Le son du grisli

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Pop fin de siècle de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #5PJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
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Radu Malfatti, Taku Unami : (Erstwhile, 2012)

radu malfatti taku unami le son du grisli

D’ordinaire, le silence « se fait ». Au Stone de New York, le 11 septembre 2011, ce sont Radu Malfatti et Taku Unami – intimes pour avoir plusieurs fois enregistré ensemble (Tokyo Sextet [2005]: Electronic Version, Kushikushism, Goat vs Donkey) – qui firent le silence. Qui n’est plus ce qu’il était…

Dans le public, d’abord, des conversations que chasse l’entrée des musiciens. Dans l’obscurité ce 11 septembre 2011 ou plus tard sur disque – c'est-à-dire à distance et privé même des ombres –, il faudra guetter le moindre son pour espérer pouvoir ensuite seulement supposer ce que le duo trame. Objets déplacés, rumeur de la rue, grincement d’une porte, respirations s’il tend bien l’oreille : l’auditeur se fait tout un monde du peu qui lui parvient. Pour ne pas le perdre tout à fait, c’est une note de guitare acoustique qu’Unami soudain taquine ou un grave de trombone qui, à peine mis au jour, disparaît – du bout des lèvres, Malfatti pourra plus loin évoluer sur une poignée de notes.

Cinquante minutes : une expérience et plus encore un moment que Malfatti et Unami ont choisi de ne pas traduire ni transformer en musique, mais plutôt de révéler en négatif. En fin de parcours, le tromboniste demande à son partenaire s’il en a fini, souligne qu’il n’est que l’invité, la réponse à la question est un oui derrière lequel l’enregistrement prend fin. L’autre question laissée en suspens (par le musicien, le label, et à leur suite le chroniqueur) ne concernera pas tant la performance sonore – l’art en a vu jouer bien d’autres – que son passage sur disque. Dont le titre même s'efface devant un soupir.

Radu Malfatti, Taku Unami : s/t (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
CD
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Interview de Radu Malfatti (1/2)

interview radu malfatti le son du grisli

Quand il aura pu s’échapper d’orchestres imposants (Brotherhood of Breath, ICP Tentett, MLA Blek, London Jazz Composers Orchestra, GrubenKlangOrchester, King Übü Orchestru…), Radu Malfatti n’aura cessé de réévaluer son « dire musical » à la lumière d’interrogations très personnelles. A chaque fois ou presque, sa musique s’en est trouvée redéfinie. Après avoir servi jazz et improvisation en explorateur instruit, il revendique aujourd’hui – de concert avec le collectif Wandelweiser – le recours à une tempérance saisissante, voire le droit de ne pas intervenir du tout sous prétexte d’expression. Première partie d’une interview qui en comptera deux…

… Selon Alfredo Tomatis (1920-2001), mon premier souvenir de musique remonterait à l’été et à l’automne 1943, époque à laquelle j’étais bien en sécurité dans les entrailles de ma mère, l’écoutant chanter et siffler… En fait, j’espère que ce n’est pas le cas… Elle était bien mauvaise chanteuse et chantait même toujours complètement faux. Remarque, ceci pourrait expliquer cela… En fait, le premier souvenir véritable d’écoute ou de faire de la musique a sans doute à voir avec ces moments où mon père jouait ces vieux vinyles du Golden Gate Quartet et ces étranges chansons du folklore russe : dense, et profondément mélancolique. Il y eut notamment celle – je ne sais laquelle de toutes – dans laquelle il y avait un refrain au son duquel mon père a jeté une lance dans la porte en bois, au moment exact où se faisait entendre le dernier accent de la mélodie. C’était sans doute une façon pour lui de se débarrasser de toutes ses frustrations, de la colère et de la haine qu’il engrangea pendant les deux guerres mondiales. Mais c’était fort ! J’ai eu peur et j'ai été fasciné dans le même temps. J’ai adoré ça et détesté ça tout à la fois. Serait-ce là une des explications de mon amour pour la musique expérimentale ? – là je plaisante… et suis sérieux.

Quand avez-vous commencé la musique et quel a été votre premier instrument ?  Je ne sais pas vraiment quand j’ai commencé à apprendre la musique, je ne me souviens même pas quand j’ai commencé à apprendre une langue pour parler. Par contre, mon premier instrument a été l’accordéon, ensuite je suis passé à la guitare et enfin au trombone. Il y a eu aussi un peu de piano, du saxophone, entre les deux de la contrebasse, mais rien de très concluant. A l’accordéon, j’ai commencé par jouer des chansons de Bill Haley, du genre Rock Around the Clock, des chansons idiotes des années 1950 et sans doute de la musique folklorique tyrolienne (tout aussi idiote). Après être passé à la guitare, j’ai rapidement commencé à envisager mes propres mélodies – que je n’ose appeler compositions –, j’en ai transcrites quelques-unes sur le papier et sinon je m’en souvenais assez bien pour les chanter à mes amis – à l’époque, j’en avais deux.

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Comment avez-vous découvert l’improvisation et êtes venu aux représentants européens du genre ? Je suis venu à eux ou ils sont venus à moi. Pour être honnête, ma première rencontre avec le free jazz s’est faite à travers les disques et ensuite par le biais d’Eje Thelin, un grand musicien, vraiment, qui a été mon professeur adoré à Graz où j’apprenais la musique. Ensuite, j’ai été invité à Hambourg pour participer à une rencontre de jazz : là, j’ai fais connaissance avec John Surman, Alan Skidmore et Tony Oxley. En 1969, je me suis rendu à Londres où Surman m’a hébergé : j’ai donné quelques concerts avec lui et d’autres, j’ai aussi rencontré Chris McGregor et ses amis sud-africains. Et aussi Evan Parker et Derek Bailey. Ce n’était que le début de mon parcours, et vois où ça m’a mené !

Quels musiciens de jazz écoutiez-vous à l’époque ? Je dirais un peu de Coltrane, Monk, Miles (l’ancien, c'est-à-dire celui d’avant la catastrophe Bitches Brew) et bien sûr Ornette, Don Cherry et beaucoup d’autres… Albert Ayler, Charlie Haden… Les mêmes que beaucoup d’autres, je pense.

Rencontrer Evan Parker ou Derek Bailey a sans doute fait évoluer votre façon d’envisager la musique… Oui, bien sûr. Je me souviens que la toute première fois que j’ai entendu Derek, je n’étais pas sûr du tout de ce qu’il faisait mais j’ai tout de suite été fasciné. Pour ce qui est d’Evan, je le connaissais d’avant et j’étais un grand amateur de son jeu. Lorsque je suis arrivé à Londres, j’ai été heureux de pouvoir les rejoindre et de travailler avec eux. Ensuite, j’ai rencontré d’autres musiciens encore, comme Paul Lytton ou Phil Wachsmann : petit à petit, tous m’ont aidé à transformer mon jeu et ma façon de penser. Je crois que ça a été vrai pour toutes les périodes de ma vie, j’ai toujours eu assez de chance pour rencontrer la bonne personne au bon moment : chacune de mes collaborations a été une histoire d’influence partagée, que pouvait parfois renforcer nos conversations à propos de choses et d’autres – je rappelle qu’à l’époque on ne parlait pas beaucoup musique, c’était comme « interdit » aux improvisateurs : « vas-y, fais ton truc, mec ! »… Aujourd’hui, c’est différent. Les personnes que je rencontre aujourd’hui et celles avec qui je travaille adorent parler musique, discuter de tas de choses, te piquer tes idées, et sont ravis lorsque tu fais de même avec les leurs. On ne dit pas « piquer » d’ailleurs, ce serait plus « être influencé par quelqu’un »…. Une fois j’ai eu une longue discussion avec Antoine Beuger à ce sujet et nous sommes finalement tombés d’accord sur le fait que si quelque te permet de lui « piquer » ses idées, alors c’est un signe de grande amitié. Parce qu’à la fin, chacun fait de toute façon son propre truc, même si telle ou telle influence y joue un rôle non négligeable.

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Avec Joe McPhee par exemple, aviez-vous l’impression de jouer une autre musique que celle que vous improvisiez en Angleterre ? Je ne pense vraiment pas que je jouais différemment avec Joe. Bien sûr, la musique qu’il apportait était souvent différente, mais je faisais de toute façon comme j’en avais l’habitude à cette époque. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il m’a demandé de rejoindre son groupe ? Je ne sais pas, il faudrait lui demander…

Pensiez-vous l’improvisation européenne comme une sorte de genre ou de « concept » ? Pas comme un concept, non, je ne pense pas. Bien sûr j’étais au courant que nous faisions quelque chose de différent du reste. Mais l’ « improvisation européenne » n’était pas aussi connotée. Les Hollandais étaient différents des Anglais, qui l’étaient eux-mêmes des Français, Allemands, Italiens, Scandinaves, etc. – à l’époque, l’Autriche avait disparu de la carte. Je sais que tout le monde jouait à peu près avec tout le monde, mais il existait encore beaucoup de différences entre les réalités géographiques de chacun, dans la façon de blaguer ou de nous moquer les uns des autres par exemple. Donc je n’appelerais pas ça un « concept ». A Amsterdam, j’ai  passé de merveilleux moments, mais c’est en Angleterre que je me suis réellement senti chez moi, et à plus d'un titre. Tout le reste a suivi…

Reprenons la chronologie… Une autre étape d’importance dans votre parcours a été ces allers et retours entre Zürich et Florence dans les années 1970. Quels souvenirs en gardez-vous ? En fait, je ne suis pas si sûr que ça ait été une étape d’une telle importance, étant donné que je faisais plus ou moins les mêmes choses qu’auparavant – en tout cas, je crois. Mes souvenirs tournent néanmoins autour du travail que j’ai réalisé avec Stephan Wittwer, ça a été de grands moments. Musicalement, je n’ai pas beaucoup évolué à cette époque. J’ai essayé quelques trucs stupides, du genre introduire l’ « humour » et l’ « action » dans ma musique, ce qui fut une erreur quand j’y pense aujourd’hui. Le vrai changement est intervenu au début des années 1980, quand j’ai commencé à réintroduire des parties écrites dans mes travaux – je ne tiens pas encore à parler de « composition », ça ce sera pour après… J’ai commencé à m’intéresser à de plus en plus de choses qui me changeaient de l’habitude que j’avais prise de me répéter encore et toujours. J’ai commencé à ressentir un certain dogmatisme dans la façon de jouer et de penser. Ca a été un tournant important et à partir de là j’ai cherché à faire des choses neuves, et parfois même inconfortables pour moi, ce qui était nécessaire à la poursuite de mes activités. Et plus je me suis enfoncé là dedans, plus j’ai aimé ça, ce qui m’a finalement mené à trouver la voie que je continue à suivre aujourd’hui et qui m’a rapproché des musiciens du Wandelweiser.

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Quels sont les premières réponses que vous avez apportées pour combattre ce « dogmatisme » ? Je ne pense pas que « combattre » soit le mot approprié – dans son acception courante – pour parler de ce qu’il s’est passé à cette époque. Comme je l’ai dit, j’ai seulement ressenti une forme d’inconfort à faire la même chose, encore et encore. Et ce sentiment m’a mené à quelque chose de nouveau, tout du moins ai-je essayé d’y arriver… A cette époque, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, mais je savais par contre ce que je ne voulais plus faire, et ceci m’a mené aux portes d’un champ d’incertitude, d’insécurité même : là, j’ai dû prendre en compte les choses qui étaient disposées devant moi, m’en emparer pour enfin essayer d’en sortir quelque chose. Ca n’a pas été un combat, mais plutôt une investigation ou une recherche curieuse et fructueuse. Il m’est apparu clair qu’une des manières qui me permettrait de continuer était de revenir à la musique écrite, ou tout du moins à certains de ses aspects. Ohrkiste a été une tentative faite dans cette direction. J’ai pu regrouper certains des meilleurs improvisateurs de mon entourage et leur dire, par le biais de mes partitions, quoi faire et à quel moment. Cela fait une certaine différence avec l’ « improvisation » normale… Ce qui s’est passé, c’est que j’ai, au préalable, écouté très attentivement chacune des individualités du groupe et transcrit leur langage sur le papier, ces choses qu’elles faisaient par elles-mêmes. La différence – en tout cas, selon moi à l’époque – était qu’ils ne pourraient pas faire ces choses à n’importe quel moment, qu’ils auraient à « obéir » à un certain ordre, qui – je l’espérais en tout cas – proposait une voie permettant de sortir de la traditionnelle façon de faire qui veut que l’on émerge pour ensuite ralentir le mouvement avant d’aller crescendo puis decrescendo et ainsi de suite. Evidemment, certains des membres du groupe ont beaucoup aimé cette idée quand d’autres n’ont pu s’y faire ou même l’on détestée. Une fois, Fred Van Hove m’a dit qu’il craignait d’effleurer les touches du piano pendant mes pièces ; Evan Parker m’a quant à lui déclaré que dire aux musiciens ce qu’ils avaient à faire à tel moment était une façon de les limiter. Eh bien oui, mon cher Evan, c’est exactement ce que je voulais faire. Mieux, même : c’est ce que je voulais pour moi. Pas vraiment nous « limiter » mais plutôt nous mener dans une nouvelle direction, aussi infime que soit sa nouveauté. Pour finir, je dois préciser que ce ne sont pas de « premières réponses » que j’ai apportées-là, mais de premières propositions et/ou suggestions, parce que je crois davantage dans les propositions que dans les réponses ou solutions.

Plus tard, vous avez fait d’autres propositions encore, que vous partagez désormais avec le collectif Wandelweiser. Quand avez-vous rencontré Antoine Beuger ? J’ai rencontré Antoine à Cologne au début des années 1990 je crois ; ça a été et c’est encore un échange très prolifique d’idées et de façons de pensées et par conséquent de jeu.

Pourriez-vous comparer vos relations avec les musiciens de ce collectif avec celles qui vous unissaient à Bailey, Parker ou encore Wachsmann ? Oui, je pourrais mais je n’y tiens pas. Ce sont deux situations trop différentes l’une de l’autre. Le profit que j’ai tiré de ma rencontre avec ces musiciens en Angleterre semble ressembler à celui que je tire de ma relation avec chacun des membres dudit collectif, mais en réalité cette ressemblance est superficielle. Je ne serais jamais assez redevable à toutes ces joutes organisées avec mes amis et collègues britanniques, j’ai tellement appris auprès d’eux. Mais à un moment donné j’ai ressenti qu’il me fallait partir dans une autre direction. Ailleurs même ; ce qui ne diminue en rien ni l’influence ni l’impact qu’ils ont eu sur moi. C’était seulement comme vouloir – ou devoir – passer du dixieland au swing et ensuite au bebop – au passage, j’avoue ici que je n’ai jamais vraiment pu jouer tous ces styles, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. A cette époque, j’essayais seulement d’imiter des gens qui jouaient un certain style de musique, alors que plus tard, en développant mon propre style, il m’a fallu m’éloigner de ce que j’avais « atteint ». Là, c’est une tout autre histoire, bien plus difficile, mais aussi bien plus épanouissante… [LIRE LA SECONDE PARTIE]

silence

Radu Malfatti, propos recueillis en décembre 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Bruno Duplant : Slow Breath (B-boim, 2011) /Bruno Duplant, Paulo Chagas, David Sait : Late Winter/Early Spring (AudioTong, 2011)

bruno duplant slow breath

La pièce de musique que Bruno Duplant fait paraître sur le label de Radu Malfatti est justement dédiée au tromboniste. Réglant son pas sur celui du dédicataire, Duplant joue-là de mesure et de silences en se focalisant sur l’avènement et l’évanouissement d’une note. L’instrument choisi pour ce-faire est un cor, qu’augmente un peu d’électronique.

Un grave entame ce jeu d’apparitions et de disparitions : la présence « en soi » des notes convoquées alternant selon les nuances ou les directions qu’on leur donne – longueur et intensité varient ainsi, le ton peut changer, des souffles miniatures venir consolider le fil auquel Slow Breath est attaché, un parasite transformer la forme de l’espace où courent les vibrations. Au mitan, les rapprochements sont plus nombreux – deux notes peuvent même se gêner –, qui commandent à Duplant d'en revenir aux distances. Reprenant son ouvrage d’attente, le musicien persiste alors : le délitement en musique n’est pas l’affaire d’un temps retors à employer, plutôt la marque en négatif de tout ce que ce temps pourrait contenir.

Bruno Duplant : Slow Breath (B-boim / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Slow Breath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



bruno duplant late winter

Sur Late Winter/Early Spring, Duplant revient à sa contrebasse. Epaisse, elle enveloppe le guzheng et le mélodica de David Sait, les clarinettes de Paulo Chagas – la collaboration Duplant / Chagas s’en trouvant fortifiée. Ici, le minimalisme dispute à l’agitation expressionniste un folk à amok infusant sur steppes blanches (Late Winter). Moins convaincante, Early Spring voit le trio faire d’interventions verticales une forêt où se confronter avec une estime paresseuse.

Bruno Duplant, Paulo Chagas, David Sait : Late Winter/Early Spring (AudioTong)
Edition : 2011.
Téléchargement : 01/ Late Winter 02/ Early Spring
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Burkhard Stangl : Hommage à moi (Loewenhertz, 2011)

burkhard stangl hommage à moi

Cet hommage que s’adresse non sans malice Bukhard Stangl a valeur de rétrospective. Trois disques – qui peuvent être augmentés d’un DVD et d’un livre (en allemand) – reviennent sur le parcours d’un guitariste entendu, entre autres formations, en Ton Art, Efzeg ou Polwechsel – combinaisons dévouées toutes à des formes musicales réfléchies.

Sur le premier disque, Stangl expose des compositions écrites pour ensembles, sur lesquelles il dirige l’Extented Heritage – présences de John Butcher, Angelica Castelló et dieb13 – le temps de pièces d’électroacoustique ténébreuse : au récitatif diaphane inspirée d’un solo de Butcher (Concert for Saxophone and Quiet Players) ou comblée de field recordings et progressant au rythme d’un vaisseau fantôme soumis à grand vent (Los vestidos blancos de Mérida). Ailleurs, c’est son amour pour les voix et les souffles que Stangl trahit au son d’une rencontre Angélica Castelló / Maja Osojnik / Eva Reiter.

Le deuxième disque est celui d’intelligents divertissements. C’est l’endroit où se mêlent de concert expérimentations et contemplations. Là où Stangl contraint un clavier à accepter son destin électronique (Angels Touch), contrarie la trompette de Gabriël Scheib-Dumalin en lui imposant un vocabulaire réduit (For a Young Trumpet Player), concocte des miniatures explosives au moyen de collages hétéroclites et de numérique affolé que pourront chahuter Klaus Filip ou Christof Kurzmann (Nine Miniatures), s’oppose au piano à la cithare de Josef Novotny (En passant), enfin, transforme l’Extended Heritage en ensemble de musique baroque autant que fantasque (Come Heavy Sleep).

Sur le troisième disque, on trouve la réédition de l’incontournable Ereignislose Musik – Loose Music, jadis édité par Random Acoustics. Là, Stangl dirige Maxixe, grand ensemble élaboré au début des années 1990 dans lequel on trouve Radu Malfatti, Werner Dafeldecker, Max Nagl, Michael Moser… En concerts, les musiciens peignent une musique de traîne que des nasses et verveux faits de cordes de guitare, de violons et de contrebasse, cherchent à capturer, empêchés toujours par des voix qui s’opposent et préviennent (dont celle de Sainkho Namtchylak). Après quoi Stangl dirige en plus petits comités des pièces de nuances voire de discrétions.

Ainsi, ces travaux et ces souvenirs regorgent de trouvailles. Leur intelligence est égale, née de celle de Burkhard Stangl, qui fait qu’on y reviendra souvent : au gré des envies, du moment, des surprises…  

Burkhard Stangl : Hommage à moi (Loewenhertz)
Enregistrement : 1993-2009. Edition : 2011.
CD1 : Kompositionen für Ensembles : 01/ Concert for Saxophone & Quiet Players 02/ WOLKEN.HEIM.breathing/clouds 03/ My Dowland 04/ Los vestidos blancos de Mérida – CD2 : Divertimenti : 01/ Angels Touch 02/ Ronron 03/ For a Young Trumpet Player 04-06/ Three Pieces of Organ 07-14/ Nine Miniatures 15/ Come Heavy Sleep – CD3 : Ereignislose Musik – Loose Music : 01/ Konzert für Posaune und 22 instruments 02-04/ Drei Lieder 05/ Trio Nr.1 06/ Uratru
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Joe McPhee : Topology (Hat Hut, 1981)

joe mcphee topology

Ce texte est extrait du livre Free Fight. This Is Our (New) Thing de Guillaume Belhomme & Philippe Robert, publié par Camion Blanc.

Pour avoir voulu connaître à quoi ressemblait son premier souvenir de musique, j’obtins de Joe McPhee ceci : « C’est une expérience assez traumatisante, que j’ai vécue à l’âge de 3 ans. En Floride, pendant un orage, notre maison a été frappée par la foudre et réduite en cendres. Le lendemain, je suis retourné à son emplacement en compagnie de mon grand-père… Je me rappelle alors une chanson qui passait à la radio, dont les paroles étaient: « Daddy I Want a Diamond Ring ». Je me souviens aussi de la mélodie. »

L’électricité dans l’air et l’environnement-nébuleuse : au jazz qu’il découvrit au contact de Clifford Thornton – sur la boîte de carton de Topology, McPhee précise pour expliquer une reprise de « Pithecanthropus Erectus » que l’écoute de Charles Mingus lui révéla de quoi retournait le jazz moderne –, voici ce que Joe McPhee imposa souvent. Le raccourci veut ce qu’un raccourci peut valoir ; il conseille, en tout cas, de revenir à ce disque que le multi-instrumentiste (trompette d’abord, saxophone ténor ensuite, mille autres choses alors) enregistra avec John Snyder au synthétiseur au milieu des années 1970 : Pieces of Light, publié par le peintre Craig Johnson sur CjRecords – réédité sur CD par Atavistic.

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Après Johnson, ce sera Werner Uehlinger qui assurera Joe McPhee de son soutien : « Après être tombé sur les premières productions de CjR, Werner Uehlinger a profité d’un voyage d’affaires aux Etats-Unis pour venir nous rencontrer, Craig Johnson et moi, au domicile de Craig. Nous avons dîné ensemble et nous lui avons fait écouter quelques cassettes que nous pensions alors sortir sur CjR. Il a aimé cette musique et a décidé de publier lui-même une de ces cassettes. C’était une idée lancée comme ça, sans même qu’il envisage la création d’un label. Mais finalement, c’est à partir de là qu’est né Hat Hut Records. »

Après avoir publié un concert daté de 1970, Black Magic Man, Uehlinger prescrit à McPhee quelques séjours en Europe pour le bien de son catalogue : l’Américain y donne des concerts à Willisau et Bâle (The Willisau Concert, Rotation), y enregistre en 1976 un solo de taille (Tenor) et puis rencontre André Jaume et Raymond Boni, avec lesquels il enregistrera souvent : en duos, trios, et plus large ensemble, comme c’est le cas ici – « Topology », morceau-titre qui occupe deux des quatre faces du double LP, est d’ailleurs signé du trio. Dans cette version originelle du Joe McPhee Po Music, assemblée les 24 et 25 mars 1981, on trouvera aussi : Daniel Bourquin (saxophones alto et baryton), Pierre Favre (percussions), Radu Malfatti (trombone, micro-electronics, percussions), François Méchali (contrebasse), Michael Overhage (violoncelle), Irène Schweizer (piano) et Tamia (voix).

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L’électricité dans l’air et l’environnement-nébuleuse, Boni s’en charge d’abord sur « Age » : à force de courtes phrases, Schweizer réveille, elle, un volcan sur les flancs duquel rouleront des sonorités rares. De plaintes délirantes en hymne déboussolé (celui de « Blues for New Chicago »), le groupe va et investit bientôt le champ de la reprise : ce sera « Pithecanthropus Erectus ». L’absence de contrebasse et la voix de Jackie McLean manquent, à la première écoute, mais ceci n’est qu’une question d’habitudes, que le collectif s’occupe de mettre à mal : le baryton de Bourquin et le ténor de McPhee en verve, le trombone de Malfatti en inquiétudes, l’unisson d’envergure auquel se plient tous les souffleurs enfin, auront fait vriller l’erectus sus-cité. Un hommage à Pia, et voici l’heure de donner à entendre de quoi retourne cette Po Music, concept que le musicien tira de ses lectures d’Edward de Bono. McPhee, vingt-cinq ans plus tard : « Voici l’explication simplifiée de la Po Music : il s’agit de se servir du concept de provocation pour abandonner une série d’idées établies au profit de nouvelles. Voilà le concept que j’ai emprunté au Dr. De Bono. Po est un symbole, un indicateur de langage qui souligne qu’il faut user de provocations et montre que les choses ne sont pas forcément ce qu’elles ont l’air d’être. Par exemple, j’ai enregistré la composition de Sonny Rollins appelée « Oleo » sans être un joueur de bebop ; et le bebop est en lui-même une vie à part entière. Mon interprétation essaye de conduire la musique à un nouvel endroit. J’ai toujours espéré que mon nom (Joe McPhee) serait aussi un symbole de provocation… Une forme de langage. »

Les réactions en chaîne que l’on trouve en « Topology » montrent de quoi la méthode est capable : décharges en cascades modelant toute atmosphère quiète, interaction de principes opposés commandant de grands renversements. McPhee encore : « Les concepts et les théories ne m’intéressent que si elles produisent des résultats. Tout change et tout devient possible. » Les disques à suivre du Joe McPhee Po Music – par lequel passeront Milo Fine, Léon Francioli, Urs Leimbgruber ou Fritz Hauser – le diront à leur tour : « tout change et tout devient possible. »

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Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim, 2011)

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C’est à gauche que l’on repérera la première note née de cette nouvelle collaboration de Radu Malfatti et Lucio Capece. A gauche donc que ce grave traînera un temps avant de disparaître. Tenir davantage – mieux faire ? – la prochaine fois, ou l’une des prochaines fois – quarante minutes à peine lui sont offertes pour y parvenir.

Excavée : non pas une musique de silences mais une musique de soupçons. Pas de dialogue : la rencontre de Capece et Malfatti dit pourtant et même compose : à force de retenues plutôt que de soustractions. L’expression est en négatif et l’attitude d’opposition. Mais le laisser-taire, s'il provoque une autre écoute, est-il musicalement viable ? Ces craquements qui trahissent les présences sont-ils aussi affaire de musique ?  

Poser la question, c’est déjà discuter la place du qui-vive dans le déroulement de l’exhibition et celle de l’attente au creux de l’action. Affûté, le trombone ose enfin une note, et même une seconde. En accord avec la clarinette basse, il élève des parallèles qui dessinent un horizon auquel raccrocher toute obligation de musique.

Parce qu’il chercha partout la note promise par la présence des musiciens, l’auditeur pouvait-il ignorer que Capece et Malfatti respiraient ? C’était pourtant pour lui souffler des choses rares, en tout cas différentes de celles généralement entendues. Peut-être même « la chute du temps, goutte à goutte », que Pessoa saisit un soir avant que le sommeil ne l’emporte. « Et aucune des gouttes qui tombent n’est entendue dans sa chute. » 

Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 25 septembre 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Explorational
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile, 2011)

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La rencontre est récente : sous la protection du nombre d’or, Radu Malfatti et Keith Rowe ont enregistré trois disques : le premier d’interprétations, le second de compositions personnelles, le troisième d’improvisations. A chaque fois, la proportion est dans l’épure.

Radu Malfatti est ce tromboniste qui, au mépris de toutes règles, insiste sur monotype afin d’obtenir plusieurs épreuves. Si l’empreinte qu’il dépose sur papier est en conséquence de plus en plus ténue, elle en impose aussi de plus en plus aux longs blancs qu’elle entame, aux longs silences qu’elle interrompt. Ainsi en est-il sur cette composition de Jürg Frey, Exact Dimension Without Insistence : un silence d’endurance opposé à un grave ronflant – souvent trois fois répété ensuite – traînant derrière lui l’interjection d’une corde de guitare étouffée. Malfatti est celui qui insiste, Rowe celui qui mesure ; alors se dilatent les lignes et leurs distances. Ainsi en est-il encore sur Nariyamu, pièce du tromboniste dont les beaux espaces infestés de parasites (grésillements, micro contacts…) accueillent des souffles discrets au destin polyphonique. Plusieurs fois imprimée ou déclinée sur tons avoisinants, la note essentielle est le sujet, toujours, pressé / compressé jusqu’à l’obtention de ghost proofs éloquents.

Keith Rowe est ce guitariste qui, accoutumé aux surprises de l’hybride, compose avec une patience électrique un inattendu remarquable. S’il joue encore de drones miniatures et de larsens – sur le Solo with Accompaniment de son ami Cornelius Cardew –, lève mais en retrait des armées de râles à saturation, il offre aussi au sérieux du propos et à la minutie qu’il requiert un accessoire indispensable : la facétie vigilante. Même chose sur Pollock’82 – renvoi inévitable aux abstraits américains, tandis que Malfatti et ses déclinaisons évoqueraient davantage les Prints de Robert Morris. Pollock’82, donc : la ligne électronique envisagée en plus comme alternative aux souffles blancs propulsés en trombone : sous forme de projections multipliées, de battements infinitésimaux et presque incongrus, d’artifices segmentés aux précises expressions. Après coups, le silence encore.

Radu Malfatti et Keith Rowe improvisant : une introduction feignant la mise en place (table d’opération immaculée mais électricité faiblissant) puis l’addition fantastique d’un analgésique à cordes tendues et de feulements / vrombissements / ronflements, tous éléments de phonation d’envergure. Derrière l’horizon, à force de conciliations et de ruptures accordées, deux parallèles qui ne l’étaient donc pas se sont lentement rapproché jusqu'au moment de se fondre. Patiemment, deux langages distingués ont donné naissance à un rare idiome musical dont le symbole est Φ

EN ECOUTE >>> Exact Dimension Without Insistence > Solo with Accompaniment > Nariyamu > Pollock’82 > Improvisation

Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : novembre 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Exact Dimension Without Insistence 02/ Solo with Accompaniment – CD2 : 01/ Nariyamu 02/ Pollock’82 – CD3 : 01/ Improvisation (6:18) 02/ Improvisation (46:54)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Radu Malfatti, Stephan Wittwer : Und?... Plus (FMP, 2010)

malfasliAugmenté d’un Untitled? de quatorze minutes quatorze, UND? reparaît donc. Retour du deuxième enregistrement de la paire Radu Malfatti / Stephan Wittwer

Ce qui fait désormais cinq pièces-plages à trouver là, sur lesquelles un trombone et une guitare – tous accents attendus (pour ne pas dire conventionnels) modifiés – traînent en inventant sans cesse. Une guitare-foreuse agit en discrète avant qu’un trombone généreux déverse dans ses excavations des torrents de plaintes et d’invectives.

Tendues, les cordes délimitent ensuite les endroits recélant trouvailles, qui voleront pourtant en éclats à la demande de Malfatti. Ni dialogue, ni guitare, ni trombone désormais, mais dessus un épais rideau de fumée au dépôt merveilleux, que l’Untitled? en question dépossédera de son angoisse. Parce qu’il faut bien, un jour, prendre la peine d’expliquer les mystères.

Radu Malfatti, Stephan Wittwer : Und?... Plus (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 14 février 1977. Réédition : 2010.
CD : 01/ Und? 02/ So 03/ ´Tis A Point 04/ Cotpotok (Still Valid) 05/ Untitled?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

fmpsliCe disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   


Phil Durrant, Thomas Lehn, Radu Malfatti : Beinhaltung (Fringes, 1999)

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Ombres furtives, accrocs dans le tissu nocturne, lointaines promesses d’orages, craquements ténus et rideaux glissant sur d’autres espaces : Beinhaltung (Bein-haltung ou Be-inhaltung ? le n°20 de la revue Peace Warriors l’expliquait) est un disque secret, dont l’audition même crée une tension dans l’air ; un disque devenu tout aussi rare – 400 exemplaires très élégamment présentés – qu’influent (pour ne pas dire imité), enregistré en 1996 et 1997. Si le trio fournit ensuite, chez Erstwhile, le volume intitulé Dach, il semble bien que la magie n’était plus la même… Elle se prolonge aujourd’hui, autour de Malfatti, avec les superbes duos Going fragile (avec Mattin, label Formed) et Imaoto (avec Klaus Filip, label Erstwhile)…

Lambeaux de rêves corrodés : Phil Durrant (violon – qu’il a aujourd’hui troqué pour un laptop) ; feux d’artifice de poche, effilochés : Thomas Lehn (synthétiseur analogique) ; feulements épars, délicieusement façonnés : Radu Malfatti (trombone) ; leur art commun d’habiter le silence fascine, et son effet perdure ; le disque arrêté, l’écoute continue.

Souvenir : printemps 2000, à Nancy (Lillebonne), j’assiste à un concert du groupe. Une tribune métallique a été installée, grinçant de tous côtés sous le poids du public qui finit par s’en amuser ; on s’en agace sur scène – que Malfatti quitte, en espadrilles – et dans les gradins – un spectateur se dresse pour sermonner ses congénères, on le rembarre à juste titre –, une trêve est exigée avant que le trio ne reprenne place… très finement accompagné par la structure sonore qui a, oui, son mot à dire. Heureux l’organisateur d’un concert de la sorte, aussi riche d’événements ! Honnis les suiveurs (poseurs & causeurs) de musiciens de cette trempe !

Phil Durrant, Thomas Lehn, Radu Malfatti : Beinhaltung (Fringes)
Enregistrement : 1996-1997. Edition : 1999.
CD : 01/ Beinhaltung 1 02/ Beinhaltung 2
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Radu Malfatti et Klaus Filip se produiront ce mercredi 25 août à Mulhouse dans le cadre du Festival Météo. Plus tard dans la journée, Thomas Lehn investira le Noumatrouff en compagnie du pianiste Frédéric Blondy.   


Elton Dean : Happy Daze / Oh! For the Edge (Ogun, 2009)

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Né en 1975 du sextette que le saxophoniste Elton Dean codirigeait avec Keith Tippett, Ninesense renaît aujourd'hui au son des rééditions groupées d'Oh! For the Edge (1976) et Happy Daze (1977).

Porté par la rythmique que Brotherhood of Breath (Harry Miller et Louis Moholo), le groupe – dans lequel on peut enrendre le trombone de Radu Malfatti – sert un jazz qui rappelle celui de Chris McGregor et oscille entre danses de salons retapées par des instrumentistes illuminés (Alan Skidmore, Keith Tippett et Nick Evans aux premiers rangs de ceux-là), un swing de facture plutôt classique et quelques expérimentations répétitives (Seven for Lee, sur lequel Dean intervient au saxello).

Sans Malfatti, le même groupe rend ensuite Dance, composition qui ouvre Happy Daze et dont les airs de samba dévient à force de céder aux perturbations d'un orchestre dissipé. La suite, d'être gagnée par les graves : contrebasse de Miller sur Fall In Free (inutile explication de texte), trombone d'Evans sur Friday Night Blues ou fermeture fantasmant l'hymne inquiet si elle n'était jalonnée d'éclaircies dissonantes (Prayer for Jesus). Souffrant ici ou là d'une production  en phase avec son époque (surbrillances préférées aux rondeurs), ces rééditions n'en sont pas moins importantes, et célèbrent l'art d'Elton Dean, saxophoniste de choix qui savait aussi s'entourer.

Elton Dean's Ninesense : Happy Daze / Oh! For the Edge (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1976-1977. Edition : 2009.
CD : 01/ Nicrotto 02/ Seven for Lee 03/ Sweet F.A. 04/ Three for All 05/ Dance 06/ Fall In Free 07/ Forsoothe 08/ M.T. 09/ Friday Night Blues 10/ Prayer for Jesus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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