Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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John Corbett : Vinyl Freak. Love Letters to a Dying Medium (Duke University Press, 2017)

john corbett vinyl freak

Avant d’être le galeriste qui, depuis Chicago et associé à Jim Dempsey, réédite d’indispensables disques de jazz et d’improvisation (Joe McPhee, Peter Brötzmann, Staffan Harde, Tom Prehn…), John Corbett signa de nombreux textes sur d’indispensables disques d’improvisation et de jazz. Pour DownBeat, notamment, dans une colonne dont le titre est repris (rien n’est jamais dû au hasard) par celui de ce livre : Vinyl Freak.  

Ancien collectionneur de papillons, Corbett revient en introduction sur ses premières émotions d’auditeur et, surtout, de palpeur de vinyle – Sun Ra, déjà, employé dans les Sensational Guitars Of Dan & Dale ‎jouant les thèmes de Batman And Robin (disque Tifton). Après quoi, rassemble-t-il un lot de confessions obligées par les vinyles, tous de son choix (mais pas tous 33 tours, ni tous « anciens », puisqu’on y trouve par exemple Irregular, 45 tours de Martin Küchen / Martin Klapper estampillé Fylkingen).

Puisqu’il travaille alors pour DownBeat, Corbett fait avec un lectorat (ce peut être une simple supposition) peu ouvert d’esprit : ses premiers papiers évoquent en conséquence Philly Joe Jones, Paul Gonsalves, Chris McGregor ou Tom Stewart – cornettiste dont le Sextette/Quintette cache quand même Steve Lacy (Young Lacy, Early Days…).Alors, voilà que le propos « déraille », car Steve Lacy est, avec Sun Ra – Corbett a consacré au pianiste et chef de crew plusieurs ouvrages, dont Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 –, le musicien qui parle sans doute le plus au mélomane qu’il est. Une fois en / dans la place, le Stewart de Troie, de cinq ou de six, peut ainsi décharger Mauricio Kagel, Anthony Braxton, Diamanda Galas, Franz Koglmann, Morton Feldman, François Tusques, The Residents, Bill Dixon ou David Toop

Bien sûr, l’occasion (et la quête de l’occasion) est pour Corbett celle de parler de lui : dire la différence à faire entre un Diskaholic Anonymous – faut-il revenir sur l’association Mats Gustafsson / Thurston Moore / Jim O’Rourke ? – et un simple snob, son avis sur la compétition (avec le même Gustafsson, notamment, avec qui il échange depuis longtemps, comme le disait cet article d’un one-shot jazz Stop Smiling), la place qu’il réserve à l’esthétique dans un panier de crabo-collectionneurs ou l’espoir qu’il a de voir rééditées des perles sorties jadis à quelques centaines d’exemplaires – ainsi établit-il, comme en complément à ses papiers DownBeat, une liste de 131 tirages limités (certes, pas que) à aller « retrouver » d’urgence.

Premier de tous, ce Weavers du trio Günter Christmann / Paul Lovens / Maarten Altena que publia Po Torch en 1980. Dans la liste, aussi : deux Lacy, mais elle aurait pu en contenir davantage – Corbett & Dempsey ont récemment racheté un lot de bandes à Hat Hut, ce qui augure de rééditions. Autant de conseils intéressés qui ajoutent aux curiosités – A.K. Salim (dans le groupe duquel on trouvera la saturnien Pat Patrick en plus de Yusef Lateef), Orchestre Régional de Mopti, The Korean Black Eyes (là se situe peut-être la frontière entre freak et snobisme dont nous parlions tout à l’heure) – que renferme le livre en plus de celle, orange, qui prend la forme d’un flexi : interprétation d’It’s A Good Day par Sun Ra au clavier. Quelques secondes – une minute ou deux, vraiment ? – qui ajoutent au « curieux » de la chose et la rendent anecdotique, et la rendent indispensable.

978-0-8223-6366-8_prJohn Corbett : Vinyl Freak. Love Letters to a Dying Medium
Duke University Press
Edition : 2017
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sebi Tramontana : Night People (Palomar, 2010)

tramontasli

Parmi les rencontres faites sur disques par Sebi Tramontana – trombone de l'Italian Instabile Orchestra –, on trouvait jusque-là Carlos Zingaro ou Joëlle Léandre, improvisateurs uper-class agissant dans les cordes. Night People, d'ajouter en une fois quatre autres spécimens de la même espèce trouvés à Chicago : John Corbett (guitare), Fred Lonberg-Holm (violoncelle), Terri Kapsalis (violon) et Kent Kessler (contrebasse).

Anonnant d'abord en discret derrière l'échange d'un couple d'archets en perdition, Tramontana se retrouve coincé à l'intérieur de son instrument le temps d’une récitation de Kapsalis : la musique faite illustration occupera ensuite tout l’espace. Là, trouver alors un lot de notes fuyant sur perspectives descendantes, de grincements répétés et de constructions anguleuses d’une sophistication qui ne surprendra pas qui sait déjà de quoi est capable chacun des musiciens en place. Histoire de dire autrement, l’ensemble accueille le clarinettiste Guillermo Gregorio sur les quatre derniers titres : les mêmes constructions, de vaciller alors jusqu’à choisir l’option de l’écroulement pour toute apothéose.

Sebi Tramontana : Night People (Palomar / Instant Jazz)
CD : 01-08/ Part A-I
Enregistrement : 2004. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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