Le son du grisli

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Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 / Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture, 2013)

seattle phonographers union building 27 wnp-5

De ses archives personnelles de field recordings, le collectif Seattle Phonographers Union tire depuis plus de dix ans le matériau d’intrigantes improvisations organisées en endroits peu commun. Sur ce disque Prefecture – label que dirige de main de maître le percussionniste Paul Kikuchi –, le groupe prend place, à Seattle, dans un hangar à avion désaffecté puis dans la tour à refroidissement d’une centrale nucléaire abandonnée sur chantier.

Ecoutant plus encore qu’ils ne jouent, Perri Howard, Steve Peters, Toby Paddock, Doug Haire, Jonathan Way, Dale Loyd, Pete Comley, Christopher DeLaurenti et Steve Barsotti, investissent le Building 27 avec un art de l’accumulation qui profite de résonances suspendues et d’accords au sol. Bien sûr, la rumeur enfle, dessine par le son un croquis de carlingue avant de décider d’un repli en lignes ténues qui chanteraient l’érosion de structures métalliques.

A l’épreuve du temps, Comley, Lloyd, DeLaurenti et Barsotti, obligeront aussi la tour WNP-5. Architecture n'ayant jamais servi – et donc sans souvenir à faire entendre –, l’endroit résonne d’un futur interdit : ce sont-là un remue-ménage lointain, des présences anxieuses et des sirènes aphones qui mesurent l’espace d’un cratère éteint avant de le faire respirer. Avec une invention distante qui, dans l’un comme l’autre cas, impressionne.

écoute le son du grisliSeattle Phonographers Union
WNP-5
(Extrait)

Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 (Prefecture Music)
Enregistrement : 2007 & 2009. Edition : 2013.
LP / DL : A/ Building 27 B/ WNP-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

greg sinibaldi jesse canterbury ascendant

Sur l’écho naturel de la Dan Harpole Cistern de Port Townsend, Greg Sinibaldi (saxophone ténor, clarinette basse) et Jesse Canterbury (clarinette et clarinette basse) accordent d’abord leurs influences – qui pourraient avoir pour noms Richard Landry et John Surman. Consignant un minimalisme captivant sur sa première face, le disque le trahit néanmoins sur sa seconde : au son de sur-délicatesses ou d’industrieux bavardages. Ugly Beauty (reprise ici), avait prévu Monk.

Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture Music)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Wade A2/ Second Thoughts A3/ Two or Three Back, and Around A4/ Beside Ourselves A5/ Ugly Beauty 06/ If You Look Too Close – B1/ Not Forever, Just for Now B2/ Web of Lies B3/ Hold This B4/ Dreaming in Two Million
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Steve Peters : Three Rooms (Sirr, 2007)

steve peters three rooms

Créateur d'installations sonores quiètes, Steve Peters mène sur Three Rooms la visite d'univers précieux ou instables, captivants toujours.

Delicate Abrasions, d'abord, sorti des murs d'un ancien entrepôt de Santa Fé, capable de déployer une batterie de sons hétéroclites (assimilables quand même : souffles, craquements, cliquetis et larsens), chacun se refusant à dire plus haut ou plus fort que les autres, histoire de ne pas déranger la progression enveloppante en cours. Au moyen de son seul souffle et d'un processeur, le musicien construit ensuite Center of Gravity, exposé d'attaques fulgurantes séparées par de longs silences.

Pour finir, Peters investit un temple bouddhiste, sort de l'une de ses cloches un premier son prétexte au développement d'une esthétique de la transformation: Mountains Hidden in Mountains, oeuvre de résonances qui fantasme l'éternel retour d'une note originelle quand la vérité veut que celle-ci, changée en drone oscillant, dévoile au fur et à mesure ses insoupçonnables possibilités sonores. Soit, une composition délicate, qui propose encore et parle de retour à l'heure de sa conclusion.

Steve Peters : Three Rooms (Sirr)
Edition : 2007.
CD : 01/ Delicate Abrasions 02/ Center of Gravity 03/ Mountains Hidden in Mountains
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Post-Minimalisme (Trace Lab, 2007)

postminimisli

Courant en manque d’avoir été plus tôt « postisé », le minimalisme de Steve Reich, Philip Glass ou Terry Riley, voit aujourd’hui son influence évaluée par une compilation regroupant 19 compositeurs contemporains dispersés sur 4 pays (Belgique, Chine, France, USA).

Si le minimalisme américain a su profiter des libertés d’un champ stylistique permissif, étendu entre musique contemporaine et musique pop, il en aura aussi parfois abusé, quitte à mettre la main sur quelques compositions maniéristes, voire bouffies. 40 ans plus tard, le mouvement influence encore, et, toujours, de différentes manières.

Ainsi, on remarquera sur cette compilation préparée par le musicien Hervé Zenouda un goût certain pour les trajectoires éclectiques : celles de musiciens attirés par une orchestration aux intérêts dramatiques (Eric Schwartz) ou héroïques (Belinda Reynolds) le long de compositions ronflantes ; celles de faiseurs d’atmosphères plus convaincantes, bâties au son de guitares (Claude Izzo), d’accordéon (Steve Peters) ou de nappes électroniques (Fathmount, Hervé Zenouda) ; d’autres trajectoires encore, déviant leurs pratiques classiques afin de sublimer des compositions soignées (Pierre-Yves Macé, Dean Rosenthal) ou imposant une musique électroacoustique qui voit ses penchants mélodiques remis en cause par une électronique perturbatrice (John King) ; celles, enfin, de brouilleurs de cartes inspirés (Nick Didkovsky) ou pas (Marco Oppedisano), appliquant le développement de leurs répétitions à leur rock bruitiste.

D’inventions éclairées en exercices de style parfaitement cadrés, Post-Minimalism a l’avantage d’exposer de façon exhaustive ce que peuvent faire d’un courant musical des compositeurs arrivés après lui, qu’ils tiennent du suiveur influençable, du continuateur honnête ou (pour la plupart, soulignons-le) du véritable créateur transformant ses influences en œuvres personnelles.

Post-Minimalism (Trace Lab / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
CD1: 01/ Eric Schwartz – Thunk... A ghost story 02/ Steve Peters – Ancestral Memory 03/ Nick Didkovsky/Kevin Gallagher (arr.)  I kick my hand 04/ Belinda Reynolds – Over and Out 05/ Yan Jun – kitchen performance 2 06/ Ryan Brown – Banksy 07/ Pierre Yves Macé – Trio 08/ Alphonse Izzo – Shibuya crossing - CD2: 01/ Marco Oppedisano – Steel Sky 02/ Dan Becker – Gridlock 03/ Istvan Peter B’Rack – Decantur 04/ John King – Rubai.13 (from Book of Rubai’yat) 05/ Fathmount – Rendering Harmonics 06/ Olivier Pé et Yannick Frank – Piragua 07/ Dean Rosenthal – Underpinnings
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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