Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Muhal Richard Abrams : SoundDance (Pi, 2011)

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Un double CD pour ne pas oublier Muhal Richard Abrams, membre fondateur de l’AACM et pianiste trop discret.

Avec le saxophoniste ténor Fred Anderson, décédé quelques mois plus tard et dont voici sans doute le dernier enregistrement, les idées fusent, le répit n’existe pas. On pourrait parler d’une course-poursuite entre ténor et piano mais ce serait bien trop réducteur. Car les deux musiciens s’écoutent et réagissent spontanément aux propositions de l’autre. Et surtout, développent sans zapping ni cassure. Et ce que l’on a souvent reproché à Fred Anderson, à savoir sa solitude de coureur de fond, s’en trouve balayé d’un revers d’anche ici. Contre-points déliés, lyrisme assumé, maîtrise des langages ; autant de moments forts contenus dans ces trente-huit minutes de troublante beauté.

Avec George Lewis, ce sont d’hirsutes petits lutins qui s’échappent de la boite à electronics. Face à ces diablotins de peu d’évidence, le pianiste – en quelque sorte, laissé seul maître à bord –  convoque échos, espaces, résonnances et fantaisies. En solo, il milite pour un enfer pavé des meilleures intentions, claironnant une inquiétude impie. Et quand le trombone de Lewis retrouve de sa superbe, le voici ravi de l’aubaine : le dialogue reprend ses droits et toutes les géographies-géométries sont, à nouveau, possibles. Et on s’y engouffre avec délectation.

Muhal Richard Abrams : SoundDance (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009 & 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Focus, ThruTime… Time Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 – CD2 : 01/ SoundDance Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Muhal Richard Abrams: Vision Towards Essence (Pi Recordings - 2007)

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Co-fondateur de l’AACM, partenaire privilégié de Marion Brown, Hamiett Bluiett ou Roscoe Mitchell, Muhal Richard Abrams interrogeait son piano en solitaire lors de l’édition 1998 du Festival de Jazz de Guelph, au Canada. Vision Towards Essence est l’enregistrement de ce concert.

Improvisant pendant près d’une heure, Abrams rappelle ici la variété de ses préoccupations, qui l’auront porté des revendications du free jazz à l’écriture de pièces pour quatuor à cordes, dont la deuxième a pu être interprétée par le Kronos Quartet. Alors, un peu à la manière d’Irène Schweizer, Abrams mélange les genres, rend de longs passages impressionnistes en n’oubliant jamais d’y glisser ici une note incongrue, là une proposition qu’on n’attendait pas. 

Légère, la main droite décide de précipitations parfois arrêtées net, quand la gauche s’occupe de répéter une note grave en guise de contraste. Souvent, l’humeur est tempétueuse, classique, avant d’être envahie par quelques réminiscences d’un ragtime assez habile pour se glisser dans un discours qu’il enjolive. Symbole d’une entente conclue entre des styles différents, Part 3 imbrique ainsi la progression pseudo scolaire et le rythme insistant, la grâce pénétrante et l’énergie absorbée.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3

Muhal Richard Abrams - Vision Towards Essence - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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Joseph Jarman: As If It Were The Seasons (Delmark - 2007)

jarmangrisliEn 1968 - soit, avant d’avoir intégré l'Art Ensemble of Chicago, le saxophoniste Joseph Jarman construisait entre amis triés sur le volet A.A.C.M. (Muhal Richard Abrams, Fred Anderson, John Stubblefield, entre autres) une ode foutraque à un free d’expression spirituelle.

Sorti d’une jungle percussive dépeinte en ouverture, As If It Were The Seasons ose une impression d’Afrique apaisée sur laquelle s’invitent les irruptions free que Jarman s’autorise entre des phrases sages et soul déposées à l’alto. Après que Sherri Scott aura donné de la voix, le contrebassiste Charles Clark imposera un gimmick fait pour lancer Song To Make The Sun Come Up, charge plus revendicatrice gonflée par la batterie de Thurman Baker.

Rejoint par six autres musiciens (dont Abrams, Anderson et Stubblefield), le quartet entreprend ensuite Song For Christopher. Free collégial habité par les us et coutumes du gospel, le morceau se fait lyrique lorsque intervient Scott, refuse, régénéré sans cesse par le piano d’Abrams, toute compromission, pour consacrer enfin ses dissonances lestes au son de l’intervention puissante des trois saxophones. L’art et la manière de glorifier un free bouleversant, qui disparaîtra comme il était apparu, parmi les percussions multiples et annonciatrices de retour, As If It Were The Seasons / Repeat all.

CD: 01/ As If It Were The Seasons / Song to Make The Sun Come Up 02/ Song for Christopher

Joseph Jarman - As It It Were The Seasons - 2007 (réédition) - Delmark. Distribution Socadisc.

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