Le son du grisli

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Festival Météo 2011 : Mulhouse, 11-27 août 2011

météo 2011

Dans le champ des musiques improvisées, peu de festivals français peuvent se permettre de seulement rêver une affiche telle que celle conçue par Météo. Bien sûr, il faut quelques moyens, mais il faut aussi faire preuve d’un minimum d’attention : « L’improvisation ne s’improvise pas », répétait le nom d’un stage animé cette année par Joëlle Léandre dans le cadre du festival – certes, l’affirmation contraire (l’improvisation s’improvise) est tout aussi acceptable, mais qu’importe… Alors, l’oreille des organisateurs traîne des mois durant d’un concert à l’autre – l’imagination est en éveil et le pari en tête – dans le souci d’élaborer une programmation qui devra se montrer assez persuasive pour transformer, le temps de quelques jours, Mulhouse en capitale culturelle.

Cette année, par exemple, on trouva en divers endroits de la ville des personnalités faisant autorité dans le même temps qu’elles continuent de bel et bien composer sur (et avec) l’instant : le pianiste John Tilbury et le guitariste Keith Rowe qui jouèrent de dissonances et de suspensions, de discrétions et de mesure, au sommet d’un parking à étages ; le saxophoniste Daunik Lazro enveloppant de son invention la clarinette et la voix d’Isabelle Duthoit à la Chapelle Saint-Jean ; Joëlle Léandre en représentation au Noumatrouff aux côtés du violoncelliste Vincent Courtois ; le sopraniste Michel Doneda et le percussionniste Tatsuya Nakatani développant une collaboration dont l’entente fut consignée l’année dernière sur disque (White Stone Black Lamp, chez Kobo) ; Paul Lovens, batteur hétérodoxe et fantasque insatiable, en souteneur d’électroacoustique inspirée aux côtés des terribles Axel Dörner (trompette) et Kevin Drumm (électronique) ; le saxophoniste Urs Leimgruber et le pianiste Jacques Demierre emmenant de concert un sextette tranchant du nom de 6ix ; le contrebassiste Barry Guy, enfin, dont l'art des tensions n'a rien pu faire pour améliorer son discours avec le pianiste Agusti Fernandez et le batteur Ramon Lopez, plus souvent fade que véritablement convaincant.

D’autres noms à l’affiche : de plus jeunes, certes, mais de réputés aussi – glisser derrière ce tiret le principal reproche à faire aux organisateurs du festival qui donnent dans la confusion dès qu’ils décident (pour faire original peut-être) d’imposer un artiste « étonnant / décalé / à l’univers improbable », en un mot : superflu. Cette année, ce furent Alexandre Kittel, avilisseur de cymbales dont l’intervention tient davantage de la performance banale que de la recherche sonore, et Adrien Kessler, chanteur au piano électrique dont le cabaret frappé est aussi affecté qu’inutile, qui, en refusant l’invitation du festival sous prétexte de ne pas être tout à fait prêt encore à jouer seul devant un public, auraient gagné en honnêteté ce qu’ils ont perdu en crédibilité. Par souci de franchise, il faut indiquer que, à spectacle conventionnel, public conventionnel, l’un et l’autre n’auront pas manqué d’applaudissements.

De plus jeunes noms à l’affiche, écrivais-je donc, mais de réputés déjà : Xavier Charles à la clarinette et Jean-Luc Guionnet à l’orgue s’exprimant l’un et l’autre en solo et avec panache ; la pianiste Magda Mayas et la saxophoniste Christine Abdelnour balançant de rivalités graves en accord parfait sur une jolie pièce d’atmosphère ; le Berlin Sound Connective inventant en quartette un ouvrage tendu d’électroacoustique que capturera Jérôme Noetinger en ses machines pour le transformer ; Rhodri Davies, dont la harpe subtile guidera le trio Cranc le temps d’une belle et inquiète exploration des volumes de la friche DMC avant d’en faire le lendemain en compagnie de Clare Cooper un écrin post-industriel pour huit harpes d’exception.

Au nombre enfin des concerts véhéments qui emportèrent formes et fond, citer celui de The Ames Room (Jean-Luc Guionnet revenu au saxophone alto et accompagné de Clayton Thomas à la contrebasse et de Will Guthrie à la batterie, servant un free jazz qui existe donc encore, et même se montre vaillant), celui de The Ex soutenu par une section de vents composée de Ken Vandermark, Mats Gustafsson et Roy Paci, enfin celui de N.E.W., formation réunissant Alex Ward (guitare électrique), John Edwards (contrebasse) et Steve Noble (batterie), soit deux improvisateurs hors pair appelés auprès d’un guitariste exalté pour conclure une exceptionnelle semaine Météo.

Guillaume Belhomme © Mouvement / Le son du grisli



AMM : Generative Themes (Matchless, 1982)

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L’AMM en place sur l’enregistrement studio daté de 1982 qu’est Generative Themes est ce trio que composent John Tilbury, Keith Rowe et Eddie Prévost. L’improvisation génèrera quatre Generative Theme – la réédition sur CD en consignera un cinquième, né d’un concert donné l’année suivante à Zagreb.

La pochette – réutilisation par Keith Rowe d’un dessin de Cornelius Cardew – pourrait prévenir du jeu d’imbrications à y trouver. L’improvisation n’est pas faite de perspectives individuelles accumulées mais d’un savant partage, d’un partage devenu naturel à force d’avoir été interrogé, d’interventions et de séquences prêtes à transcender le vocabulaire commun. Les symboles de celui-ci ne sont plus directifs, les signes qu’on remarque sont la marque de fabrique d’une cohérence collective.

A l’oreille, un gamelan miniature compose avec l’écho et le tumulte, caresse ou frotte ou taquine un lot de cordes arrangées en mobiles. De zones de perturbation sortent des voix innombrables : le poste de radio de Rowe longtemps l’éloigne des cordes : il y fait œuvre d’impertinences et de discrétion. Et puis arrive le temps des clusters et des coups appuyés, le guitariste gratte et érafle, joue avec l’électricité et les effets. Le climat est à l’orage et cet orage est le sujet du jour et d’importance.

AMM : Generative Themes (Matchless)
Enregistrement  1982-1983. Edition CD : 1994.
CD : 01/ Generative Theme i 02/ Generative Theme ii 03/ Generative Theme iii 04/ Generative Theme iv 05/ Generative Theme v
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cette chronique est tirée du deuxième hors-série papier du son du grisli, sept guitares. Elle illustre le portrait de Keith Rowe.


Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile, 2011)

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La rencontre est récente : sous la protection du nombre d’or, Radu Malfatti et Keith Rowe ont enregistré trois disques : le premier d’interprétations, le second de compositions personnelles, le troisième d’improvisations. A chaque fois, la proportion est dans l’épure.

Radu Malfatti est ce tromboniste qui, au mépris de toutes règles, insiste sur monotype afin d’obtenir plusieurs épreuves. Si l’empreinte qu’il dépose sur papier est en conséquence de plus en plus ténue, elle en impose aussi de plus en plus aux longs blancs qu’elle entame, aux longs silences qu’elle interrompt. Ainsi en est-il sur cette composition de Jürg Frey, Exact Dimension Without Insistence : un silence d’endurance opposé à un grave ronflant – souvent trois fois répété ensuite – traînant derrière lui l’interjection d’une corde de guitare étouffée. Malfatti est celui qui insiste, Rowe celui qui mesure ; alors se dilatent les lignes et leurs distances. Ainsi en est-il encore sur Nariyamu, pièce du tromboniste dont les beaux espaces infestés de parasites (grésillements, micro contacts…) accueillent des souffles discrets au destin polyphonique. Plusieurs fois imprimée ou déclinée sur tons avoisinants, la note essentielle est le sujet, toujours, pressé / compressé jusqu’à l’obtention de ghost proofs éloquents.

Keith Rowe est ce guitariste qui, accoutumé aux surprises de l’hybride, compose avec une patience électrique un inattendu remarquable. S’il joue encore de drones miniatures et de larsens – sur le Solo with Accompaniment de son ami Cornelius Cardew –, lève mais en retrait des armées de râles à saturation, il offre aussi au sérieux du propos et à la minutie qu’il requiert un accessoire indispensable : la facétie vigilante. Même chose sur Pollock’82 – renvoi inévitable aux abstraits américains, tandis que Malfatti et ses déclinaisons évoqueraient davantage les Prints de Robert Morris. Pollock’82, donc : la ligne électronique envisagée en plus comme alternative aux souffles blancs propulsés en trombone : sous forme de projections multipliées, de battements infinitésimaux et presque incongrus, d’artifices segmentés aux précises expressions. Après coups, le silence encore.

Radu Malfatti et Keith Rowe improvisant : une introduction feignant la mise en place (table d’opération immaculée mais électricité faiblissant) puis l’addition fantastique d’un analgésique à cordes tendues et de feulements / vrombissements / ronflements, tous éléments de phonation d’envergure. Derrière l’horizon, à force de conciliations et de ruptures accordées, deux parallèles qui ne l’étaient donc pas se sont lentement rapproché jusqu'au moment de se fondre. Patiemment, deux langages distingués ont donné naissance à un rare idiome musical dont le symbole est Φ

EN ECOUTE >>> Exact Dimension Without Insistence > Solo with Accompaniment > Nariyamu > Pollock’82 > Improvisation

Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : novembre 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Exact Dimension Without Insistence 02/ Solo with Accompaniment – CD2 : 01/ Nariyamu 02/ Pollock’82 – CD3 : 01/ Improvisation (6:18) 02/ Improvisation (46:54)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre, 2010)

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Auprès de deux altos (Martin Küchen et Seymour Wright), le guitariste Keith Rowe enregistrait récemment une improvisation assez imposante pour se passer de titre.

Il faudra appeler Rowe Küchen Wright (voire RKW) ce mouvement en perpétuelle définition. Des soupçons de cordes tracent d’abord une ligne sonore aux apparences trompeuses qui fera office, ici, de ligne de flottaison. Embarqués, Küchen et Wright vont comme un seul homme sur de frêles parallèles avant d’enrouler ceux-là autour d’un son de guitare qu’ils auront réussi à isoler. L’éternel poste de radio de Rowe recrache ce qu'il attrappe, discours qui sépare les intervenants puis avive un larsen qui n'en était qu'à sa naissance. En conséquence, Küchen et Wright s’entendent une autre fois, sur un dessein plus terrible. Pour résister à l’affront, la guitare de Rowe tente une berceuse qui endormira les souffles et leurs effets. Le même larsen remonte, Rowe célèbre en vainqueur la série de quatre enregistrements que le label Another Timbre consacrait récemment à l’instrument guitare (at26-at29).


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright, s/t (extrait). Courtesy of Another Timbre

Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre)
Ediiton : 2010.
CD : 01/ s/t
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Paul Baran : Panoptic (Fang Bomb, 2009)

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Autour d’un casting très relevé – jugez plutôt : Keith Rowe (guitare  préparée), Werner Dafeldecker (contrebasse, électronique), Rhodri Davies (harpe), Andrea Delfi (percussions) et bien d’autres – Paul Baran s’est inspiré des écrits du philosophe britannique Jeremy Bentham (1748-1832) et du concept de la mondialisation pour mettre en forme ce Panoptic assez étonnant. Inquiets des dangers qui minent la vie des créateurs de tout type et le risque du consensus de masse, le musicien de Glasgow ébauche onze titres globalement réussis, où la surprise et la personnalisation l’emportent sur le conformisme ambiant et la misanthropie facile.

Articulés autour de schémas diversifiés, passant d’une chanson narquoise à un jazztronica qui bat la chamade fusion, les onze titres de l’album parviennent à maintenir une sourde tension d’où émerge une moquerie éperdument inquiète. Jamais, toutefois, ennuyeuse ou déprimante, la musique de Baran invite les expériences de Supersilent à la table de Ghédalia Tazartès, quelque part autour d’un café viennois. A d’autres instants, tels des échappées passablement graineuses, un écho de guitare acoustique préparée ou de piano virevolte autour de murmures électroniques et, le plus souvent, l’âme grinçante des machines imprime sa touche mitoyenne et cohérente. Au-delà de la démarche, qu’il n’est pas nécessaire d’appréhender pour se laisser guider dans les méandres fennesziens qui la parcourent, notre esprit se laisse guider à l’étonnement de sonorités embrigadées dans une compagnie inédite, entre Syd Barrett, John Cage, Chris Corsano et Hauschka. Entre autres repères (toujours) bienvenus.

Paul Baran : Panoptic (Fang Bomb)
Edition : 2009.
CD : 01/ Scotoma Song 02/ Lewitt 03/ Tonefield 04/ Brauzenkeit 05/ The Corrector 06/ Love Under Surveillance 07/ Brauzenkeit (Ekkehard Ehlers mix) 08/ PIN-snipers 09/ To Protest in their Silence 10/ Jackson and Lee 11/ Pomerol
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Laurie Scott Baker: Gracility (Music Now - 2009)

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Avant d’animer en compagnie de Cornelius Cardew le People’s Liberation Music, l’australien Laurie Scott Baker commençait à défendre auprès de partenaires d’importance ses énigmatiques façons de composer.

Au nombre de ces musiciens qui donnèrent leur interprétation de notes jetées sur le papier ou de graphiques singuliers jouant le rôle d’intentions compositionnelles, trouver en 1969 auprès de Baker les guitaristes Derek Bailey et Keith Rowe et le contrebassiste Gavin Bryars, musiciens déchiffreurs qui mirent au jour Gracility, pièce d’expérimentation grave et traînante, musique de gamelan revue et corrigée à coups de cordes accrocheuses.

Plus loin, les deux courts mouvements de Pibroch soumettent Evan Parker, seul, à l’idée de phrases mélodiques répétées au point de faire bientôt naître des résidus qu’il faudra intégrer au discours : avec tact, le soprano se plie à un exercice qui le change. En compagnie de Jamie Muir (percussions) et de John Tilbury (orgue), Baker sert ensuite Bass Chants & Cues, qui rappelle les travaux de Terry Riley avant d’évoquer un morceau de krautrock égaré en terre anglaise quand, pour terminer, le même défend en membre du Scratch Orchestra une autre composition devant beaucoup à la même influence : Circle Piece. Voilà donc pour les archives imposantes d’un compositeur qui collabora par la suite avec Robert Wyatt et faisait paraître l’année dernière Liquid Metal Dreaming.

CD1: 01/ Gracility 02/ Changing Light 03/ Port of London Atmos 04/ Camden Sunday Afternoon 05/ Breathing of the City 06/ The Northern Line 07/ Keithrowe Airport 08/ Microphonic 09/ Sweat & Tears 10/ Who Was That 11/ Pibroch 1926 12/ Pibroch The Call - CD2: 01/ Bass Chants & Cues 02/ Jackdaws Ascending 03/ Wurlitzer Ramayana 04/ Baby Binson Sonar 05/ River Thames AM 06/ Goldsmiths (Driving) 07/ Rotherhithe Approach 08/ Futurama Ascends 09/ Bubble & Squeak SE10/ Music Hall Tripping 11/ The Scream 12/ Coo-ee (Echorec) 13/ Winged Dove 14/ Circle Piece 15/ Degrees 16/ Degrees 17/ 180 Degrees 18/ 360 Degrees >>> Laurie Scott Baker - Gracility - 2009 - Music Now.


Spectra, Guitar in the 21st Century (Quiet Design - 2009)

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Traiter d’une compilation revient à distribuer quelques bons points pour regretter ailleurs la timidité d’un propos ou souligner le creux d’un discours. Proposant huit manières internationales d’aborder l’instrument guitare en ce début de siècle, Spectra, Guitar in the 21st Century n’échappe pas à la règle.

Plus ou moins (quand même un peu) connus, les participants s’affairent donc à en démontrer différemment : peu inspirés, certains se contentent de divagations introspectives qui les satisfont (folk plus enivrée qu’enivrante de Jandek, arpèges cristallins d’Erdem Helvacioğlu qui renvoient le siècle nouveau aux pires heures musicales du précédent : décennie de Francis Lai) ; légèrement plus, d’autres superposent les lignes évanescentes d’un jeu de guitares assisté par ordinateur (tièdes Sebastien Roux et Kim Myhr, Duane Pitre et Mike Vernusky plus méritants).

Alors, les bons points : distribués à Tetuzi Akiyama, dont la guitare folk porte haut des désillusions de cordes lâches et d’accords incomplets en s’autorisant tous les silences ; à Cory Allen, qui poursuit avec Fermion une œuvre de claustrophobie révélée sur The Fourth Way ; à Keith Rowe, enfin, qui transporte râles étouffés et dérapages crachant sur un emblématique Fragment from a Response to Cardew’s Treatise. Trois preuves données de l’art sinon nouveau du moins captivant d’un instrument qui apprend, avec le temps, à faire confiance à ses possibilités non-démonstratives, à ses à-côtés aux ombres expressives.


Cory Allen, Fermion (extrait).


Tetuzi Akiyama, Three Small Pieces (extrait). Courtesy of Quiet Design.

CD: 01/ Tetuzi Akiyama : Three Small Pieces 02/ Sebastien Roux + Kim Myhr : Six 03/ Mike Vernusky : Mylah 04/ Duane Pitre : Music for Microtonal Guitars and Mallets [edit] 05/ Cory Allen : Fermion 06/ Erdem Helvacioğlu : The End of the World 07/ Keith Rowe : Fragment from a Response to Cardew’s Treatise 08/ Jandek : The World Stops >>> Spectra, Guitar in the 21st Century - 2009 - Quiet Design.


Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile, 2003)

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Des enjeux en commun et des similitudes fortes firent que les notes longues qui couraient du piano de John Tilbury à la guitare de Keith Rowe s’emmêlèrent un jour hors d’AMM. Exemple daté de 2003 : ces Duos – arrangés ensuite en bouquet offert à la mémoire de la mère du pianiste – for Doris.

Par touches délicates, la paire investit Cathnor dont le seul corridor est un champ nébuleux où traînent déjà quelques rumeurs et attendent qu’on les frôle un lot de suspensions-obstacles. Ravis par la découverte d’un chant preuve d’existence, Rowe et Tilbury creusent ensemble, et profondément : les cordes tendues de guitares rejettent des boucles de piano (trois notes, parfois deux, un mince accord lors des moments de confiance) lorsque les outils-instruments ne sont pas méconnaissables. Feldmanien, Tilbury l’est encore davantage quand Rowe se charge seul de chasser les silences. Et pour ce faire, lève une armée de sonorités parasites.

De bruits du monde (radio aidant et puis oiseaux) et de notes étouffés naît ensuite Olaf, paisible morceau d’atmosphère qui devra puiser dans ses propres ressources pour éloigner une zone de dépression gangrénant son centre : des vibrations diffuses commanderont une danse réconciliatrice, d’autres notes éparses et même le début d’Oxleay. Là, une autre histoire d’arpèges délayés, une autre symphonie défaite qui n’a d’autre direction que celle que lui fera prendre l’abandon des règles et des normes, l’épanchement antinaturel de sons de toutes natures.

Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile)
Enregistrement : 7 janvier 2003. Edition : 2003.
CD1 : 01/ Cathnor – CD2 : 01/ Olaf 02/ Oxleay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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