Le son du grisli

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The Big Sax CD : Contemporary Baritone Saxophones (SLAM, 2009)

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Dans l’ordre alphabétique, six saxophonistes sont ici rangés. Ce qui les rapproche d’abord : le baryton. Ensuite : des façons d’en jouer différemment.

Lorsqu’elle met en valeur un instrument, il arrive souvent qu’une compilation pêche par sa diversité, voire son manque de cohérence. Ici, trouver l’exception qui confirme la règle. De Carlo Actis Dato (qui passe en solo de récréations latines en exercices expérimentaux) à Mikko Inannen (progressant avec allure auprès du batteur Mika Kallio), de Sergey Letov (compositions alambiquées requérant re-recording) à Charles Evans (amateur de polyphonie donné à entendre seul ou à la tête de formations comprenant le trompettiste Peter Evans et le pianiste Neil Shah), voici reliés les points cardinaux d’une Internationale du baryton. Si ce n’est deux fausses pistes indiquées par George Haslam et Javier Zalba, la carte s’avère fiable, et parfois fois même capable de surprises.

The Big Sax CD : Contemporary Baritone Saxophones (Slam Productions)
CD : 01/ Carlo Actis Dato : Anatra 02/ Carlo Actis Dato : Tasso 03/ Carlo Actis Dato : Fenice 04/ Carlo Actis Dato : Due Bisonti 05/ Carlo ACtis Dato : Talpa 06/ Charles Evans : What 07/ Charles Evans : On Tone Yet part I 08/ Charles Evans : On Tone Yet Part II 09/ Charles Evans : Micropterus Salmoides 10/ George Haslam : Viejo Lobo 11/ George Haslam : El Puntanito 12/ George Haslam : Thinking Allowed 13/ Mikko Innanen : Adler 14/ Mikko Innanen : Phönix 15/ Mikko Innanen : Merkur 16/ Sergey Letov : Semipalatinsk 17/ Sergey Letov : LeBorRa 18/ Javier Zalba : Como Fué
Enregistrement : 2005-2009. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Evan Parker : The Moment's Energy (ECM, 2009)

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Si le premier enregistrement de l’Electro-Acoustic Ensemble avait été, il y a une douzaine d’années, une passionnante découverte – la « cellule anglaise » (Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton) s’y trouvant pistée par son « shadow trio » (Phil Wachsmann, Walter Prati, Marco Vecchi) – le cinquième* album du groupe (toujours chez ECM) ne renouvelle pas complètement l’enchantement.

L’accroissement de l’effectif (culminant ici à quatorze membres, dont Agustí Fernández, Joel Ryan, Richard Barrett et Paul Obermayer) au fil des disques, un temps vanté par des chroniqueurs admiratifs de ce qu’ils prenaient pour une performance (de quoi ?), ne fait rien à l’affaire – mais ne l’aggrave pas non plus, à mon sens ; l’impression d’empâtement semble davantage tenir à la nature même et à la densité des interactions à l’œuvre. Le principe parkérien de prolifération donnant de merveilleux résultats hallucinatoires et poétiques dans le contexte du solo (voire du solo « traité », comme avec Prati dans Hall of Mirrors [CD MM&T] ou Lawrence Casserley dans Solar Wind [CD Touch]), un jeu supplémentaire de diffractions croisées peut confiner à l’obscurcissement des beaux labyrinthes de verre, comme si, par inflation, on passait d’un essaim turbulent à un avion gros-porteur, masse vrombissante creusant la nuit en clignotant puis virant pesamment sur une aile. On guette alors, dans ce flux laminaire, tout autant les festons du soprano que les trouées de Ned Rothenberg (clarinettes, shakuhachi), les éclaircies de Peter Evans (trompette, trompette piccolo) que l’impeccable sho de Ko Ishikawa, véritable générateur acoustico-électronique…

*Après Toward the Margins (6 musiciens, 1996), Drawn Inward (7 musiciens, 1998), Memory/Vision (9 musiciens, 2002), The Eleventh Hour (11 musiciens, 2004)

Evan Parker : The Moment's Energy (ECM / Universal)
Edition : 2009.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V 06/ VI 07/ VII 08/ Incandescent Clouds
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Archives Evan Parker


Peter Evans : Nature / Culture (Psi, 2009)

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D'abord déballer le bel objet et décrypter le dessin, signé par le trompettiste Peter Evans, qui s'étale sur les trois faces de son nouveau double album : Nature / Culture. Un corps humain au centre d'un réseau de filaments tortueux. La tête : un agencement complexe de tubes, pistons et d'une embouchure. C'est son instrument. Des pieds partent des fils qui se rejoignent pour former d'un côté une main et de l'autre, ce qui ressemble à une portée musicale. Cette image où s'interpénètrent éléments organiques et mécaniques est, à l'instar du titre de l'album, une illustration de la tension qui est à la source de la musique que l'on va entendre : mélange d'inspiration et d'expression physique pure d'une part, et utilisation de procédés techniques d'amplification et d'enregistrement très précis d'autre part.

Sur les deux CDs qui composent cet album, le trompettiste raconte des histoires uniquement en solo – Peter Evans est également impliqué dans plusieurs formations, notamment avec Okkyung Lee et Steve Beresford ou avec le Mostly Other People Do the Killing. Comme on avait déjà pu l'entendre sur son premier album More is More (Psi Records, 2006), Peter Evans se révèle être un des plus magnifiques et des plus passionnants conteurs apparus sur la scène des musiques improvisées ces dernières années. Comme il l'écrit dans le livret, son investissement dans ce travail solo lui permet « to tell stories that are short, long, true, false, unfinished, overlapping, fantastic and mundane. » Avec aisance, il passe de vocalises abstraites à un discours enjoué et ironique sur les formes traditionnelles du jazz, de drones enveloppants à des cascades de notes limpides, violentes et sensuelles. Jamais l'attention de l'auditeur ne fléchit, tant l'investissement du musicien est total.

Peter Evans : Nature / Culture (Psi / Orkhêstra)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Micro 02/ Macro 03/ Full 04/ Jazz 05/ The Chamber 06/ Wa 07/ Five - CD2 : 01/ Nature / Culture a 02/ Nature / Culture b 03/ Nature / Culture c 04/ Nature / Culture d 05/ Nature / Culture e 06/ Technology
Jean Dezert © Le son du grisli

Peter Evans déjà sur grisli
Check for Monsters (Emanem - 2009)


Okkyung Lee, Peter Evans, Steve Beresford : Check for Monsters (Emanem, 2009)

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Dans les notes qui accompagnent Check for Monsters, à la question « Quel est le but des monstres ? », la violoncelliste Okkyung Lee répond « nous rappeler que le monde n’appartient pas aux humains. » De leurs côtés, le trompettiste Peter Evans affirme « manger les enfants » et le pianiste Steve Beresford avance « le plaisir ». Ensemble, Lee, Evans et Beresford prennent la direction du noir.

En profitant vite d'une improvisation inépuisable : de suppositions énoncées à coup d’archet glissant pour Lee, de fuites impétueuses pour Beresford et de lignes de conduite brillante instituées par Evans, le trio cherche partout, se meut et déplace, fond tout à coup sur une ombre, pour, rapidement, la laisser filer. Par vagues successives, Check for Monsters ramène à l’auditeur les fruits de sa cueillette et quelques vociférations, tout en l’assurant de la distinction des gestes nécessaires d’une formation ayant joué avec ses peurs d’enfants, et qui, pour être allé voir derrière la porte, s’en trouve aujourd’hui apaisé.

Okkyung Lee, Peter Evans, Steve Beresford : Check for Monsters (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Phacthio 02/ Yinothanot 03/ Egokrlo-nar 04/ Gwendol ap Siencyn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Carnival Skin: s/t (Nemu Records - 2006)

carsliAutour du batteur Klaus Kugel et du guitariste Bruce Eisenbeil, le quintette Carnival Skin rassemble le savoir-faire du clarinettiste Perry Robinson (partenaire d’Archie Shepp ou Charlie Haden), du trompettiste Peter Evans (entendu auprès de Fred Frith) et du contrebassiste Hilliard Greene (sideman de Leroy Jenkins ou Charles Gayle).

Dans les pas de Steve Lacy, le groupe entame l’enregistrement au son d’un swing contemporain, profitant des trouvailles du duo Robinson / Evans puis d’un solo éclairé dû à Eisenbeil (Journey to Strange). Reste alors à concrétiser la clairvoyance du traitement que les musiciens destinent à un jazz référencé free.

Chose faite, ensuite, et malgré les égarements sans saveur de Diagonal People. Au son d’un unisson traînant un hymne inspiré sur les roulements insatiables de Kugel qui transforment bientôt le propos en pandémonium improvisé et bruyant (Iono) ; ou sur le rythme nonchalant d’une impression soumise plus tard à quelques déflagrations flamboyantes (Monster).


Une dernière improvisation (Carnival Skin), et le quintette clôt un premier album brillant et efficace. Qui traite à la manière du jour d’anciennes méthodes, désormais rafraîchies.

CD: 01/ Journey to Strange 02/ Monster 03/ Iono 04/ Bobosong 05/ Diagonal People 06/ Carnival Skin

Carnival Skin - s/t - 2006 - Nemu records.



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