Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Spontaneous Music Ensemble: Biosystem (Psi - 2006)

spontsliEmmené par John Stevens jusqu’en 1992, le Spontaneous Music Ensemble version cordes – composé aussi de Nigel Coombes (violon), Roger Smith (guitare) et Colin Wood (violoncelle) – enregistra en 1977 pour le label Incus d’Evan Parker et Derek Bailey. Aujourd’hui, Parker réédite Biosystem sur Psi.

Virulent, Biosystem l’est à/sur plus d’un titre. Au jeu éclaté de Stevens, jamais à court d’idées lorsqu’il s’agit de renouveler ses façons d’attaquer cymbales ou toms, Coombes oppose un archet grinçant (Biosystem) ou quelques dissonances (Mystery), Smith des arpèges secs et effrénés (Back To The Beginning for the First Time), Wood, enfin, des pizzicatos tortueux (Mystery).

Augmentée de 4 inédits, la réédition offre des chutes d’époque : morceau entièrement emporté par la fougue du violoncelle et de la guitare (Another Beginning), petite pièce répétitive élaborée à partir de pizzicatos bondissants (Saved by The Bell), ou véritable hymne au service d’un folk d’aliénés (Restored).

Ainsi complété, Biosystem gagne encore en valeur. Et vient grossir le paquet de preuves révélant  la majesté du Spontaneous Music Ensemble, projet aussi singulier qu’incontournable pour qui décide de passer un jour par le champ des musiques improvisées.

CD: 01/ Biosystem 02/ Mystery 03/ Replanted 04/ Back To The Beginning for the First Time 05/ Another Beginning 06/ Restored 07/ Saved by the Bell 08/ The Bell and Beyond

Spontaneous Music Ensemble - Biosystem - 2006 (réédition) - Psi. Distribution Orkhêstra International.



Frode Gjerstad, John Stevens: Let’s Just Keep Going (FMR - 2005)

gjerstadstevensli

Répétition d’un concert donné plus tard en compagnie du contrebassiste Kent Carter, Let’s Just Keep Going sera le dernier duo enregistré par le saxophoniste norvégien Frode Gjerstad et le batteur anglais John Stevens. Dernier souvenir d’une collaboration aussi soutenue que subtile.

Dès le commencement, l’improvisation est vive: Stevens, imposant de constance, et Gjerstad, s’amusant à l’alto de répétitions entêtantes (Part 1). S’emparant d’un cornet, le batteur instigue ensuite des parallèles longues aux phrases du saxophone avant de retrouver son instrument: accompagnant, dévoué, la course de Gjerstad (Part 2, Part 5), ou co-leader inventif autant que son partenaire (Part 3).

Imbriquant sur la quatrième plage un swing goguenard et un free décisif sur rythme changeant, le duo prouve - dans le même temps qu’il décide de n’en faire qu’à ses têtes - sa considération sincère pour le jazz, tout en servant avec emphase une de ses nombreuses ramifications.

Enregistré en 1994, année de la mort du batteur, Let’s Just Keep Going fait figure de conclusion, et rappelle tout en faisant aussi bien qu’elles les œuvres construites ensemble par John Stevens et Frode Gjerstad. A deux ou aux côtés de musiciens tels que Johnny Dyani, Eivin One Pedersen ou Bobby Bradford.

CD: 01/ Let’s Just Keep Going (Part 1) 02/ Let’s Just Keep Going (Part 2) 03/ Let’s Just Keep Going (Part 3) 04/ Let’s Just Keep Going (Part 4) 05/ Let’s Just Keep Going (Part 5)

Frode Gjerstad, John Stevens - Let's Just Keep Going - 2005 - FMR.


Barry Guy : Study II, Stringer (Intakt, 2005)

london jazz composers orchestra study ii

A la tête du London Jazz Composers Orchestra depuis 1970, le contrebassiste Barry Guy n’en finit pas d’interroger la faculté qu’a l’individu de s’affirmer au sein d’un collectif là pour respecter des règles. Celles qu’un musicien doit suivre pour rendre une œuvre écrite, tout en évaluant les permissions d’y instiller un peu de Soi improvisé. Deux pièces enregistrées à dix ans d’intervalle illustrent ici le propos.

En 1980, Guy menait un Stringer long de quatre mouvements (Four Pieces For Orchestra). Oscillant déjà entre jazz et contemporain, gestes déraisonnables et structures contraignantes, il dirige un ensemble d’une vingtaine de musiciens dans un univers de métal. Bande passante chargée de propositions variées, la première partie chancelle au gré des assauts du contrebassiste Peter Kowald avant d’accueillir les percussions insatiables de Tony Oxley et John Stevens, ou le free appliqué du saxophoniste Trevor Watts.

Continuant à distribuer les solos, Guy engage Kenny Wheeler à déposer sa trompette sur une suite répétitive et baroque, en guise de deuxième partie. Puis arrive l’heure des souffles : Peter Brötzmann et Evan Parker rivalisent d’emportement sur Part III, quand le clarinettiste Tony Coe préfère confectionner quelques phrasés courbes. En guise de conclusion, les batteurs reviennent le temps d’un grand solo, qui pousse l’ensemble à investir enfin un chaos revendiqué et intraitable.

Si Stringer trouve naturellement sa place dans la riche discographie de la scène improvisée européenne de son époque, Study II, enregistrée en 1991, échappe davantage aux classifications. Cette fois, l’orchestre bâtit une musique nouvelle tirant sa substance des expériences de Berio ou de Cage. Montent des nappes quiètes, écorchées tout juste par des notes multidirectionnelles échappant au cadre ou par quelques grincements promettant la charge à venir.

Grâce aux coups de Paul Lytton, les musiciens trouvent la faille et s’y engouffrent à 17 : la contrebasse de Barre Phillips, les saxophones d’Evan Parker, Trevor Watts et Paul Dunmall, le piano retenu d’Irène Schweizer, le trombone de Conrad Bauer, surtout, imposent un marasme fertile. Ainsi, Study II prouve qu’une décennie peut accueillir l’évolution. Et que la somme des documents la concernant peuvent servir une même idée sur un timbre différent. Deux élans parmi tellement d’autres, mais grâce auxquels Barry Guy lustre les rayons rococo d’une musique exubérante et singulière : la sienne, et un peu celle de chacun des autres.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Study II, Stringer (Intakt / Orkhêstra International)
Réédition : 2005.
CD : 01/ Study II 02/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part I 03/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part II 04/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part III 05 Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Stevens : New Cool (Emanem, 2005)

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Ayant déjà beaucoup donné au sein de son Spontaneous Music Ensemble, le batteur John Stevens trouvait encore le temps d'encourager quelques jeunes musiciens à la persévérance. Au Crawley Jazz Festival de 1992, par exemple, où il mena en quartette un set remarquable bientôt transformé par The Jazz Label en disque de référence. La réédition qu'en propose aujourd'hui Emanem valant confirmation.

A l'ouverture comme à la fermeture, Dudu's Gone est une sorte de cool frénétique sur lequel le trompettiste Byron Wallen se démarque par sa maîtrise. Incorporant quelques citations choisies à son phrasé, il joue aussi calmement des dissonances, avant de laisser tout l'espace au ténor d'Ed Jones, qui tirera son épingle du jeu un peu plus tard. Hanté par le Ramblin d'Ornette Coleman, Stevens a imaginé Do Be Up, exploitation tonale d'un thème fait de trois notes que trompette et saxophone imposent à l'unisson. La contrebasse de Gary Crosby s'occupant de maintenir les fondations du thème, les musiciens restant se permettent quelques fantaisies de qualité : incartades free de Jones, effluves orientalistes de Wallen, ou progressions à étages de Stevens, débouchant bientôt sur un solo raffiné.

Tirant sa substance des arrangements de Lonnie's Lament de Coltrane, You're Life est un hommage appuyé au maître (le son du ténor de Jones y faisant d'ailleurs plus que référence). Envoûtante, la section rythmique répète à l'envi un schéma sur lequel Jones et Wallen rivalisent de tentatives effrontées. Comme sur 2 Free 1, d'ailleurs, composition interrogeant les possibilités rythmiques : répétitions, coupes sèches ou accélérations. Plus dense, sous une tension qui bientôt défendra un chaos conclusif, elle tranche, malicieuse, avec la musique donnée jusqu'ici. Jubilatoire, celle-ci aura su fantasmer un Chet Baker assez malin pour s'en sortir sur les élucubrations d'un Rashied Ali, comme confirmer l'irréprochable talent de leader de John Stevens. Guidant ses partenaires sans jamais les contraindre. Les révélant enfin.

John Stevens Quartet : New Cool (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1992. Réédition : 2005.

CD : 01/ Dudu's Gone 02/ Do Be Up 03/ You're Life 04/ 2 Free 1 05/ Dudu's Gone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Spontaneous Music Ensemble: A New Distance (Emanem - 2005)

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Fondateur, avec Trevor Watts, du Spontaneous Music Ensemble, John Stevens est celui des deux qui animera toujours, jusqu’à son décès en 1994, ce groupe aux formations multiples. Après avoir accueilli des personnalités comme Derek Bailey, Evan Parker ou Peter Kowald, l’ensemble s’était enfin consolidé autour du trio responsable du présent enregistrement.

A New Distance offre des extraits de deux concerts et d’une séance studio. Dans les deux cas, sur une batterie réduite au strict minimum, l’amateur de Sunny Murray qu’est Stevens s’en donne à cœur joie. Assauts frénétiques insatiables, pluies de coups qu’il n’arrive pas à retenir – et qui nous prouve qu’on peut y gagner à frapper sur plus petit que soi -, le batteur s’offre de temps à autre des pauses, pendant lesquelles il souffle dans une trompette de poche.

Alors, il dessine des parallèles avec le ténor de John Butcher, qui, d’aigus angoissés (Uneasy Options) en harmoniques chancelantes (Stig), démontre que l’improvisation inspirée n’interdit pas l’écoute. C’est d’ailleurs elle qui permet au trio de trouver A Certain Elegance, tout à la fois phantasme et morceau emblématique adoptant la retenue pour mieux canaliser les efforts.

Ceux de Roger Smith, par exemple, qui paraît en proie à des souvenirs partiels d’études laborieuses (arpèges brefs, accords plaqués, schémas de basse) mis à mal par des comportements sauvages (attaques de tirants, cordes étouffées, graves impromptus). Discret, il a parfois besoin d’indiscipline – comme sur Peripheral Vision – pour se faire une place, ou de ressources convaincantes – la guitare comme élément de percussions sur With Hindsight - pour que l’on retienne sa présence.

En studio, le trio est rejoint par le flûtiste Neil Metcalfe, qui investit sans faillir l’expérience multipliant les entrelacs de trompette et de saxophone. Afin de l’y aider, John Stevens devait le rassurer, comme il l'explique sur Spoken Interlude : "Il ne s’agit pas d’incorporer une composition, mais une discipline." Celle du Spontaneous Music Ensemble a toujours été l’improvisation soignée, qui trouve dans A New Distance un représentant de choix.

CD: 01/ Spoken Introduction 02/ Stig 03/ So This Is Official 04/ Tape Delight 05/ Uneasy Options 06/ A Certain Elegance 07/ Spoken Introduction 08/ Peripheral Vision 09/ Spoken Interlude 10/ With Hindsight 11/ Spoken Conclusion

Spontaneous Music Ensemble - A New Distance - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.



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