA – ne pourra nous défendre de reconnaître dans les auteurs de ces standards interprétés par Albert Ayler le 25 octobre 1962 à Stockholm ses tout premiers fantômes : Rodgers & Hart, Hammerstein, Bobby Timmons, Count Basie & Tadd Dameron, Sonny Rollins, Miles Davis… L'argument non plus qui avancerait que, pour qu’un musicien Américain s’entende avec deux accompagnateurs européens – dans le cas qui nous intéresse : le contrebassiste Torbjörn Hultcrantz et le batteur Sune Spångberg, qui accompagnèrent quelques mois plus tôt Bud Powell au Golden Circle mais aussi recrues des formations de Lars Gullin ou Per Henrik Wallin – il lui faut puiser dans un répertoire d’airs connus.

Ces extraits de concert n’auront pas tardé à être publiés – quelques mois après leur enregistrement, le label Bird Notes en faisaient deux disques : Something Different !!!!!! et The First Recordings Vol. 2 – mais reparaissent aujourd’hui sur Jeanne Dielman (nom emprunté au titre d’un film de Chantal Akerman), étiquette italienne qui réédite dans la foulée My Name Is Albert Ayler, œuvre d’une autre formation, enregistrée, elle, à Copenhague.

Certes, Hultcrantz et Spångberg ne sont pas Niels-Henning Ørsted Pedersen et Ronnie Gardiner : quand Ayler n’intervient pas – n’ayant pas encore pris l’habitude de remplir tout l’espace qu’on lui offre, la chose arrive ici plus d’une fois –, le duo illustre à coup d’hésitations et de parades (jusqu’au sifflement, sur I Didn’t Know What Time It Was) le vide que le saxophoniste laisse à chaque fois derrière lui. Mais quand le ténor se fait entendre, c’est pour ravager un thème qui le nécessitait (Tune Up, I’ll Remember April), l’envisager en pointilliste (Rollin’s Tune) ou en tachiste (Softly As In A Morning Sunrise), enfin, lui arracher un peu de sa vérité (Moanin’).

Sur Free, le seul titre de sa composition, le saxophoniste démontre encore davantage de quoi son art retournera bientôt : la supplique est haute et l’expression franche en marche ; sur Softly As In A Morning Sunrise, un long moment passé à jouer seul atteste que, derrière Dolphy, Ayler est prêt à secouer tous les fantômes : c’est pour lui une sorte d’hommage et, pour son esprit frappeur, une accaparante occupation.

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Albert Ayler : The First Recordings Vol. 1 & 2
Jeanne Dielman / Souffle Continu
2 LP : A1/ I’ll Remember April – B1/ Rollins’ Tune B2/ Tune Up B3/ Free – C1/ Softly As In A Morning Sunrise C2/ I Didn’t Know What Time It Was – D1/ Moanin’ D2/ Good Bait
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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