Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Michel Doneda, Mathias Pontevia, Didier Lasserre : Miettes & plaines (Petit label, 2012)

doneda pontevia lasserre miettes et plaines

Dans une ancienne vermicellerie du Tarn, au bord du fleuve Niger, sur les pentes de la Montagne Noire, dans la vallée du Gaycre, à l'abri de la chapelle de Las Planques ou d'une église près de Sheffield, écouter Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino, radio).

Dans un chai de Montagne Saint-Émilion, avec Mathias Pontevia (batterie horizontale) et Didier Lasserre (caisse claire & cymbales), en mai 2011, l'écouter faire se lever l'étendue des plateaux, entre bouffées buissonnantes et poursuites de drailles.

C'est là faire l'expérience – qu'offre l'audition, dans l'enchaînement des instants – du vol coulé, de ce très littéral transport par hallucination douce, au ras des peaux et des cymbales, dans le subtil travail de l'air.

Si les relations du souffleur avec les plus fins percussionnistes (Alain Joule, Lê Quan Ninh, Tatsuya Nakatani) sont bien connues, la présence de Pontevia & Lasserre à ses côtés ne signale ni prolifération ni obstruction : l'artisanat du son que pratiquent ces deux musiciens tient plutôt du retranchement, de la raréfaction, des « miettes » (pour reprendre le titre du volume publié par Doneda aux éditions Mômeludies en 2010) autant que des « plaines » (par leurs frottés pouvant évoquer Wolfarth). Ensemble, tous les trois, ils établissent les conditions poétiques d'une parfaite – spontanée, évidente – portance.

Michel Doneda, Mathias Pontevia, Didier Lasserre : Miettes & plaines (Petit label)
Edition : 2012.
CD : 01-04/ Miettes & plaines
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label, 2011)

petit pontevia pha

Après avoir craquelé l’unisson et s’être désunis (l’option de ne distinguer qu’un seul instrument par canal n’est sans doute pas étrangère à cette sensation de division), le ténor (maintenant baryton) de Jean-Luc Petit et la batterie horizontale de Mathias Pontevia réintègrent le foyer de la résonnance.

Activant le circulaire ou kidnappant la secousse, jouant du tonnerre lointain et des frôlements de souffle, batteur et saxophoniste gardent en mémoire les horizons à ne pas enfreindre. Soit, garder le cap d’une improvisation tendue et intense (magnifique diversité des timbres de Pontevia) en ne tenaillant jamais une expression toujours renouvelée.

Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ PHA 02/ Le tube, le câble 03/ Musique gluturale 04/ Il touche, il crache, il renifle 05/ Supraphonic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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WPB3 : A Floating World (Mikroton, 2011) / Heddy Boubaker, Soizic Lebrat : Quasi souvenir (Petit label, 2011)

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La troisième des quatre pièces improvisées consignées sur A Floating World évoque l’interrogation incomplète qui occupa jadis Keith Rowe, Urs Leimgruber et Michel Doneda : No Difference Between a Fish, affirme ici WPB3 – soit : Nusch Werchowska (piano, objets), Mathias Pontevia (percussions) et Heddy Boubaker (saxophones alto et basse). La question serait donc celle, posée à nouveau, de l’affirmation d’une présence ou de plusieurs sur un exercice improvisé de genre délicat, voire discret. Y réussir tiendrait de l’adéquation mystère ; tout perdre serait le risque encouru à chaque intervention.

Les dosages du trio en question engendrent le plus souvent des morceaux de vaillance – écouter avec quelles façons il arrange les différents modules (rumeurs ombreuses, incertitudes inspirantes, dérives légères, répétitions étouffées, échappées mélodiques même) de Liquicy Rice – quand ce n’est pas, certes à de plus rares occasions, de tendres plages vaines – regretter cette fois l’échange virulent auquel se livrent, en fin de Deep South, White Heat, aigus de saxophone, emportements percussifs et accords impétueux.

Afin de trancher, retour à No Difference Between a Fish. Werchowska croulant sous les graves, Pontevia concédant à ses cymbales l’expression de clameurs animales, Boubaker, enfin, vrillant de cascades miniatures en dérapages ascensionnels. La pianiste à l’intérieur de son instrument, les rumeurs décideront dès lors du sort de l’improvisation : les dernières minutes d’A Floating World seront soufflantes. Après avoir affirmé leurs présences avec un art au final convaincant, les musiciens profitent d’un autre savoir qu’ils ont en commun : celui de bien disparaître.

WPB3 : A Floating World (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement (par Benjamin Maumus) : 5, 6, 7 Novembre 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Liquicy Rice 02/ Deep South, White Heat 03/ No Difference Between a Fish 04/ The Wrinkles of the System
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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En juin 2010, pour donner suite à Accumulation d'acariâtres acariens, Heddy Boubaker improvisait avec Soizic Lebrat (violoncelle) les sept pièces d’un Quasi souvenir enregistré par Benjamin Maumus et publié par Petit Label. Dissident du précédent, Berceuse vénéneuse ou Fièvre latente mutante : autant de titres à consonances donnés à des morceaux d’une toute autre inspiration. En effet, deux pratiques instrumentales assises s’y invectivent, l’une sifflant l’autre maugréant, lorsqu’elles n’adoptent pas une position de repli où fomenter de nouvelles et brillantes attaques (sur lignes grêles ou horizons abstraits). Lui aussi mal nommé, le disque est mémorable.

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Mathias Pontevia : Laminaire (Un rêve nu, 2011)

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C’est un objet pas commun qui tient du collier de nouilles ou d’une œuvre d’art brut, cela dépend des appréciations.  C’est un presse-papier en résine plombé qui contient des cotillons, une vieille photo, des germes (du tabac ?) et encore des germes (un morceau de branche ?). Ce presse-papier sert de support au disque de Mathias Pontevia, Laminaire. Mais Laminaire peut aussi être téléchargé gratuitement sur le site d’Un rêve nu.

Cette gratuité ne doit pas empêcher de commander Laminaire-presse-papier-collier-de-nouille-support parce que le travail de batterie de Mathias Pontevia mérite qu’on l’encourage. Cet amateur de Sunny Murray aussi bien que de Lê Quan Ninh mène des recherches sur les à-côtés de la batterie. Peut-être même sur ses aléas. Horizontalement, il monte des coups en pièces sonores comme d’autres montent des blancs en neige. Ici, on prend son temps et on écoute avec délices les conversations entre caisses et cymbales. Ici, laminaire la batterie s’étire. Elle file des tapisseries colorées. Pas forcément  expérimentales (souvent à l’ancienne d'ailleurs, à l'ancienne étendue j'entends) mais enchanteresses.

Mathias Pontevia : Laminaire (Un rêve nu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Career 02/ Turbine 03/ Le cheval et le serpent 04/ Baie d’Along 05/ Saccharomyces Cerevisiae 06/ Vecteur 07/ Koinê 08/ Did He Loose Air ? 09/ Meet the Brush
Pierre Cécile © Le son du grisli

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X_Brane : Penche un peu vers l’angle (Amor Fati, 2010)

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On ne sait véritablement ce qui « Penche un peu vers l’angle » de l’association de Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano), Jean-Sébastien Mariage (guitare électrique) et Mathias Pontevia (« batterie horizontale »), ou des trois pièces qu’elle improvise. Ainsi, on pourrait d’abord imaginer ou l’une ou les autres coincée(s) en bout de course dans l’angle suspromis, et diminuée(s) d’autant.

Or, il était nécessaire de prendre en compte la nature de cet angle là : rentrant. Ainsi, il libère voire refoule tout élément qui l’approche : souffles sectionnés et râles au moyen desquels Gauguet compose des chants appréciables, flirts avec harmoniques ou menues mécaniques pensés par Mariage, appels sur tom basse ou cymbale sifflante de Pontevia. A l’horizon, des lignes approchantes et puis voisines dont la transformation suffit au tableau. Soumis aux perturbations qu’il a lui-même invoquées, le trio décide d’une traversée du miroir le temps d’une belle et grave conclusion. Ainsi, il a suffi à Gauguet, Mariage et Pontevia, de se pencher ensemble pour ramasser Tazuki, Tsuri et Hishi, arrangés ensuite avec pertinence.

X_Brane : Penche un peu vers l’angle (Amor Fati / Allumés du jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Tazuki 02/ Tsuri 03/ Hishi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bertrand Gauguet se produira ce vendredi soir en concert aux Instants chavirés aux côtés d'Olivier Benoît et Lê Quan Ninh.

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