Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Ran Blake : That Certain Feeling (HatOLOGY, 2010)

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A l’heure où Walt Disney (Records) publie un abominable recueil de reprises de Gershwin signé Brian Wilson, Hat Hut (entreprise familiale) réédite That Certain Feeling, disque que Ran Blake enregistra en 1990 sur des compositions du même Gershwin.

En solo, duos ou trio – présences alors de Steve Lacy au soprano et/ou de Ricky Ford au ténor –, le pianiste offre quelques relectures audacieuses : déboîtée pour Mine, simple évocation pour That Certain Feeling, air insistant pour tout souvenir de But Not for Me ou belle épreuve orientalisante d'It Ain’t Necessarily So. Comme toujours, le toucher est délicat et Blake insoupçonnable de manières : les notes se font accrocheuses avec subtilités (What Do You Want Wid Bess?) ou encore décalées à l’envi (Blues).

Et Lacy, donc : élément porteur du double-soutien qui convainc Blake d’affirmer davantage et de retourner tout bonnement un standard (Strike Up the Band) ; soprano terrible qui en remontre à plus graves que lui sur la mélodie de Someone to Watch Over Me ; interprète doué de délicatesse compatible avec celle de Blake le temps de Who Cares? et ‘s Wonderful. Partout cette implication qui va voir au-delà même des thèmes de Gershwin ; partout ce « certain feeling » qui échappa à cet ancien garçon de plage – malgré tout et pour rire, aller quand même entendre l’épais crooner sur planche supplier « I loves you, Porgy, Don't let him take me »…

Ran Blake : That Certain Feeling (George Gershwin Songbook) (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1990. Réédition : 2010.
CD : 01/ Ouverture I 02/ Mine 03/ It Ain’t Necessarily So 04/ The Man I Love 05/ Oh Where’s My Bess? I 06/ Blues 07/ Strike Up the Band 08/ What Do You Want Wid Bess? 09/ I Got Rhythm 10/ That Certain Feeling I 11/ Ouverture II 12/ Someone to Watch Over Me 13/ But Not for Me 14/ Who Cares? 15/ Liza 16/ Clara, Clara 17/ Oh Where’s My Bess? II 18/ ‘s Wonderful 19/ That Certain Feeling II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Rent : Musique de Steve Lacy (Ambiances magnétiques, 2010)

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A l’instar d’Ideal Bread (à New York) ou de Lacy Pool (en Allemagne), le groupe The Rent (au Canada) se consacre depuis quelques années exclusivement au répertoire de Steve Lacy – et particulièrement à ses art songs, ces pièces mêlant, pour la voix, jazz et poésie. Si l’intention de départ consistant en somme à payer « the rent » au sopraniste est respectable et louable, l’hommage est par trop appliqué et la reconstitution à laquelle il aboutit finit par embarrasser.

Les mimétismes, nombreux, troublent : Kyle Brenders (saxophone soprano), Scott Thomson (trombone), Wes Neal (contrebasse), Nick Fraser (batterie) et Susanna Hood (voix) ne forment-ils pas une réplique des derniers quintets lacyens (avec Roswell Rudd ou George Lewis) ? L’indicatif Prospectus n’occupe-t-il pas ici aussi une place liminaire ? Ce ne sont là que détails mais qui ennuient d’autant plus qu’ils ne masquent pas la superficialité des échanges musicaux (qui semblent parfois s’amuser à grossir, voire à raidir certains traits, rythmes ou timbres).

Il est regrettable de devoir le dire aussi nettement mais le répertoire de Lacy, mieux qu’un embaumement, mérite et appelle une approche plus cannibale, poétique, certes attachée à la lettre mais tout autant à l’esprit. Sans doute ne réécoutera-t-on guère cet enregistrement… au moins a-t-il le mérite d’inviter à redécouvrir certains des grands albums de Steve – et tout spécialement, en l’occurrence, ceux des maisons Soul Note et Hat Hut.

The Rent : Musique de Steve Lacy (Ambiances magnétiques / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Prospectus 02/ Multidimensional 03/ The Rent 04/ Blues for Aïda (suite) 05/ Jack’s Blues 06/ The Bath 07/ Blinks 08/ The Mad Yak 09/ A Ring of Bone – Bone
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Steve Lacy : November (Intakt, 2010)

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Si, malheureusement, les détails déchirants et bien audibles – souffle, voix, doigts, embouchure – ne manquent pas dans ce concert zurichois de novembre 2003 (d’abord fragile puis trouvant dans son espace même de nouvelles forces), ce n’est pas d’eux qu’il tire sa grandeur, ni du fait qu’il s’agisse du « dernier » solo de Steve Lacy (saxophone soprano)…

Cette précision morbide me semble d’ailleurs erronée : on voudra bien reconnaître que c’est au début des années 70 (1971 pour Lapis, en studio, chez Saravah ; 1972 pour un fameux live avignonnais, chez Emanem) que le sopraniste a commencé à déposer ses calligraphies solitaires, mais rien ne me convaincra – pas même la date du 4 juin 2004 – de la moindre cessation de cette activité essentielle, poétique, visant à désencombrer le monde. Ne peut-on encore l’entendre, chaque jour, dans l’ordonnancement d’une architecture ou d’une plantation de jeunes bouleaux, dans la disposition d’objets sur une table ?

Quant à appréhender cet enregistrement sous l’angle du contenu récapitulatif ou « programmatique » de la sélection des pièces (une lecture biographique et érudite de leur puzzle en est possible… mais qu’apprend-elle finalement ?), cela ne semble en offrir qu’une approche encore trop littérale.

En forme de méditation, le concert est porté par un pouls, un tempo général très intimement organique et accordé à l’énergie, ou à la faiblesse, du moment ; s’y déploie, par le subtil ressassement, à diverses échelles (parfois jusqu’à l’hypnose), par le léger déplacement, tout l’art lacyen ; ayant plus que tout autre trait au Temps, il est parvenu à subvertir la chronologie et à s’y soustraire : chaque composition y ménage une fenêtre, un trou, fait accéder à une dimension neuve.

Le coup de pinceau a beau s’alléger, Lacy, esprit vif, n’en reste pas moins d’une dignité bouleversante, à l’approche d’une autre temporalité.

Steve Lacy : November (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 29 novembre 2003. Edition : 2010.
CD : 01/ The Crust 02/ Moms 03/ Tina’s Tune 04/ The Door 05/  Blues for Aida 06/ The Hoot 07/ The New Duck 08/ The Rent 09/ The Whammies 10/ Reflections
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Ideal Bread : Transmit (Cuneiform, 2010)

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C’est au cours d’un entretien avec Quinsac & Hardy, publié en avril 1976 dans le numéro 243 de Jazz Magazine dont le sopraniste faisait d’ailleurs la couverture, que Steve Lacy évoqua, en français (!), ce « pain idéal » à la recherche duquel il était. [« Comme un boulanger fait le pain, moi je fais la musique. Je travaille tout le temps. Aujourd’hui c’était bon, mais demain, je ferai autre chose de meilleur avec ça… pour rester vivant. Si je fais le même pain demain, ça m’ennuie… pas possible… Je dois refaire… je dois faire mieux… Le pain d’aujourd’hui, c’est pas bon pour demain. Je cherche toujours le pain dont j’avais l’idée… le pain idéal. »]

La formule semble avoir plu (du moins davantage que l’autre qualificatif que Steve avançait dans la même interview : « C’est une substance, stuff, shit… je l’appelle ‘merde’… le shit, la chose que je fais. ») à Josh Sinton (saxophone baryton), Kirk Knuffke (trompette), Reuben Radding (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie) au point qu’ils l’ont adoptée, en anglais, pour baptiser le quartet qu’ils vouent – comme le trio allemand Lacy Pool – au répertoire lacyen.

Suivant le disque inaugural de la formation (The Ideal Bread, label KMB), Transmit s’acquitte fidèlement de sa tâche de perpétuation sans ânonner avec trop de révérence les sept pièces retenues. Dans leur éventail, ces dernières permettent non seulement d’aborder plusieurs périodes et facettes du compositeur, mais surtout d’illustrer le bel engagement des quatre musiciens dont l’association rappellera aux amateurs certains quartets de Lacy avec baryton (Charles Davis, Charles Tyler) ou trompette (Don Cherry, Enrico Rava)…

Le groupe met intelligemment – jusqu’à la citation de la Locomotive monkienne, dans le morceau final – en évidence et les sinuosités (The Dumps) typiques, chantantes, de la plume du sopraniste, et certains délicats aspects de ses conceptions rythmiques – tantôt presque gauche, flottant, tantôt acéré, tout de placements, ou encore combinant ces mouvements (dans les lancinants As Usual et Longing), le geste lacyen est d’une élégance qui ne laisse pas d’intriguer. La « transmission » de ce levain étant assurée, c’est avec attention qu’on suivra la fermentation (sous l’œil de Steve-‘slow food’-Lacy) et l’annonce de la troisième fournée de nos boulangers new-yorkais !

Ideal Bread : Transmit, Vol. 2 of the music of Steve Lacy (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ As Usual 02/ Flakes 03/ The Dumps 04/ Longing 05/ Clichés 06/ The Breath 07/ Papa’s Midnite Hop
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Uwe Oberg, Christof Thewes, Michael Griener : Lacy Pool (HatOLOGY, 2009)

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Si l’on connaît bien les School Days que Lacy passa, dans les premières années 60, à recenser et arpenter le répertoire monkien, on sait peut-être moins que c’est au tour des compositions du sopraniste d’être aujourd’hui (le Rova avait montré la voie il y a vingt-cinq ans avec Favorite Street) soigneusement explorées par des formations qui s’y vouent exclusivement : outre-Atlantique, Ideal Bread ; en Italie, The Fish Horn Quartet ; outre-Rhin, le trio Lacy Pool

Découvrant ce groupe, l’auditeur lacyen ne manquera pas de multiplier les rapprochements – avec les trombones de Rudd ou Lewis ; avec l’association piano / batterie / saxophone de The Flame… Il faudrait pourtant ne pas en rester à ce stade, car Uwe Oberg (piano – avec Xu Fengxia sur Looking), Christof Thewes (trombone – entendu par exemple chez Gumpert) et Michael Griener (batterie – repéré dans Vario 41 avec Christmann, Butcher et Baltschun, ou avec Petrowsky sur The Salmon) atteignent l’objectif que pareille « interprétation » peut se fixer : à savoir un « other stuff » que la rampe de décollage écrite permet de commencer à approcher. « What I write is to take you to the edge safely so that you can go on out there and find this other stuff. » (Steve Lacy)

Pour ce qui est de la lettre, on ne pourra que reconnaître la fine et joyeuse compréhension des structures compositionnelles (Griener le montre, avec son sens du détail), et ce n’est pas rien, tant l’esprit lacyen s’y condense… De ce véhicule, le trio (s’en déprend-il assez ?) tire une énergie cinétique compacte, efficace ; on ne saurait que l’encourager : dig it ! (pour reprendre une injonction de Monk).

Uwe Oberg, Christof Thewes, Michael Griener : Lacy Pool (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Edition : 2009.
CD : 01/ Stamps 02/ The Crust 03/ Blinks 04/ After Hemline 05/ The Dumps 06/ Flakes 07/ The Whammies 08/ Retreat 09/ Tarte 10/ Raps
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Steve Lacy : The Gap (America, 1972 / 2004)

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Printemps 1972, Paris. Le Steve Lacy Quintet, formé l’année précédente, avise une « brèche » qui se révélera être une faille dans laquelle s’engouffrer : The Gap (America, 1972). La chute que racontent les notes précipitées de l’alto de Steve Potts en ouverture du morceau-titre ne laisse pas de surprendre : le saxophoniste s’y débat en virtuose, qui rivalisera plus tard avec le chant du soprano.Créée en 1967 – comme The Thing, que l’on entendra plus tard –, la pièce prend forme sous l’effet d’ « indices » (dont la mise-en-scène s’inspire des estampes que Sharaku consacra au théâtre, explique Lacy dans les notes de pochettes du disque) pensés pour obliger deux saxophones à évoluer de différentes manières, qu’il faudra concilier.

Avec aplomb, les deux hommes croisent le fer et de leurs éclats illuminent le décor élevé dans l’ombre par Irène Aebi (violoncelle), Kent Carter (contrebasse) et Noel McGhie (batterie). Après avoir sonné l’alarme – sifflements aigus des saxophones –, Lacy et Potts démontreront la même entente sur l’étrange bourdon des archets : Esteem les voit tisser d’autres entrelacs puis s’accorder sur une même note. L’atmosphère tient là de l’évidence et aussi du mystère, contrastant en cela avec La Motte-Picquet, ode à Paris que le sopraniste chante d’abord : La Motte-Picquet is a very nice stop, the people on by, and the metro on top. Enlevé, l’air offre ses quatre premières notes-syllabes aux souffleurs qui les répètent avant que la troupe n’entame une marche flottante. Alors, c’est l’heure de retourner le disque.

Sur sa seconde face, un seul titre : The Thing. Evocation des peintures de Jean Foutrier, la longue pièce – qui a alors déjà connu plusieurs versions et que Lacy qualifie de sorte de symphonie – est abstraite en conséquence. Répondant à d’autres indices – dans les notes de pochette, encore : sorties, entrées, conditions et puis surtout des quantités comme « très peu de choses, beaucoup de choses, choses isolées, une chose seulement, rien, tout. » –, la pièce est une autre histoire d’archets qui défaillent et découpent un paysage surréaliste que les deux saxophonistes, sur le conseil de la Poussée d’Infini chère à Michaux (Infini toujours en charge, en expansion, en dépassement, infini de gouffre qui incessamment déjoue le projet et l’idée humaine de mettre, par la compréhension, fin, limites et fermeture.), décideront de se disputer. Intense, le conflit aurait pu durer davantage s’il n’avait été empêché par le disque noir, dont la durée d’une face n’admet nul dépassement, et plus encore par un dernier crissement de corde qui, derechef, chassa Lacy et Potts du paysage. Mais déjà, avisaient-ils d’autres brèches.

Steve Lacy : The Gap (America)
Edition : 1972. Réédition : 2004.
CD : 01/ The Gap 02/ Esteem 03/ La Motte-Picquet 04/ The Thing 05/ La Motte-Picquet (Alternate Take)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Lacy: The Forest and The Zoo (ESP - 2008)

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Steve Lacy, Enrico Rava, Johnny Dyani, Louis Moholo : quartette rangé sous le nom de Lacy, enregistré ici en Argentine peu de temps avant sa dissolution. Vendu par le saxophoniste à Bernard Stollman, l’enregistrement est la seule référence ESP de la discographie de Lacy.

Excellente, autant que peuvent l’assurer les musiciens qu’elle donne à entendre : la paire Dyani / Moholo, expansive, enveloppant les improvisations de ses sautes d’humeur discrètes autant qu’implacables ; le duo Lacy / Rava, jouant des paraphrases et des envolées free, de dialogues amusés mariant les progressions à étages du soprano et la luxuriance de chacune des trouvailles de la trompette.

L’émulation portée haut sur deux improvisations qui rompent sous les coups d’éclats de musiciens habiles et en verve, qui commandait forcément la réédition.

Steve Lacy : The Forest and the Zoo (ESP Disk / Orkhêstra International)
Réédtion : 2008.
CD : 01/ Forest 02/ Zoo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mal Waldron: Moods (Enja - 2007)

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Sur Moods, enregistré en 1978, le pianiste Mal Waldron interprète seul ou accompagné (par Steve Lacy, Terumasa Hino, Hermann Breuer, Cameron Brown, Makaya Ntshoko) quelques titres qui révèlent son goût pour la mélodie chargée émotionnellement. Et aussi, parfois, une tendance certaine à l’art pompier.

Imposant, dramatique, des accords qu’il dissout en arpèges plus (Lonely) ou moins (Enxiety) convaincants, le pianiste défend en groupe une musique qui profite de son art de l’accompagnement (Sieg Haile, relevé notamment par le soprano de Lacy) ou pâtit d’une interprétation moins subtile que le trompettiste Terumasa Hino charge encore de ses élans lyriques (Minoat). Sans doute, la maîtrise de Waldron aurait-elle pu davantage pour Moods. Se reporter plutôt à de plus anciens enregistrements.

CD: 01/ Anxiety 02/ Sieg Haile 03/ Lonely 04/ Minoat 05/ Happiness 06/ A Case Of Plus 4S 07/ I Thought About You 08/ Soul Eyes

Mal Waldron - Moods - 2007 (réédition) - Enja. Distribution Harmonia Mundi.


Steve Lacy – Roswell Rudd Quartet: Early and Late (Cuneiform Records - 2007)

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De leurs jeunes années passées ensemble à défendre le répertoire de Monk, le saxophoniste Steve Lacy et le tromboniste Roswell Rudd auront gardé une amitié solide, de celles qui permettent les séparations et profitent des retrouvailles. Le temps de deux disques, Early and Late propose un exposé de celles-ci, pour peu qu'elles se soient déroulées en quartette.

Des extraits de concerts donnés en 1999 et 2002 inaugurent ainsi la sélection. Aux côtés du contrebassiste Jean-Jacques Avenel et du batteur John Betsch, la paire défend quelques thèmes soutenus au creux desquels glisser ses solos – qu'ils soient fantasques (Rudd sur Blinks) ou plus sagement élaborés (Lacy sur Bone) -, ou investit des progressions plus instables que se disputent langueur amusée et expérimentations légères (The Bath). En guise de morceaux de choix: The Rent, marche latine déboîtée, et Bamako, qui donne à entendre les souffleurs à l'unisson le temps d'une mélodie signée Rudd.

En 1962, c'est auprès du contrebassiste Bob Cunningham et du batteur Denis Charles que Lacy et Rudd enregistraient trois thèmes de Monk et un autre de Cecil Taylor. Sur une section rythmique polie, trombone et soprano servent donc un bop élaboré, capable d'incartades soudaines (les aigus inopinés de Lacy sur Think of One), le long d'une vingtaine de minutes inédites. Qui font de cette compilation un document important autant qu'une introduction idéale aux manières jointes de Steve Lacy et Roswell Rudd.

CD1: 01/ The Rent 02/ The Bath 03/ The Hoot 04/ Blinks 05/ Light Blue 06/ Bookioni - CD2: 01/ Bamako 02/ Twelve Bars 03/ Bone 04/ Eronel (take 2) 05/ Tune 2 06/ Think of One 07/ Eronel (take 3)

Steve Lacy – Roswell Rudd Quartet - Early and Late - 2007 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.

 


Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde (Scarecrow Press - 2006)

petergrisliCollaborateur régulier du magazine américain Downbeat, Lloyd Peterson rassemble dans Music and the Creative Spirit 42 témoignages que lui ont accordés des musiciens (*) qu’il qualifie (à raison pour presque tous) de novateurs, évoluant dans le champ d’un jazz en évolution perpétuelle au contact d’un répertoire d’influences éclaté plutôt que confortablement installés dans une tradition qu’il faudrait absolument entretenir.

Sans mentionner la date à laquelle se sont déroulés les interviews – seul défaut majeur de l’ouvrage -, Peterson fait défiler une galerie judicieuse de personnages ayant à dire sur un style qui, comme le note le trompettiste Dave Douglas dans la préface, n’a jamais autant évolué que ces quarante dernières années.

Alors, on trouve Derek Bailey avancer que les deux grands principes qui animent sa pratique musicale sont l’indifférence et la non familiarité avant de se dire musicien conventionnel ; plus loin, William Parker lâche que la compréhension n’est pas du domaine de la beauté ; Steve Lacy, dans le fac-similé d’une lettre adressée à l’auteur, conseille, lui, de laisser la musique parler d’elle-même plutôt que de la contraindre à l’exercice de la théorisation.

Plus prolixes, d’autres expliquent le rapport qu’ils entretiennent avec leur art – Hamid Drake révélant, à la suite d’Albert Ayler, le lien étroit entre la portée musicale de l’univers et la portée universelle de la musique, quand David S. Ware confie que la spiritualité l’a amené à ne plus jouer pour sa notoriété – ou tentent de mettre au clair les affinités de leurs pratiques - Ikue Mori parlant de la scène bruitiste japonaise, Otomo Yoshihide de son rapport au courant Onkyo.

Ailleurs encore, Barry Guy revient sur son expérience au sein du London Jazz Composers Orchestra, George Lewis et Wadada Leo Smith évoquent la grande époque de l’A.A.C.M., tandis qu’autour de Peter Brötzmann, Ken Vandermark, Mats Gustafsson, Joe McPhee et Paal Nilssen-Love discutent, le temps d’un tour de table intelligent, d’improvisation autant que de société, de leur rapport au public autant que de politique.

(*) Fred Anderson, Derek Bailey, Joey Baron, Tim Berne, Peter Brotzmann, Regina Carter, Chicago Roundtable, Marilyn Crispell, Jack DeJohnette, Dave Douglas, Hamid Drake, Bill Frisell, Fred Frith, Annie Gosfield, Mats Gustafsson, Barry Guy, Dave Holland, Susie Ibarra, Eyvind Kang, Steve Lacy, George Lewis, Pat Martino, Christian McBride, Brad Mehldau, Myra Melford, Pat Metheny, Jason Moran, Ikue Mori, David Murray, Paal Nilssen-Love, Greg Osby, Evan Parker, William Parker, Joshua Redman, Maria Schneider, Wadada Leo Smith, Ken Vandermark, Cuong Vu, David S. Ware, Otomo Yoshihide, John Zorn.

Lloyd Peterson, Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde, Scarecrow Press, 2006.



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