Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Rodrigo Amado : Desire & Freedom (Not Two, 2016)

rodrigo amado desire and freedom

Cette fois sans invité, le Motion Trio (Rodrigo Amado, Miguel Mira, Gabriel Ferrandini) réemploie les bonnes vieilles recettes des tensions-détentes.

Face au fourmillement du batteur et aux interférences du violoncelliste – agissant ici tel un contrebassiste –, le saxophoniste déploie de longs récits puis hèle les coupures et césures familières (Freedom Is a Two-Edged Sword). Toujours dans le foisonnement et le rebondissement – pour ne pas dire l’indéracinable – tambours et violoncelle font face au vagabondage d’un ténor incertain avant qu’un duo ténor-cello ne... scelle une improvisation habitée (Liberty).Toujours dans l’antre de la matière, cordes et tambours s’agrippent maintenant au lyrisme d’un ténor, peu tenté, aujourd’hui par la convulsion (Responsibility). Ici donc, trois improvisations studio pour se rappeler aux subtiles ondulations du Motion Trio.


amado desire freedom

Rodrigo Amado' Motion Trio : Desire & Freedom
Not Two
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Freedom Is a Two-Edged Sword 02/ Liberty 03/ Responsibility
Luc Bouquet © Le son du grisli

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João Camões, Rodrigo Pinheiro, Miguel Mira : Earner (Tour de Bras, 2014)

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João Camões (violon alto), Rodrigo Pinheiro (piano) et Miguel Mira (violoncelle) possèdent l’art de naviguer large. Parfois s’affrontent, s’invectivent (Theorical Morning, Stifling Contretemps), donnent à leurs phrasés des tempi distincts (Imprint) mais ne sont jamais aussi convaincants que lorsqu’il s’agit d’ariser leur fougue (Dream Theory).

Se détachant, les voici pénétrés par d’étranges songes. Tenant la matière, se servant d’un piano pour détendre et affirmer une harmonie, violoncelle et alto délient les cadres et, par petits traits, explorent les recoins les plus obscurs de ces temps allongés, étirés. On entendra alors de fins craquements, de fins ricochets. Ils se recentreront alors. Iront jusqu’à s’effacer, s’éteindre. Mais au loin, résistera la riche résonance d’un piano toujours prêt à devancer l’aventure.

Earner : Earner (Tour de Bras)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Imprint 02/ Dream Theory 03/ Time Leak 04/ Theoretical Morning 05/ Gömböc 06/ Airfoil 07/ Stifling contretemps 08/ Triage
Luc Bouquet © Le son du grisli

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IKB Ensemble : Rhinocerus / Anthropométrie sans titre (Creative Sources, 2014)

ikb ensemble rhinocerus anthropométrie sans titre

Référence faite à l’International Klein Blue, l’IKB Ensemble devra, pour qu’on lui reconnaisse une identité, lui aussi jouer de nuances. En faisant, par exemple, changer son personnel – qui voudra s’en convaincre pourra passer d’une page Creative Sources à l’autre : Rhinocerus / Anthropométrie sans titre / Rhinocerus, etc. –, mais pas seulement. Certes, les lentes suspensions que décrivait hier Luc Bouquet sont là encore, comme les précautions collectives et les louvoiements individuels. Mais les mouvements fébriles n’interdisent pas les déplacements.

Sur Rhinocerus, c’est ainsi le violon d’Ernesto Rodrigues qui est à la manœuvre. Patiemment, l’archet – que double souvent celui de Guilherme – tire à lui les percussions chantantes de Nuno Morão et José Oliveira, l’électronique avaleuse d’aigus de Carlos Santos ou la shruti box de João Silva. De longues minutes passent, et puis vient le moment pour Rodrigues d’échanger le lot de murmures qu’il a collectés contre un rythme délicat. Si délicat qu’il ne peut devancer longtemps l’évanouissement qu’il avait à ses trousses.  

Si l’on tient compte du croquis reproduit dans le livret d’Anthropométrie sans titre, les musiciens de l’ensemble forment un demi-cercle à la gauche duquel on trouve Carlos Santos puis Maria Radich – dont la voix percera davantage. Ce sont eux, cette fois, qui semblent commander les interventions : celle du piano de Rodrigo Pinheiro, celle de la contrebasse de Miguel Mira… C’est un ballet, en quelque sorte, dont les transports et les bruissements répondent oui à la question suivante : est-il plus évident de céder à la tentation de disparaître lorsqu’on est si nombreux ?

IKB Ensemble : Rhinocerus (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01/ Rhinocerus

IKB Ensemble : Anthropométrie sans titre (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01/ Anthropométrie sans titre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rodrigo Amado Motion Trio, Jeb Bishop : The Flame Alphabet (Not Two, 2013)

rodrigo amado motion trio the flame alphabet

Deux jours après un enregistrement live des plus réjouissant (Burning Live / JACC), Rodrigo Amado, Jeb Bishop, Miguel Mira et Gabriel Ferrandini se retrouvent en studio et en profitent pour réitérer quelques-unes de leurs plus belles ascensions.

Souvent entamées par un duo batterie-saxophone ou batterie-trombone (The Flame Alphabet, First Light), les improvisations du quartet ne tardent pas à s’entrouvrir au collectif, à escalader des crescendos rayonnants. La ballade est là qui se déroule sans heurts, stagne (The Healing) ou se gargarise de sèches hachures (Into the Valley). Reflets, effets de miroir, les improvisateurs ne peuvent que se compléter ou s’interpénétrer.

On écrira à nouveau combien sont soyeux et profonds les graves du ténor d’Amado, endurants les solos du tromboniste, précieux et constructifs l’accompagnement du violoncelle-contrebasse de Mira,  débordante et impétueuse la frappe de Ferrandini. Et bien sûr, on écrira que le free jazz n’est pas tout à fait trépassé puisqu’ici débordant de vitalité et d’intensité.

Rodrigo Amado Motion Trio + Jeb Bishop : The Flame Alphabet (Not Two Records / Products from Poland)
Enregistrement : 30 mai 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Burning Mountain 02/ The Flame Alphabet 03/ First Light 04/ Into the Valley 05/ The Healing
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Creative Sources Expéditives

creative sources expeditives

wind trio

Wind Trio : Old School New School No School (Creative Sources, 2011)
C’est en refusant les clichés du genre que Joao Pedro Viegas (clarinettes basse & soprano), Paulo Chagas (flûtes, hautbois, clarinette sopranino) et Paulo Curado (flûte, saxophones alto & soprano) fidélisent quelques traits singuliers. En s’éloignant de l’unisson, en brûlant les politesses, en ne répondant pas aux appels insistants de l’un, en contractant leurs souffles, les voici dérivant en des désordres tumultueux. Parfois, se souvenant que l’étreinte possède quelque charme, nous les retrouvons jacassant sans discontinuer. Soit une manière de ne rien rejeter des possibles s’offrant à eux. (lb)

watt

Watt : Alter Egos (Creative Sources, 2012)
Dans la nervosité assumée qui est la leur, Watt (Ian Smith, Hannah Marshall, Stephen Flinn) ne jure que par le hors-piste. Esquivant les bosses, faisant l’apologie du grognement, se séparant plus que ne s’alliant, ils activent et réactivent leurs bibelots résonnants. Parfois, se surprennent à exhumer les vieilles recettes du jazz pour, rapidement, réorganiser – ou plutôt désorganiser – leur vive et raclée quincaillerie. Bref : n’en font qu’à leur tête. (lb)

nulli

Andreas Willers, Christian Marien, Meinrad Kneer : Nulli Secundus (Creative Sources, 2012)
L’improvisation d’Andreas Willers (guitares), Christian Marien (batterie) et Meinrad Kneer (contrebasse) est franche, directe, farouche. La matière se trouve d’emblée et, sans recherche ni hésitation, poursuit sa route avec obstination. La grande qualité du guitariste réside  dans les matières qu’il crée et entretient : sonorités insolites voire sidérantes à la guitare électrique ; espaces déliés à l’acoustique. Ici, le trio transforme un lent bruissement en une entêtante vibration; ailleurs, on ne jure que par le soubresaut et la ruade. En n’isolant jamais une source et en ne brisant jamais sa course, Willers, Marien et Kneer font de leur minimal royaume un continent aux foudroyantes vertus. (lb)

ikb

IKB Ensemble : Monochrome bleu sans titre (Creative Sources, 2012)
D'Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Miguel Mira, Rogero Silva, Bruno Parrinha, Eduardo Chagas, Nuno Torres, Pedro Sousa, Abdul Moimême, Carlos Santos, Ricardo Guerreiro, Nuno Morao, Monsieur Trinité et José Oliveira, on n’oubliera pas de sitôt la lente suspension. Ici, chacun frôle son propre effacement sans jamais s’y résoudre. L’instrument s’oublie mais pas la douceur qui s’y déploie. Le temps s’arrête, n’a plus aucune prise avec la réalité. Le songe se révèle, intense et irradiant. (lb)

malval

Christophe Berthet : Malval (Creative Sources, 2012)
Dans la solitude de la chapelle de Malval (Genève), Christophe Berthet part à la chasse aux sons. En trouve quelques-uns, les assemble. Multiphoniques ici, harmoniques ailleurs, techniques étendues toujours : le souffle s’ouvre à un horizon craquelé. Le chant-appel de Berthet n’est pas de carapace mais de réceptivité. Il s’ouvre en de larges étendues : stagnantes à l’alto, plus causantes au soprano. Parfois, invite le son à disparaître. Parfois, le met en suspension. Et jamais ne lui obstrue les passages secrets déposés malicieusement ici et là. (lb)

DarkBleak

Bleak House : Dark Poetry (Creative Sources, 2012)
Saluant Dickens, la maison « bleak » du trio norvégien de Dag-Filip Roaldsnes (piano), Kim-Erik Pedersen (saxophone alto) et Tore T. Sandbakken (batterie) promet une poésie « dark » au travers des quatorze pièces brèves de cet album enregistré début 2010... et se tient joliment, parfois un peu littéralement, à ce programme : mélodies suspendues, belle écoute aérée (Trio for Morton Feldman), combinaisons de timbres, mais aussi un penchant pour le méditatif... que le groupe sait heureusement circonscrire à temps – une vraie qualité quand les ambiances frisent trop le romantisme. (gt)

cs

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Rodrigo Amado : Burning Live at Jazz ao Centro (JACC, 2012)

rodrigo amado burning live

Ils n’ont pas besoin de se chercher puisque se trouvant dès la première seconde. Eux, ce sont Rodrigo Amado et Jeb Bishop, respectivement saxophoniste et tromboniste. En ce jour du 28 mai 2011, dans le cadre du Jazz ao Centro Festival de Coimbra, le second rejoint le Motion Trio du premier.

Leurs souffles ne sont là que pour s’embraser, s’étreindre, se concurrencer. Le tromboniste aime à aggraver le cercle, à lui pulvériser l’écorce protectrice. Le saxophoniste, lui, fait de l’âpreté un royaume flamboyant. Jamais séparés trop longtemps, ils peinent à trouver le chemin de la douceur.  Le trouvant, ils s’en détachent rapidement. A leurs côtés, Miguel Mira et Gabriel Ferrandini rejoignent l’incendie d’une fire music qui n’en finit pas d’irriguer leurs pourpres élans.

EN ECOUTE >>> Red Halo

Rodrigo Amado Motion Trio, Jeb Bishop : Burning Live at Jazz ao Centro (JACC Records)
Enregistrement : 28 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Burning Live 02/ Imaginary Caverns 03/ Red Hallo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Rodrigo Amado : Motion Trio (European Echoes, 2009)

europeangrisli

Pour Motion Trio, le saxophoniste Rodrigo Amado a choisi d’improviser librement auprès du violoncelliste Miguel Mira et du batteur Gabriel Ferrandini. Quelques notes de ténor suffisent alors à convaincre l’association de composer avec d’adroits moments de free et d’habiles périodes de flottements – recherches concentrées de la note qui pourrait à jamais relancer la machine.

C’est qu’Amado ne tient pas longtemps en place : ainsi, il entame la marche accaparante de Testify! pour l’empêcher bientôt et rouler des mécaniques en compagnie de Mira ; plus loin, l’archet insiste au point d’attiser les penchants pyromanes du ténor (Radical Leaves) quand il agit ailleurs en fournisseur de drones épais. C’est d’ailleurs d’épaisseur dont il est question partout sur Motion Trio : celle de trois sonorités et de leur présence remarquable.

Rodrigo Amado : Motion Trio (European Echoes)
Edition : 2009.
CD : 01/ Language Call 02/ Testify! 03/ Radical Leaves 04/ As We Move... 05/ Ballad 06/ In All Languages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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João Lucas : Abstract Mechanics (Creative Sources, 2009)

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La suite Abstract Mechanics est une composition du pianiste portugais João Lucas. La musique a été créée en studio en s’inspirant de la chorégraphie (filmée et montée pour l’occasion) Era uma coisa mesmo muito abstracto de la danseuse Andresa Soares. Cet aspect primordial de la méthode de création pourrait gêner l’appréhension de la musique. Il n’en est rien, tant cette dernière peut être appréciée sans complément visuel. João Lucas, qui gère également quelques effets électroniques, intègre divers field recordings et joue de l’accordéon, est épaulé par le violoncelliste Miguel Mira.

Si la chorégraphie était, selon les mots de sa conceptrice, « a very abstract thing », il est plutôt agréable de se laisser bercer par son accompagnement sonore, essentiellement d’un registre romantique. Alternant atmosphères fantomatiques et passages plus lyriques, la suite associe notes de piano égrenées lentement, sons de gouttes d’eau tombant sur un toit et cordes pincées à larges intervalles. Par moments, les instruments s’emballent avant de céder la place à des nappes d’effets électroniques. Mais vite, on revient à ce climat de langueur poétique seulement troublé par des sifflements mystérieux, voix d’enfants et autres passages d’accordéon déglingué.

La technique d’enregistrement employée donne parfois l’impression que les instruments sont joués à divers endroits d’une grande pièce. Cet aspect confère à l’ensemble une spatialité qui fait écho à la destination initiale de la suite.

João Lucas : Abstract Mechanics (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Intro 02/ Abstract Mechanics Part I 03/ Part II 04/ Part III 05/ Part IV 06/ Part V 07/ Part VI.
Jean Dezert © Le son du grisli

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