Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Byard Lancaster : It's Not Up To Us (Vortex, 1968)

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Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Cet album, selon son auteur, ne serait pas encore celui du plein épanouissement. Ce pourquoi d’ailleurs il se nomme It’s Not Up To Us. Sans compter que l'on y voit Byard Lancaster, sur la pochette, gravir de premières et métaphoriques marches… De ce disque produit par Joel Dorn pour Vortex, filiale d’Atlantic, le saxophoniste garde un bon souvenir, comme confié huit ans après sa réalisation à Philippe Carles, dans le cadre d’une interview publiée par Jazz Magazine. Surprenant entretien toutefois, ayant offert une couverture inespérée à cet Américain dont les propos s’avèrent çà et là contradictoires : l’on y sent un artiste tiraillé entre l’attrait du « business » et l’idée de participer à l’édification d’un monde meilleur.

Grâce au « business » Byard Lancaster entend cependant défendre une bonne cause : faire connaître au plus grand nombre la Great Black Music, tout en proposant une alternative au son alors en vogue dans sa ville d’origine, à savoir le Philadelphia Sound des producteurs Kenny Gamble et Leon Huff, tandem usinant des tubes au demeurant fort respectables immortalisés par Billy Paul, les Spinners ou les O’Jays.

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L’histoire de Philadelphie est indissociable de celle du jazz. Coltrane y a vécu. Jimmy Heath, Bobby Timmons et Lee Morgan s’y sont exprimés. Byard Lancaster, Khan Jamal, Rufus Harley et Monnette Sudler ont fini par en incarner un certain esprit, au point qu’au début des années 2000, Antoine Rajon les produise tous quatre pour le compte du petit label Isma’a : « Byard Lancaster est un homme libre confie-t-il. Hérault d’une musique qui n’est plus du jazz, il poursuit la quête d’Albert Ayler d’un folklore universel et moderne dont l’inspiration stellaire renvoie l’écho de l’Afrique originelle. »

Comme Charlemagne Palestine, mais à sa manière, Byard Lancaster paraît traquer sans fin le son primordial. Parfois même, en raison de cette recherche, il a pu donner l’impression de se disperser au fil des rencontres et des voyages qui le menèrent jusqu’en Jamaïque aux côtés de Big Youth.

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Quand It’s Not Up To Us est enregistré, Byard Lancaster n’a pas encore séjourné à Paris où il joua régulièrement auprès de ses compatriotes Clint Jackson III et Keno Speller, de Philadelphie eux aussi, présence dont témoignent des opus sortis par Jef Gilson sur Palm / Vandémiaire. Depuis, de celui qui a donc croisé Sun Ra, Pharoah Sanders, Bill Dixon, Larry Young et Ronald Shannon Jackson, le pianiste français François Tusques se souvient comme « d’une grande source d’inspiration et d’un authentique représentant du soul / free jazz ». Funny Funky Rib Grib, entre autres dédié à James Brown et Sammy Davis, en atteste. Tout comme ses œuvres des seventies les plus personnelles : Exodus, Personal Testimony, Live At Macalester College et le microsillon éponyme gravé avec le groupe Sounds Of Liberation. Toutefois, pareille intensité ne sera plus, par la suite, que rarement atteinte en dehors d’une version habitée de « The Creator Has A Master Plan » et des retrouvailles, sur Ancestral Link Hotel et Pam Africa, avec le batteur-percussionniste (mais pas que) Harold E. Smith.

Du meilleur alors encore à venir, réédité par Porter Records en CD depuis que les originaux sont devenus des pièces de collection, It’s Not Up To Us propose une sympathique ébauche dans laquelle on entend Byard Lancaster au saxophone, tout comme à la flute, son autre instrument de prédilection (il chante et joue aussi du piano, à l’occasion, mais pas ici). Surtout It’s Not Up To Us donne à entendre le guitariste Sonny Sharrock, à qui sont quasiment réservées les neuf minutes de « Satan », plage étonnamment singulière et mature par rapport aux autres compositions, et véritable morceau de bravoure question jeu. Globalement l’ambiance évoque The Dealer de Chico Hamilton (les alliages flute / guitare n’y sont pas étrangers), voire le saxophoniste Azar Lawrence en compagnie de Larry Coryell à ses débuts – au fait : qui se souvient encore d’Azar Lawrence ?

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