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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
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Peter Kuhn : No Coming, No Going (NoBusiness, 2016)

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C’est par le biais d’Arthur Williams – au son de sa Forgiveness Suite – que nous est revenu récemment Peter Kuhn, clarinettiste et saxophoniste qui fit partie de l’Orchestra de Frank Lowe (Lowe & Behold, premier enregistrement de Kuhn), joua auprès de William Parker (Through Acceptance Of The Mystery Peace) et de Lester Bowie, avant de signer de son nom des disques Hat Hut et Soul Note. Mais c’est une référence jadis autoproduite (sous étiquette Big City Records) que NoBusiness réédite aujourd’hui, augmentée d’un duo avec le batteur de ses formations, Denis Charles.

Amputé de sa Forgiveness Suite, c’est un concert donné à la radio, le 19 décembre 1978, que consigne Livin’ Right. Kuhn y apparaît à la tête d’un quintette dans lequel on trouve, en plus de Williams et de Charles, Toshinori Kondo (trompette et alto) et William Parker (contrebasse). A l’écoute de l’association clarinette / batterie sur Chi – pièce qui ouvrait jadis la seconde face de l’édition originale –, impossible de ne pas songer à Steve Lacy. Mais l'art de Kuhn est volage, qui brille ensuite par son écriture et ses arrangements (vingt minutes durant, la suite Manteca, Long Gone, Axistential laisse lentement s’exprimer sa fièvre dans les brumes) ou par son appropriation des codes d’un jazz plus classique (Red Tape, certes pétri de dissonances).



Le duo Kuhn / Charles provient d’un autre concert donné datant, lui, du 29 septembre 1979. Les deux premières plages retiennent des compositions du premier : Stigma, sur laquelle la batterie ne cesse de coller au phrasé de la clarinette, qui déroule voire dévale ; Axistential, où grognent et graillent les graves. Deux improvisations, ensuite, sur lesquelles Kuhn passe de clarinette en ténor à vive allure – Charles émoustillant l’évocation de Bechet sur Drum Dharm puis attisant le saxophone sur Headed Home.

C’est donc un autre (et épatant) instrumentiste à la fois attaché à « la tradition » et pressé de s’en écarter – comme Coltrane, Dolphy ou Sun Ra, qui l’ont ouvert au jazz créatif– qu’il faut voir en Peter Kuhn. Sur ces deux concerts, ses partenaires auront accéléré un mouvement que l’écoute de Perry Robinson, qui deviendra l’un de ses amis, avait déclenché. C’est aussi là une autre et belle histoire estampillée « Loft Jazz » que raconte NoBusiness avec l’aide d’Ed Hazell (qui découvrit les bandes du concert du duo) à laquelle Peter Kuhn, longtemps empêché par la maladie, donnait suite en 2015 en enregistrant The Other Shore.

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Peter Kuhn : No Coming, No Going
NoBusiness
Enregistrement : 19 décembre 1978 / 29 septembre 1979. Edition : 2016.
2 CD : CD1 : 01/ Chi 02/ Manteca, Long Gone, Axistential 03/ Red Tape – CD2 : 01/ Stigma 02/ Axistential 03/ Drum Dharma 04/ Headed Home
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Arthur Williams : Forgiveness Suite (NoBusiness, 2016)

arthur williams forgiveness suite nobusiness

Si les trajectoires d’Arthur Williams (trompette), de Peter Kuhn (clarinettes, saxophones) et de William Parker (contrebasse) se confondent ici – « alors » (19 décembre 1978), devrait-on plutôt écrire – avec bonheur, c’est qu’elles s’étaient déjà croisées, et même souvent : dans ce Muntu que Williams emmena un temps en association avec Jemeel Moondoc ou dans l’Orchestre de Frank Lowe, par exemple. En quintette avec Toshinori Kondo (trompette), fraîchement débarqué du Japon, et Denis Charles (batterie), le trio donnait un concert à la Columbia University Radio WKCR-FM.

Si celui-ci permit à Kuhn de publier Livin’ Right – réédité ces jours-ci par NoBusiness sur No Coming, No Going, The Music of Peter Kuhn, 1978-79 –, le disque en question ne consignait pas l’entier concert : la découverte de cette « suite » composée par Arthur Williams répare l’oubli et documente le travail d’un trompettiste méconnu – dont Ed Hazell rappelle le parcours dans les notes de pochette : premières expériences avec Ahmed Abdullah et Charles Downs, création du Master Brotherhood avec notamment Joe Rigby et Steve Reid, expérience Muntu jusqu’en 1978 puis dernières associations avec Milford Graves, Cecil Taylor et Charles Tyler, avant de renoncer à la musique au début des années 1980.

En cette Forgiveness Suite, trois notes lentes suffisent à inspirer un quintette d’exception : à distance, leurs répétitions par des vents souvent à l’unisson arrangent les diverses – autant que peuvent l’être les musiciens en place : ainsi la clarinette basse de Kuhn, déstabilisante, contraste-t-elle avec la déconstruction maniaque du thème par la trompette de Kondo – séquences d’un remarquable vagabondage sonore. Autour d’une composition d’inspiration taylorienne, les cinq musiciens ont ainsi tourné : il fallait donc bien que cette suite nous revienne, à nous et à Arthur Williams.

écoute le son du grisliArthur Williams
Forgiveness Suite (Part 1)

arthur williams

Arthur Williams : Forgiveness Suite
NoBusiness
Enregistrement : 19 décembre 1978. Edition : 2016.
LP : A/ Forgiveness Suite (Part I) – B/ Forgiveness Suite (Part II)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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