Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

David S. Ware: Renunciation (AUM Fidelity - 2007)

renunciagrisliEnregistré en 2006 au Vision Festival de New York, ce concert, annoncé comme étant le dernier du quartette en terre nord-américaine, voit David S. Ware distribuer de quoi faire naître quelques regrets de l’autre côté de l’Atlantique.

Après avoir imposé sur Ganesh Sound une méditation coltranienne - phrases allongées jusqu’à l’écorchure de Ware, piano évoquant à divers endroits celui de McCoy Tyner - les musiciens dressent un triptyque en hommage à la Renunciation promise : tourmentes du questionnement énoncées par le duo William Parker / Matthew Shipp
(Suite I), recherche de réponses valables et différentes (hard bop virant free puis progression quasi contemporaine de Suite II), enfin, apaisement relatif parce qu’obligatoire le temps d’une autre duo Shipp / Parker (Suite III).

Sur un mode plus urbain, le groupe porte ensuite Mikuro’s Blues, ballade sur laquelle Ware dépose des lamentations denses sur le gimmick servi par ses partenaires, accéléré seulement sur la fin par Guillermo E. Brown. Reprise de Ganesh Sound, plus court et délayé, et puis applaudissements. Alors, le speaker redonne les noms des musiciens d’un quartette impeccable, décidé, faut-il le croire, à se consacrer à d’autres continents.

CD: 01/ Intro 02/ Ganesh Sound 03/ Renunciation Suite I 04/ Renunciation Suite II 05/ Renunciation Suite III 06/ Mikuro’s Blues 07/ Ganesh Sound (Reprise) 08/ Saturnian

David S. Ware - Renunciation - 2007 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.



David S. Ware: Balladware (Thirsty Ear - 2006)

balladsli7   ballades  composent  Balladware,   album  enregistré  par   le quartet de David S. Ware en 1999. En compagnie de Matthew Shipp (piano), William Parker (contrebasse) et Guillermo Brown (batterie), le saxophoniste revient sur quelques thèmes – standards et compositions personnelles - qu’il avait déjà abordés auparavant, pour confectionner l’une de ses œuvres les plus intenses.

Au nombre des reprises, Yesterdays – ballade désaxée sur laquelle Ware, chaleureux, ouvre la brèche d’une profondeur mélancolique mise en musique -, Autumn Leaves – où il dispose des digressions précipitées au creux des phrases du thème –, ou encore, Tenderly. Sur chacune d’elles, le leader trouve l’appui plus qu’éclairé de ses trois partenaires.

Ailleurs, Ware réinterprète Dao, contenu et laissant pas mal de place aux arpèges de Shipp ; évoque
Albert Ayler sur Godspelized, sur lequel il ne manque pas de tirer partie de la valeur de sa section rythmique ; hurle, enfin, une invocation troublante, que ses partenaires devront camoufler sous déconstruction comme on noie sa peine (Angel Eyes).

Et la peine transformée, l’allure se fait haute. Mesurée, juste, mais à propos de laquelle il est soudain permis de douter – doses petites de free emporté. Ce loup, dans un champ de fleurs - et pas des plus communes. L’oxymore difficile et élégant.

CD: 01/ Yesterdays 02/ Dao 03/ Autumn Leaves 04/ Godspelized 05/ Sentiment Compassion 06/ Tenderly 07/ Angel Eyes

David S. Ware - Balladware - 2006 - Thirsty Ear. Distribution Orkhêstra International.


Matthew Shipp: One (Thirsty Ear - 2006)

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Après avoir parcouru des sphères plus ou moins éloignées du jazz auprès de Dj Spooky ou Antipop Consortium, le pianiste Matthew Shipp persiste dans son désir d’aller et venir au gré de dérives stylistiques réfléchies. En solo, cette fois, sur One.

12 courtes pièces s’y succèdent, oscillant entre exercice de style minimaliste (Patmos), jazz érudit convoquant Oscar Peterson ou Monk (évoqué autant que John Cage sur Gamma Ray), pièce atmosphérique jouant l’éternel retour de la première phrase mélodique (Milky Way), ou morceaux en proie aux chaos d’une exécution libre (Electro Magnetism, Abyss Code).

Pour diversifier encore son propos, Shipp peut user d’un brin de reverb (The Encounter, Are) ou instiller un peu d’ironie à ses intentions (Zero, fantaisie piano bar grisante). Avec la même conviction, il avait embrumé plus tôt Blue In Orion, composition moins immédiate parmi le nombre des évidences révélées que compte l’enregistrement. Preuve de plus que Shipp ne réserve aucune exclusivité au jazz - tout en usant de ses connaissances (pratiques et théoriques) dans le domaine -, One assoit les prétentions d’un pianiste en verve sur les attentes illusoires des gardiens du temple.

CD: 01/ Arc 02/ Patmos 03/ Gamma Ray 04/ Milky Way 05/ Blue in Orion 06/ Electro Magnetism 07/ The Encounter 08/ The Rose Is A Rose 09/ IEOU 10/ Abyss Code 11/ Zero 12/ Module >>> Matthew Shipp - One - 2006 - Thirstea Ear. Distribution Orkhêstra International.


Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy (Sardegna e Jazz - 2005)

dolphyeregrisliEn 2004, le festival « Ai confini tra Sardegna e Jazz » s’intéressait particulièrement à l’œuvre d’Eric Dolphy (disparu 40 ans plus tôt). Pour l’occasion, colloques et concerts étaient organisés, qui revenaient sur l’homme, son œuvre, son influence. Publié en 2005, Tender Warrior rassemble un livre et un disque, pose les scellés et fait figure de résumé.

Quand le livre revient sur les effets de la carrière du clarinettiste, saxophoniste et flûtiste, sur le jazz et les musiques improvisées, interroge à son propos une pléiade de musiciens (tels que Joe McPhee, Jef Sicard, Ken Vandermark, Otomo Yoshihide), donne à lire sa dernière interview et retranscrit la discographie du maître élaborée par ses biographes Vladimir Simosko et Barry Tepperman, le disque offre une sélection des concerts donnés cette année là à Santa’Anna Arresi.

Pêchant ici dans le répertoire de Dolphy, improvisant là, les musiciens rendent des hommages différents. Des polyphonies étranges du launedda accompagnées par les tablas et darboukas (pour le résultat approximatif de Red Planet de Coltrane on Launeddas, enchaînant leurs solos plus que naïvement) à l’interprétation par l’Eric Dolphy’s Memorial Barbecue d’Out to Lunch et Out There sur le mode brouillon, en passant par le duo Tim Berne (saxophone) / Umberto Petrin (piano) au contemporain pompier, l’auditeur avait de quoi craindre le pire.


Heureusement, Nexus, formation locale plutôt en verve, enchaîne une composition personnelle et la Jitterbug Waltz, passant d’un free radical à une impression atmosphérique, pour rendre ensuite avec les honneurs 245 et Lotsa Potsa. Le duo Matthew Shipp / David S. Ware, ensuite, improvisant Two for Eric, combinant leurs improvisations individuelles, toutes à l’écoute de l’inspiration. Courte, l’improvisation ramasse assez d’évidences pour excuser les faux pas pratiqués ailleurs sur le disque.

En guise de conclusion, un extrait d’un des derniers concerts de Dolphy. En compagnie du Bob James Trio, le 1er mars 1964, Dolphy passe d’un instrument à l’autre sur la partition déposée par ses accompagnateurs. Dissonant, stimulant et dense, Strenght And Unity dévoile sans doute ce qu’aurait pu être sa musique par la suite : plus étrange, forcément ; plus inédite encore.

CD: 01/ Coltrane on launeddas: Red Planet 02/ Tim Berne e Umberto Petrin: Serene 03/ Nexus: Vertical Invaders #1, Jitterbug Waltz, 245, Lotsa Potsa 04/ Eric Dolphy’s Memorial Barbecue: Out to Lunch, Out There 05/ Eric Dolphy: Strenght and Unity

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy, Sardegna e jazz, 2005.


Vision Volume 3 (Arts for Art - 2005)

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Depuis dix ans, le Vision Festival de New York célèbre le jazz moderne. Chaque année, à sa manière délicate et irréprochable, savamment distillée en petits lieux. Preuves apportées par Vision Volume 3, double compilation revenant sur les moments forts de l’édition 2003, et plateau exceptionnel de présences.

Le temps de 9 extraits choisis, le disque démontre les allures diverses ou le teint changeant de jazzmen qui, toutes générations confondues, servent, en sereins continuateurs du free jazz des premières heures, la création sur l’instant. Envoûtés par les classiques du genre et leurs façons de sonner, comme Fred Anderson (Trying to Catch the Rabbit) ou Rob Brown (expliquant aux côtés d’Henry Grimes les saveurs polyrythmiques sur Resonance excerpt No.1) ; partis à la recherche d’un modèle inédit de musique appuyée comme Matthew Shipp et Daniel Carter (Surface and Dream - Excerpt No.1) ou Patricia Nicholson (imposant avec Joseph Jarman et Cooper-Moore un blues rugueux jouant des diversions free sur Rise Up) ; aux intentions plus lestes privilégiant l’émulsion brute, suivant le modèle déposé par William Parker.

Contrebassiste incontournable, Parker ne ménage pas ses efforts et se glisse dans des combinaisons variées, toutes concluantes. Auprès de Joe McPhee et Roy Campbell, il souligne le jeu éclairé du batteur Warron Smith avant de décider d’un riff lancinant entraînant l’ensemble de ses partenaires à sa suite (War Crimes and Battle Scars : Iraq). De taille à donner la réplique aux facéties et départs masqués d’Andrew Cyrille (Quilt), il dirige enfin les 17 musiciens de son Jeanne Lee Project sur Bowl of Stone Around the Sun. Là, quatre chanteurs – dont Thomas Buckner – établissent des canons et rivalisent d’idées sur les reliefs d’un décor instrumental répétitif.

Comme la vue ne pourrait se passer d’images, Vision Volume 3 rassemble sur un DVD d’autres extraits de concerts et quelques interviews. Le Jeanne Lee Project de prendre encore plus d’ampleur (Song for Jeanne Lee), Roscoe Mitchell invitant Thomas Buckner à gagner la scène (Improvisation No. 1073) ou Jin Hi Kim dans une démonstration de komungo - ancien instrument à cordes coréen (Once Again). Complet autant que déroutant, l’exposé tient du miracle et du dosage chanceux. L’ensemble reste en place alors même qu’il explose.

CD / DVD: 01/ WHIT DICKEY QUARTET: Coalescence One 02/ FRED ANDERSON/HARRISON BANKHEAD: Trying To Catch The Rabbit 03/ MATTHEW SHIPP QUARTET : Surface and Dream - Excerpt #1 04/ ROY CAMPBELL / JOE McPHEE QUARTET: War Crimes and Battle Scars: Iraq 05/ THOMAS BUCKNER : Improvisation #1073 - Excerpt #1 06/ ANDREW CYRILLE / KIDD JORDAN / WILLIAM PARKER: Quilt 07/ PATRICIA NICHOLSON'S PaNic : Rise Up 08/ ROB BROWN's RESONANCE : Resonance Excerpt #1 09/ WILLIAM PARKER's JEANNE LEE PROJECT: Bowl of Stone Around the Sun

Vision Volume 3 - 2005 - Arts for Art. Distribution Orkhêstra International.



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