Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Antoine Prum : Sunny’s Time Now (Paul Thiltges, 2008)

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La chose est assez rare pour qu’on la remarque : deux films – l’un consacré au saxophoniste, l’autre au batteur – montrent Sonny Simmons et Sunny Murray se croisant. Le premier : disponible sur DVD malgré ses nombreux défauts. Le second : en attente d’être diffusé autant que le méritent toutes ses qualités.

Sunny’s Time Now, donc : titre repris par le réalisateur Antoine Prum pour adresser son hommage à Sunny Murray. En ouverture, le noir et blanc souligne l’intensité d’un solo du batteur : toms, cymbales et grosse caisse, et puis le murmure du musicien, qui n’est autre qu’un chant d’extraction rare jouant les fils conducteurs pour gestes affranchis en mouvement perpétuel. Ensuite, le batteur parle, attestant qu’il ne sert à rien de mettre à mal le swing si l’on n’est pas capable, avant cela, de bien le servir.

La suite du film retrace autant le parcours de Murray qu’elle l’approche et le révèle par touches délicates. Glanant les témoignages de musiciens de choix (Cecil Taylor, William Parker, Grachan Moncur III, Tony Oxley, François Tusques, Robert Wyatt…) et d’amateurs éclairés aux souvenirs de taille (Val Wilmer, Delfeil de Ton, Daniel Caux, Ekkehard Jost…), le portrait s’en tient ailleurs à une approche plus discrète mais tout aussi parlante : prises de répétitions ou de concerts (là, trouver le sujet en compagnie de Simmons, Bobby Few, Tony Bevan ou John Edwards) sur lesquels Sunny Murray apparaît en camarade trublion ou en créateur ensorcelé. L’ensemble, organisé avec esprit et intelligence par Antoine Prum, véritable auteur qui vaudrait d’être diffusé.

Antoine Prum : Sunny’s Time Now (Paul Thiltges / La Bascule)
Réalisation : 2008.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sunny Murray



John Edwards: Volume (Psi - 2008)

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Après avoir pratiqué l’improvisation aux côtés de Lol Coxhill, Maggie Nicols, Phil Minton ou encore Roger Turner, le contrebassiste John Edwards s’y essayait en solitaire sur Volume.

Là, porte d’abord de grands coups à son instrument, y laisse rebondir son archet, enfile une suite de pizzicatos étouffés ou cède à l’appel d’une fièvre répétitive commandant hammers minuscules ou glissandos désenchantés. Parmi les emportements, repérer une ombre de mélodie ou l’influence d’un genre (blues sur Sprung, drone inquiet en Tunnel, baroque sur From The Depths) ; parmi les couches sonores amassées là par John Edwards, des moments lumineux et quelques relâches fantasques.

CD: 01/ Matter 02/ Pin Drop 03/ Sprung 04/ Saddle 05/ Tunnel 06/ Half Full 07/ Battery 08/ From The Depths 09/ Meshes >>> John Edwards - Volume - 2008 - Psi. Distribution Orkhêstra International.


Spring Heel Jack : Songs & Themes (Thirsty Ear, 2008)

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Après avoir enregistré Masses en compagnie (notamment) de William Parker, Matthew Shipp et Evan Parker, puis Amassed en compagnie (notamment) de Kenny Wheeler, Han Bennink et Paul Rutherford, le Spring Heel Jack d’Ashley Wales et John Coxon s’occupa de Songs and Themes en compagnie (notamment) de John Tchicai, Roy Campbell, John Ewards et Mark Sanders.

Au programme, toujours le même projet d’une musique électroacoustique investie par quelques improvisateurs qui, rapidement, lui donnent une tournure mélancolique : atmosphères lentes portées par à-coups que perturbent les apparitions momentanées de digressions bruitistes ou d’éclats de folk expérimental et glissant. Le final, lyrique, emporte les derniers morceaux d’une expérience aboutie, rencontre fertile d’univers souvent étrangers pour rester chacun sur ses positions.

Spring Heel Jack : Songs & Themes (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Edition : 2008.

CD : 01/ Church Music 02/ Dereks 03/ With Out Words 04/ Eupen 05/ For Paul Rutherford 06/ Folk Players 07/ Sivertone 08/ Clara 09/ 1,000 Yards 10/ Antiphon 11/ At Long Last 12/ Garlands
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Free Zone Appelby 2005 (Psi - 2006)

psi0606sliAutour du saxophoniste Evan Parker, neuf improvisateurs de choix servent, selon les combinaisons, une musique exaltée et vorace, aux allures oscillant entre free jazz définitif et contemporain déluré.

Parmi les combinaisons, trois trios: Kenny Wheeler (trompette), Paul Rogers (contrebasse) et Tony Levin (batterie), déroulant un free incisif sur Red Earth Trio-1; Gerd Dudek (saxophone ténor), John Edwards (contrebasse) et Tony Marsh (batterie), introduisant Red Earth Trio-2 de manière déconstruite avant de tout sacrifier à l’énergie implacable ; Paul Dunmall (soprano et ténor), Philipp Wachsmann (violon) et Tony Levin, enfin, opposant les entrelacs mesurés de saxophones et de violon à la charge féroce des hurlements et des sirènes (Red Earth Trio-3).

A Red Earth Quartet 1, ensuite, d’occuper l’espace. Ouvert au son du contrepoint abrupt des deux ténors (Evan Parker et Gerd Dudek), la pièce progresse sous l’effet de l’ardeur de Tony Levin. Insatiables, déjà, les saxophonistes amassent leurs trouvailles sans plus se poser de question, quand Levin gagne encore en densité et que la contrebasse de John Edwards n’en peut plus d’insister.

Réunis tous, enfin, sur Red Earth Nonet, les improvisateurs investissent des sphères ténébreuses, mouvements lents et circulaires pour free jazz dense évoquant le Way Ahead de Coursil. Irrémédiable, la charge sera passagère, fière et accablante, et regagnera peu à peu le souterrain duquel on l’avait extirpée. Un final dans les brumes, après autant d’épreuves du feu essuyées avec prestige.

CD: 01/ Red Earth Trio-1 02/ Red Earth Quartet 1 03/ Red Earth Trio-2 04/ Red Earth Trio-3 05/ Red Earth Nonet

Free Zone Appleby 2005 - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.


Frode Gjerstad: The Welsh Chapel (Cadence - 2002)

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Auprès d’une section rythmique dont l’intimité n’était déjà, en 2002, plus à démontrer – celle formée par le contrebassiste John Edwards et le batteur Mark SandersFrode Gjerstad passe de la clarinette basse au saxophone alto, et mène une autre forme d’improvisation efficace.

Lorsqu’il ne sert pas une pièce arythmique de la taille de The Welsh Chapel: Part 5 – déconstruit forcément, mais d’une déconstruction mesurée -, le trio rend une musique jouant de ses connaissances : ainsi, le free jazz de Gjerstad investit les intonations funk d’Edwards (Part 1) ou le swing imposé par la batterie de Sanders (Part 3).

Ne s’interdisant pas de recourir à la mélodie (Part 4), le saxophoniste tire des musiciens qui l’accompagnent un atout supplémentaire et complémentaire, qui met autrement au jour ses qualités. Assurant en quelque sorte la direction du set, Sanders et Edwards permettent au leader, débarrassé de ses obligations de surveillance, les digressions les plus fantasques et les envolées les plus extrêmes (Part 2). Qui élèvent encore un peu le champ de ses possibilités.

CD: 01/ The Walesh Chapel: Part 1 02/ The Walesh Chapel: Part 2 03/ The Walesh Chapel: Part 3 04/ The Walesh Chapel: Part 4 05/ The Walesh Chapel: Part 5

Frode Gjerstad, John Edwards, Mark Sanders - The Welsh Chapel - 2002 - Cadence Jazz Records.


Foxes Fox : Naan Tso (Psi, 2005)

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Sous le nom de Foxes Fox, un quartette occasionnel, emmené par le saxophoniste Evan Parker, s’est récemment réuni dans l’intention de marquer en musique les derniers coups portés en Angleterre par le batteur Louis Moholo. C’est qu’il fallait à celui-ci retrouver son pays, l’Afrique du Sud, quittée jadis pour cause d’Apartheid.

27 octobre 2004, au Gateway Studio de Londres, sans la moindre introduction, le groupe s’acharne à faire éclater les perturbations, rue dans les brancards, au son des rebonds aériens et des roulements affables de Moholo. Une coupe nette, et le batteur distribue les coups profonds sur tom basse, quand John Edwards tend sa contrebasse d’attaques courtes suggérant bientôt la reprise des hostilités. Après avoir ingénument défendu une phrase répétée jusqu’à ne plus pouvoir la retenir, Parker s’engage avec Steve Beresford dans un inextricable dialogue saxophone / piano. Frôlant l’anthologie, il pourrait résumer à lui seul l’essentiel de la fougue ici déployée si soustraire un seul geste de la somme fantasque qu’est Naan Tso n’était pas illusoire. Après une demi-heure, l’improvisation se termine dans les grincements divers et les boucles de cordes pincées.

D’inspiration plus légère, Slightly Foxed débute par les impacts sauvegardés des doigts d’Edwards sur son instrument. Beresford n’intervenant pas, Parker gagne encore en présence, et distribue comme il l’entend ses phrases grâce au soutien de Moholo, discret mais immanquable. Infaillible, toujours et encore, sur Reinecke Gefettet, sur lequel le quartette reconstitué dresse une composition sur l’instant, grave et emportée. Où Beresford, pas revenu pour rien, badinera à loisir sur un piano réverbéré, jusqu’au chaos grandiose.

Ne restait plus, pour l’équilibre de Foxes Fox, qu’à Edwards de revendiquer mieux. Omniprésent sur Renard pâle, Parker n’en permet pas moins au contrebassiste d’arriver à ses fins : attaquant à grands coups d’archet le bas de son instrument, il tisse un accompagnement insatiable et libérateur, décidant d’une pause à partager, avant d’inviter Moholo à le rejoindre le temps d’un duo dense et concis. La session close sonne l’heure de l’au revoir. Et toutes les boîtes du monde de souhaiter un jour organiser un semblable pot de départ.

Foxes Fox : Naan Tso (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 octobre 2004. Edition : 2005.
CD : 01/ Naan Tso 02/ Slightly Foxed 03/ Reinecke Gefettet 04/ Renard pâle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Veryan Weston, John Edwards, Mark Sanders : Gateway to Vienna (Emanem, 2004)

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Un album double, qu'accompagne un texte. Signé Philippe Alen, il évoque le mouvement naturel d'un mobile pour mieux nous faire envisager la musique improvisée défendue sur Gateway to Vienna. Sur un disque consacré aux prises studio, et un second revenant sur un concert donné à Vienne, on retrouve le pianiste Veryan Weston, aux côtés de John Edwards et Mark Sanders, complices avec lesquels il avait déjà enregistré, six ans plus tôt, un Mercury Concert impeccable.

En studio, avant tout. Dès le départ, le mobile, image acceptable, ne semble pas évoluer sans qu'on l'y aide un peu : fougue insatiable inondée de grincements d'archet (Gateway One), éviction précieuse de la pesée des âmes avant leur mise en musique (Gateway Six). Ailleurs, c'est d'accalmies que l'on décide : une plage de quasi silence porté par les éléments s'insinue dans le chaos (Gateway Two) ; une mise en place évanescente pour climat sonore étale ouvre Gateway Five.

Ici, la durée d'une improvisation implique forcément les changements. L'énergie auto alimentée de Weston profite ainsi de la toile de fond déroulée par la contrebasse d'Edwards (Gateway Three), avant d'entamer avec elle un colin-maillard espiègle - préféré à la course poursuite -, que la rigueur rythmique de Sanders aimerait rappeler à l'ordre (Gateway Four). On trouvera un terrain d'entente une fois les aspirations du trio apaisées.

En concert, les intentions sont les mêmes. Répétitions, passacailles modernes, Weston semble tout tenter, sur Vienna One, pour éviter de définir les structures. Sanders déploie allègrement ses fulgurances et, pas contrariant, accepte de courtes périodes lentes. A mi-course, un développement homophone force le respect, qui finira à l'orée d'un double-stapping signé par le batteur.

Vienna Two, elle, commence dans les brumes, éclairée de temps à autre par les tentations mélodiques du pianiste. La dominante est paisible, hermétique le vase qui reçoit les inspirations. Puis, comme tout passe, on emprunte le chemin sinueux menant au chaos instrumental. L'orage a dissipé les brumes, en studio comme à Vienne ; de crises d'énergie en phases de repos, Weston, Edwards et Sanders, ressortent sains et saufs de leur incursion en terres d'affrontements.

CD1: 01/ Gateway One 02/ Gateway Two 03/ Gateway Three 04/ Gateway Four 05/ Gateway Five 06/ Gateway Six - CD2: 01/ Vienna One 02/ Vienna Two

Veryan Weston, John Edwards, Mark Sanders - Gateway to Vienna - 2004 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.



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