Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Bullshit: N.H5N1 (Ektic - 2007)

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S’emparant d’une insulte, Phil Minton (voix), Red (guitare et voix), Cyril Darmedru (saxophones, flûtes), Mr Wanted (percussions et voix) et Jean-Michel Berthier (percussions, laptop), dressent 17 façons de combattre un virus. Et puis, finalement, de faire avec…

Au son de collages dérangés que l’on dépose sur les sifflements du saxophone, d’improvisations traînant leurs inquiétudes sur le va-et-vient rapide d’un médiator, de chansons de cosaques ou d’airs concoctés en récréations permissives, Bullshit arrange donc ses remèdes, qui, rapidement, s’avèrent efficaces.

Eclatées, les recettes rappellent les progressions entêtantes de The Ex, les programmations stylisées d’Arthur Russell ou le blues revu et écorché par Tom Waits, autant qu’elles renvoient aux expérimentations coutumières de Minton et aux racines d’un art brut de faux inconscients sur le retour. Symptômes dont on ignore l’existence, qui méritent d’autant plus que l’on s’y penche.

Bullshit - N.H5N1 - Ektic. Distribution Orkhêstra International.



Yagihashi + Sato + Higo: The Temple of No Power No Virtue (Cohort Records - 2006)

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Sortis de leur récente collaboration avec le chanteur Phil Minton, Yagihashi Tsukasa (saxophones), Sato Yukie (guitare) et Higo Hiroshi (basse), continuent leur exploration d’une musique improvisée lénifiante, free jazz que l’on aurait débarrassé de son énergie.

Sur quatre titres, le trio montre en effet davantage d’intérêt pour l’expérimentation sonore que de faible pour le thème limpide et efficace. Alors, sur le décorum bruitiste mais ténu fomenté par les instruments électriques, Tsukasa multiplie les plaintes comme il décide d’aigus et de crissements (23:19) pour suivre ensuite ses partenaires le long d’une musique proche du silence, mais électrique encore (13:30, 14:20).

Combinant, pour finir, les constructions instables d’un saxophone plus dynamique aux dérélictions d’une guitare sous effets et d’une basse osant enfin appuyer chacune de ses notes (6:31), Yagihashi, Sato et Higo, complètent dignement l’exposé de leurs intentions sombres et expérimentales, distribué presque sous le manteau par le label Cohort Records.

CD: 01/ 23:19 02/ 13:30 03/ 14:20 04/ 6:31

Yagihashi + Sato + Higo - The Temple of No Power No Virtue - 2006 - Cohort Records.


Phil Minton, Roger Turner: Ammo (Leo Records - 2006)

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Enregistré par le chanteur Phil Minton et le batteur Roger Turner en 1984, voici réédité Ammo, disque sorti la même année et devenu rare, document important relatif à l’histoire de l’improvisation en duo.

C’est que l’exercice est inhabituel - accidentel, voire -, qui se contente d’une voix et d’une batterie à plier selon ses principes. Or, évalué par Minton et Turner, il permet curieusement une multiplication soudaine des possibilités. Dans un souffle, un chant curieux se fait entendre sous les percussions légères, avant de disparaître au profit du vacarme d’une sphère ORL agitée, auquel s’opposent bientôt des propositions rythmiques effrénées (Ammo).

Apte aussi à imbriquer des effets minuscules, le duo associe quelques effets de gorge et des impulsions atteignant les cymbales (Cold Storage), éprouve mille moyens d’établir une communication – sifflements (Cut Face), miaulements ou vociférations (Ing-A-Ting) -, ou mesure le potentiel des micros à rendre le relativement petit, l’infiniment caché (Feral).

C’est d’ailleurs ici que réside le charme du disque : dans l’enregistrement lui-même. Choisissant tour à tour de couvrir, rapprocher ou éloigner le micro, l’usage que l’on en fait tient souvent du secret, allant même jusqu’à faire naître chez l’auditeur pervers le fantasme de l’introduction (Cut Face). Moyen comme un autre de jouer un tour, de force et de taille, célébré dans l’allégresse frôlant folie d’une reprise de Monk (Round About Midnight) ou une facétie menant jusqu’à l’étouffement (Urgent).

CD: 01/ Ammo 02/ Cold Storage 03/ Ing-A-Ting 04/ Feral 05/ Rubbed And Told 06/ Round About Midnight 07/ Cut Face 08/ Urgent

Phil Minton, Roger Turner - Ammo - 2006 (réédition) - Leo Records. Dictribution Orkhêstra International.


Simon Nabatov: A Few Incidences (Leo - 2005)

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Le pianiste russe Simon Nabatov s’est fait spécialiste de l’évocation en musique d’œuvres littéraires signées de compatriotes chronologiquement éloignés. Après avoir dédié des enregistrements aux poèmes de Joseph Brodsky et au roman « Le maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov, c’est au tour du travail de Daniil Kharms, écrivain de la première moitié du 20eme siècle proche de l’esthétique futuriste, de se voir célébré.

Enregistré en octette, A Few Incidences profite des particularités diverses des musiciens choisis. Le collage assemble ainsi les constructions électroniques de Cor Fuhler et l’élaboration d’un nouveau langage auquel s’attache le chanteur Phil Minton, écrasant des onomatopées sur le saxophone d’un Frank Gratowski à l’affût des directions prises par l’entier groupe (And That’s All). Les accents sombres d’un duo trombone / contrebasse ouvrent ensuite Kalindov, récité bientôt par Minton, qui établit cette fois un parallèle troublant avec l’Ursonate de Kurt Schwitters, sur lequel le piano pose un soupçon d’âme russe.

La lecture, toujours, mais plus loin : dans la bouche de Minton, sur le rythme rapide et théâtral imposé par Nabatov (The Plummeting Old Women), ou défendue dans un Russe original, sur Ivan Ivanych Samovar, poème pour enfant tailladé par les décisions électroniques de Fuhler. Celles-ci s’opposeront parfois élégamment à l’acoustique prépondérante de l’ensemble, sur une valse extra-terrestre révélant le charme qu’elle trouve à la pop symphonique (The Start of a Very Nice Summer’s Day) ou le développement d’une cantate folle (An Encounter).

Au final, l’hétérodoxie russe entraîne dans ses méandres un lyrisme emporté, une rengaine des bas-fonds (The Red-Haired Man), des combinaisons expérimentales truculentes, et même un peu d’ennui, transformé bientôt en mélancolie sourde (On Equilibrium). Ménageant toujours le feu et la glace, A Few Incidences serait une symphonie militaire fredonnée par Bakounine.

CD: 01/ And That’s All 02/ Kalindov 03/ The Red-Haired Man 04/ The Plummeting Old Women 05/ On Equilibrium 06/ An Encounter 07/ The Start of a Very Nice Summer’s Day 08/ A Sonet / On Phenomena And Existence 09/ Ivan Ivanych Samovar

Simon Nabatov - A Few Incidences - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.


Toot : One (Sofa, 2005)

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Trio frondeur sévissant depuis la fin des années 1990, Toot réunit le Britannique Phil Minton et les Allemands Thomas Lehn et Axel Dörner autour de l’élaboration de collages musicaux hystériques. Refusant toute logique, One présente quatre extraits de trois récentes performances en public.

Eléments épars plantés là pourquoi ? Question inabordable dans le cas de Toot. L’intérêt est ailleurs, qui réside dans la manière d’aborder les inspirations, de les taire ou de les imposer. Ainsi, sur les quasi ultrasons du synthétiseur de Lehn, le trompettiste Dörner met en pratique une hydraulique sonore qui emportera tout (01). Les expériences vocales de Minton, soumises à des référents visuels, évoquent, tour à tour, les onomatopées de personnages de Plympton, les bruitages de jeux vidéos inédits, ou les cris d’angoisse d’un homme civilisé qui déchante.

Régissant l’ordre des choses sur 02 et 03, les invocations insolentes et désespérées mettent à mal la fantaisie des simples collages bruitistes. Là, on imbrique des volumes, convulsivement, le rouge aux joues, jusqu’à ce que l’ensemble tienne de lui-même. Les voix organiques et les appels internes cherchent à s’acclimater en milieu hostile, univers de Tron exposé sous cloche.

L’oubli d’un entretien possible et le refus de théories à aborder n’empêchent pas Toot de calquer ses intentions sur d’autres utopies. L’Ursonate de Kurt Schwitters, par exemple, qui accueille bientôt des oiseaux perchés sur un éboulis de matières sonores rugueuses (04). L’audace est belle, qui abandonne les formes et les significations, accepte l’incompréhension inévitable que l’on se verra opposer. L’intention est menée à bien, qui propose une alternative que l’on sait, dès le départ, irrecevable.

Toot : One (Sofa)
Edition : 2005.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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