Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Werner Hasler, The Outer String : Out (Everest, 2016)

werner hasler the outer string out

Néo-classique? Peut-être, il y a de ça. Free un peu, beaucoup de choses ? Aussi, mais tendance smooth. Jazz ? Bien sûr, sans oublier quelques volutes orientalistes au travers de la fumée. Quelques amateurs éclairés ont allumé un bâton de chaise, trois centimètres de diamètre. Ils se laissent emporter par l'esprit frondeur et volubile de Werner Hasler / The Outer String sur Out.

Entre concert et exposition, le trompettiste suisse et sa suite aux violoncelles et percussions promènent l'auditeur au sein du temps ; il défile allègrement au gré des interventions dynamiques de ses multiples protagonistes. Ca swingue pas mal, oui, ça rameute aussi l'inquiétude d'un soir pluvieux de novembre, passé à se rappeler les cordes étendues par Gavin Bryars. Derrière leurs fûts, les trois batteurs (à tour de rôle) réécrivent la créativité en majuscules, leurs apports sont primordiaux à la belle réussite de ce disque à la forte personnalité. Elle est aussi déchirante qu'enivrante, on imaginerait bien un ami cher savourer un whisky en sa compagnie.

out

Werner Hasler, The Outer String : Out
Everest Records
Edition : 2016
CD : Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

 

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LDP 2015 : Carnet de route #16

ldp 2015 carnet de route 16

Si le ldp Trio n’a pu assurer le concert prévu à L’AMR de Genève le 23 mai 2015, Jacques Demierre y a joué, en duo avec le percussionniste Julian Sartorius. Il raconte ci-dessous les raisons de cet empêchement, et se souvient d'un conseil de Threadgill : Stop playing but don't stop the music.



23 mai, Genève, Suisse
AMR

Des raisons médicales nous ont fait annuler le concert en trio à l'AMR de Genève, mais la musique, celle qui nous réunit depuis une quinzaine d'années, ne s'est pas pour autant arrêtée. Elle continue, se poursuit de la fin du Spring Tour au Fall Tour, début octobre, et retentira au-delà. Stop playing but don't stop the music, disait Henry Threadgill, dirigeant alors une version européenne de l'Instant Composer Pool hollandais, où je partageais le piano avec Misha Mengelberg, lequel me laissait jouer toutes les parties écrites et passait pendant mes solos son menton par-dessus mon épaule pour observer le mouvement de mes doigts improvisant sur les touches. Le concert terminé, à peine sorti de scène, il poursuivait backstage, alors que le public l'applaudissait encore, une partie d'échec entamée quelques concerts auparavant avec Han Bennink. Stop playing but don't stop listening dit le trio ldp depuis sa création. Listening comme statement, comme titre de tournée, comme action de jeu. Car on n'écoute pas quelque chose, on écoute. On est dans l'action, on produit de l'écouté. C'est précisément pour questionner cette production aurale que j'ai proposé au batteur Julian Sartorius, en remplacement du trio, de jouer un duo mélangeant les outils piano et batterie pour un travail sur la masse sonore, tel celui du vent sur la surface de l'eau. Le titre de ce projet, Nouvelles Vagues, est moins un clin d'oeil au mouvement cinématographique de la fin des années 1950, qu'une manière de proposer un point d'écoute autre que celui imposé par le Mainstream, le courant principal, pour rester dans la métaphore maritime. Le Mainstream suggère une écoute qui ne fait pas de vague. C'est en tous les cas ce que j'ai compris quand l'AMR m'a informé que, comme leur piano à queue Steinway & Sons est réservé, je cite, "aux concerts plus "classiques" (sic) dans le jeu", je devrai utiliser le Yamaha, S6, 5614778. Si jouer sur l'ancien piano de concert du lieu ne constituait en l'occurrence aucun problème, j'ai lentement réalisé que cette restriction instrumentale dissimulait surtout une restriction de l'écoute et de sa liberté essentielle. Troublant d'entendre ça dans un lieu né du free jazz et de sa détermination à voir et à écouter le monde différemment. Laisser à l'écoute sa pleine liberté, c'est effectivement prendre le risque de mettre le réel à l'épreuve de l'écouté. Ironie du sort, c'est en jouant pourtant exclusivement et "classiquement" sur les touches du Yamaha S6 qu'une corde grave s'est subitement rompue en cours de concert. Cette confirmation malicieuse des craintes de l'organisateur montre avant tout que la force de l'écoute, davantage qu'un mode de jeu nécessairement non-conventionnel, est souvent à la source d'une tension, d'ailleurs fortement expressive, entre la facture instrumentale et le matériau sonore. Si un processus de répétitions rapides des touches graves de l'instrument peut par exemple donner lieu à des sonorités surprenantes jaillissant des cordes ainsi frappées par les marteaux, il peut aussi entrainer, aidé par l'accumulation des fréquences de résonance, un effet de fatigue du métal qui, suivant le degré de fatigue de la corde elle-même, conduit parfois à la rupture. Ce qui n'est pas bien grave en soi, il faut le dire, mais qui symboliquement représente le risque à prendre pour que le processus d'écoute ait une chance de s'étendre à l'infini. Inversement, si l'on refuse ce risque, on comprend aisément combien la liberté utopique d'écouter s'en trouve restreinte. C'est l'écoute du pianiste qui devrait façonner et transformer le piano et non le piano qui façonne et maintient le pianiste dans un prêt-à-écouter. Si, dans un autre domaine, mais comme en résonance à travers les siècles, le philosophe chinois Confucius disait que "les rituels de deuil sont là pour fatiguer la douleur", à nous aujourd'hui de continuer sans relâche à fatiguer les cordes de nos instruments, à jouer la transformation de leurs sons, à remettre du mouvement, de la vie dans le carcan instrumental.
J.D.

P1100297

Photo : Jacques Demierre

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Co Streiff : In Circles (Intakt, 2011)

co_streiff_in_circles

Presque toujours impulsées à l’unisson, les mélodies de Co Streiff s’entrouvrent parfois au contrepoint. Aucune sorcellerie, aucune magie ici mais un cadre strict ouvrant la porte à d’inspirés solos.

Chez la saxophoniste : d’abord, une timidité de souffle – elle s’excuserait presque d’être là – ; ensuite, torsadant des phrasés aux traits (presque) colemanien, la voici emportée et décisive. Chez le trompettiste Russ Johnson : une solide présence. Parfois l’appel des grands larges, parfois l’insistance compulsive d’un motif. Chez le contrebassiste Christian Weber : une assise parfaite laissant entrouvrir, au détour d’un archet provocateur, des possibilités étendues. Chez le batteur Julian Sartorius : un art du rebond et de la répartie qui font mouche. Un disque à l’image de ses deux co-leaders : sobre et délicat.

Co Streiff, Russ Johnson Quartet : In Circles (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.  
CD : 01/ Short Outbreak 02/ In Circles 03/ Five Dark Days 04/ The Looper 05/ Tomorrow Dance 06/ Farks Lark 07/ Confession
Luc Bouquet © le son du grisli

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Rhys Chatham : The Bern Project (Hinterzimmer, 2010)

rhys chatham the bern project

Rhys Chatham aime se balader en Europe. A Berne, il enregistrait l’année dernière avec (pardon pour l’évidence) des musiciens suisses (le tromboniste Beat Unternährer, le bassiste Mago Flueck et le batteur Julian Sartorius) un disque au nom étrange : The Bern Project.

La particularité de ce disque au nom étrange vient de ce qu’il mêle parfois plusieurs enregistrements sur une même plage. En conséquence un grand chahut naît parfois ; une récréation au creux des progressions de rock au beat entêtant (War in Heaven), de musiques répétitives qui souffrent parfois de la virilité du batteur (ou des preuves balourdes qu’il en donne : les breaks n’étant pas toujours heureux) et d'aires de jeux noisy-bruyantes (pour bien souligner le caractère de la chose). Oserai-je dire que je n’attendais plus grand-chose de Rhys Chatham sans savoir que lui se demandait presque au même instant Is There Life After Guitar Trio (c'est à dire après sa pièce la plus connue) ? Oserai-je en plus avouer qu’il m’a sérieusement convaincu ?

Rhys Chatham : The Bern Project (Hinterzimmer Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ War in Heaven 02/ A Rite for Smahain 03/ Scrying in Smoke 04/ My Lady of the Loire 05/ Is There Life After Guitar Trio ? 06/ Under the Petals of the Rose
Pierre Cécile © Le son du grisli

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