Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre, 2010)

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Auprès de deux altos (Martin Küchen et Seymour Wright), le guitariste Keith Rowe enregistrait récemment une improvisation assez imposante pour se passer de titre.

Il faudra appeler Rowe Küchen Wright (voire RKW) ce mouvement en perpétuelle définition. Des soupçons de cordes tracent d’abord une ligne sonore aux apparences trompeuses qui fera office, ici, de ligne de flottaison. Embarqués, Küchen et Wright vont comme un seul homme sur de frêles parallèles avant d’enrouler ceux-là autour d’un son de guitare qu’ils auront réussi à isoler. L’éternel poste de radio de Rowe recrache ce qu'il attrappe, discours qui sépare les intervenants puis avive un larsen qui n'en était qu'à sa naissance. En conséquence, Küchen et Wright s’entendent une autre fois, sur un dessein plus terrible. Pour résister à l’affront, la guitare de Rowe tente une berceuse qui endormira les souffles et leurs effets. Le même larsen remonte, Rowe célèbre en vainqueur la série de quatre enregistrements que le label Another Timbre consacrait récemment à l’instrument guitare (at26-at29).


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright, s/t (extrait). Courtesy of Another Timbre

Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre)
Ediiton : 2010.
CD : 01/ s/t
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Küchen, Rodrigues, Rodrigues, Santos : Vinter (Creative Sources, 2010)

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Le souffle, répété, qui traverse le saxophone alto de Martin Küchen pousse quelques notes hors de l’instrument. Dans un bruit de métal, Küchen fabrique ses plaintes d’opposition aux longues lignes sorties d’un duo d’archets – association d’Ernesto (violon) et Guilherme Rodrigues (violoncelle) – jusqu’à ce qu’un grave se répande pour donner à l’ensemble expérimental des airs de berceuse. Des airs que parasites et frottements chercheront à déstabiliser, eux qui rêveraient d’une ambient hérétique qui interdirait toute récupération ou tentative d’assimilation, musicales toutes deux.

Or, la berceuse tient ici par le jeu d’une ossature de clefs-satellites et de structures électroniques du discret et cubiste Carlos Santos et là par le soutien affirmé de l’archet de violoncelle d’un père rassurant (Guilherme). A force de cohésions, c’est une autre musique d’atmosphère que l’on traîne à terre pour que ne lui échappe pas un centimètre carré de surface ni, une fois recraché par le disque à mille lieux d’où elle est née, un centimètre cube d'espace environnant.

Martin Küchen, Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Carlos Santos : Vinter (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 18 mai 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Mörkertid 02/ Kyla 03/ Barmark
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Martin Küchen : Homo Sacer (Sillon, 2007)

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Après avoir demandé à Michel Doneda, Alessandra Rombola et Wade Matthews, d’interroger en solo leurs pratiques improvisées et expérimentales, le label Sillon propose aujourd’hui les réponses du saxophoniste Martin Küchen, échappé du groupe Exploding Customer et entendu récemment aux côtés de Raymond Strid et Per Zanussi.

Abordant l’exercice de manière saugrenue – celle d’une pratique polyphonique qui ravira tout ethnologue épris de musique –, Küchen engouffre ensuite ses souffles dans le corps de ses instruments (alto et baryton), leur impose une mécanique décidant pour eux de trajectoires circulaires, ou en fait la matière d’un bourdon angoissé.

Monté, à grands coups de rebonds, à bord d‘un hélicoptère de marque Stockhausen, Küchen s’éloigne d’un Homo Sacer primaire et inquiétant, au point de séduire partout l’auditeur évolué pas mécontent de faire une pause.

Martin Küchen : Homo Sacer (Sillon / Sofa Music)
Edition : 2007.
CD : 01/ 02/ 03/ 04/ 05/

Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Martin Küchen Trio: Live at Glenn Miller Café (Ayler Records - 2007)

kucsliEchappé d’Exploding Customer, le saxophoniste Martin Küchen jouait en 2006 aux côtés du contrebassiste Per Zanussi et du batteur Raymond Strid, section rythmique bi générationnelle mettant davantage en valeur les qualités de son leader.

Rugueux, rappelant par certains côtés Hamiet Bluiett, Küchen dépose d’abord une lente et judicieuse progression mélodique (The Indispensable Warlords), avant de mener son groupe à l’assaut d’un free jazz sans artifices, emporté (Strid Comes) ou habilement dissimulé pour mieux gagner ensuite en présence (No. 8).

Servant aussi une déconstruction plus sombre (No. 6), le trio aura mis en place au Glenn Miller Café un jazz d’embrouilles altières et concrètes, dont l’infaillibilité redore les blasons de Küchen et Zanussi, dans le même temps qu’il confirme la stature de Strid.

CD: 01/ The Indispensable Warlords 02/ Zanussi Times 03/ No. 6 04/ Strid Comes 05/ No. 8

Martin Küchen Trio - Live at Glenn Miller Café - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.


Exploding Customer: Live at Tampere Jazz Happening (Ayler - 2005)

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La bière ou le doute. Voilà les raisons que pourrait trouver le quartette suédois Exploding Customer pour expliquer la force avec laquelle il rua dans les brancards d’un folklore jazzeux et festif, No Smoking Orchestra simiesque - pas désagréable sans doute pour les amateurs du genre, mais acceptable en quoi pour les autres -, en introduction d’un concert donné le 6 novembre 2004 au Tempere Jazz Happening (Finlande).

Mais à des musiciens de qualité, on peut bien pardonner le doute ou la boisson. D’autant qu’accepter un album amputé de deux ou trois morceaux n’est pas tellement de sacrifices, une fois pris en compte les mille manières de rattraper la chose. Ailleurs, donc, le saxophoniste Martin Küchen mène sa formation avec éclat, et multiplie les incartades moins entendues.

Tissant un dialogue répétitif et dissonant avec le trompettiste Tomas Hallonsten, Küchen ne peut plus cacher le culte qu’il voue à Dolphy (Quoting Frippe). Avançant sur les fragments de la batterie éclatée de Kjell Nordeson (vu déjà aux côtés de Mats Gustafsson ou Peter Brötzmann), il ne peut empêcher non plus que le gagne le souvenir des marches fantasques d’Ayler (The Prophet’s Ad).

Sur un gimmick de basse imposé par Benjamin Quigley, le quartette emprunte la voie qui le mènera à une New Thing sérielle et envoûtante défendue jadis par Ronnie Boykins ou Ran Blake (The Crying Whip). Un écart, encore, vers un folklore d’Europe centrale, mais maîtrisé, cette fois, dense et s’amusant de l’effacement et de la redisposition lente du thème (Peace Is Not For Us II).

Enfin, le déroulement sage d’un free bop faisant allégeance aux constructions de Monk (Gone Herero) et un free condensé à la manière de Vandermark (A Broken Glass). Exécutés avec adresse, mais qui ne pourront rien contre le retour, en guise de final, des accents de fête feinte (Too Much Money). Pas le doute, donc, ni la bière. L’illusion, peut-être, qu’il faut convaincre l’assistance qu’on lui donnera à entendre ce qu’elle ne peut qu’accepter, pour la mener ensuite jusqu’aux frasques inhabituelles.

CD: 01/ Mr BP (D) 02/ Child, Child 03/ Quoting Frippe : (What’s The Name Of The Bass Player ?) 04/ The Prophet’s Ad (Bowing For The Man ?) 05/ The Crying Whip 06/ Peace Is Not For Us II 07/ Gone Herero 08/ A Broken Glass 09/ Too Much Money

Exploding Customer - Live at Tempere Jazz Happening - 2005 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.



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