Olivier Messiaen : For Onde Martenot and Piano (Rer Recommended, 2009)

Tout comme Varèse, Olivier Messiaen succomba aux charmes des Ondes Martenot. En conséquence, quelques-uns de ses élèves aussi : N’Guyen Thien Dao, Jacques Charpentier et Tristan Murail, qui signent autant que le maître les compositions pour ondes musicales et piano entendues ici (interprétations de Nadia Ratsimandresy (Art Zoyd) et Matteo Ramon Arevalos).
Où l’on célèbre avant tout l’éternité de Jésus à grands coups d’instrument sortant de l’ordinaire, capable de remplacer le violoncelle sur le quatrième et extatique mouvement du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen. Dûs au même, trouver plus loin quelques feuillets inédits (les oscillations mélodieuses sur une progression lente d’accords de piano, et puis démonstratives) et une Vocalise-Etude impressionniste s’amusant de la paraphrase.
Pour ce qui est des travaux d'élèves, N’Guyen Thien Dao oppose à l’instrument du jour un piano préparé et commande un intéressant duel de sifflements et de notes expédiées ; Jacques Charpentier trahit son intérêt pour l’Inde mais aussi pour les graves enveloppants sur une Suite Karmatique en trois mouvements ; enfin, Tristan Murail – qui a beaucoup écrit pour l’instrument – noie l’onde sous des accords de piano tempétueux. Messiaen et ondes de Messiaen.
Olivier Messiaen et autour de Messiaen : For Onde Martenot and Piano (RER / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Louange Á l'Éternité De Jésus 02/ Bai Tap 03/ Feuillets Inédits : Presque Lent Et Berceur 04/ Feuillets Inédits : Lent - Modéré 05/ Feuillets Inédits : Bien Modéré - Un Peu Plus Vif - Moderé - Trés Lent 06/ Feuillets Inédits: Lent - Un Peu Plus Vif - Lent 07/ Suite Karnatique 08/ Vocalise-Étude 09/ Tigres De Verre 10/ Louange Á L'immortalité De Jésus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat, 2009)

Loin des dogmes et des poses, Daniel Caux aura travaillé sa vie durant à un œuvre d’amoureux de musique plutôt que de critique, d’honnête promoteur plutôt que de producteur intéressé. Recueil d’articles et d’interviews publiés (dans L’Art Vivant, Musique en jeu, Diapason, Art Press ou encore Le Monde) ou inédits, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe atteste de l’immense tâche accomplie.
Celle d’un défricheur de première importance, donc, qui tenait à ce que d’autres aillent entendre – assuré qu’il était que ceux-là pouvaient écouter aussi bien que lui – des « Music of Changes » qui trouvèrent sous sa plume les mots assez justes pour être enfin partagées. Au nombre des sujets abordés dans le livre : John Cage, avant toutes choses, puis Minimalistes qu’il aimait appeler « répétitifs » (LaMonte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Charlemagne Palestine) ; compositeurs aux intérêts divers (Cornelius Cardew ou Glenn Branca, Gavin Bryars ou John Adams) : musiciens de jazz épris de libertés (Albert Ayler, Sunny Murray, Sun Ra, Milford Graves) ; trois femmes sinon rien (Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen) ; excentriques éternels (Alkan, Leon Thermin, Moondog) ; enfin, musiciens obnibulés par l'électronique (Luc Ferrari, Eliane Radigue, Iannis Xenakis).
La liste est bien sûr incomplète, et il faudra au lecteur de la chronique, s’il veut la compléter, aller voir dans le livre et le disque qui l’accompagne – émission de l’Atelier de Création Radiophonique tirant le portrait de Daniel Caux sous forme d’abécédaire. Là, entendre celui-ci défendre encore Oum Kalsoum ou Urban Sax et s’interroger en compagnie de Luc Ferrari sur la nature oubliée d’un son enregistré, tous deux laissant entendre ici leur plaisir évident. Indispensable.
Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat / Orkhêstra International)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Jakob Ullmann : A Catalogue of Sounds (Edition RZ, 2005)

Jakob Ullmann's A Catalogue of Sounds is a strong contender for my all-time favorite album. This richly detailed 73 minutes piece (performed by violin, viola, cello and ensemble)showcases the impact of absolute subtlety, resetting the ear of the listener to be attuned to the most minuscule gradations and shifts.
While remaining infinitesimally quiet throughout, there is no feeling of limitation ; the variation in texture is so great that nothing ever seems missing or reduced. I've heard several people say that they had forgotten by the end just how quiet overall the piece really is – their perception had recentered itself over the course of listening. The playing is dry and delicate and the recording is exceptional. No detail is lost. Every sound is placed with utmost precision to achieve the total effect which, for me, can only be described as monumentality in tininess.
Jakob Ullmann, A Catalogue of Sounds (extrait). Courtesy of Edition RZ.
CD : Jakob Ullmann : A Catalogue of Sounds 1995-1997 (Edition RZ)
Edition : 2005.
CD : 01/ A Catalogue of Sounds
Vanessa Rossetto © Le son du grisli

Vanessa Rossetto est peintre et musicienne. Dogs in English Porcelain est son dernier disque produit à ce jour.
David Lang : The Little Match Girl Passion (Harmonia Mundi USA, 2009)

Le label Naxos avait ajouté l'an passé à sa collection American Classics un compendium de l'œuvre de David Lang avec Pierced, contenant notamment Cheating, Lying, Stealing (salué par Steve Reich lui-même) et une version d'une beauté épurée de Heroin de Lou Reed pour violoncelle et voix. Harmonia Mundi publie cette année le premier enregistrement sur disque de The Little Match Girl Passion, lauréat du Prix Pulitzer 2008.
David Lang semble donc franchir un nouveau pallier dans la reconnaissance qu'il mérite amplement, plus de vingt ans après la fondation avec ses comparses Michael Gordon et Julia Wolfe du Bang On A Can (un festival marathon et un ensemble instrumental). Adaptation croisée de la Passion selon Saint Matthieu de Bach et du conte La Petite fille aux allumettes d'Andersen, The Little Match Girl Passion utilise les voix, et presque uniquement les voix, seulement accompagnées de quelques percussions. Si l'on note bien la présence de certaines formes ayant cours dans la musique dite « minimaliste répétitive », David Lang dépasse largement ses modèles en se plongeant plus en amont dans la tradition musicale. Ainsi, alors même que la répétition est utilisée avec parcimonie, en évoquant alors autant les passacailles de Moondog que les canons grégoriens, David Lang s'attache essentiellement à créer une expression vocale ascétique en jouant sur la beauté cristalline des voix du Theatre of Voices dirigé Paul Hillier. Chastes et retenues, elles procurent une intense émotion, appréciable grâce à une prise de son à couper le souffle de l'auditeur même s'il n'est pas équipé du 5.1 permettant la parfaite restitution d'un Super Audio CD, support sur lequel est éditée cette pièce de maître.
David Lang : The Little Match Girl Passion (Harmonia Mundi USA / Amazon)
SACD : 01-15/ The Little Match Girl Passion 16/ For Love Is Strong 17/ I Lie 18/ Evening Morning Day 19/ Again (After Ecclesiastes)
Enregistrement 2008. Edition 2009.
Eric Deshayes © Le son du grisli
Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno, 2009)

D’Auster à Joyce, on ne compte plus les rencontres manquées entre littérature et jazz – et tout particulièrement lorsqu’elles se fondent davantage sur une « inspiration » (ou un vague fumet ; et avec la matière romanesque, le risque semble encore plus grand qu’avec la forme poétique) que sur un véritable corps à corps, voire une étreinte syllabique (on passe alors parfois de la déjà rare jazzpoetry ou litt-jazz à un lit-jazz, littéralement « allumé », pour reprendre le mot de Steve Lacy).
Franz Koglmann* (trompette, bugle) réussit néanmoins ici à trouver la bonne distance en prenant précisément ses distances avec le prétexte (il l’avait déjà brillamment fait dans le chambriste et décalé About Yesterdays Ezzthetics de 1987, pour Hat ART, « about » George Russell, Irving Berlin ou Jerome Kern, comme ce Lo-lee-ta est « on » Vladimir Nabokov) : c’est tout un art du détachement, d’un certain désenchantement et du maintien du lien par l’intention…
Laisser tourner plusieurs fois cet enregistrement permet d’en libérer l’arôme qui reste léger, brumisé comme ces brouillards d’embouchure dont Koglmannn a le secret. En quatorze morceaux brefs – six duos avec Wolfgang Mitterer (piano, electronics) s’intercalant dans les huit pièces du Monoblue Quartet : FK, Tony Coe (clarinette, saxophone alto), Ed Renshaw (guitare), Peter Herbert (contrebasse) – et autant de petits pas de danse, saynètes et entrelacs, l’a priori de l’auditeur dubitatif peut être levé.
* Portrait de Franz Koglmann
Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno / Amazon)
CD : 01/ Love Theme from Lolita 02/ Hereafter n°1 03/ Montreux Palace 04/ Hereafter n°2 05/ A Day’s Work 06/ Hereafter n°3 07/ Ada and Van 08/ Vadim Vadimovich N. 09/ Hereafter n°4 10/ Laura 11/ Hereafter n°5 12/ Just half a Shade 13/ Hereafter n°6 14/ Martha Dreyer
Edition : 2009.
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Gavin Bryars: Silva Caledonia (GBR - 2009)

Consacrant en moins de six minutes tout l’attachement de Gavin Bryars aux pays baltes, Silva Caledonia impose à l’Estonian National Male Choir, conduit par Kaspars Putnins, de souffler lentement le chaud et le froid.
Sur une sélection d’illustrations de textes tirés de l’œuvre de deux poètes écossais (Edwin Morgan et George Bruce), Bryars ne s’embarrasse pas de lyrisme suspect et soulève avec une mesure rare des voix qui lui font face : sur l’air d’un folklore suranné soudain redécouvert (Memento) ou de la seule composition n’étant pas de lui (O Oriens, signé Toivo Tulev), ou sur les soubresauts causés par un chœur scindé en deux camps s’affrontant au rythme de manœuvres lentes (The Summons).
S’il lui arrive évidemment d’évoquer la musique de Grieg ou celle d’Arvo Pärt, Silva Caledonia profite aussi de la singularité de son auteur : contrebassiste ayant confié ici son rôle d'intervenant à Daniel Nix sur Ian In The Broch, danse dissonante mêlée aux faux-espoirs d’un gloria sauvage donnée en guise de conclusion grandiose.
CD: 01/ Farewell to St. Petersburg 02/ Memento 03/ Silva Caledonia 04/ O Oriens 05/ The Summons 06/ Ian The Broch >>> Gavin Bryars - Silva Caledonia - 2009 - GBR. Distribution Codaex.
Gavin Bryars déjà sur grisli
The SInking of The Titanic (Touch - 2007)
Morton Feldman: Ecrits et paroles (Les presses du réel - 2009)

« Je suis très soucieux de rendre les choses claires. » La préoccupation est de Morton Feldman, à retrouver dans Ecrits et paroles, somme indispensable – et en français – pour qui s’intéresse au compositeur.
Parce qu’elle est introduite par une monographie signée Jean-Yves Bosseur – co-éditeur avec Danielle Cohen-Levinas de cette publication –, qui survole avec tact l’œuvre de Feldman, puis donne la parole à l’intéressé : conversations reportées (avec Iannis Xenakis, John Cage, le peintre Philip Guston), écrits au gré desquels le compositeur dévoile un peu de son état d’esprit en commentant l’œuvre d’autres grands créateurs (Stravinsky, Varese, Cage encore) et semblants de manifestes personnels (L’angoisse de l’art, Symétrie tronquée).
Retrouver alors Feldman jonglant avec les notations singulières, redire l’importance de la peinture (celle des expressionnistes abstraits, mais aussi celles de Rembrandt, Pissaro, Cézanne, Mondrian) et délivrer le nom du livre qui aura décidé de sa « carrière professionnelle » : Jean-Christophe, de Romain Rolland. En conclusion, l’ouvrage rapporte les propos d’une intelligence rare tenus lors d’un colloque organisé à Francfort : souvenirs et rencontres, évocation de Kierkegaard, auteur du Concept de l’angoisse, qui épouse forcément l’art de Morton Feldman : « L’instant signifie le présent comme chose qui n’a ni passé, ni avenir ; car c’est là justement l’imperfection de la vie sensuelle. L’éternel signifie aussi le présent qui n’a ni passé ni avenir, mais cela même est sa perfection. »
Morton Feldman, Jean-Yves Bosseur, Danielle Cohen-Levinas : Ecrits et paroles (Les presses du réel)
Publication : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Morton Feldman déjà sur grisli
For Bunita Marcus (Hat Hut - 2009)
For Philip Guston (Wergo - 2008)
Triadic Memories (MDG - 2008)
Three Voices (Col Legno - 2006)
Morton Feldman Says (Hyphen Press - 2006)
Alan Rich: American Pioneers, Ives to Cage and Beyond (Phaïdon - 2008)

Aujourd’hui réédité, American Pioneers, ouvrage d’Alan Rich, retourne aux origines de la musique classique américaine à coups de portraits longs et illustrés.
Elaborant des formules musicales qu’un Nouveau Monde obligeait à être différentes, voire nouvelles : Charles Ives, d’abord, que Leonard Bernstein fera connaître à un plus large public, puis Edgar Varese, ancien habitué de l’avant-garde pensée à Paris élu plus tard à l’American National Academy of Arts and Letters, se voient consacrer deux biographies subtiles, allant à l’essentiel et en appelant de plus courtes : celles d’Henry Cowell, « inventeur » des clusters, et de John Cage – dont le portrait ornait la première de couverture de l’édition originale, auquel on aura préféré ce détail de Sempé, même si l’on sait les orchestres du dessinateur peu porté sur la chose contemporaine.
Pour ne pas s’arrêter là, le livre fait la lumière sur d’autres compositeurs encore, sans se soucier toutefois d’autant de détails : parcours retracés de Lou Harrison et Colin Mc Phee, LaMonte Young et Harry Partch, avant que de simples notules finissent de compléter, à coups de miniatures, la galerie de portraits. En fin de volume, Rich conseille au lecteur d’aller écouter une sélection de disques qu’il a lui-même composée et classée par compositeur.
Alan Rich - American Pioneers, Ives to Cage and Beyond - 2008 (réédition) - Phaïdon.
Morton Feldman: For Philip Guston (Wergo - 2008)

For Philip Guston, œuvre de Morton Feldman longue ici de quatre disques, sur laquelle Elmar Schrammel (piano, celesta), Julia Brener (piccolo, flûte) et Matthias Engler (vibraphone, glockenspiel, marimba) suivent une ligne au ralenti, passent avec elle de la position verticale à la planéité implacable.
Chutent avec elle, donc, avançant par à-coups porteurs, d’abord, combinant ou déposant à distance leurs répétitions, instaurant des dialogues aléatoires bâtis sur l’usage d'instruments différents, voire changeants, jusqu’à ce que les premières réverbérations emportent quelques basses, les insistances prenant le pas sur la pratique du trio : qui s’évertue à lutter sans cesse contre une fatalité feinte. Longtemps après le début, les dernières suspensions, les phrases encore osées en guise d’évocations d’un temps impossible à percer, mais dont il n’est pas inutile d’interroger – surtout avec l'aide de Feldman – la position dans l’espace.
CD1: 69:06 CD2: 71:52 CD3: 68:58 CD4: 64:39 >>> Morton Feldman / Trio Schrammel, Brener, Engler - For Philip Guston, for flute, percussion and piano - 2008 - Wergo. Distribution Harmonia Mundi.
Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik, 2008)

Après l’excellent Chasms, Anthony Pateras présente Chromatophore, exposé de travaux plus ou moins récents, surtout : différemment menés.
Dirigeant l’Ensemble of the Australian National Academy of Music – et en consacrant donc l’existence –, Pateras ouvre une boîte de musiques tourmentées, craintives à l’idée d’être trop exposées : pièces d’une électroacoustique aux reliefs rares pour tout miser sur la planéité d’un discours lorsqu’elles n’hésitent pas entre intervention d’un chœur implorant (Automatons), improvisations sur piano préparé (When Objects Dream) et explorations sonores exclusivement électroniques (JWT).
Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Chromatophore 02/ 76755 I 03/ 76755 II 04/ 76755 III 05/ 76755 IV 06/ 76755 V 07/ Automatons 08/ When Objects Dream 09/ JWT 10/ Autophagy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

































