Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Blue Notes : The Ogun Collection (Ogun, 2008)

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Avant de mener ses Brotherhood of Breath, le pianiste Chris McGregor aura dû fuir l’Afrique du Sud en compagnie des Blue Notes – au sein desquels se succéderont, au gré des départs et des disparitions, les saxophonistes Dudu Pukwana et Nick Moyake, le trompettiste Mongezi Feza, le contrebassiste Johnny Dyani et le batteur Louis Moholo. Le label Ogun, de revenir aujourd’hui avec élégance et dans le détail sur le parcours de la formation.

Au son d’un coffret qui rassemble des enregistrements de taille : concert donné à Durban avant le départ – qui prouve que McGregor n’a pas attendu de changer de continent pour donner à son swing l’allure d’un grand jazz libertaire –, disque double enregistré en l’honneur de Feza dix ans plus tard (Blue Notes for Mongezi, sans doute le plus radical et le plus inventif des quatre pans constituant cette rétrospective), autre concert donné cette fois à Londres, enfin, un dernier hommage, rendu à Dyani (Blue Notes for Johnny). Partout, la même joie et la même incandescence distillées sur thèmes répétitifs permettant tous les débordements.

A l’intérieur du livret, quelques photos du groupe et de nombreux témoignages – ceux de membres de la famille des musiciens, et puis d’autres, signés Moholo, Evan Parker, Enrico Rava, Keith Tippett – finissent d’embellir l’hommage et le projet, qui expose un peu moins que de coutume le personnage de McGregor pour se consacrer davantage à célébrer l’accord parfait sur lequel s’entendait le premier de ses groupes.

Blue Notes : The Ogun Collection (Ogun / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD1: 01/ Now 02/ Coming Home 03/ I Cover the Waterfront 04/ Two for Sandi 05/ Vortex Special 06/ Be My Dear 07/ Dorkay House - CD2: 01/ Blue Notes for Mongezi: First Movement 02/ Blue Notes for Mongezi: Second Movement - CD3: 01/ Blue Notes for Mongezi: Third Movement 02/ Blue Notes for Mongezi: Fourth Movement - CD4: 01/ Iizwi / Msenge Mabelelo 02/ Nqamakwe 03/ Mange / Funky Boots 04/ We Nduna [Live] 05/ Kudala / Funky Boots [Long Ago] 06/ Mama Ndoluse / Abalimanga - CD5: 01/ Funk dem Dudu / To Erico 02/ Eyomzi 03/ Ntyilo Ntyilo 04/ Blues for Nick 05/ Monks & Mbizio 06/ Ithi Gqi / Nkosi Sikelele l'Afrika 07/ Funk dem Dudu [Alternate Take] 08/ Eyomzi [Alternate Take] 09/ Funk dem Dudu / To Erico [Alternate Take]
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

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Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.


Chris McGregor : Very Urgent (Fledg'ling, 2008)

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A Londres, quelques mois avant la création de son Brotherhood of Breath, Chris McGregor donnait des couleurs au jazz britannique. Sur Very Urgent, entendre le pianiste en compagnie de quelques pré-Brotherhood (Dudu Pukwuna, Mongezi Feza, Louis Moholo) ainsi que du saxophoniste Ronnie Beer et du contrebassite Johnny Dyani.

Ouvert au son d’un jazz de salon qui, pour être dissonant, n'en est pas pour autant convaincant, Very Urgent prend avec Travelling Somewhere une tournure plus réjouissante : accords de piano plaqués et déferlement musical fait conséquence d’un art savant de l’émulation. Comme il le fera quelques années plus tard, le groupe défend ici des titres relevant d’un grand free autant que d’un swing déviationniste. Les solos, distribués selon un art accommodant de la direction d’orchestre, finissent de faire pencher la balance du côté d’une avant-garde dévastatrice.

The Chris McGregor Group : Very Urgent (Feldg'ling / Orkhêstra International)
Réédition : 2008.
CD : 01/ Marie My Dear 02/ Travelling Somewhere 03/ Heart’s Vibrations 04/ The Sound Begin Again 05/ White Lies 06/ Don’t Stir the Beehive
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Chris McGregor: Brotherhood (Fledg’ling - 2008)

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En 1972, sortait Brotherhood, deuxième album (après un éponyme assez anecdotique) du Brotherhood of Breath, grand ensemble libertaire dirigé par le pianiste sud-africain Chris McGregor, ou Duke Ellington du Cap. Réédité.

Douze musiciens, parmi lesquels compter aussi Dudu Pukwana, Mongezi Feza, Harry Miller, Louis Moholo, servent sous les faux airs d’une fanfare joyeuse un mélange rare de free jazz sans limite pour rejeter avec force l’influence de piano bar à laquelle doit faire face McGregor (Joyful Noises) et de swing à l’allure mouvante, puisque altéré par les sifflements instrumentaux (Think of Something).

Plus vindicatives, les percussions soufflent ensuite sur les braises d’un répétitif et dansant Do It, saxophones clamant une dernière fois l’héritage de Sun Ra (le parallèle avec les enregistrements en leader du disciple Eddie Gale, à faire aussi) avant d’entamer un court Funky Boots March qui finit de révéler la fougue du groupe de McGregor, qui accueillera plus tard des invités de la taille d’Evan Parker ou Paul Rutherford), et donne ici l’un de ses enregistrements les plus enthousiasmants.

CD: 01/ Nick Tete 02/ Joyful Noises 03/ Think of Something 04/ Do It 05/ Funky Boots March >>> Chris McGregor’s Brotherhood of Breath - Brotherhood - 2008 (réédition) - Fledg’ling. Distribution Orkhêstra International.


Steve Lacy: The Forest and The Zoo (ESP - 2008)

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Steve Lacy, Enrico Rava, Johnny Dyani, Louis Moholo : quartette rangé sous le nom de Lacy, enregistré ici en Argentine peu de temps avant sa dissolution. Vendu par le saxophoniste à Bernard Stollman, l’enregistrement est la seule référence ESP de la discographie de Lacy.

Excellente, autant que peuvent l’assurer les musiciens qu’elle donne à entendre : la paire Dyani / Moholo, expansive, enveloppant les improvisations de ses sautes d’humeur discrètes autant qu’implacables ; le duo Lacy / Rava, jouant des paraphrases et des envolées free, de dialogues amusés mariant les progressions à étages du soprano et la luxuriance de chacune des trouvailles de la trompette.

L’émulation portée haut sur deux improvisations qui rompent sous les coups d’éclats de musiciens habiles et en verve, qui commandait forcément la réédition.

Steve Lacy : The Forest and the Zoo (ESP Disk / Orkhêstra International)
Réédtion : 2008.
CD : 01/ Forest 02/ Zoo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Keith Tippett Tapestry Orchestra: Live at Le Mans (Red Eye Music - 2007)

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En 1998, au Festival de jazz du Mans, le pianiste Keith Tippett menait son Tapestry Orchestra - ensemble de 21 musiciens parmi lesquels on trouve les batteurs Louis Moholo Moholo et Tony Levin, les chanteuses Julie Tippetts, Maggie Nicols et Vivien Ellis, le contrebassiste Paul Rogers, le tromboniste Paul Rutherford, ou encore, les saxophonistes Paul Dunmall et Gianluigi Trovesi.

Un casting de choix, donc, qui se laisse conduire sur les sept compositions arrangées dans le détail par Tippett. Exposant ici toute la diversité de ses préoccupations, celui-ci commande des valses indolentes menées jusqu’à une évocation de Berio (Second Thread) ou à un free jazz jubilatoire (Third Thread), une ballade irlandaise transposée dans un univers proche de celui de Lalo Schifrin (Sixth Thread) ou un morceau de cabaret exalté (Fourth Thread).

Adepte du pandémonium brouilleur et salutaire, Tippett impose ici et là à ses musiciens des élans baroques réconciliateurs, fusionne un swing brillant à un gospel cacophonique (First Thread) ou à une pièce vocale plus mesurée évoquant Morton Feldman (Fifth Thread). Les couleurs sont changeantes et vives ; le tableau tire parti avec élégance de tous les –ismes possibles, pour présenter au final une œuvre magistrale.

CD1: 01/ First Thread 02/ Second Thread 03/ Third Thread 04/ Fourth Thread - CD2: 01/ Fifth Thread 02/ Sixth Thread 03/ Seventh Thread

Keith Tippett Tapestry Orchestra - Live at Le Mans - 2007 - Red Eye Music.


Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo: Viva la Black Live at Ruvo (Ogun - 2006)

vivasliA Ruvo di Puglia, lors du Talos Festival de 2004, le batteur Louis Moholo-Moholo voit réinvestir Viva la Black – projet personnel qu’il dédia à l’Afrique du Sud – par l’orchestre italien Canto General. A leurs côtés, en guise de soutiens choisis, le pianiste Keith Tippett (qui signe ici la plupart des compositions) et la chanteuse Julie Tippetts.

Sans tarder, l’ensemble porte haut un swing épanoui, qui combine la conduite par Julie Tippetts d’un chœur enthousiaste, les gimmicks appuyés par Moholo et Tippett, et les interventions plus libres des cuivres et anches (Mra, Dancing Diamond). Décomplexés, les musiciens ne rechignent pas à aller voir du côté d’un grand macabre déstructuré pour le convertir aux espoirs, même feints, d’un jazz de salon (Dedicated to Mingus).

Ailleurs, des dissonances rendent bancale une musique de cabaret (Traumatic Experience), quelques mouvements las emportent les interventions (Monpezi Feza), même si tout, au final, aura été animé par les desseins exaltés de musiciens revendiquant espoir, liberté, communion (Septober Energy, You Ain’t Gonna Know Me…). Dans la veine d’un Liberation Orchestra qui aurait troqué ses doutes pour une emphase illusoire.

CD: 01/ Mra 02/ Thoughts To Geoff 03/ Dedicated to Mingus 04/ Monpezi Feza 05/ Four Whispers For Archie’s Chair 06/ Traumatic Experience 07/ Cider Dance 08/ A Song 09/ Dancing Diamond 10/ Septober Energy 11/ South African National Anthem 12/ You Ain’t Gonna Know Me ‘Cos You Think You Know Me

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo - Viva la Black Live at Ruvo - 2006 - Ogun Records.


Calling Signals: s/t (Loose Torque - 2005)

callingsliDatant de 1996, cet enregistrement de Calling Signals voit Frode Gjerstad et le contrebassiste Nick Stephens improviser aux côtés du batteur Louis Moholo et du guitariste Hasse Poulsen. Ainsi configuré, le groupe hésite entre émulation plus que soutenue et moments d’évolution lasse.

Au saxophone alto, Gjerstad mesure chacune de ses interventions jusqu’à ce que la guitare électrique multiplie les assauts saturés. Peu convaincant dans cet exercice, Poulsen n’en persuade pas moins ses partenaires de donner avec lui dans les charges virulentes : premier et deuxième morceaux du disque, sauvés toutefois par le savoir-faire de Gjerstad (Fjord Deep, Mountain High) et de Moholo (Threeways Meet).

Heureusement, le quartet sait ensuite accorder ses intentions diverses : sur l’ondulation fragile de The Breeze and Us ou au son de l’entente irréprochable d’un alto frénétique et d’un archet grinçant sur la première partie de Crossing the Bar ; à l’origine, ailleurs, d’un climat ample fait d'une combinaison de plaintes longues et d’attaques sèches de guitare (The Last Three Notes).

C’est que Poulsen aura su revenir d’où il s’était égaré. Auteur, même, de propositions pertinentes : postures bruitistes adoptées avec plus de retenue (Unanticipated Turns) ou recherche minutieuse consacrée au son juste – larsens et plaintes discrètes – trouvant sa place sans insistance (Crossing the Bar). Histoire de prouver l’adresse de chacun des 4 musiciens à l’origine d’une des premières moutures de Calling Signals.

CD: 01/ Fjord Deep, Mountain High 02/ Threeways Meet 03/ Crossing the Bar 04/ Dots and Dashes 05/ The Last Three Notes 06/ Drum’n’Bass 07/ Unanticipated Turns 08/ Breeze And Us

Calling Signals - s/t - 2005 - Loose Torque.


Harry Miller's Isipingo: Which Way Now (Cuneiform - 2006)

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Contrebassiste sud-africain exilé en Angleterre, Harry Miller a pu y rencontrer dans les années 1970 certains compatriotes (notamment le pianiste Chris McGregor et le batteur Louis Moholo) collaborant déjà avec quelques improvisateurs locaux (Keith Tippett, John Surman…). Ayant choisi, parmi eux tous, les membres de son propre groupe, il enregistrera avec Isipingo un seul et unique album : Family Affair.

C’est dire l’importance du document qu’est Which Way Now, enregistrement d’un concert donné en 1975 à Brême, par un sextette dans lequel on trouve Miller, Tippett et Moholo aux côtés de Nick Evans (trombone), Mongezi Feza (trompette) et Mike Osborne (saxophone alto). Sur les pas du Brotherhood of Breath de McGregor, le groupe installe un jazz chatoyant et efficace, ponctué ici par les dissonances du piano (Family Affair) ou là par les attaques nerveuses de la batterie (Eli’s Song).

Déposant le thème à l’unisson en ouverture et fermeture des quatre compositions, les musiciens se succèdent entre les deux le temps de solos presque tous convaincants (sinon : Tippett plutôt laborieux sur la fin d’Eli’s Song, Osborne peu inspiré par Children At Play). Marquant les structures de ses gimmicks puissants, Miller ne cesse d’élargir le champ des possibilités de ses partenaires, ce qui permet, par exemple, de changer un swing allègre en combinaison plus complexe d’improvisations emmêlées (Which Way Now).

Un peu à la manière dont Ronnie Boykins – autre contrebassiste – avait, de l’autre côté de l’Atlantique, fomenté The Will Come, is Now, Harry Miller réussit à rendre accessible l’avant-garde turbulente d’une époque, à coups d’interprétations espiègles autant que frondeuses. Et à Brême, en plus.

CD: 01/ Family Affair 02/ Children At Play 03/ Eli’s Song 04/ Which Way Now

Harry Miller's Isipingo - Which Way Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra.


Foxes Fox : Naan Tso (Psi, 2005)

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Sous le nom de Foxes Fox, un quartette occasionnel, emmené par le saxophoniste Evan Parker, s’est récemment réuni dans l’intention de marquer en musique les derniers coups portés en Angleterre par le batteur Louis Moholo. C’est qu’il fallait à celui-ci retrouver son pays, l’Afrique du Sud, quittée jadis pour cause d’Apartheid.

27 octobre 2004, au Gateway Studio de Londres, sans la moindre introduction, le groupe s’acharne à faire éclater les perturbations, rue dans les brancards, au son des rebonds aériens et des roulements affables de Moholo. Une coupe nette, et le batteur distribue les coups profonds sur tom basse, quand John Edwards tend sa contrebasse d’attaques courtes suggérant bientôt la reprise des hostilités. Après avoir ingénument défendu une phrase répétée jusqu’à ne plus pouvoir la retenir, Parker s’engage avec Steve Beresford dans un inextricable dialogue saxophone / piano. Frôlant l’anthologie, il pourrait résumer à lui seul l’essentiel de la fougue ici déployée si soustraire un seul geste de la somme fantasque qu’est Naan Tso n’était pas illusoire. Après une demi-heure, l’improvisation se termine dans les grincements divers et les boucles de cordes pincées.

D’inspiration plus légère, Slightly Foxed débute par les impacts sauvegardés des doigts d’Edwards sur son instrument. Beresford n’intervenant pas, Parker gagne encore en présence, et distribue comme il l’entend ses phrases grâce au soutien de Moholo, discret mais immanquable. Infaillible, toujours et encore, sur Reinecke Gefettet, sur lequel le quartette reconstitué dresse une composition sur l’instant, grave et emportée. Où Beresford, pas revenu pour rien, badinera à loisir sur un piano réverbéré, jusqu’au chaos grandiose.

Ne restait plus, pour l’équilibre de Foxes Fox, qu’à Edwards de revendiquer mieux. Omniprésent sur Renard pâle, Parker n’en permet pas moins au contrebassiste d’arriver à ses fins : attaquant à grands coups d’archet le bas de son instrument, il tisse un accompagnement insatiable et libérateur, décidant d’une pause à partager, avant d’inviter Moholo à le rejoindre le temps d’un duo dense et concis. La session close sonne l’heure de l’au revoir. Et toutes les boîtes du monde de souhaiter un jour organiser un semblable pot de départ.

Foxes Fox : Naan Tso (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 octobre 2004. Edition : 2005.
CD : 01/ Naan Tso 02/ Slightly Foxed 03/ Reinecke Gefettet 04/ Renard pâle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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