Le son du grisli

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Quinzaine Agitée : Chants de FranceA la question : Harutaka MochizukiEn librairie : Ci-gît d'Antonin Artaud et Nurse With Wound

Jean-Luc Guionnet : Arantzazu Close & Far (Vert Pituite, 2018)

jean-luc guionnet arantzazu

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième etdernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publie, depuis quinze jours, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Jean-Luc Guionnet, dont Pentes et Hoop Whoop (Hubbub) sont chroniqués dans Agitation Frite 3.

Après Métro Pré Saint-Gervais, Inscape: Lille-Flandres ou In St. Johann – qu’il enregistra avec Dan Warburton, Éric La Casa et The Ames RoomJean-Luc Guionnet publie un nouveau disque dont le titre permet qu’on le localise : le voici à Arantzazu, dans le Pays Basque espagnol, où il passa une semaine en juillet 2014.

Dans le Sanctuaire d’Arantzazu (Franciscains attirés là par une apparition de la Vierge au XVe siècle), Guionnet s’est d’abord familiarisé avec l’orgue de la nouvelle basilique : trois claviers manuels et un pédalier. Des orgues, Guionnet en a connues d’autres, mais celui-ci semble convenir à merveille à ses attentes – c’est en tout cas ce que laisse entendre cette improvisation, enregistrée au plus près de l’instrument (première face) ou du fond du monastère (seconde face).

Le musicien est prudent ; il faut à l'auditeur d’abord tendre l’oreille, chasser la note en tuyau. Et puis le premier aigu perce, auquel répond bientôt un grave, comme dans un jeu d’écholocation qui renverrait à Guionnet le possible début d’un chant. Tirant, il commande alors une note longue, insistante même, qui servira de modèle à combien d’autres quand les sons ne partiront pas en rafales autrement expressives.

L’expression est celle de l’instrument autant que celle du musicien ; en seconde face, c’est aussi celle du Sanctuaire, certes dans une moindre mesure, dont la rumeur (passage d’un visiteur, sonnerie des cloches…) comble l’expérience d’attentions inattendues. Troisième référence de la collection La Belle Brute, inaugurée par Vert Pituite au son de Jean-Marie Massou, Arantzazu fait lui aussi œuvre de son autant que d’idée.

Jean-Luc Guionnet : Arantzazu. Close & Far
Vert Pituite
Enregistrement : 2014. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

COUV ET BANDEAU



Long Orme : Long Orme (Wah Wah, 2018)

long orme

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publie, depuis dix jours, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Long Orme, que Robert chronique et qualifie dans Agitation Frite 3 d'un des secrets les mieux gardés du folk d’ici.

Il est des disques « uniques », dont on ignorait tout, et que l’on réédite. C’est le cas de Long Orme, qu’ont enregistré, au milieu des années 1970 à Grenoble, Yves Fajnberg et sa compagne d’alors, Marie Butel. Le disque a paru sous étiquette SonArt, son titre reprenant le nom que le couple s’était choisi – un intérêt pour l’arbre et un clin d’œil adressé au longhorn d’Amérique – pour servir son folk à la française.

Dans un texte qu’il a rédigé à l’occasion de cette réédition, Fajnberg revient sur l’époque où il vivait en communauté, se qualifiant lui-même de « baba cool », écoutait Bob Dylan, Leonard Cohen, Peter, Paul and Mary et, en français, Graeme Allright et Hugues Aufray. Après avoir participé à l’enregistrement de l’album Wave On de Dominique Droin, le jeune homme se laisse convaincre de consigner quelques-unes de ses chansons sur un Revox 2 pistes.

Pour la forme, ce sont une guitare folk et deux voix – celle de Fajnberg, nasillarde, sur le fil, et, en soutien, celle de Butel, aérienne et toujours juste. Pour le fond, ce sont des rengaines qui rappellent les influences citées plus haut et évoquent parfois le blues sur lesquelles se posent des textes d’une poésie naïve, certes, mais qui parfois touche. Sur Nos rêves, par exemple, qu’un orgue et quelques flûtes peaufinent ; sur Galère, aussi, qui chante des visions fantastiques où se mêlent princesses, singes à bras nus et hommes en collier ; sur Henry et Les enfants, enfin, qui en appellent à la science-fiction pour dire l’inquiétude du quotidien.

Si l’album est inégal – les arrangements de Droin pouvant parfois noyer le propos de Long Orme, quand ce n’est pas Fajnberg lui-même qui ne sait pas bien quelle tournure musicale donner à sa poésie – il est le document d’une époque révolue où les gens avaient encore « de l’encre sur les doigts » et fumaient des cigarettes qui ne laissaient pas derrière elles un parfum de verveine ou de pamplemousse. Et si, dans le même texte, Fajnberg dit avec humilité le désenchantement qui a suivi – … je ne suis pas devenu un chanteur professionnel. Timidité, manque de foi en moi et circonstances de la vie, tandis que nous savons bien des « amateurs » capables davantage que tel professionnel –, il aura démontré avec Long Orme qu’on peut faire œuvre de tourment et de tristesse sans rien attendre de la nostalgie.

Long Orme : Long Orme
Wah Wah
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

COUV ET BANDEAU


Christiane Bopp : Noyau de lune (Fou, 2018)

christiane bopp noyau de lune

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publie, depuis dix jours, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Christiane Bopp, tromboniste ici produite par Jean-Marc Foussat, interrogé dans le premier volume d'Agitation Frite.

Christiane Bopp joue du trombone. Mais ce trombone (devrais-je plutôt écrire « ces » trombones tant « son » trombone sonne pluriel) n’est pas comme les autres. C’est un trombone qui, au centre, préférera toujours la périphérie. Pardon : les périphéries.

C’est un trombone où le grouillant a son mot à dire. C’est un trombone dialoguant avec son ombre (plan rapproché vs arrière plan, trombone avec sourdine vs trombone sans sourdine). C’est un trombone gratouillant le souffle ou ruisselant de brousse. On le découvrira chant médiéval (Ce qui brûle). Plus loin il deviendra ange aux pantoufles de vair. Il aura à cœur de se transformer, se voiler, se dévoiler, se teindre d’un rouge sang ou d’un gris sablé. Il aura à cœur de relier le salivaire à la douceur des chants de lune (Gitane). Il aura l’air libre et libéré. Donc : le sera.

Christiane Bopp : Noyau de lune
Fou Records
Edition : 2018
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jean Cohen-Solal : Flûtes libres / Captain Tarthopom (Souffle Continu, 2018)

jean cohen-solal flûtes libres captain tarthopom

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publie, depuis dix jours, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Jean Cohen-Solal, longuement évoqué dans les chroniques de disques du troisième tome.

Forcément jaune comme un soleil, la réédition de Flûtes libres, disque de Jean-Cohen Solal jadis conseillée par la Nurse With Wound List et aujourd’hui réédité par Souffle Continu. Dans le troisième et dernier volume d’Agitation Frite, Philippe Robert fait bien de laisser parler le musicien : « Ma flûte, c’est l’image de moi-même. Je peux même plus facilement exprimer mes sentiments au travers de ma flûte qu’avec le langage. »

Sa flûte, Cohen-Solal l’enregistre alors plusieurs fois afin de dessiner un premier paysage dans lequel il pourra se mettre à chanter – à siffler, voire. La chose est singulière, même si elle peut évoquer ici la film music de Krzysztof Komeda (Concerto Cyclique) ou les promenades d’Alice Coltrane (Raga du matin). Avec Serge Franklin au sitar et Marc Chantereau aux tablas, Cohen-Solal s’en rapproche d'ailleurs encore : Quelqu’un, sur une face entière, le voit ainsi évoluer dans les hauteurs, à distance de grincements et de parasites qui gravitent avec l’air d’un ballet.

Pâle comme la lune, la réédition de Captain Tarthopom, sur lequel Cohen-Solal pénètre le champ des musiques progressives. Mis en branle au son de battements de cloches, le capitaine en question – qui peut aussi jouer de l’orgue, du piano et même attester un beau coup d’archet – est bientôt rejoint par des comparses : Jean-Claude Deblais (guitare électrique), Léo Petit (basse électrique), Serge Biondi (batterie), Sylvain Gaudelette (ondes Martenot), Michel Barré (trompette), Jean-Luc Chevallier (trombone) et… Charlotte (voix).

Abandonnée la première marche amusée, le groupe travaille à un mélange d’influences éclatées : rock, funk, folk… Certes, l’alliage plombe parfois l’expérience sonore – ici romantique, la flûte emmène là un générique d’une télé sans images – mais l’allure est vaillante et l’expérience d’une indiscutable liberté : celle d’un art naïf aussi bien que virtuose qui, avant toute chose, ne connait pas de cloison.

Jean Cohen-Solal : Flûtes libres / Captain Tarthopom
Souffle Continu
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jac Berrocal, Anne Gillis, Jacques Doyen : Fuel 217 / Sacré (Présence Capitale d'Avantage, 2018)

jac berrocal anne gillis jacques doyen

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Jac Berrocal, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite, et Anne Gillis, évoquée dans les chroniques de disques du troisième tome.

« Je joue la musique comme on joue une pièce de théâtre ou comme on vit dans une maison hantée. » La confession est d’Anne Gillis, vocaliste haut perchée, recueillie par le fanzine Intra Musiques en 1987 – soit une trentaine d’années avant l’enregistrement de ce duo avec Jac Berrocal à la trompette-sirène. 

Le couple est à entendre sur la première face du 45 tours. Filtrant d’un bidon d’huile, la voix de Gillis parle une langue étrange, si ce n’est empêchée. Berrocal, lui, répète une note de poche, pour convaincre peut-être l’ondine à s’exprimer en musique. Or, il n’est rien à faire : Gillis – à qui l’on doit l’enregistrement – est celle des deux musiciens qui avalera l’autre après l’avoir charmé, presque comme il est d’usage.

En seconde face, c’est Berrocal encore, mais il y a plus longtemps, et en illustrateur. Devant lui, la voix de Jacques Doyen dit avec un timbre saisissant – le rythme est moins soutenu que celui de l’auteur, est celui d’une respiration profonde – son adaptation de Holy d’Allen Ginsberg. Et tout devient sacré : les clochards en plus d’être célestes, les bêtes enfouies dans la cohorte beat, les grandes villes à parcourir, la drogue comme la maladie, la voix, enfin : oui, « la voix est sacrée », et à ce moment la trompette serpentine de Berrocal gagne encore en présence. C'est là la réédition d'un enregistrement Tago Mago. 

Dans le même numéro d’Intra Musiques, Gillis disait encore : « Ma voix est source sonore à l’état brute. (…) J’absorbe ce que j’entends, je dévore les sons. » Ce sont là, sur deux courtes faces de vinyle, trois voix et la même expérience, partagée. Mais sous l’effet des harmoniques, combien de voix en tout ?

 

Jac Berrocal, Anne Gillis, Jacques Doyen : Fuel 217 / Sacré
Présence Capitale D'Avantage
Edition : 2018. 
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

COUV ET BANDEAU


Festival Musica 2018 : Strasbourg, du 19 septembre au 6 octobre

 Musica Pierre Durr son du grisli

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, compte-rendu de la dernière édition du festival Musica par Pierre Durr (Intra Musiques), lui-même interviewé dans le troisième tome d'Agitation Frite

Musica a clôturé le samedi soir du 6 octobre sa 36e édition avec les Bootleg Beatles, un des concerts répondant à la thématique du cinquantenaire de 1968, un des axes de l’édition ce cette année. La vidéo, due à André Barreau faite de zapping d’images des sixties (politiques, sociétales, musicales) était intéressante. Mais on se pose la question du choix d’une formation qui s’affiche comme des clones des Beatles, jusqu’à reproduire l’attitude, les tics, l’allure des Fab Four à travers la décennie. La musique cherchait à reproduire, à la note, près celle des pièces originales (qui, au départ, devaient surtout évoquer le double album blanc, dont seuls huit titres auront été retenus) piochant dans leur répertoire de 1963 à 1969). L’interprétation de pièces que les Beatles eux-mêmes n’avaient jamais jouées en public a été rendue possible par l’accompagnement de l’orchestre de l’Académie Supérieure de Musique de Strasbourg-HEAR, sous la direction de Corinna Niemeyer. Si l’on peut louer le travail de ces étudiants, quoique parfois sonorisé trop discrètement, les Bootleg Beatles me laissèrent malgré tout une impression de malaise. Se prenaient-ils vraiment pour les Beatles ? Au final, j’aurais préféré une prestation qui s’approprie et retravaille le répertoire du groupe, à la manière de la pianiste Aki Takahashi, qui, au tournant des années 1980 / 1990 en avait proposé des relectures, réarrangées par John Cage, Alvin Curran, Alvin Lucier, Toru Takemitsu, Carl Stone, Frederic RzewskiJames Tenney, Kaija Saariaho… ou B for Bang, cette formation, plus récente, initiée par David Chalmin, au sein de laquelle officient entre autres Katia Labèque et Massimo Pupillo !)…

Zappa2

Cette thématique « soixantehuitarde » était bien sûr illustrée au début du festival par l’œuvre de Zappa, à travers un film, Eat That Question, la reprise de Dupree’s Paradise (quoique datant du début des années 1980) par les étudiants de l’ensemble de musique contemporaine de l’Académie Supérieure de Musique de Strasbourg-HEAR, et surtout par le spectacle initié par Antoine Gindt reprenant le propos de 200 Motels: The Suites et mettant en scène l’Orchestre philharmonique de StrasbourgLes Percussions de Strasbourg, l’ensemble vocal Les Métaboles et le groupe rock HeadShakers. Spectacle délirant, haut en couleurs, iconoclaste, souvent osé, en tout cas hilarant et vivfiant !

Cosmos 1969, initié par Thierry Balasse (auquel on doit déjà La face cachée de la lune et Messe pour le temps présent), participait de la célébration de ces années, à travers la mission Apollo 11 et le premier homme sur la Lune. Interprétation d’œuvres de Pink Floyd (Astronomy Domine, Set the Control for the Heart of the Sun, Echoes), de David Bowie (Space Oddity), de King Crimson (Epitaph), des Beatles (Because) et de Henry Purcell (O Solitude) avec des intermèdes de Thierry Balasse, l'ensemble était sympathique, parfois prenant. Un moment certes agréable, plutôt nostalgique pour qui a eu l’occasion de voir sur scène ces formations à l’aube des années 1970. On saluera surtout la prestation de Fanny Austry, funambule en apesanteur. Le second spectacle proposé par Thierry Balasse, Le voyage supersonique, m’apparaissait par contre très léger, en-deçà des attentes. Il est vrai qu’il était avant tout conçu comme spectacle pour les (très jeunes) scolaires. 

BalasseVoyageSupersonique

Certaines soirées, plus concertantes, au sens commun du terme, incluaient dans la programmation des œuvres jouées par les orchestres, des compositions se revendiquant aussi de cette thématique : Sinfonia de Berio, interprétée par l’Orchestre National des Pays de la Loire et les Neue Vocalsolisten Stuttgart, voire La Fabricca Illuminata de Nono, incluse dans le spectacle Homo Instrumentalis mis en scène par Romain Bischoff (spectacle incluant Ode to man,  en deux volets, de Yannis Kyriadides et Machinations de Georges Aperghis). Musica, c’est toutefois aussi un aspect de la création la plus contemporaine, parfois associée à des pièces du répertoire contemporain déjà reconnues, tout au long des trente-quatre représentations proposées par le festival.

Dans les pièces pour orchestre, j’ai particulièrement été séduit par Fiori di Fiori une composition de Francesco Filidei, proposant un travail intéressant sur le son, cherchant entre autre à reproduire les sonorités d’un orgue d’église, les effets de souffle des archets dans l’air, qui faisaient penser à des vols de papillon (tel Papilio Noblei du Rank Ensemble, paru chez Leo Records en 2014, voire Lépidoptères d’Adkins/Hron sur Empreintes Digitales). De même, associé à l’interprétation du Sacre du Printemps de Stravinski et San Francisco Polyphony de LigetiFollow Me, concerto pour violon et orchestre (en création française) du compositeur tchèque Ondrej Adámek, fut un des sommets de cette édition de Musica : les notes distillées par la soliste, Isabelle Faust, progressivement reprises par les cordes puis par l’ensemble de l’orchestre, lequel prend peu à peu les rênes pour couvrir voire effacer peu à peu le violon soliste... Sublime !

DecoderEns1

Certaines propositions pour petits ensembles, qui usent souvent d’électronique, participèrent de ces créations intéressantes. Cela fut le cas de The Lips Cycles de Daniel D’Adamo présenté le vendredi 28 septembre. Un travail sur l’appréhension de la sonorité des lèvres, effets de bouche, souffle décliné, en cinq mouvements, avec la flûte, la voix bien sûr, mais aussi la harpe et l’alto, toujours assisté par l’ordinateur qui assurait aussi les transitions entre les parties. De même, la prestation, le 4 octobre, du Decoder Ensemble, formation d’Alexander Schubert, fut un moment intéressant, même si la première pièce, Acceptance (vidéo présentant une sorte de chemin de croix de la narratrice dans un paysage calédonien sur un environnement sonore), en création, laissa dubitatif certains spectateurs. Les autres pièces, plus « musicales » séduisirent davantage avec leur mélange de techno, de free, d’électronique, en particulier f1 avec son « Bunny », lapin déjanté, à la fois présent dans la vidéo puis sur scène.

TaleaEns

On retiendra aussi la prestation, le 25 septembre, du Talea Ensemble (dont certains membres apparaissent régulièrement sur certains enregistrements de John Zorn ou plus généralement du label Tzadik, tel le pianiste Stephen Gosling). Leur « Sideshow » conçu par Steven Kazuo Takasugi fut décoiffant par leur attitude, leur mimique, leur jeu de pantin pour une musique faite, d’effets, de gazouillis, de vociférations, inspirée par les attractions foraines grotesques de Coney Island au début du XXe siècle. Quoique plus ancien, un autre moment fort de l’édition 2018 de Musica fut la prestation des Métaboles, avec leur appropriation d'Io, frammento da Prometeo (1981) de Luigi Nono. Le chant des choristes, ponctué discrètement par une flûte et une clarinette, et assisté par l’électronique en temps réel, fut hypnotique, saisissant, usant pleinement de l’acoustique de l’église St Paul. Enfin, proposé par l’ensemble Le Balcon, sous la direction de Maxime Pascal, en cette même église St Paul (et son parvis), le spectacle totalement hallucinant de Luzifers Abschied, scène finale de Samstag aus Licht de Stockhausen : des choristes / moines déambulant en sabot, avec d’autres moines / trombonistes, pratiquant une sorte de cérémonie initiatique ou de messe noire, un corbeau en cage qui, à la fin, sur le parvis, prendra son envol, alors que chaque moine jettera tour à tour une noix de coco, pour en distribuer les brisures aux spectateurs / initiés !

LuziferStockhausen

Il y eut certes d’autres moments intéressants, en particulier dans les diverses propositions des élèves en composition au sein de la HEAR ou du Conservatoire National de Strasbourg, mais, à mon avis, pas particulièrement marquants. Le travail réalisé, le 6 octobre, avec le soutien d’une cinquantaine de collégiens, par Les Percussions de Strasbourg, sur une proposition de Franck Tortiller (et sa formation), Isokrony 2, témoigne aussi de cette volonté des acteurs du festival d’inclure la future relève par un travail pédagogique soutenu. Je pourrais aussi citer la création de Wolfgang Mitterer, Rolling Clusters à l’orgue, dynamique, époustouflante, bouillonnante... voire, les musiques composées pour deux films : Au bonheur des dames par l’Accroche-Note, The Unknown de Tod Browning par François Narboni. Quoique ne relevant pas vraiment de mon univers sonore actuel, la prestation de Marquis de Sade, le 23 septembre, fut intéressante. J’avais eu l’occasion de les entendre en 1981 au festival des Musiques de Traverses de Reims, tout juste avant la prestation de Massacre, autrement plus détonnant…

Pierre Durr © Le son du grisli

COUV ET BANDEAU


Christian Rollet : Calamity Roll in the Dark (Arfi, 2018)

christian rollet calamity

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Christian Rollet, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite, et de nombreuses fois cité dans les chroniques de disques du troisième tome.

« Sans doute qu’il y a encore de la musique qui vient quand on est seul », explique Christian Rollet dans les notes de Calamity Roll in the Dark. Batteur des Free Jazz Workshop, Workshop de Lyon et La Marmite Infernale, camarade de Steve Lacy, François Tusques ou Lol Coxhill, Rollet insiste pourtant en 2000, en préambule d’un entretien avec Philippe Robert consigné dans Agitation Frite : « Il n‘y a pas d’intérêt à raconter sa vie. »

Alors, il reprend l’instrument, seul, au crépuscule, et improvise : sa batterie se lève lentement, avance un premier motif ; plus tard, elle se soulève, gronde puis se rétracte : c’est encore la nuit, tombée sur les expressions passées. Rollet abandonne alors l’espace à un art impressionniste : c’est, sur un litophone, la mélodie d’Autre précipitation nocturne ; sur Les peaux de l’aube, le souvenir du Drums Unlimited de Max Roach ; ailleurs, c’est un battement d’ailes. Et c’est déjà le matin : « Cet album solo est l’occasion d’une rêverie nocturne à la batterie. », écrit encore Rollet dans les notes du disque. Intimité et turbulences l’auront remplie à merveille.

Christian Rollet : Calamity Roll in the Dark
Arfi.
Enregistrement : 2017. Edition : 2018. 
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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PILES : Una Volta (Aagoo, 2018)

piles une volta

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, PILES, emmené par Guigou Chenevier, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite

C’est un drôle et je dirais même plus un beau drôle d’objet : un fanzine de 30 pages, noir et blanc mais plutôt deluxe, qui cache un CD. Sur le papier il y a un peu de poésie, les tracks d’Una Volta (le disque de PILES, donc), une collection de paraboles radio, de la typo graphique, des strips post-pop (tirés d’un film de Bas Mantel, je lis) et (enfin), en quatrième de couverture, les noms des trois faces qui sont / font PILES : Anthony Laguerre (batterie, guitares, keys), Guigou Chenevier (batterie) et Michel Deltruc (batterie).

Non, pas Les batteries. Mais un beau trio de batteries dont une seule m’était connue (celle de Chenevier, d’Etron Fou Leloublan à Volapük) qui disait en solo il y a une quinzaine d’années que Le batteur est le meilleur ami du musicien. Ici, ses partenaires sont un improvisateur qui a croisé le fer avec Xavier Charles et Jean-Sébastien Mariage (dans Wiwili) et un petit jeune qui peut jouer du rock dur (Laguerre avec Filiamotsa).

C’est d’abord tout batterie, bien appuyé, puissant, enregistré comme il faut, fort en gueule. Mais à la quatrième piste il y a une guitare qui rentre et après ça peut être un drone électronique, un enregistrement vocal... pour un résultat étrangement encore plus brut – aux amateurs des Jesus Lizard ou de Shellac, je conseille le morceau Mort aux cons). Tout ça est bien fichu, et quand arrive Kraut and Piles, on comprend d’où vient le vent qui porte ce beau trio de cogneurs. Vivement la seconda volta.

PILES : Una Volta
Aagoo
Edition : 2018.
Pierre Cécile © Le son du grisli

COUV ET BANDEAU


Jean-Jacques Birgé : Centenaire de Jean-Jacques Birgé (GRRR, 2018)

centenaire jjb

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Jean-Jacques Birgé, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite

Jean-Jacques Birgé a 100 ans. C’est lui qui l’a décidé. D’accord, un centenaire c’est pas toujours joli mais au-dedans c’est une expérience. Dans le CD, tout est expliqué : cent ans de recherches sonores et cent ans de rencontres. Mais pas que… Car Birgé c’est aussi un ego bien calibré, qui sait se la raconter tout seul, sans qu’on le pousse. Alors, à ses invités d’anniversaire (Bernard Vitet, Didier Petit, Pascale Labbé, Yves Robert, Philippe Deschepper, Vincent Segal, Cyril Atef et bien d’autres), le centenaire demande de bien se tenir à table. 

Le jeu est tout simple : suivre l’ego-trip qui le ramène à l’enfance et le conduit vers la fin de vie. Birgé en action, quoi : qui déclenche une sorte de vieille chanson soufflée à l’accordéon, avec faussetés dans la voix canaille, pour déjà penser (à) ce que sera demain. Les revendications sur fond de rock prog, la poésie frappée-flippée par l’électroacoustique, la surenchère de synthés (dans les années 1990, vraiment ?), la douce voix de Birgitte Lyregaard pour notre époque et après c’est les paris sur l’avenir. Toutes les décennies sont là, j’ai vérifié. Celle-ci nous ravit et celle-là nous assomme. C’est que 100 ans, c’est long et qu’on passe par plein d’humeurs. Reste à souhaiter à Jean-Jacques Birgé de vivre cent ans encore, il en est bien capable. 

Jean-Jacques Birgé : Centenaire de Jean-Jacques Birgé 
GRRR 2018

COUV ET BANDEAU

 

 



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