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Jenny Scheinman: 12 Songs (Cryptogramophone - 2005)

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Après trois albums menés en leader pour les labels Avant et Tzadik, la violoniste Jenny Scheinman continue d’interroger son univers singulier sur 12 Songs. A sept, cette fois-ci, elle a choisi de défendre une musique faite aussi bien de jazz que de folk, obnubilée par les danses languissantes et le cinéma en noir et blanc.

Auprès d’un Bill Frisell qui a laissé de côté ses stridences démonstratives, elle pose en guise d’introduction une valse jouant des unissons (The Frog Threw His Head Back and Laughed). Si le vibrato de guitare et le rythme las réverbéré évoquent les traitements du Twin Peaks de Badalamenti, c’est que Scheinman a pris note des multiples cousinages folkloriques d’Amérique du Nord, naturels comme artificiels.

Les ambiances peintes au lavis (She Couldn’t Believe It Was True) côtoient alors les illustrations sonores de saynètes invisibles sorties du piano de Rachelle Garniez (Satelite). Motivées par une autre vision des choses, les compositions peuvent aussi pécher par naïveté : sur la forme, lorsqu’elles font allégeance au tout électrique au point de noyer les interventions réfléchies du clarinettiste Doug Wieselman (Song of the Agen Road) ; sur le fond, lorsqu’elles insistent pour mettre la main sur une gigue ou un calypso pourtant inaccessibles (Suza, Little Calypso).

Heureusement, auprès des attentes stylistiques, se glissent des folies minuscules porteuses d’instants meilleurs. La fleur à l’instrument, les musiciens suivent le pas d’une marche absurde au violon tremblant, à la clarinette récalcitrante (Moe Hawk). Et la trompette de Ron Miles de faire briller l’ensemble, sur un hommage à Ayler (Albert) ou le temps nécessaire au dernier envol (June 21).

Au final, 2 X 2 partis pris assemblés malgré les différences : les jeux électrique / acoustique d’une enfant sage / frondeuse. Hésitant entre les impressions délicates et l’exploration fantaisiste de mondes branlants, Jenny Scheinman a placé son 12 Songs sous le signe du flou artistique, capable quand même de laisser place au net, pour convaincre plusieurs fois d’un talent évident.

CD: 01/ The Frog Threw His Head Back And Laughed 02/ Song Of The Open Road 03/ Moe Hawk 04/ Sleeping In The Aquifer 05/ The Bouy Song 06/ She Couldn't Believe It Was True 07/ Suza 08/ Little Calypso 09/ Satelite 10/ Antenna 11/ Albert 12/ June 21

Jenny Scheinman - 12 Songs - 2005 - Cryptogramophone. Import.

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