Le son du grisli

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Irène Schweizer : Portrait (Intakt, 2005)

grislischweizerCélébrer vingt années passées au service de la musique vaut bien compilation. Une fois n’est pas coutume, le label qui a soutenu dès l’origine l’oeuvre de l’artiste compilé n’a pas été dépossédé, et se charge, récompensé, de la rétrospective en question : Portrait, celui d’Irène Schweizer, présenté par Intakt records.

Rassemblant quatorze titres, le disque se trouve gonflé par la présence des partenaires du sujet. Batteurs défendant sans cesse le changement dans la pratique (impacts parfaits de Louis Moholo sur Angel, approches plus répétitives de Pierre Favre sur Waltz For Lois, arythmie tout en retenues d’Andrew Cyrille sur A Monkish Encore), saxophonistes iconoclastes (le blues chaleureux de Bleu Foncé rehaussé par Omri Ziegele, la fantaisie de Co Streiff canalisée sur So Oder So), ou autres amies illuminées (Maggie Nicols et Joëlle Léandre, par deux fois).

Bien qu’embrassant une période allant du Live at Taktlos à un enregistrement tout récent mené en trio aux côtés de Fred Anderson et Hamid Drake (Willisau), Portrait prouve la clairvoyance de la démarche de Schweizer, qui ménage les amours mélodiques (Sisterhood) et l’improvisation la plus désaxée (Verspielte Zeiten). Passant naturellement du ragtime (Sisterhood Of Spit) au contemporain (Contours) sans jamais perdre de vue que l’enjeu est l’envie. Vingt années à amasser les ostinatos, à s’amuser des ruptures de rythme, accompagnée ou en solo. Sélection scrupuleuse et parfaite introduction à l’œuvre de Schweizer, Portrait rafraîchit affablement les mémoires et attise encore l’impatience de qui attend la suite.

Irène Schweizer : Portrait (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD: 01/ Sisterhood Of Spit 02/ Bleu foncé 03/ Angel 04/ Contours 05/ The Very Last Tango 06/ Waltz For Lois 07/ So Oder So 08/ Verspielte Zeiten 09/ Come Along, Charles 10/ Hüben Ohne Drüben 11/ Hackensack 12/ First Meeting 13/ A Monkish Encore 14/ Willisau
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Roger Smith, Louis Moholo-Moholo: The Butterfly And The Bee (Emanem - 2005)

smithgrisli

Différentes, et pourtant proches, les sphères musicales que sont le free jazz et la musique improvisée européenne. S’il leur arrive parfois de se croiser, deux mondes confrontent alors leurs points de vue, et donnent ensemble des couleurs changeantes à l’improvisation. L’année dernière encore, au Festival Freedom Of The City de Londres, où le guitariste Roger Smith, figure du Spontaneous Music Ensemble, rencontrait le batteur sud-africain Louis Moholo-Moholo.

Dès le départ, la rencontre mène au foisonnement d’idées fraîches. Motivé par les attaques abruptes de Moholo, Smith cisaille ses suites d’arpèges à grands coups d’accords compulsifs. Assaillies, toujours à propos, les cordes accueillent aussi bien les délires percussifs du batteur que l’inspiration d’une ritournelle répétitive, bientôt transformée en invocation rituelle par l’imposant effet de grosse caisse (The Butterfly And the Bee).

L’expérience de Moholo l’a depuis longtemps convaincu : accompagner subtilement le déroulement de schémas instantanés, ou emmener à lui seul le morceau tout entier, quelle différence ? Ici (Enclosed Sun), le second plan n’empêche pas les trouvailles. Là (Events That Rhyme), la joie est tout autre, issue d’une liberté d’expression dense et chaotique.

Souvent tirées à l’emporte-pièce, les cordes de guitare frisent, dessinent des glissandi, ou étouffent sous les coups. Leurs propositions sont rêches, certes, mais rien ne les empêche de servir un ostinato aussi studieux que de plus anciens, auxquels ont fait allusion (Webern in Africa). Les accès de mélodies se développent sur des rythmes hypnotiques, exclusifs, et décidés à toujours refuser l’installation des possibles bavardages (Letters To Insects).

Ailleurs, on fait tourner une poupée musicale, tout à la fois clin d’œil ironique à l’interprétation des thèmes, et moyen lénifiant d’ôter un peu de sérieux au discours (Involuntary Sculpture). Sagace, celui-ci aura tenu l’assemblée en haleine pendant plus d’une heure, et bousculé un peu la tiédeur d’un dimanche d’août à Londres.

CD: 01/ The Butterfly And The Bee 02/ Enclosed Sun 03/ Webern In Africa 04/ Letters To Insects 05/ Involontary Sculptures 06/ Events That Rhyme 07/ Uncancelled

Roger Smith, Louis Moholo-Moholo - The Butterfly And The Bee - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.


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