Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Keith Tippett: A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor (Ogun - 2009)

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Sur scène à l’automne 1984, le pianiste Keith Tippett conduisait un septette aux membres choisis (Larry Stabins, Elton Dean et Mark Charig aux saxophones et cornet, Nick Evans au trombone, Paul Rogers à la contrebasse, Tony Levin aux percussions). L’ensemble, à réentendre aujourd’hui sur la réédition d’A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor.

Inspiré par un texte signé Maya Angelou, Tippett composa une œuvre en quatre parties souvent rattrapée par une improvisation abrasive : de l’unisson bon enfant qui ouvre l’enregistrement, les saxophonistes s’éloignent rapidement pour confronter des individualités perturbatrices que le pianiste accueille avec bienveillance. A force de commander des changements d’atmosphères, Tippett peut se laisser aller ici à un lyrisme obséquieux, là à une facilité d’exécution par trop légère, et puis investir une progression à la noirceur revigorante – aller entendre l’étrange évolution de la deuxième partie du titre principal. Partout, ensuite, le pianiste se voit remercié pour la confiance qu’il fait à ses partenaires, jusqu’à la dernière seconde de Dedicated to Mingus, conclusion lancée au son d’une valse dingue sur laquelle il fait sienne la folie persuasive d’un contrebassiste fait modèle.

CD: 01-04/ A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor 05/ Dedicated to Mingus >>> Keith Tippett - A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor - 2009 - Ogun. Distribution Orkhêstra International.

Keith Tippett déjà sur grisli
Live at Le Mans (Red Eye - 2007)
Viva la black Live at Ruvo (Ogun - 2006)



Gjerstad, Norton & Rogers: Antioch (Ayler - 2008)

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En Norvège, en 2005, Frode Gjerstad revoyait ses façons aux côtés du percussionniste Kevin Norton et du contrebassiste Paul Rogers.

Antioch, de suivre alors l'allure improvisée de quatre grands mouvements, le long desquels le leader passe de saxophones en clarinette basse, quand Norton va et vient entre vibraphone et batterie. Attendri, Gjerstad suit à la clarinette les conseils apaisants de Norton sur Ramparts, pour adapter d'autres méthodes à sa pratique de l'alto : emportements plus expérimentaux d'Ultimately Betrayed, à la fin duquel les tensions finissent par retomber.

Pour permettre le développement de Common Misconception, meilleure improvisation de la séance, sur laquelle le saxophone basse progresse entre des notes lentes de vibraphone et celles d'un archet soudain tourmenté. Pour conclure, l'aimable dialogue entre Rogers et Gjerstad contrastant sur Monad, Dyad, Triad avec les coups intempestifs distribués par Norton sur son instrument. Le trio s'en tient là, avec raison.

CD: 01/ Ramparts 02/ Ultimately Betrayed 03/ Common Misconception 04/ Monad, Dyad, Triad

Frode Gjerstad, Kevin Norton & Paul Rogers - Antioch - 2008 - Ayler Records. Téléchargement.


Keith Tippett Tapestry Orchestra: Live at Le Mans (Red Eye Music - 2007)

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En 1998, au Festival de jazz du Mans, le pianiste Keith Tippett menait son Tapestry Orchestra - ensemble de 21 musiciens parmi lesquels on trouve les batteurs Louis Moholo Moholo et Tony Levin, les chanteuses Julie Tippetts, Maggie Nicols et Vivien Ellis, le contrebassiste Paul Rogers, le tromboniste Paul Rutherford, ou encore, les saxophonistes Paul Dunmall et Gianluigi Trovesi.

Un casting de choix, donc, qui se laisse conduire sur les sept compositions arrangées dans le détail par Tippett. Exposant ici toute la diversité de ses préoccupations, celui-ci commande des valses indolentes menées jusqu’à une évocation de Berio (Second Thread) ou à un free jazz jubilatoire (Third Thread), une ballade irlandaise transposée dans un univers proche de celui de Lalo Schifrin (Sixth Thread) ou un morceau de cabaret exalté (Fourth Thread).

Adepte du pandémonium brouilleur et salutaire, Tippett impose ici et là à ses musiciens des élans baroques réconciliateurs, fusionne un swing brillant à un gospel cacophonique (First Thread) ou à une pièce vocale plus mesurée évoquant Morton Feldman (Fifth Thread). Les couleurs sont changeantes et vives ; le tableau tire parti avec élégance de tous les –ismes possibles, pour présenter au final une œuvre magistrale.

CD1: 01/ First Thread 02/ Second Thread 03/ Third Thread 04/ Fourth Thread - CD2: 01/ Fifth Thread 02/ Sixth Thread 03/ Seventh Thread

Keith Tippett Tapestry Orchestra - Live at Le Mans - 2007 - Red Eye Music.


Free Zone Appelby 2005 (Psi - 2006)

psi0606sliAutour du saxophoniste Evan Parker, neuf improvisateurs de choix servent, selon les combinaisons, une musique exaltée et vorace, aux allures oscillant entre free jazz définitif et contemporain déluré.

Parmi les combinaisons, trois trios: Kenny Wheeler (trompette), Paul Rogers (contrebasse) et Tony Levin (batterie), déroulant un free incisif sur Red Earth Trio-1; Gerd Dudek (saxophone ténor), John Edwards (contrebasse) et Tony Marsh (batterie), introduisant Red Earth Trio-2 de manière déconstruite avant de tout sacrifier à l’énergie implacable ; Paul Dunmall (soprano et ténor), Philipp Wachsmann (violon) et Tony Levin, enfin, opposant les entrelacs mesurés de saxophones et de violon à la charge féroce des hurlements et des sirènes (Red Earth Trio-3).

A Red Earth Quartet 1, ensuite, d’occuper l’espace. Ouvert au son du contrepoint abrupt des deux ténors (Evan Parker et Gerd Dudek), la pièce progresse sous l’effet de l’ardeur de Tony Levin. Insatiables, déjà, les saxophonistes amassent leurs trouvailles sans plus se poser de question, quand Levin gagne encore en densité et que la contrebasse de John Edwards n’en peut plus d’insister.

Réunis tous, enfin, sur Red Earth Nonet, les improvisateurs investissent des sphères ténébreuses, mouvements lents et circulaires pour free jazz dense évoquant le Way Ahead de Coursil. Irrémédiable, la charge sera passagère, fière et accablante, et regagnera peu à peu le souterrain duquel on l’avait extirpée. Un final dans les brumes, après autant d’épreuves du feu essuyées avec prestige.

CD: 01/ Red Earth Trio-1 02/ Red Earth Quartet 1 03/ Red Earth Trio-2 04/ Red Earth Trio-3 05/ Red Earth Nonet

Free Zone Appleby 2005 - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.


Mujician: There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)

mujigrisliDepuis près d'une vingtaine d'années, quatre musiciens britanniques de premier ordre interrogent avec tact l'interaction improvisée. Sous le nom de Mujician, Paul Dunmall (saxophones), Keith Tippett (piano), Paul Rogers (basse) et Tony Levin (batterie), signent leur sixième album: There's No Going Back Now.

Le temps de ramasser ensemble l'entière histoire d'une improvisation européenne pour laquelle ils ont oeuvré, et qu'ils survolent aujourd'hui au son d'intérêts différents mais complémentaires. Sans plus se poser de questions, Mujician peut adopter des allures changeantes: musique contrapunctique ou sérielle, free incisif, chaos instable ou accès soudain de mélodie apaisée.

Parti au rythme soutenu d'une introduction dense aux relents de jazz libre, le groupe calme ses intentions sur l'appel des 5 notes répétées par le piano de Tippett. Pièce quasi contemporaine, qui filera comme l'autre après l'apparition d'un gimmick de basse à l'origine d'une progression répétitive efficace et lancinante, qui ménage quelques élans individuels discrets.

Passé du ténor au soprano, Dunmall transporte Mujician vers d'autres rives, fait de Tippett un simple accompagnateur qui installera ensuite un swing plutôt classique, option contre laquelle semblera se battre le saxophone. Lorsque Dunmall se retire, le trio restant investit les mouvements circulaires, répétitifs encore, schéma abandonné au retour du ténor, qui sonne la charge dévastatrice, encouragée par les imprécations de Levin. L'élan romantique, pas infini, devra retomber dans les grincements et les fulgurances quiètes.

Trois quarts d'heure de combinaison adéquate, ne tenant jamais du collage impropre ou du rapprochement bancal. L'imbrication est celle d'orfèvres, et les solutions, immédiates, trahissent de quoi est capable l'expérience, voire, révèlent un génie dégagé de contraintes. S'il fallait tout oublier des musiques improvisées pour tout recommencer, There's No Going Back Now pourrait être le point choisi du nouveau départ.

CD: 01/ There's No Going Back Now

Mujician - There's No Going Back Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.


Paul Dunmall: Bridging The Great Divide Live (Clean Feed - 2003)

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Après l’avoir enregistrée une première fois en 2000, Paul Dunmall revoit, deux ans plus tard, la copie de sa composition The Great Divide. Devant public, il se charge de son entame au son de sa cornemuse avant de changer l’ordre d’intervention des solistes de son octette. L’introduction passée, le contrebassiste Paul Rogers peut lancer le swing explosif sous lequel évoluera l’interprétation.

Chacun des musiciens aura tout loisir de fulminer - Dunmall au saxophone ténor, Tony Levin à la batterie – quand Keith Tippett se contente, derrière son piano, de jouer les accompagnateurs discrets. Jusqu’à la consécration d’une pause, qu’il instaure avec le soutien de Levin, pour mieux l’abandonner, ses attaques sèches ravivant les intentions furieuses de l’ensemble des musiciens.

Retrouvé, le pandémonium court maintenant le long d’un swing jouant davantage des dissonances. La trompette de Gethin Liddington ou le trombone de Paul Rutherford tirant leur épingle du jeu sur la redondance efficace de la contrebasse. La conclusion célèbrera le retour du duo Tippett / Dunmall, défenseur surprenant d’un free jazz voué à tout embraser, jusqu’aux cendres.

En guise de rappel, une improvisation. A 4, cette fois : Dunmall, Tippett, Rogers et Levin, s’essayant de nouveau à l’exercice. Energique et ramassée, Wind est une pièce qui concilie la progression retenue du pianiste et l’ardeur des phrases du saxophone, et prend ainsi les allures d’un compromis agile et pertinent. Complétant à merveille la relecture d’un thème écrit tout en s’en démarquant.

CD: 01/ The Great Divide 02/ Wind

Paul Dunmall - Bridging The Great Divide Live - 2003 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.



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