Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Sonny Simmons : Staying on the Watch / Music from the Spheres (ESP, 1966)

sonny_simmons_par_jason_weiss

L’illusion du progrès en arts modernes est souvent problématique. On sait bien que, sous l’effet d’une simple impression, ce qui peut sembler être une nouveauté frappante aujourd’hui peut se trouver assez vite vieilli et fatigué. Mais j’ai toujours été impressionné par la manière dont la plupart des disques ESP d’il y a cinquante ans sonnent encore frais et provocateurs aujourd’hui.

Un exemple parmi d’autres : le grand Sonny Simmons, sa musique et son jeu au saxophone alto sont tellement forts, courageux, résistants à toutes épreuves, qu’il est étonnant qu’il ne soit pas devenu un des jazzmen les plus célèbres de cette époque et même de la nôtre. Lorsqu’on réécoute son premier disque en tant que leader, Staying on the Watch, on entend la sensibilité des modernistes qui venaient de le précéder (Coltrane, Dolphy) mais aussi un lyrisme, un feu et une oreille qui lui sont propres. Notez la place qu’il réserve à l’éblouissante trompette de Barbara Donald, alors sa femme.

Leur deuxième disque, Music from the Spheres, sorti peu après sur ESP et sur lequel on entend des musiciens tels que le batteur James Zitro et Bert Wilson au saxophone ténor, tient toutes les promesses du compositeur singulier qu’est Simmons, à la fois osé et très swingant. Tous auraient dû mener une vie musicale longue et abondante, faite d’opportunités et de rencontres à la hauteur, et ne pas se contenter d’une descendance, mais voilà… En tout cas, le miracle est qu’il a non seulement survécu aux pires souffrances mais qu’il joue toujours (et comment!), plus apprécié en Europe qu’aux USA, certes, et soutenu par de jeunes labels enthousiastes, tels que Improvising Beings. Parfois, on a quand même de la chance : le bel art peut tenir aussi longtemps que toute une vie.

Sonny Simmons : Staving on the Watch (ESP)
Enregistrement : 30 août 1966. Edition : 1966.
LP : 01/ metamorphosis 02/ A Distant Voice 03/ City of David 04/ Interplanetary Travelers
Sonny Simmons : Music from the Spheres (ESP)
Enregistrement : Décembre 1966. Edition : 1966.
LP : 01/ Resolutions 02/ Zarak's Symphony 03/ Balladia 04/ Dolphy's Days
Jason Weiss © Le son du grisli

always_in_troubleJason Weiss est écrivain. Jeudi prochain, 25 octobre, il présentera son nouveau livre, Always in trouble : An oral history of ESP-Disk, the most outrageous record label in America, au Souffle Continu à Paris. Après quoi, le saxophoniste Etienne Brunet improvisera en solo.

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Pharoah Sanders : In the Beginning (ESP, 2012)

pharoah sanders in the beginning

Racler les fonds de tiroir peut amener quelque heureuse surprise. Ainsi, Bernard Stollman, désirant boucler un coffret de Pharoah Sanders, période ESP, déniche-t-il ici quelques précieuses pépites.

Avec le quintet de Don Cherry (Joe Scianni, David Izenzon, J.C. Moses), Pharoah coltranise sa propre timidité. Avec le quartet de Paul Bley (David Izenzon, Paul Motian) et seul souffleur à bord, le saxophoniste fait flamboyer quelques vibrantes harmoniques, avoisine la convulsion et découvre ce qu’il deviendra demain : un ténor hurleur et tapageur.

Pas question de timidité aujourd’hui (27 septembre 1964) : Pharoah Sanders enregistre pour ESP son premier disque en qualité de leader (Pharoah’s First). Au sein d’un quintet (Stan Foster, Jane Getz, William Bennett, Marvin Pattillo) engagé dans un bop avisé, le saxophoniste tourne à son avantage quelques traits coltraniens, énonce une raucité vacillante et phrase la rupture sans sourciller. Accompagné, ici, par une Jane Getz particulièrement inspirée (suaves et volubiles chorus), s’entrevoit pour la première fois l’art multiforme – et souvent teigneux – d’un saxophoniste nommé Pharoah Sanders.

Avec Sun Ra, Pharoah Sanders peine à remplacer John Gilmore. Si Sun Ra exulte en solitaire et si les tambours sont à la fête (Clifford Jarvis, Jimmhi Johnson), les souffleurs (Sanders, Marshall Allen, Pat Patrick) ne s’imposent pas au premier plan en cette soirée du 31 décembre 1964. Qu’importe, un certain John Coltrane a déjà remarqué le ténor…mais ceci est une toute autre histoire.

Pharoah Sanders : In the Beginning 1963-1964 (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1963-1964.  Edition : 2012.
CD1 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Cocktail Piece I 03/ Cocktail Piece II 04/ Studio Engineer Announcement 05/ Cherry’s Dilemma 06/ Studio Engineer Announcement 07/ Remembrance 08/ Meddley : Thelonious Monk Compositions 09/ Don Cherry Interview 10/ Don Cherry Interview 11/ Paul Bley Interview 12/ Generous I 13/ Generous II 14/ Walking Woman I 15/ Walking Woman II 16/ Ictus 17/ Note After Session Conversation – CD2 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Bernard Stollman Interview 03/ Seven By Seven 04/ Bethera 05/ Pharoah Sanders Interview – CD3 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Dawn Over Israel 03/ The Shadow World 04/ The Second Stop Is Jupiter 05/ Discipline #9 06/ We Travel the Spaceways – CD4 : 01/ Sun Ra Interview 02/ Gods on Safari 03/ The Shadow World 04/ Rocket #9 05/ The Voice of Pan I 06/ Dawn Over Israel 07/ Space Mates 08/ The Voice of Pan II 09/ The Talking Drum 10/ Conversation with Saturn 11/ The Next Stop Mars 12/ The Second Stop Is Jupiter 13/ Pathway to Outer Known 14/ Sun Ra Interview 15/ Pharoah Sanders Interview 16/ Pharoah Sanders Interview 17/ Pharoah Sanders Interview
Luc Bouquet © Le son du grisli

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