Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Samy Thiébault: Gaya Scienza (B-Flat - 2007)

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Auprès de Lionel et Stéphane Belmondo, le saxophoniste Samy Thiébault donne dans un gai savoir appliqué au jazz, qui combine ses leçons encore fraîches et ses influences le long d’un parcours changeant. Qui mène son auditeur de gentillesses suave ou lyrique – et trop propre pour être convaincantes (Love Sounds, Le Cyprès) – en morceaux plus affirmés profitant d’un travail intelligent consacré aux arrangements (Intempestif, Espoirs, Ex-Sistere). Ailleurs, on sert un bop rassurant, on frôle le third stream ou un premier degré de free, et Gaya Scienza de révéler la qualité des promesses de Thiébault.

CD: 01/ The Way 02/ Suite éveils : Annoncement 03/ Partie I : Espoirs 04/ Interlude Opus I 05/ Partie II : Intempestif 06/ Interlude Opus 2 07/ Partie III : Le Cyprès 08/ Interlude Opus 3 09/ Partie IV : Ex-Sistere 10/ Love Sounds 11/ Blues to Nous

Samy Thiébault -  Gaya Scienza - 2007 - B-Flat Recordings. Distribution Discograph.

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Stéphane Spira: First Page (Bee Jazz - 2006)

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Dans la jungle inégale des jeunes jazzmen français, Stéphane Spira fait figure d’original. Jadis partenaire du pianiste Michel Graillier (qui collabora aussi avec Steve Lacy, Chet Baker ou Pharoah Sanders), le saxophoniste a dirigé son premier enregistrement studio sans chercher une seule fois à vouloir faire moderne. Quand la plupart de ses collègues s’engouffrent dans le piège d’une électronique qu’ils ne savent pas estimer – et donc, ringarde – ou rêvent, pacificateurs superbes, d’embrasser des us et coutumes qui les dépassent sous prétexte de croiser chaque jour une foule cosmopolite dans les couloirs du métro, Spira a préféré construire un disque de facture classique, certes, mais à l’intelligence devenue rare.

Encouragé par les gimmicks efficaces du piano d’Olivier Hutman (Five Times a Day) ou de la contrebasse de Gilles Naturel (Bric à Broc), Spira déroule son phrasé infaillible, évoquant ici au ténor le Coltrane de Blue Train (L’excès à petites doses), rappelant sur Nazza Cannonball Adderley, ou appliquant sur R.V. Bossa, auprès de l’invité au bugle Stéphane Belmondo, la sérénité rassurante de Stan Getz.

Amateur de contrastes délicats, Spira dépose toute sa sensibilité le temps d’un standard (The Peacocks) après avoir évolué avec agilité sur le rythme capricieux de la batterie de Philippe Soirat (L’excès à petites doses) et avant d’échanger à nouveau avec Belmondo un swing plus qu’efficace gonflé par un recours réfléchi à la répétition du piano et de la contrebasse (Then He Knows).

Bien sûr, à ne pas donner dans les erreurs que propage son époque, Stéphane Spira risque de se voir refuser clefs institutionnalisées, bons points critiques, et avec eux l’écoute du public déficient, qui ne cessera jamais de bâfrer où on lui montre. L’anticonformisme véritable jamais salué sur le moment, compter sur les retardataires pour louer ensuite plus haut que les autres leur amour des premières heures pour l’artiste passé pourtant sans eux. Ce serait oublier qu’il existe une autre possibilité : qui consiste à écouter aujourd’hui First Page, même si le nom de Stéphane Spira est encore ignoré des faussaires culturels, dispersés en salles de concerts où l’on parle et se montre bien plus que l’on écoute.

CD: 01/ Bric à broc 02/ Five Times A Day 03/ R.V. Bossa 04/ L’excès à petites doses 05/ The Peacocks 06/ The He Knows
07/ Angel 08/ Nazza 09/ Babeth 10/ Luiza

Stéphane Spira - First Page - 2006 - Bee Jazz. Distribution Abeille Musique.

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