Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Frank Gratkowski, Misha Mengelberg: Vis-à-vis (Leo records - 2006)

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Habituellement associé à son compatriote Georg Graewe, le saxophoniste et clarinettiste allemand Frank Gratkowski change, le temps de quelques concerts donnés en 2005, de pianiste et partenaire. Pour improviser aux côtés de l’un de ses plus respectables aînés: Misha Mengelberg.

Si les musiciens sont compétents, la langueur excessive du jeu de clarinette en Si bémol de Gratkowski amène deux fois le duo à se laisser convaincre du fait qu’il est là pour défendre un simili contemporain sans saveur (Geburstags Mix, Mix Fraktal). Mis à mal, quand même et bientôt, par des pièces d’une autre taille, tirant profit d’un meilleur usage que le souffleur fait de son alto (sur l’instable Gehackter Preis Mix) ou de sa clarinette basse (excellent Mix Digestiv, au discours évasif avant qu’il ne décide de servir un free opportun).

Sorti d'un nouveau passage à vide (Mix Vis-à-vis), le duo conclut l’enregistrement avec une pièce plus radicale, qui combine la pratique expérimentale de Gratkowski à la clarinette contrebasse et les accords fiévreux et réverbérés de Mengelberg. Réussi, ce dernier morceau rétablit la balance, qui certifie au final le tiède résultat de la rencontre.

Frank Gratkowski, Misha Mengelberg : Vis-à-vis (Leo Records / orkhêstra International)
Edition : 2006.

CD : 01/ Geburstags Mix 02/ Gehackter Preis Mix 03/ Mix Digestiv 04/ Mix Vis-à-vis 05/ Mix Fraktal 06/ Mix and Match
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Peter Brötzmann: Pica Pica (Atavistic - 2006)

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Parce qu’Han Bennink - avec lequel ils avaient l’habitude de jouer - s’adonnait au jazz d’avant-garde avec Misha Mengelberg, Peter Brötzmann et Albert Mangelsdorff trouvèrent en Günter Sommer un percussionniste de substitution, certes, mais aussi de taille. Cet enregistrement de 1982 au Jazzfest Unna en est la preuve.

Dès Instant Tears, les trois musiciens exposent leurs différences, tout en courant derrière la même méthode instinctive: Sommer déployant un jeu tendu, proche d’un rock chargé ; Mangelsdorff ayant recours à la répétition discrète et à l’usage de silences ; quand Brötzmann façonne à son image un free déambulatoire au gré des saxophones qu’il utilise – alto, ténor et baryton.

Baryton avec lequel le saxophoniste sonnera la charge du trio dans la dernière partie d’Instant Tears, qui contrastera avec l’allure de Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht, même si le saxophone et le trombone y soufflent encore le chaud et le froid sur le rythme alangui décidé par un Sommer ici plus subtil.

Plutôt à l’aise sur chacune des progressions, le trio construit peu à peu un free jazz singulier mis au service d’une fronde complice. Terminée au son de Pica Pica, pièce courte qui imbrique les courts rebonds des vents sur cadence soutenue, et simule une danse de Saint Guy en guise de conclusion conciliatrice.

Peter Brötzmann : Pica Pica (Atavistic / Orkhêstra International).
Enregistrement : 1982. Réédition : 2006.

CD : 01/ Instant Tears 02/ Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht 03/ Pica, Pica
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Anthony Braxton: Charlie Parker Project (HatOLOGY - 200

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Un hommage, sur deux soirs de concert, rendu par Anthony Braxton à Charlie Parker. Zurich, puis Cologne, accueillent en 1993 la révélation : celle de l’existence d’une parenté véritable entre les deux saxophonistes. Nouvel avènement de Parker ; mais inédit, celui-ci.

C’est qu’Anthony Braxton refuse évidemment l’interprétation policée de thèmes rangés. Investissant le répertoire choisi de manière ludique, libre, et parfois expérimentale, il peut aussi compter sur le soutien de musiciens en constant décalage, tels que le pianiste Misha Mengelberg, ou le trompettiste Paul Smoker.

A Zurich, un rythme illuminé d’Han Bennink lance un be-bop persuasif, qui fait la découverte de l’égarement possible des saxophones (Dewey Square). An Oscar For Treadwell, bop gouailleur et au charme ravissant, établit des contrastes avec Hot House, sur lequel Braxton et Smoker rivalisent d’envolées irrésolues.

A Cologne, on déploie des phrases joyeuses (Bebop) ; on relit, décomplexés, des standards faits fantaisies par un piano tentaculaire (Bongo Bop) ; on accepte, enfin, l’évocation de classiques par des modernes : le sage Passport, tout juste bousculé par les dissonances adroites de Mengelberg, ou l’impeccable Koko, portée par la contrebasse d’un Joe Fonda surpuissant.

A Zurich et à Cologne, on s’empare de Klactoveesedstene, pandémonium superbe tirant profits des flottements, et changeant selon la virulence des fuites choisies ; on investit A night In Tunisia, défiant la justesse des timbres sur des parties mélodiques en déroute, débordements contrôlés d’inspirations délicates.

Fleuri d’impacts charmants, le répertoire de Parker. Décidant des moments d’intrusion irrévérencieuse comme des processions ordonnées nécessaires à l’entretien du culte, Anthony Braxton fait bien plus que dépoussiérer des standards, et nous convainc, une fois encore, du raffinement de sa clairvoyance.

CD1: 01/ Hot House 02/ A Night In Tunisia 03/ Dewey Square 04/ Klactoveesedstene 05/ An Oscar For Treadwell - CD2: 01/ Bebop 02/ Bongo Bop 03/ Yardbird Suite 04/ A Night In Tunisia 05/ Passport 06/ Klactoveesedstene 07/ Scrapple From The Apple 08/ Mohawk 09/ Sippin’ At Bells 10/ Koko

Anthony Braxton's Charlie Parker Project - 2005 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.



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