Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Radikal Satan à la Fermatozoïde, 18 avril 2014

radikal satan la fermatozoïde 2014

Tambour !!! Un mini festival pour fêter la première année d’activité de la Fermatozoïde, au Theil de Bretagne, une grande soirée de concerts prolongée tard dans la nuit, dont celui Radikal Satan.

Radikal Satan, dans la configuration actuelle, ce sont deux frères argentins : César à la contrebasse, guitare et voix, et Mauricio à l’accordéon et aux synthés et voix. Le concert débute par une saynète obscène, jouée par César, les yeux charbonnés, avec une poupée toute enscotchée de noir. Faire son diable, c’est d’abord se poser maître du pathos, le surplomblant plutôt que tentant d’y surnager. Puis, tout le cours d’un long concert, leur musique sera aussi sèche que délirante, rêche, suave, sauvage et fascinante. À la contrebasse, César est implacable, assurant aussi une grosse partie du rythme à bruits de bois, tandis de son coté Mauricio déploie un lyrisme d’approximations et d’échappatoires.

Mais que jouent-ils ? A-t-on lu tango punk qu’on ne s’y retrouve pas vraiment. Certes, l’argentinité, avec tout ce qu’elle peut avoir de grandiloquant, marque le pas, mais pour le reste, c’est étrange, voilà une musique qui, sur le coup, me parait indéfinissable. Un voisin de coude s’exclame soudain “ils ont inventé la cumbia argentina" et m’explique la cumbia, musique populaire indigène d’Amérique du Sud, justement absente d’Argentine, pays de colons. Manquant totalement d’érudition à ce sujet, je ne me risquerai pas forcément sur ce chemin, mais il y a quand même là une idée séduisante. Tout semble baigné en effet dans un folklore dénaturé, sans plus aucun apprêt exotisant. Une langue mineure reterritorialisée ici maintenant, dans une ferme bretonne, dans des réseaux qui manient aussi bien le free jazz que la synth wave. D’ailleurs, parions aussi que la new-wave sera le bal musette de nos petits enfants et qu’à ce titre, toute digression synthétique peut donc être annexée dès à présent, à l’idée de folklore, cheap wave.

Au final, voilà des vrilles qui utilisent les genres populaires non pas pour se les approprier, ce qui pourrait se cantonner à une expression de soi un peu stérile, mais comme autant de fils à tirer et entremêler. Un demiurge crevant les domaines de viabilité culturelle pour une voix authentiquement alternative, issue du brouillage mondialisé, tout comme Krinator et Judas Donnegger l’avaient aussi parfaitement réalisé chacun à leur manière singulière plus tôt dans la soirée.

Radikal Satan, Le Theil-de-Bretagne, La Fermatozoïde, 18 avril 2014.
C. Baryon © Le son du grisli
Photo (2012) : Lupi Spuma.

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