Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Kaoru Abe, Akira Ifukube, Masahiko Sato & Toshiya Tsunoda par Takayuki Hashimoto, Yuki Nakagawa, Meg Mazaki & Masafumi Ezaki

japonjapon 7-10

A la demande de Michel Henritzi, plusieurs musiciens japonais ont accepté de nous parler brièvement d'un disque qui les a profondément marqués… Avant-dernière salve de ces chroniques (entièrement) japonaises...  

 

kaoru abe

Kaoru Abe est né le 3 mai 1949, est mort en septembre 1978 à l'âge de 29 ans. Cet album, Ayler, Sapporo (Doubt, 2020) a été enregistré à Sapporo en septembre 77, un an avant sa mort. Quand j'ai écouté ce disque, j'avais le sentiment de flotter dans une sorte de flash sonore vital, sensuel, dynamique et élégant. Je ne l'ai jamais rencontré, mais je le considère comme un « sauvage plein de noblesse » pour reprendre les mots que Mishima employait pour décrire les samouraïs. Le premier son que vous entendez sur l'album ne semble absolument pas provenir d'un instrument. Quelque chose de fondamental semble être causé par une intense vibration et une friction dans l'univers.
Takayuki Hashimoto, saxophoniste cultivé, forme avec la pianiste Sara Dotes le duo de free-music .es. Sa musique a un caractère conceptuel, tout en se développant à travers une improvisation radicale.

triptyque

Akira Ifukube (1914-2006) est un compositeur classique et de musiques de films, dont Godzilla. Cet album, Triptyque Aborigène, est dans un sens d'une facture classique, mais inclut de nombreux autres éléments hétérogènes. Le son d’Ifukube est tout à fait unique. Le disque sonne à la façon de la bande-son d'un film dramatique historique. Mais son œuvre dépasse et transcende les genres et les catégories, est d'une façon hérétique au regard des musiques de films japonais.
Yuki Nakagawa, né en 1986, est violoncelliste. Il fait partie de la jeune scène de Tokyo et a joué notamment dans le trio d'improvisation N.O.N, dans une esthétique évoquant AMM.

satoh palladium

J'écoutais principalement du rock, du progressif et de la noise avant de découvrir Palladium du Masahiko Sato Trio qui m'a conduit à m'intéresser au jazz. C'est un excellent trio autour d'un pianiste bien sûr, mais il y a surtout mon batteur préféré, Masahiko Togashi, qui joue avec tous ses membres de tous les éléments de sa batterie. C'était avant d'être paralysé des jambes à la suite d’un accident. Togashi est plus qu'un batteur pour moi, son jeu exquis m'évoque des peintures très colorées. J'ai entendu dire qu'il était aussi un bon peintre.
Meg Mazaki est une batteuse et percussionniste créative, originaire du Kansaï. Elle joue régulièrement avec Homei Yanagawa et Take Bow.

tsunoda landscape voice

Fin janvier, je suis allé à la galerie Soto, à Kyoto, voir l'installation « Landscape and Voice » de Toshiya Tsunoda. Il y avait deux haut-parleurs dans l'espace de la galerie. Des sons environnementaux sont émis par l'un des haut-parleurs et des voyelles japonaises par l'autre. Cela imitait les kana japonais et, plus encore, en créait de nouveaux ; les mots semblaient avoir un pouvoir spirituel. Le japonais dans ma tête semblait comme réécrit. Ce fut pour moi une expérience marquante comme jamais je n'en avais vécu auparavant. Un CDR était distribué. Contrairement à l'exposition, les sons alternent entre de nouveaux mots et de longs sons environnementaux, permettant aux auditeurs de revenir en douceur sur l'expérience de l'exposition.
Trompettiste originaire du Kandaï, Masafumi Ezaki a souvent joué avec Taku Unami ou Taku Sugimoto, dans une approche de l'instrument minimaliste proche d'Axel Dörner.

 

Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi



Morita Doji, Inryo-fuen et Kaoru Abe par Yuki Fuji, Shizuo Ushida et Makoto Kawashima

japjapon 4-6

A la demande de Michel Henritzi, plusieurs musiciens japonais ont accepté de nous parler brièvement d'un disque qui les a profondément marqués… Après Reizen, Tomo et Yonju Miyaoka, de nouveaux conseils nous arrivent de Yuki Fuji, Shizuo Uchida et Makoto Kawashima... 

 

morita doji

J'ai choisi l’album A Boy de Morita Doji. Cet album est réapparu en 1993, en pleine récession économique au Japon. On l'entendait beaucoup à cette époque. Ses chansons étaient bien sûr très étranges pour les gens qui ne la connaissaient pas. C’est profondément sombre, triste, beau et divin. Cela parle de solitude mais je le ressens comme un rayon de lumière dans l'obscurité, jusqu'en enfer. Cette chanson, « A Boy », est comme un requiem pour moi, et cela m'a beaucoup influencé dans ma façon d'aborder le chant comme un requiem.
Yuki Fuji fait partie du duo Sarry, qui s'inspire autant des musiques psychédéliques que des folklores anciens. Sa musique est essentiellement axée sur la voix, développant différentes formes de vocalises qui pourraient évoquer autant le Mystère des Voix Bulgares que Diamanda Galás.

Inryo-fuen « Inryo Fuen »

Il y a de nombreux disques qui me sont importants. Inryo Fuen est revenu à moi, soudainement. Je l'ai découvert il y a 37 ans, j'étais encore au lycée. Il y a eu une sorte de festival à l'université durant toute la nuit. La performance du groupe éponyme était très étrange, ils ont joué à l'aube un set très visqueux mais qui m'a marqué. Cet album a des sons qui m'ont littéralement emporté dans un univers de trous de rats. Il n'a jamais cessé de résonner au fond de moi, parfois me faisant glisser dans un vide obscur.
Shizuo Uchida, bassiste très actif dans la scène undeground de Tokyo, a joué avec Keiji Haino, Hirotomo Hasegawa, Takayuki Hashimoto… Son jeu assez unique est fait de fragments mélodiques, de silences et de concrétions de matières abstraites.

Kaoru Abe Shinjuku 1970

Nashikuzu Shinoshi de Kaoru Abe : pour la première fois de ma vie j'ai été effrayé en écoutant un disque. J'entendais dans ce disque le vrai son de la vie. Ce silence résonne toujours en moi de façon très bruyante. Parfois je reste debout immobile dans ce silence qui m'enveloppe. 
Makoto Kawashima, jeune saxophoniste inspiré par Kaoru Abe, a repris le sax là où Abe l'avait laissé, entre bruit et fureur. Son premier disque est sorti sur le label culte PSF, et vient d'être réédité par le label américain Black Edition.

 

Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi

 


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