Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Simon James Phillips : Blage 3 (Mikroton, 2015) / Transmit : Radiation (Monotype, 2015)

simon james phillips blage 3

On dit le pianiste australien Simon James Phillips très marqué par la musique électronique, et son Blage 3 (2 CD) le confirme. Mais on ne s’en tiendra pas à cette simple présentation. D’autant qu’il est ici accompagné par des personnalités (rien de moins que Liz Albee, Tony Buck, Werner Dafeldecker, BJ Nilsen et Arthur Rother) qui, certainement je n'en doute pas pour sûr, « dépersonnalisent » sa musique.

On suspectera d’ailleurs Phillips d’avoir un faible pour les minimalistes, tel Charlemagne (ses répétitions pianistiques donnent un indice) ou Chatham… Maintenant, le super-groupe concocte le long de cinq heures de concert ininterrompu (réduites ici à deux heures de musique qu’on peut interrompre) un continuum sonore qui force le respect.

Notre attention peut quand même décrocher de temps en temps. Parce qu'on peut déplorer ici un accent « tonique », là une perte de vitesse que ne compense pas l’invention collective ou plus loin une ambient pop un tantinet fastidieuse (sur le début du deuxième CD). Mais en règle générale, le collectif électroacoustique tient la baraque (oui... à défaut de la casser).

Simon James Phillips : Blage 3 (Mikroton)
Enregistrement : 2011. Edition : 2015.
2 CD : Blage 3
Pierre Cécile © Le son du grisli

transmit radiation

Depuis la sortie du premier album de son Transmit, Tony Buck a revu la formule d’un Proje(c)t que Magda Mayas (piano & orgue), Brendan Dougherty (batterie) et James Welburn (guitares) composent désormais avec lui. En périphérie de The Necks, ce groupe Trans...forme quelques gimmicks en instrumentaux endurants ou en pop songs dont les guitares (on pense parfois à Tom Verlaine, Jim O’Rourke…) rattrapent souvent les redites et les fastochités. Sur la première et la quatrième psite, le groupe démontre néanmoins un supplément d'âme. 

Transmit : Radiation (Monotype)
Edition : 2015.
CD : 01/ Vinyl 02/ Two Rivers 03/ Drive 04/ Swimming Alone 05/ Right Hand Side 06/ Who
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Great Waitress : Flock (Creative Sources, 2013)

great waitress flock

Deux ans après avoir enregistré Lucid, Great Waitress (trio Magda Mayas / Monika Brooks / Laura Altman) profitait de concerts donnés en deux endroits de Sydney pour envisager Flock.

Là, deux pistes et quelques façons de composer, toujours, à force d’hésitations inspirantes. L’accordéon fragile mais tenace, le piano caressé ou pincé de l’intérieur, la clarinette comme suspendue aux lèvres, tissent une toile et la remplissent : de notes rapprochées sur l’instant mais bien vite séparées ; de reliefs qui n’entament en rien l’horizontalité du propos ni sa cohérence. Le deuxième essai de Great Waitress ne déçoit donc pas, et même confirme.  



Great Waitress : Flock (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : janvier et février 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Rite 02/ Sownder
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



densités 75Ce dimanche 26 octobre, Great Waitress est attendu au Pôle culturel de Fresnes-en-Woëvre sur l’invitation du festival Densités.

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Chris Abrahams, Sabine Vogel : Kopfüberwelle (Absinth, 2012) / Chris Abrahams, Magda Mayas : Gardener (Relative Pitch, 2013)

chris abrahams sabine vogel kopfuberwelle

Enregistré pour l'essentiel en 2010, Kopfüberwelle donne à entendre Chris Abrahams à l'orgue auprès de la flûtiste Sabine Vogel – nouveau profil au tableau de chasse d'Abrahams, friand de réductionnistes de toutes espèces et même de toutes qualités.

Ce sont là six pièces – présentées dans le livret comme autant d'« Incantations-sounding improvisations » – dont on ne cessera d'interroger l'intérêt à la lumière des rapprochements opérés par les instruments ou au contraire des distances qu'ils s'obligent à garder. De drones hésitants en sifflements perturbateurs, orgue et flûte composent d'abord avant d'entamer un dialogue dont les découpes soulignent l'inconstance de deux inspirations. Chants en surimpression, jeux de questions-réponses, passables et rien de transcendant. La dernière pièce relève quand même le niveau : son nom est Companions for the River Journey, qui fut enregistrée en 2009. Surprise des régressions.

écoute le son du grisliChris Abrahams, Sabine Vogel
Companions for the River Journey

Chris Abrahams, Sabine Vogel : Kopfüberwelle (Absinth)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Roadless 02/ Handwritting 03/ Luftleere Räume 04/ Floating Head Over 05/ Auftauchend 06/ Companions for the River Journey
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

chris abrahams magda mayas gardener

Loin des pièces sombres et mouvantes qu’ils ont, ensemble ou séparément, pris l’habitude de peindre, Chris Abrahams et Magda Mayas signent sur Gardener six improvisations heurtées. Sur et en pianos, harmoniums et clavecins, le duo multiplie les manières de faire pousser des sonorités qui peinent à l’harmonie, si ce n’est sur Surroundings et Remnant, justement parce qu’ils y retrouvent leurs habitudes : sombres, mouvantes.

Magda Mayas, Chris Abrahams : Gardener (Relative Pitch)
Enregistrement : 2009. Edition : 2013.
CD : 01/ Song of the Pylons 02/ The Changes Wrought by the Recurring Use of Tools 03/ Lichens 04/ Surroundings 05/ Ash Canopy 06/ Remnant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Butcher, Tony Buck : Plume (Unsounds, 2013) / Magda Mayas, Christine Abdelnour : Myriad (Unsounds, 2012)

john butcher tony buck magda mayas burkhard stangl plume

En Plume s’agitent deux trios qui réunirent – en concerts donnés à Londres en 2007 et 2011 – la paire John Butcher / Tony Buck et Burckhard Stangl ou Magda Mayas.

Avec le premier – qui tiraille sa guitare jusqu’à bientôt l’interroger du poing –, l’improvisation joue de boucles qu’emporteront les aigus du soprano et les turbulences rebondies de toms-roulette. L’élucubration a du ressort, auquel un ampli sur le retour donnera d’autres couleurs : rechignant à composer avec ce lot de tensions lâches, le trio imbrique des modules de recherches alertes qui, avec une morgue superbe, font fi de toute cohérence.

Associés à Mayas, Butcher et Buck accordent velours et sifflements avec un lot de cordes pincées. Le tambour bat ferme sur un court motif de piano, l’alto progresse par à-coups avant que les cordes prennent leurs distances quand vient, sous couvert de recherches, l’heure de fomenter l’attaque inévitable. Sans chercher forcément à se répondre, les séquences se succèdent alors et les tensions reviennent faire valoir leurs droits. Plus « facile », mais changeant.

John Butcher, Tony Buck : Plume (Unsounds)
Enregistrement : 2007 & 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Butcher, Stangl, Buck : Fiamme 02/ Butcher, Mayas, Buck : Vellum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

magda mayas christine abdelnour myriad

Enregistrées le 25 août 2011 au Festival Météo, Magda Mayas et Christine Abdelnour construisirent l’appeau Myriad : pris dans le piège de cordes chuintant ou buttant contre le mobile de cuivre dans lequel sifflent les quatre vents, les oiseaux de couverture chantent et charment avant de prendre feu : pas surprenantes, leurs couleurs sont jolies quand même.

Magda Mayas, Christine Abdelnour : Myriad (Unsounds)
Enregistrement : 25 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Hybrid 02/ Cynaide
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Annette Krebs, Anthea Caddy, Magda Mayas : Thread (Another Timbre, 2012) / Magda Mayas, Anthea Cady : Schatten (Dromos, 2011)

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Rôdée, l’association Magda Mayas (piano) / Anthea Caddy (violoncelle) est ici augmentée d’Annette Krebs (guitare préparée, objets…) – rôdée aussi, la paire que celle-ci forme avec Caddy. Sur disque, la rencontre est faite d’acoustique surtout – instruments piqués au vif, rumeurs balançant entre deux notes, bourdons rivalisant avec une voix radiophonique – et d’un peu d’électronique.

L’abstraction, que l’on peut dire constructiviste, gagne au fil des minutes en déséquilibre et ce déséquilibre fait justement son charme : sifflements-trajectoires, chansons captés sur larsen, gimmick de piano accompagnant le renoncement d’un grave de guitare : toutes propositions timides, inquiètes presque de leur avenir, plutôt que de fières expressions amassées. Au nombre des musiques indicibles, le trio Krebs / Caddy / Mayas a ajouté sa pierre de taille à l’édifice, et son copeau de bois et son morceau d’onde.

Annette Krebs, Anthea Caddy, Magda Mayas : Thread (Another Timbre)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Sands 02/ Shore
Guillaume Belhomme © le son du grisli

mayas_caddy_schatten

L’ombre (Schatten) portée de Magda Mayas et d’Anthea Caddy adopte la forme d’un appareil à sons irrités : ses cordes tremblent sous les frottements, sa caisse de résonance laisse flotter en elle des râles, son bois respire au son de notes fines et allongées. A la fin, les effets de perturbations dansent sur grincements : c’est là qu’arrive Schatten, là que Mayas et Caddy voulaient en venir.

Magda Mayas, Anthea Cady : Schatten (Dromos)
Edition : 2011.
CD-R : 01/ Lucidity 02/ In the Shadows Lay 03/ Shatter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Spill : Stockholm Syndrome (Al Maslakh, 2012)

spill stockholm syndrome

Deux extraits de concerts donnés par Magda Mayas et Tony Buck en 2010 (à Helsinki et Oslo) font aujourd’hui ce Stockholm Syndrome de leur Spill (nom que l’association prit après la sortie d’un premier disque : Gold, Creative Sources).

Rideau de pluie levé à l’intérieur du piano – cordes pincées ou grinçantes –, implications minuscules, notes étouffées et coups portés aux instruments sans véritable intention « musicale », composent là un paysage de densité : Mayas y trouve replis et recoins qu’elle transforme en auditoriums périphérique que Buck s’empresse de combler de résonances. Plus loin, c’est un jardin anglais que le duo dessine, soumis bientôt aux effets d’une atmosphère grondant : sombres et insaisissables, les notes qui s’en dégagent suivent le pas d’un tambour-major agissant sur caisse-claire. Entre vagabondage et recadrage, Stockholm Syndrome aura fait œuvre de beau contraste.

Spill : Stockholm Syndrome (Al Maslakh)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Helsinki 02/ Oslo
Guillaume Belhomme @ le son du grisli

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Interview de Magda Mayas

magda mayas itw

Deux enregistrements de Spill (Stokholm Syndrome sur Al Maslakh et Fluoresce sur Monotype) et deux autres en compagnie d’Anthea Caddy (en duo ou trio dans lequel prend place Annette Krebs) font l’actualité de la pianiste Magda Mayas. Soit : la presque moitié d’une discographie en devenir et à recommander aussi pour ses références enregistrées avec Christine Abdelnour

... Je ne me souviens pas vraiment de mon premier souvenir de musique. Ca pourrait être mon frère et ma sœur jouant de la musique à la maison, ou les passages avec ma mère au théâtre, qu’elle fréquentait pour jouer dans l’orchestre symphonique.

Où était-ce ? A Münster.

A quel instrument as-tu débuté ? Au violon. Mes parents sont tous les deux musiciens classique, ils jouent du violon et de l’alto, ce qui m’a sans doute influencé un peu… Mon frère et ma sœur jouaient de beaucoup d’instruments différents à la maison, j’ai grandi avec ça et je pense que j’ai voulu m’y mettre à mon tour. A l’âge de huit ans, je suis passée au piano, le violon n’était en fait pas vraiment mon truc…

En plus du piano, tu joues aujourd’hui du clavinet… Le clavinet (ou pianet) dont je joue est un clavier électrique qui date des années 1960. Il comporte des cordes et des tubes métalliques, c'est dire qu’il ne peut se substituer au piano, c’est un instrument totalement différent... Je peux néanmoins le préparer : je l’ouvre, vais voir dans les cordes et, comme il est amplifié, cela me permet de jouer plus fort, plus bruyamment, d’utiliser un matériau sonore plus « viscéral ». Cela sonne d’ailleurs plus comme une guitare ou une basse électrique. Je vois cet instrument comme une extension de mon langage musical en général plus que comme une extension de ce que je peux faire au piano.

Comment es-tu passée du classique à l’improvisation ? Si j’ai abordé la musique par le classique, à 15 ans, j’ai commencé à m’intéresser à l’improvisation et au jazz au point de me mettre ensuite au piano jazz. Je tenais beaucoup à apprendre comment improviser afin de ne plus être dépendante de la chose écrite, composée. Je pense avoir surtout écouté du jazz à cette époque. J’ai commencé à improviser au piano essentiellement. Et puis, quand je me suis mis à m’intéresser au jazz, au free jazz et un peu plus tard à la musique contemporaine, j’ai commencé à chercher par moi-même de nouvelles sonorités. Ensuite, j’ai ressenti à quel point il est important de jouer et d’improviser librement avec d’autres musiciens et d’autres instruments. Cela m’a amené à développer mon propre vocabulaire, je pense, en essayant d’imiter ou en goûtant les sons que d’autres musiciens pouvaient sortir et en voyant ce que, de mon côté, je pouvais faire à l’intérieur du piano.

Des musiciens t’ont-ils montré la voie, ou même joué une influence sur ton développement ? Je ne peux pas vraiment dire qu’il y eut un ou deux musiciens qui ait pu me servir d’exemple ou m’ait influencé. Je crois que cela faisait parti d’un tout, l’environnement, les gens que je rencontrais, ce genre de choses… Ceci étant, je garde un souvenir fort d’un concert de Cecil Taylor auquel j’ai assisté à l’âge de 16 ans : cela m’a vraiment impressionné et même retourné l’esprit. Tout était incroyable : une telle énergie et une telle dévotion à la musique, je n’avais jamais rien expérimenté de tel.

Quelle différence fais-tu désormais entre improviser en solo et improviser en groupe ? J’aime autant l’un que l’autre. Souvent je trouve qu’il est plus stimulant de jouer en solo, dans la mesure où il faut apporter soi-même tout le matériau, où l’on ne donne pas dans la conversation et que l’on ne réagit pas au matériau sonore d’un partenaire. D’un autre côté, cela permet de fouiller une idée, de la développer jusqu’à son terme sans prendre d’autres directions. Beaucoup de choses rentrent en compte, récemment j’ai beaucoup aimé jouer en solo, commencer à jouer sans le moindre plan pour réagir ensuite spontanément à la moindre pulsion qui pouvait m’arriver. Peut-être est-il quand même plus difficile de se surprendre en jouant en solo, je ne sais pas…

Prenons le duo que tu formes avec Christine Abdelnour et le trio qui te lie à Anthea Caddy et Annette Krebs : ton expression est-elle différente d’une association à l’autre ? Ces deux formations sont assez différentes. Je pense que toute collaboration charrie sa propre esthétique, ce qui est bénéfique. Si le travail du trio est assez organique, je pense que nous nous complétons assez bien l’une l’autre, il y a certes moins d’univers sonores qui s’y chevauchent mais la structure y gagne en diversité, avec tous ces contrepoints qui en naissent. Cela vient pour une bonne part du fait que je joue en duo avec Anthea depuis très longtemps, et qu’elle-même joue avec Annette depuis longtemps, signant ensemble des installations, etc. Pour ce qui est de Christine, son univers sonore et le mien, nos langages, s’imbriquent, se chevauchent le plus souvent. Nous réagissons l’une à l’autre assez rapidement, à tel point qu’il m’arrive souvent d’ignorer qui, d’elle ou de moi, a joué tel son. Notre musique est très entrelacée, et naturelle, tandis qu’avec Andrea tout est un peu plus structuré, son matériau sonore est assez différent du mien, mais je pense que leur rapprochement marche très bien parce que nous avons un sens commun du timing et de la structure dont nous n’avons même pas à nous entretenir avant de jouer.

Parmi tes collaborations, quelles sont ceux que tu qualifierais de « majeures » ? Je dirais Spill, mon duo avec Tony Buck, qui joue depuis 2003. Nous venons de sortir notre troisième album, Fluoresce, sur Monotype. Et puis mon duo avec Christine Abdelnour. Ce sont en tout cas les plus anciens de mes projets.  

Penses-tu que le disque parvient à bien rendre compte de tes travaux ? Je pense que les CD sont une bonne possibilité d’apprécier cette musique. Cela dépend de ce que l’on cherche, le disque n’a pas à capturer l’atmosphère du concert, ce sont là deux choses différentes.

Quand décides-tu qu’un enregistrement concert est apte à passer sur disque ? Il est possible de faire différentes choses sur un enregistrement, comme travailler davantage comme un compositeur, aménager des parties enregistrées, enregistrer sur plusieurs pistes, etc. Mais parfois il se trouve que l’enregistrement d’un concert est d’excellente qualité et fait sens musicalement. Alors je suis heureuse de le voir publier.

Magda Mayas, propos recueillis en octobre 2012.
Photographie © Peter Gannushkin.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Great Waitress : Lucid (Splitrec, 2011)

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Le piano de Magda Mayas est de ces boîtes à cordes irritées et marteaux frustrés. Avec Monika Brooks (accordéon) etLaura Altman (clarinette), elle s’entend sur des mouvements de musicienne (Great Waitress au triple visage) et d’humeurs encore plus qui donneront forme à des paysages.

De la somme de trois hésitations ou de trois calculs élaborés avec patience – selon les moments –, résulte ainsi Lucid. Ses reliefs sont modérés, ses détours surprenant toujours. Ici un grand champ de collines profite d’un accident topographique créé sur répétitions espiègles, accrochages inattendus ou collisions harmoniques. Selon un lent mouvement de balancier, le trio déblaye des surfaces inconnues d’où il tire des couleurs. Ce sont celles de trois planètes en orbites que la gravitation rapproche ou éloigne. Les tendres chuintements de Lucid forment la musique qu’elles ont en commun.

Great Waitress : Lucid (Splitrec / Metamkine)
Enregistrement : 8 février 2011. Edition : 2011.
CD : Lucid
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Festival Météo 2011 : Mulhouse, 11-27 août 2011

météo 2011

Dans le champ des musiques improvisées, peu de festivals français peuvent se permettre de seulement rêver une affiche telle que celle conçue par Météo. Bien sûr, il faut quelques moyens, mais il faut aussi faire preuve d’un minimum d’attention : « L’improvisation ne s’improvise pas », répétait le nom d’un stage animé cette année par Joëlle Léandre dans le cadre du festival – certes, l’affirmation contraire (l’improvisation s’improvise) est tout aussi acceptable, mais qu’importe… Alors, l’oreille des organisateurs traîne des mois durant d’un concert à l’autre – l’imagination est en éveil et le pari en tête – dans le souci d’élaborer une programmation qui devra se montrer assez persuasive pour transformer, le temps de quelques jours, Mulhouse en capitale culturelle.

Cette année, par exemple, on trouva en divers endroits de la ville des personnalités faisant autorité dans le même temps qu’elles continuent de bel et bien composer sur (et avec) l’instant : le pianiste John Tilbury et le guitariste Keith Rowe qui jouèrent de dissonances et de suspensions, de discrétions et de mesure, au sommet d’un parking à étages ; le saxophoniste Daunik Lazro enveloppant de son invention la clarinette et la voix d’Isabelle Duthoit à la Chapelle Saint-Jean ; Joëlle Léandre en représentation au Noumatrouff aux côtés du violoncelliste Vincent Courtois ; le sopraniste Michel Doneda et le percussionniste Tatsuya Nakatani développant une collaboration dont l’entente fut consignée l’année dernière sur disque (White Stone Black Lamp, chez Kobo) ; Paul Lovens, batteur hétérodoxe et fantasque insatiable, en souteneur d’électroacoustique inspirée aux côtés des terribles Axel Dörner (trompette) et Kevin Drumm (électronique) ; le saxophoniste Urs Leimgruber et le pianiste Jacques Demierre emmenant de concert un sextette tranchant du nom de 6ix ; le contrebassiste Barry Guy, enfin, dont l'art des tensions n'a rien pu faire pour améliorer son discours avec le pianiste Agusti Fernandez et le batteur Ramon Lopez, plus souvent fade que véritablement convaincant.

D’autres noms à l’affiche : de plus jeunes, certes, mais de réputés aussi – glisser derrière ce tiret le principal reproche à faire aux organisateurs du festival qui donnent dans la confusion dès qu’ils décident (pour faire original peut-être) d’imposer un artiste « étonnant / décalé / à l’univers improbable », en un mot : superflu. Cette année, ce furent Alexandre Kittel, avilisseur de cymbales dont l’intervention tient davantage de la performance banale que de la recherche sonore, et Adrien Kessler, chanteur au piano électrique dont le cabaret frappé est aussi affecté qu’inutile, qui, en refusant l’invitation du festival sous prétexte de ne pas être tout à fait prêt encore à jouer seul devant un public, auraient gagné en honnêteté ce qu’ils ont perdu en crédibilité. Par souci de franchise, il faut indiquer que, à spectacle conventionnel, public conventionnel, l’un et l’autre n’auront pas manqué d’applaudissements.

De plus jeunes noms à l’affiche, écrivais-je donc, mais de réputés déjà : Xavier Charles à la clarinette et Jean-Luc Guionnet à l’orgue s’exprimant l’un et l’autre en solo et avec panache ; la pianiste Magda Mayas et la saxophoniste Christine Abdelnour balançant de rivalités graves en accord parfait sur une jolie pièce d’atmosphère ; le Berlin Sound Connective inventant en quartette un ouvrage tendu d’électroacoustique que capturera Jérôme Noetinger en ses machines pour le transformer ; Rhodri Davies, dont la harpe subtile guidera le trio Cranc le temps d’une belle et inquiète exploration des volumes de la friche DMC avant d’en faire le lendemain en compagnie de Clare Cooper un écrin post-industriel pour huit harpes d’exception.

Au nombre enfin des concerts véhéments qui emportèrent formes et fond, citer celui de The Ames Room (Jean-Luc Guionnet revenu au saxophone alto et accompagné de Clayton Thomas à la contrebasse et de Will Guthrie à la batterie, servant un free jazz qui existe donc encore, et même se montre vaillant), celui de The Ex soutenu par une section de vents composée de Ken Vandermark, Mats Gustafsson et Roy Paci, enfin celui de N.E.W., formation réunissant Alex Ward (guitare électrique), John Edwards (contrebasse) et Steve Noble (batterie), soit deux improvisateurs hors pair appelés auprès d’un guitariste exalté pour conclure une exceptionnelle semaine Météo.

Guillaume Belhomme © Mouvement / Le son du grisli

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Magda Mayas : Heartland (Another Timbre, 2010)

mayasli

Les deux pièces de piano solo assemblées sur Heartland donnent à entendre Magda Mayas en studio à Berlin (Shards) puis en concert à New York (Slow Metal Skin, enregistré au Roulette).

En studio, Mayas fait de ses angoisses le symbole de son endurance, distribuant les coups – à l’extérieur et puis à l’intérieur, comme le veut désormais l’usage le plus classique que l’on puisse faire de l’instrument – avec une autorité rythmée. A force de chocs, voici l’âme du piano réveillée, qui gronde, crache et siffle. En club, l’ensemble est plus sec et plus découpé, moins impressionnant au jusqu'à ce que, résonance aidant, un jeu polyphonique s’élève d’où partira une avalanche : la musicienne s’accroche maintenant aux cordes et se plaît au refuge qu’elle trouve une autre fois à l’intérieur du piano. En studio et en club, les mêmes ombres portées par la même Magda Mayas finissent de sceller l’esthétique ténébreuse et d'envergure d’Heartland.


Magda Mayas, Shards (extrait). Courtesy of Another Timbre

Magda Mayas : Heartland (Another Timbre)
CD : 01/ Shards 02/ Slow Metal Skin
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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