Le son du grisli

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Keefe Jackson : Seeing You See (Clean Feed, 2010)

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Toujours chez Keefe Jackson ces petits appels-apports ayleriens qui ne sont pas pour rien dans la réussite de cet enregistrement. Certes, des petites choses, pas nécessairement audibles pour un non-initié, mais démontrant l’implication d’un musicien en recherche d’un ailleurs à (re)conquérir. A cet égard, Seeing You See ne me fera pas mentir.

Alors que Jeb Bishop semblait avoir pris le dessus sur son compagnon, Jackson se fend d’un solo électrique, évitant tout appui, tant rythmique qu’harmonique. Prise de risque que s’autorise un saxophoniste (clarinettiste crépusculaire sur Eff-Time, Since Then & Close) soucieux de ne plus jamais reproduire les phrasés d’école.

Il peut, ici, dans ce strict cadre (bop ouvert, free extensible), compter sur la maîtrise absolue de ses partenaires (Jeb Bishop, Jason Roebke, Noritaka Tanaka) de la windy city. Le pourra-t-il si l’aventure se précise plus périphérique, plus éclatée comme le suggère l’inaccompli Since Then ? A suivre donc…

Keefe Jackson : Seeing You See (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/Maker 02/ If You Were 03/ Put My Finger on It 04/ How-a-Low 05/ Eff-Time 06/ Seeing You See 07/ Turns to Every Thing 08/ Since Then 09/ Word Made Fresh 10/ Close
Luc Bouquet © Le son du grisli



Lucky 7s : Pluto Junkyard (Clean Feed, 2009)

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De la rencontre entre des musiciens de Chicago et de la Nouvelle Orléans résulte la musique jouée par le groupe Lucky 7s. Les chicagoans (Josh Berman au cornet, Keefe Jackson au sax ténor, Jeb Bishop au trombone) empruntent les sentiers défrichés par le saxophoniste Ken Vandermark quand les orléanais (Jeff Albert au trombone, Quin Kirchner à la batterie, Matthew Golombisky à la contrebasse) prolongent l’art du batteur Ed Blackwell.

Les mélodies sont ici amplement développées, tout en sinuosité et sophistication, et les compositions, empruntes d’une certaine abstraction, se détournent des schémas classiques (thème – improvisation – thème) pour proposer des suites de mouvements distincts, aux ambiances changeantes (Afterwards). Et les changements sont tels que l’on peut vite se retrouver sur les terres du rock indépendant (The Dan Hang). Mais cette approche contemporaine et toute chicagoane se mêle joyeusement au swing pulsé par la rythmique de nos orléanais, encore ébouriffés par le vent mauvais de Katrina.

La conciliation de ces deux univers semble être incarnée par le vibraphone de Jason Adasiewicz (remarquable comme toujours), dont les notes assurent tantôt l’harmonie et le rythme, tantôt les échappées belles en des terrains plus incertains. On pourrait dire que la musique des Lucky 7s est cinématographique, dans le sens où elle développe d’amples mouvements, comme l’on cadre de grands espaces, et resserre parfois sa focale pour faire surgir des personnalités en des soli effrénés, perturbant l’apparent calme offert par des musiciens quelques secondes auparavant à l’unisson. Mais, au final, le collectif prime finalement sur les individus (ici, la notion de leader est rejetée) et la joie de jouer ensemble déborde du début à la fin de ce disque.


Lucky 7s, Ash (Live at The Hungry Brain, Chicago). Courtesy of Lucky 7s.

Lucky 7s : Pluto Junkyard (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 1/ #6  2/ Pluto Junkyard  3/ Ash  4/ Cultural Baggage  5/ Future Dog  6/ Jaki’s Walk  7/ Afterwards  8/ The Dan Hang  9/ Sunny’s Bounce
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Josh Berman : Old Idea (Delmark, 2009)

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Le titre de ce disque, Old Idea, semble nous ramener dans le passé. Mais le jazz, n’est-ce pas cela : réexplorer le passé pour faire surgir les éclats de modernité (d’intemporalité) en lui ? L’improvisation, n’est-ce pas cela : réincarner d’anciennes mélodies, les faire renaître à l’aune d’une actuelle lumière ?

Pour preuve de ce refus de s’ancrer dans un style particulier ou dans une posture révolutionnaire à tout crin, la musique jouée ici : inclassable, intemporelle. Si l’on devait cependant évoquer des références, ce serait du côté des enregistrements du label Blue Note au mi-temps de années 60, qui s’articulaient autour de personnalités telles que le vibraphoniste Bobby Hutcherson (dont Jason Adasiewicz prolonge ici l’art) ou le saxophoniste Eric Dolphy, (bien) nommé « le passeur ».

Oui, dans ce disque comme dans ses illustres prédécesseurs (Out to Lunch de Dolphy justement), on n’est ni « in » ni « out », ni dans le ton ni dans l’atonalité… Cette impression de flotter entre différentes esthétiques est renforcée par le fait que les harmonies reposent sur le vibraphone (ici, pas de piano). Le jeu des souffleurs va dans ce sens : le cornettiste et leader Josh Berman et le saxophoniste Keefe Jackson sont toujours lyriques. Les références citées par le premier sont Miles Davis et Rex Stewart (le cornettiste de Duke Ellington) même si l’on ne peut s’empêcher de lorgner du côté de Bill Dixon, musicien qui aura décidément fortement influencé toute la scène chicagoane qui s’articule autour de Ken Vandermark.

Les musiciens du quintet de Josh Berman ont beaucoup joué ensemble, en concert comme sur disque, dans de nombreuses formations telles l’Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek ou les Fast Citizens de Keefe Jackson. La complicité musicale qui en découle, et la convergence esthétique, éclatent à tout moment dans ce grand disque.

Josh Berman : Old Idea  (Delmark / Socadisc)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 1/ On account of a hat 2/ Next year A 3/ Let’s pretend 4/ Nori 5/ Next year B 6/ Almost Late 7/ What can? 8/ Db 9/ Next year C
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Archives Josh Berman


Keefe Jackson's Project Project: Just Like This (Delmark - 2008)

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Réunissant onze musiciens (dont les Vandermarquables Jeb Bishop et Dave Rempis) auprès du saxophoniste Keefe Jackson, Project Project redit avec Just Like This les préoccupations – déjà remarquées sur Ready Everyday – de son leader : revenir aux origines du jazz afin de lui révéler quel sera son avenir.

Cuivres en avant, l’orchestre dresse ainsi un hommage au swing, régénéré soudain par quelques gestes neufs – clarinettes de Jason Stein sur Dragon Fly et de James Falzone sur Just Like This (ici, la tradition trop appuyée quand même) –, ou immisce un peu de free sur un développement alangui – le ténor de Jackson et la batterie de Frank Rosaly, pour beaucoup dans la réussite de Which Well.

Quelques digressions déconstruites, ici ou là, ne cachent jamais longtemps le lyrisme menant partout l’ensemble : sur Titled, plus qu’ailleurs encore, où il est imposé crescendo après que les musiciens auront haché une à une leurs interventions ; sur Wind-Up Toy, moins habilement, composition qui conclut, dans un souffle, un enregistrement souvent pertinent.

CD: 01/ Dragon Fly 02/ Grass Is Greener 03/ Titled 04/ Just Like This 05/ Which Well 06/ Wind-Up Toy

Keefe Jackson ‘s Project Project - Just Like This - 2008 - Delmark. Distribution Socadisc.


Keefe Jackson: Ready Everyday (Delmark - 2006)

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Emmenant son propre sextette - The Fast Citizens - depuis 2003, le jeune saxophoniste Keefe Jackson installe sur Ready Everyday un jazz de connaisseurs, éclatant soudain au contact des interventions (et compositions) de musiciens aussi particuliers qu’Aram Shelton (autre saxophoniste) et Fred Lonberg-Holm (au violoncelle).

Investissant le patrimoine au son d’un bop cuivré sous les effets du cornet de Josh Berman (Ready Everyday) ou d’un autre instituant le canon des instruments à vents moyen d’investir un classicisme appuyé (Saying Yes), le groupe peut trahir d’autres influences, à la fois moins anciennes et plus proches (voire, locales): l’efficacité rythmique et la redondance enthousiaste propres à l’A.A.C.M., notamment, sur Signs et Course. Convenable, donc.

Mais pour faire pencher tout à fait la balance, Fast Citizens fait preuve d’une personnalité plus affirmée: sur Pax Urbanum – cool déconstruit signé Lonberg-Holm -, Band Theme – pièce ondulante glanant sa texture au fur et à mesure des interventions -, Signs – sur lequel le violoncelle électrifié bruite à loisir -, Blackout, enfin et surtout – fantaisie élaborée par Shelton, vacillant au rythme d’un swing las recueillant les interventions les plus lestes.

Différentes manières de voir, donc, défendues sur un même ton méticuleux et altier. Le long d’une œuvre adoptant l’allure d’un melting-pot divertissant, et quelques fois frondeur.

CD: 01/ Ready Everyday 02/ Signs 03/ Band Theme 04/ Blackout 05/ Saying Yes 06/ Pax Urbanum 07/ Course

Keefe Jackson - Ready Everyday - 2006 - Delmark. Distribution Socadisc.



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