Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Black Music Disaster (Thirsty Ear, 2012)

black music disaster

Ceux qui n’ont pas assisté à ce concert au Café Oto ne pouvaient s’attendre à entendre ce Matthew Shipp là… Premièrement, il a troqué son piano contre un farfisa du plus bel effet, qu’il dompte quelques minutes avant que ne le rejoigne Steve Noble qui donne de grands coups à sa batterie pour annoncer le thème du jour : Black Music Disaster !

S’il est publié dans la Blues Series du label Thirsty Ear, ce CD ne retient rien du jazz pour aller voir du côté de la récréation noisy à laquelle participent à leur tour deux guitaristes électrisés : J Spaceman (oui, de Spiritualized et Spacemen 3) et John Coxon (oui, de Spring Heel Jack). Shipp en Winslow Leach, les trois autres en Grand Masters Crash, la rencontre peut tourner sous l’égide de Sun Ra, Nurse With Wound et Oneida. En trente-huit petites minutes, le tour est joué : le divertissement vous a étourdi si ce n’est pas complètement affolé !

Black Music Disaster (Thirsty Ear / Orckhêstra International)
Enregistrement : 13 février 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Black Music Disaster
Pierre Cécile © Le son du grisli



John Chantler, Steve Noble, Seymour Wright : Front Above (1703 Skivbogalet, 2017)

john chantler steve noble seymour wright front above

Aux synthétiseurs, c’est un John Chantler tendu – pour ne pas dire nerveux – que l’on trouve ici aux côtés du saxophoniste Seymour Wright et du batteur Steve Noble. Le trio a été enregistré le 7 mai 2017 au Cafe Oto : six courtes pièces improvisées font le disque.

Sur la première, les claques que distribue Noble sont vertueuses, incitant Wright à forcer le trait d’un jeu convulsif et Chantler à trouver les sonorités capables de rivaliser avec celui-ci. Déjà, l’équilibre du trio est évident, qui s’essaye ensuite à un instable engourdissement : sur le troisième et dernier Front, Chantler semble ainsi décider de l’allure, comme il tissait hier en solitaire sa synthétique musique d’atmosphère.

Sur le premier Above, c’est par contre Wright qui en impose, dans les pas de Parker, cherchant en saxophoniste « remarkable » des formules que Noble rehaussera en pointilliste tandis que le synthétiseur, lui, ronronne ou rit sous cape. Chantler ne pouvait aborder le champ improvisé en meilleure compagnie, dont il aura su profiter jusqu’au bout – et même bousculer un peu, comme lorsqu'il s’adonne à la couture sur deux notes d’alto répétées sur Above 2.

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John Chantler, Steve noble, Seymour Wright : Front Above
1703 Skivbolaget
Enregistrement : 7 mai 2017. Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku, 2014)

peter brötzmann jason adasiewicz john edwards steve noble mental shake

Pour peu que l’on goûte le vibraphone (et l’effet de ses harmoniques), il faut aller entendre ce Mental Shake enregistré par le trio que composent Peter Brötzmann, John Edwards et Steve Noble – dont on se rappelle … the Worse the Better sur le même label – en compagnie de Jason Adasiewicz au Café OTO le 12 août 2013.

Partageant une même conviction – que Noble martèle d’ailleurs –, les quatre musiciens y font en effet preuve d’une inspiration qui met au jour un folk au mystère épais. Ainsi, tarogato puis saxophones et clarinette explorent l’espace avec une fantaisie et une opiniâtreté qui déstabilisent son équilibre : insistants, Edwards et Noble le sont heureusement autant que le souffleur, quand les suspensions vibrantes d’Adasiewicz finissent de fleurir une improvisation courte mais ô combien remuante.

écoute le son du grisliPeter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble
Mental Shake (extrait)

Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku)
Enregistrement : 12 août 2013. Edition : 2014.
CD / LP / DL : 01/ Mental Shake
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Peter Brötzmann, Steve Noble : I Am Here Where Are You (Trost, 2013)

peter brötzmann steve noble i am here where are you

La ballade que Peter Brötzmann s’autorisa au creux du concert qu’il donna avec Steve Noble à Bruxelles en janvier 2013 est une parenthèse et une respiration. Partout ailleurs, non pas sous l’influence de Noble mais parfois remotivé par son effervescence, il agite, voire étrangle, son instrument (saxophones alto ou ténor, clarinette ou tarogato) comme s’il lui fallait dire à la fois pour lui-même et pour un John Edwards absent (…the worse the better).

Avec la même urgence, Brötzmann et Noble déboîtent donc, attrapent dans leur course un premier hymne, le font tourner pour l’enrichir, le posent et le finissent sur leur métier commun. Passé au tarogato, Brötzmann gagne des aigus qui rendent Noble exotique – d’un exotisme renfrogné, toutefois. De quoi retourner plusieurs fois les Ateliers Claus, à Bruxelles, par où la tornade a passé.  

Peter Brötzmann, Steve Noble : I Am Here Where Are You (Trost)
Enregistrement : 19 janvier 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ I Am Here Where Are You 02/ If Find Is Found 03/ Mouth on Moth 04/ No Basis 05/ A Skin Falls Off
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


N.E.W. : Motion (Dancing Wayang, 2014)

new motion

A force de se mouvoir – depuis 2008, ce sont, du trio, les troisièmes traces repérées sur disques –, N.E.W. a creusé le sillon d’une improvisation farouche, bientôt transformé en galerie qui débouchât, ce 6 avril 2013, aux Eastcote Studios de Londres.

Au plafond, des bisons peints qui rappellent ceux d’Altamira, prêts à fondre et à emporter ces trois poupées nord-africaines de couverture que sont Alex Ward, à la guitare électrique, John Edwards et Steve Noble. Pour aller contre, la contrebasse et la batterie s’entendront sur quelques coups de boutoir quand la guitare multipliera les assauts latéraux. De l’opposition des forces et des tensions, Motion dégage des cris primaux et des derniers souffles qui ponctueront ces morceaux de noise, de no wave, de swing, de blues défait, et même de calypso, subtilement assemblés. Et puis, glissée parmi les déferlantes, une accalmie vous permet d’envisager la lecture des notes que Thurston Moore a rédigées pour ce disque, qu’il recommande – certes un peu tard, n’avez-vous pas déjà Motion en main ?

écoute le son du grisliN.E.W.
Betting On Now

N.E.W. : Motion (Dancing Wayang)
Enregistrement : 6 avril 2013. Edition : 2014/
LP :  01/ Betting On Now 02/ How It Is 03/ Tall & True 04/ 4th & Three 05/ Motion
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Peter Brötzmann, John Edwards, Steve Noble : ...the worse the better (OTO roku, 2012)

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Tout de suite, l’urgence de dire. Le son de saxophone de Brötzmann, à la puissance toujours aussi surprenante, à la sonorité droite, nette, tranchante. La contrebasse frottée à l’archet, comme une mélopée, un mantra précipité et la batterie qui tantôt précède, tantôt poursuit le saxophone.

Trois hommes et une musique de lave qui dégringole à toute vitesse le pan d’un volcan. N’a-t-on déjà tout dit, en pareille formule ? Finalement non. Comme souvent avec Brötzmann le miracle opère, et ce sont certains détails qui font la différence. Au pire de la tempête, au meilleur de la vitesse, le cap demeure musical, les trois hommes gardent le souci d’être inventifs et en interaction. Dix minutes ont passé, et le ciel se dégage. La batterie de John Edwards et la contrebasse de Steve Noble se retrouvent seules, et ne tardent guère à rejoindre les voies précédemment explorées, et retrouver ainsi en chemin le saxophone ténor de Brötzmann qui n’a rien perdu en intensité. Tout au plus a-t-il repris son souffle, pour mieux raviver les braises. Et tout emporter sur son passage.

Le long des 38 minutes que dure l’unique titre qui occupe la totalité de …the worse the better, l’imagination jamais ne faiblira. Emballements et accalmies se succèderont, et les feux du free jazz se teinteront tantôt de la moiteur des rives du Mississipi, de la mélancolie des Balkans, de l’ombre portée des lofts new yorkais. Toujours, il semblera épouser les grondements de la terre. Ces trois-là, en janvier 2010, jouèrent pour la première fois ensemble au Café Oto à Londres et offrent aujourd’hui au label OTO Roku une première référence fracassante.

EN ECOUTE >>> ...the worse the better

Peter Brötzmann, Steve Noble, John Edwards : …the worse the better (OTO roku / Instant Jazz)
Enregistrement : Janvier 2010. Edition : 2012.
LP : 01/ … the worse the better
Pierre Lemarchand @ Le son du grisli


Badland : The Society of The Spectacle (Emanem, 2005)

badsli

Voici dix années que Badland œuvre pour la musique improvisée tout en répétant à l’envi que celle-ci n’appartient à personne. Respectant un mini manifeste pourfendeur de sérieux débordant ou de complexes à avoir, le trio n’en rend pas moins une musique insoupçonnable de frivolité ou d’irrévérence crasse.

Et d’abord, en approchant au maximum l’improvisation choisie du champ du jazz. Un free insatiable, par exemple, lorsque le saxophone de Simon Rose rappelle celui de David S. Ware sur le jeu de batterie éclaté de Steve Noble (The Society of the Spectacle, Part 2), tous deux partageant avec un troisième – le contrebassiste Simon H. Fell – d'épais désirs de cohérence.

En somme, ménager l’inspiration non cadrée et les petites obligations là pour ne pas déplaire. User des gimmicks est un stratagème : la contrebasse et le saxophone, sur Mia ; glisser quelques interventions plus expérimentales en est un autre : grincements divers, couacs, chocs internes et parcours révélés des souffles (Reeds in the Western World, Kittiwake) ; prôner un minimalisme soudain apte à calmer les esprits, un dernier : jusqu’à présenter sur Nissa une galerie longue de renoncements.

Mais le plus enthousiasmant se trouve encore ailleurs. Sur The Society of the Spectacle, Part 1 et Snipe, notamment, où l’énergie déployée ne lâche pas un seul instant. Le trio y porte aux nues des décisions explosives, et arrache à grands coups de serpes les restes d’intention que certains pourraient encore avoir concernant des tentatives inédites de furie en musique.

Stratèges de charges répétées, inébranlables et brutes, Rose, Fell et Noble, ont remporté, avec The Society of the Spectacle, une bataille livrée à la fois au sérieux et au médiocre. Faisant leurs et originales toutes les situations.

Badland : The Society of The Spectacle (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2005.
CD : 01/ Kittiwake 02/ Elka 03/ The Society of the Spectacle (Part 2) 04/ Nissa 05/ The Society of the Spectacle (Part 1) 06/ Mia 07/ Snipe 08/ Reeds in the Western World
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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