Le son du grisli

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Alexandre Galand : Field Recording (Le mot et le reste, 2012)

field recording alexandre galand le son du grisli

Dans W2 [1998-2008], Eric La Casa citait déjà Nicolas Bouvier et L’Usage du Monde : « Certains pensent qu’ils font un voyage, en fait, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. » Au tour aujourd’hui d’Alexandre Galand, ancienne plume du son du grisli mais plus encore docteur ès Maîtres fous (autre hommage qui trahit chez l’homme un goût pour l’ethnologie mêlant image et son) d’adresser une pensée à Bouvier – et à ses souvenirs de voyages recueillis sur Nagra dont traitait L’oreille du voyageur il y quelques années – dans le sous-titre de l’ouvrage qu’il consacre aux enregistrements de terrain : Field recording.

Presque autant que le monde dont Bouvier fit l’usage, le champ est vaste et divisé en plus en bien nombreuses parcelles (écologie, documentaire, création radiophonique, biographie, journalisme, musique…) : une grande introduction le rappelle, qui dit de quoi retourne l’exercice du field recording : à défaut de définition arrêtée, une description large qui explore trois grands domaines : captation des sons de la nature, captation de la musique des hommes et composition.

Passée une brève histoire de systèmes d’enregistrement que l’on peut emporter, voici que s’ouvre un livre que l’on dira « des Merveilles » pour évoquer un autre voyageur d’importance. Traitant de nature, l’anthologie raconte d’abord les enregistrements d’oiseaux de Ludwig Koch et donne la parole à Jean C. Roché. Traitant d’ethnomusicologie, elle insiste sur les enregistrements faits « sur le terrain » de chants à sauver à jamais de l’oubli (fantômes d’Alan Lomax et d’Hugh Tracey) et interroge Bernard Lortat-Jacob. Traitant enfin de musique, elle retourne à Russolo, Ruttman et Schaeffer, avant de mettre en lumière des disques signés Steve Reich, Luc Ferrari, Alvin Lucier, Bill Fontana, Eric La Casa, Kristoff K. Roll, BJ Nilsen, Aki Onda, Eric Cordier, Geir Jenssen, Laurent Jeanneau, Jana Winderen… et de laisser Peter Cusack expliquer ses préoccupations du jour.  

A l’image du « field recording », le livre est protéiforme, curieux et cultivé. Il est aussi l’œuvre d’un esthète qui ne peut cacher longtemps que l’idée qu’il se fait du « beau » a eu son mot à dire dans la sélection établie. Non moins pertinente, celle-ci profite en plus et en conséquence de citations littéraires – de Rabelais à Apollinaire – qui tombent toujours à propos. Comme le fera ici, en guise de conclusion, cette sentence de Victor Hugo qui inspira Pierre Henry : « Tout bruit écouté longtemps devient une voix. »

Alexandre Galand : Field Recording. L’usage sonore du monde (Le mot et le reste)
Edition : 2012.
Livre : Field Recording. L’usage sonore du monde
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Laurent Jeanneau : Soundscape China (Kwanyin Records, 2007)

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Composant à partir de field recordings glanés lors de ses voyages – notamment en Asie, Laurent Jeanneau donne avec Soundscape China dans la reconstruction d’un réel comme on le rencontre en Chine, soit, pour l’étranger de passage : abstrait, concret ou impressionniste.

Des ordres d’un professeur de gymnastique sortis d’un haut parleur au chant des oiseaux, de collages abrupts de publicités radio, de morceaux de musique folklorique ou du bruit de pas, à quelques dialogues perdus, Jeanneau se fait un monde personnel qui accueille des souvenirs qu’il décide ou non de réinterpréter par la commande de traitements informatiques.

Alors, l’auditeur peut discerner un drone sombre et métallique parmi les bruits de la ville, envisager l’apposition de reverses sur la complainte d’un luth, ou craindre les effets de déflagrations électroniques soudaines. Et lorsqu’il abandonne son statut de collectionneur toqué de preuves concrètes, Jeanneau transpose Angelo Badalamenti ou Brian Eno dans la province du Yunnan, diversifiant ainsi son discours émouvant et son œuvre nourrie.

Laurent Jeanneau : Soundscape China (Kwanyin Records.)
Edition : 2007.
CD :
01/ Soundscape China
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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