Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

John Russell, Phil Durrant, John Butcher : Conceits 1987/1992 (Emanem, 2015)

john russell john butcher phil durrant conceits

En 1987, rien ne se retenait : John Russell, John Butcher et Phil Durrant venaient d’enregistrer pour le label Acta, propriété du guitariste et du saxophoniste. Evan P. et Derek B. étaient passés par là et une seconde vague d’improvisateurs britanniques voyait le jour.

Les initiés se passionnaient pour l’étonnant Monsieur Butcher, alors professeur de physique. Russell, lui, poursuivait sa route de racleur magnifique tandis que Durrant hésitait entre trombone et violon (tendre l’oreille, ici, pour le distinguer). Le long de ces onze courtes pièces, tout se dévoilait : le travail et l’implication, le soubresaut et l’accalmie, la gestion des espaces et la diversité des formes. Car crispation et statisme étaient interdits de cité. Ici, le mouvement et rien que le mouvement.

Cinq ans plus tard, rien n’avait vraiment changé, tous les trois poursuivaient la même route. L’improvisation dépassait le quart d’heure, le violon se portait plus large. Mais, enfin, que demander de plus à ceux qui avaient instauré-impacté ce langage si singulier, si unique ?  Rien, assurément, si ce n’est la poursuite de leurs très vives aventures.

John Russell, Phil Durrant, John Butcher : Conceits 1987/1992 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 29 avril 1987 & 3 juillet 1992. Edition (partielle) : 1987. Réédition : 2015.
CD : 01/ How it Was 02/ F.T.T. 03/ The Skelloch 04/ No Parallax 05/ Rough 06/ Liberal Dose 07/ Fine Sharp & Leighton Buzzard 08/ Pen or Pencil 09/ Interstices 10/ Tumble 11/ From the Eggs to the Apples 12/ Soft Hours & Solidities
Luc Bouquet © Le son du grisli



John Butcher : Nigemizu (Uchimizu, 2015)

john butcher nigemizu

C’est une jolie pochette de carton qui enferme la première référence du label Uchimizu. Sur le disque, trois solos de John Butcher, enregistrés début août 2013 au Japon.

Le 7, c’est au ténor que le saxophoniste fait résonner une église d’Osaka. Ses notes sont longues qui, dans la ligne ou le tremblement, construisent des structures anguleuses (parfois simple esquisse, comme d’un trait de plume) au gré de séquences rapprochées : à la verticale comme à l’horizontale, Butcher unit deux notes, installe un motif qu’il travaille, martèle et soudain gomme, projette un sifflement après lequel il s’élance, transforme combien d’inspirations en hallucinations sèches…

Le 10, c’est au soprano qu’il  comble l’espace du célèbre Hall Egg Farm de Fukuya. D’autres structures s’y entendront, prêtes à s’emboîter comme par merveille. D’abord prudent, le soprano s’étend sur un air qui se réfléchira en miroirs qui, tous à leur façon, le transformeront. C’est alors l’ascension puis la chute lente de volutes différentes : au moment de leur déclenchement ou quand arrive celui de leur disparition, c’est aussi l’assurance de nouvelles surprises.

John Butcher : Nigemizu (Uchimizu / Metamkine)
Enregistrement : 7 & 10 août 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Enrai 02/ Uchimizu 03/ Hamon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Butcher, Andy Moor : Experiments with a Leaf (UnSounds, 2015)

john butcher andy moor experiments with a leaf

C’est un concert donné le 26 octobre 2013 à Berne que consigne Experiments with a Leaf. Cinq plages, longues ensemble d’une demi-heure à peine, sur lesquelles se font face John Butcher et Andy Moor.

L’un comme l’autre à l’affût – l’œil de ces oiseaux de musée photographiés par Moor promet discernement et sagacité –, les musiciens évoluent d’abord à distance (l’un de l’autre, et aussi, semble-t-il, des micros). Mais déjà, le médiator agace et la guitare et le saxophone : les rebonds et virevoltes de Butcher répondent aux saillies de Moor quand les harmoniques électrifiées du guitariste ne poussent pas le ténor à trouver refuge dans l’ombre.

Deux rapaces abreuvés de taurines se cherchent alors : revêches, nerveux, jouant des différences de hauteur et parfois d’intention (pressé, le soprano pourra perdre quelques plumes dans des cordes qu’il se sera, ailleurs, amusé à emmêler), Butcher et Moor se tirent de ces cinq expériences avec un égal panache.

John Butcher, Andy Moor : Experiments with a Leaf (UnSounds)
Enregistrement : 26 octobre 2013. Edition : 2015.
CD / LP / DL : 01/ Five Eyes 02/ Fantasy Downsize 03/ Joy is the Headlight 04/ Tongue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Antoine Prum : Taking the Dog for a Walk (Ni Vu Ni Connu, 2015)

antoine prum taking the dog for a walk

Après avoir fait entendre tout l’amour qu’il porte à l’improvisation britannique (Just Not Cricket), Antoine Prum s’est attaché à la montrer en plus. Avec l’aide de Tony Bevan et du comédien – et grand amateur d’improvisation – Stewart Lee, le (déjà) réalisateur de Sunny’s Time Now présentait récemment Taking the Dog for a Walk.

Parti de la scène du Café Oto – haut lieu de l’improvisation actuelle –, Prum instaure un code amusé du musicien-samouraï avant de retracer l’histoire de l’activité qui l’enchante depuis les premières expériences du Little Theatre Club – venus pour l’essentiel du free jazz, les musiciens s’en détacheront au profit d’un jeu autrement collectif que les personnalités qui composent AMM et celles de John Stevens, Trevor Watts, Derek Bailey… se chargeront de diversifier.  

Après quoi (dans le documentaire et en intégralité sur un second DVD), sont recueillis les témoignages de personnages : Lol Coxhill, Eddie Prévost, Phil Minton, Roger Turner, Steve Beresford, John Butcher, Maggie Nicols… La parole libère autant de précisions qu’elle dresse de constats : sur l’éternel refus de tout répertoire et l'insatiable intérêt pour les sons nouveaux (qu’illustre ici un extrait de concert donné par AMM en compagnie de Rhodri Davies), sur le rapport de la pratique à l’entertainment (Coxhill) et au public (Karen Brockman) ou encore la nostalgie commandée par un âge d’or à l’ombre duquel s’assoupit parfois le quotidien (Bevan, John Edwards aussi : « maintenant, c’est facile »)…

Facilité que de plus jeunes improvisateurs devront contourner, voire refuser, s’ils veulent renouveler un genre qui n’en est pas un : Gail Brand, Dominic Lash, ou encore Alex Ward, que l’on retrouve sur un CD enfermé lui aussi dans la boîte jaune de Taking the Dog for a Walk. Sur celui-ci, c’est N.E.W. enregistré au Café Oto le 17 janvier 2012. N.E.W., qui donne de nouvelles teintes à l’improvisation et clame même que l’espoir est permis. Non pas celui d’un simple renouvellement ou d’une mise à jour fétiche, mais bien celui de nouvelles choses à attendre de l’improvisation britannique.  

Antoine Prum : Taking the Dog for a Walk. Conversations with British Improvisers (Ni Vu Ni Connu / Improjazz)
Edition : 2015.
2 DVD + CD : Taking the Dog for a Walk.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Common Objects : Whitewashed with Lines (Another Timbre, 2015)

common objects whitewashed with lines

Les spirales des cups and rings – pierres marquées, au Néolithique, d’anneaux capables d’en imposer encore – ont inspiré à Rhodri Davies Cup and Ring, partition graphique que Common Objects interprétait le 15 mars 2014 à Newcastle.

C’est, pour le harpiste, John Butcher (saxophones, parfois amplifiés), Lee Patterson (amplified devices and processes) et désormais Angharad Davies (violon, parfois amplifié), l’occasion de retrouver le fil d’un climax électroacoustique, afin de l’explorer encore. L’espace en équilibre remué par quelques dépressions et grippages délivre le message de notes fragiles et frémissantes dont les interférences consolident le devenir commun.  

Un an plus tôt, les mêmes improvisaient Repose and Vertigo sans recourir cette fois à l’amplification. L’écho qui porte les musiciens n’est plus le même et semble décider, sinon d’une nouvelle esthétique, au moins de nouvelles manières de convaincre. Le soprano est plus volontaire, les cordes tremblent davantage quand l’électronique aiguille en sous-main : la délicatesse partagée révèle cette cohérence dont nous parlions hier et – est-ce là l’œuvre d’un « effet Angharad » ? – l’augmente même.

Common Objects : Whitewashed with Lines (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 15 mars 2014 / 25 mai 2013. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Cup and Ring – CD2 : 01/ Repose and Vertigo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Apophonics : On Air (Weight of Wax, 2013) / Christian Asplund : The Laycock Duos (Comproviser, 2013)

the apophonics on air

L’occasion était spéciale – enregistrement studio pour l’émission Jazz on 3 de BBC Radio 3 –, mais pas unique, qui conseilla peut-être à The Apophonics de faire état de la largesse de sa palette sonore : On Air, trois pièces de trente-six, sept et quatre minutes.

Toutes, faites de séquences d’allures et même de natures différentes : improvisation ascensionnelle d’abord inspirée par des réminiscences d’un jazz emporté, la musique de Butcher, Edwards et Robair, change de cap à chaque fois qu’elle atteint l’apogée de son aire de jeu. Au bout des spirales épaisses que le saxophoniste déroule au ténor, le trio trouve ainsi matière à explorations : en constructions structurées par la frappe fiévreuse de Robair, poches d’air (respirations de Butcher contre ronflements d’Edwards) ou courses éperdues. 

Plus loin, ce sont encore des diphonies (un souffle calqué dans le soupçon, la juxtaposition d’un aigu de soprano et d’un archet sur cymbale…) ou sur batterie l’apparition de moteurs qui déroutent, déconcertent et captivent. La performance impressionnait hier sur ondes, elle le fait aujourd’hui sur un disque qui autorise en plus sa diffusion en journée.

The Apophonics : On Air (Weight of Wax / Metamkine)
Enregistrement : 2 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Fires Were Set 02/ Met By Moonlight 03/ London Melodies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

christian asplund comproviser

C’est au ténor seul que l’on retrouve John Butcher sur The Laycock Duos, rétrospective de duos (et trio) « secrets » enregistrés entre 2009 et 2011 par le violoniste et pianiste Christian Asplund. Vingt minutes durant, le saxophoniste converse avec Asplund : interrogeant poliment la résistance du violoniste avant d’en faire un honnête camarade d’exploration sonore, puis donnant du grain à moudre à un pianiste plus nerveux. Plus loin, Asplund montrera davantage de justesse en compagnie de deux de ses références : Malcolm Goldstein et LaDonna Smith.

Christian Asplund : The Laycock Duos (Comproviser / CD Baby)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ The Secret Substances, avec John Butcher 02/ The Secret Colors, avec Bill Smith et Steve Ricks 03/ The Secret Soundings, avec Malcolm Golstein 04/ The Secret Voices, avec Stuart Dempster 05/ The Secret Energies, avec LaDonna Smith
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Butcher, Thomas Lehn, John Tilbury : Exta (Fataka, 2013)

john butcher thomas lehn john tilbury exta

Le titre de l'enregistrement (comme les intitulés de ses cinq improvisations) a beau annoncer des entrailles tirées de quelque cérémonie antique, la photo de pochette promettre des viscères pendus sur crocs, le beau sang de bœuf du disque préparer à l'hémoglobine, l'audition de cette heure de musique (extraite d'une séance de studio en juin 2012) ne révèle aucun étal de tripier...

C'est pourtant à l'écoute d'un organisme – celui que forment et sondent John Butcher (saxophones ténor & soprano), Thomas Lehn (synthétiseurs) et John Tilbury (piano) – dans sa temporalité propre, sa pénombre, son mystère, qu'il faut se placer : un pouls insensible, des villosités parcourues de fines ondes électriques, des cavités qu'ouvre le synthétiseur échographe.

Inédite, l'association de ces trois musiciens qui se sont indépendamment fréquentés dans AMM, MIMEO, Thermal ou le Cortet de Fuhler, installe chacun au plus discret, dans une suspension qui agit comme une force d'attraction sur l'auditeur ; frôlant parfois une sorte de torpeur hypnotique, penché sur les humeurs et rumeurs de ce corps, l'exercice est d'une absorbante splendeur.

EN ECOUTE >>> Pulmo II

John Butcher, Thomas Lehn, John Tilbury : Exta (Fataka)
Enregistrement : juin 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Pulmo I 02/ Cor 03/ Pulmo II 04/ Iecur 05/ Fel
Guillaume Tarche © Le son du grisli

meteoJohn Tilbury se produira ce jeudi 29 août à Mulhouse, en compagnie d'Isabelle Duthoit, Keiji Haino et Franz Hautzinger. Deux jours plus tard, dans la même ville, John Butcher apparaîtra seul à la Friche DMC. Dans les deux cas, le cadre sera le même, qui a pour nom Météo.


John Butcher, Tony Buck : Plume (Unsounds, 2013) / Magda Mayas, Christine Abdelnour : Myriad (Unsounds, 2012)

john butcher tony buck magda mayas burkhard stangl plume

En Plume s’agitent deux trios qui réunirent – en concerts donnés à Londres en 2007 et 2011 – la paire John Butcher / Tony Buck et Burckhard Stangl ou Magda Mayas.

Avec le premier – qui tiraille sa guitare jusqu’à bientôt l’interroger du poing –, l’improvisation joue de boucles qu’emporteront les aigus du soprano et les turbulences rebondies de toms-roulette. L’élucubration a du ressort, auquel un ampli sur le retour donnera d’autres couleurs : rechignant à composer avec ce lot de tensions lâches, le trio imbrique des modules de recherches alertes qui, avec une morgue superbe, font fi de toute cohérence.

Associés à Mayas, Butcher et Buck accordent velours et sifflements avec un lot de cordes pincées. Le tambour bat ferme sur un court motif de piano, l’alto progresse par à-coups avant que les cordes prennent leurs distances quand vient, sous couvert de recherches, l’heure de fomenter l’attaque inévitable. Sans chercher forcément à se répondre, les séquences se succèdent alors et les tensions reviennent faire valoir leurs droits. Plus « facile », mais changeant.

John Butcher, Tony Buck : Plume (Unsounds)
Enregistrement : 2007 & 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Butcher, Stangl, Buck : Fiamme 02/ Butcher, Mayas, Buck : Vellum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

magda mayas christine abdelnour myriad

Enregistrées le 25 août 2011 au Festival Météo, Magda Mayas et Christine Abdelnour construisirent l’appeau Myriad : pris dans le piège de cordes chuintant ou buttant contre le mobile de cuivre dans lequel sifflent les quatre vents, les oiseaux de couverture chantent et charment avant de prendre feu : pas surprenantes, leurs couleurs sont jolies quand même.

Magda Mayas, Christine Abdelnour : Myriad (Unsounds)
Enregistrement : 25 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Hybrid 02/ Cynaide
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Bandes expéditives : John Butcher, Steve Baczkowski, Bill Horist, Unan, Bolide, Compoundead, Blood Stereo...

BANDES EXPEDTIVES II

butcherButcher, Khoury, Bryerton / Baczkowski, Sack : Split (The House of Alchemy, 2012)
Une cassette, que se partagent en plus cinq musiciens : John Butcher, Mike Khoury et Jerome Bryerton en trio et Steve Baczkowski et Bill Sack en duo. Enregistrés en 2003, les premiers font preuve de retenue et improvisent malgré cela une pièce d’une vivacité tranchée. Saxophone ténor et guitare pour le duo, qui fait silence : la face semble vierge. On soupçonne une erreur de fabrication.

horistBill Horist : The Signal Index (Ultramarine, 2012)
C. Spencer Yeh, Anla Courtis, KK Null ou Chris Corsano ont un jour agacé la guitare de Bill Horist. En six pièces, celui-ci affirme qu’il peut seul déclencher quelques pièces d’un noise rare et fourni : parade de cornemuses, miniatures ambient, saturations féroces, larsens domptés et même blues investi dans les pas de Loren Connors. L’exposé est brillant.

unan

Unan / Nikos Kyriazopoulos : Mimus / Skua (Organized Music from Thessaloniki, 2012)
Une cassette, que se partagent en plus Chris Chondropoulos (Unan) (platine et vinyls) et Nikos Kyriazopoulos (électronique). Le premier anime un champ de tensions asphyxiant qui retient prisonnière la voix bouclée d’un enfant. Le second élabore une électroacoustique sous le grand patronage de Pierre Schaeffer. Deux façons d’envisager aujourd’hui les possibilités de la musique concrète : celle d’Unan avec plus d’inventivité et surtout de mystère.

bolide

Bolide : Flaw Games (Ultramarine, 2012)
Six musiciens (dont, nous dit-on, Daniel Spencer, Tom Roberts et The Sultan) font Bolide. Leur musique rappelle celle d’autres musiciens au catalogue d’Ultramarine : Smegma et Kommisar Hjuler. Leur psychédélisme est cependant moins imaginatif et leur expérimental plus rébarbatif, voire pauvrement satisfait. Retour à Smegma et Hjuler, donc.

coumpoundead

Compoundead : Sink (Dokuro, 2011)
On peut entendre ici de quoi retourne la musique du groupe italien Compoundead. En trois titres, ils disent sur Sink leur amour pour les drones grêleux et les motifs mélodiques enrayés. Histoire de changer, la seconde face délivre un morceau d’atmosphère post-industriel qui atteste la victoire de l’électrique sur l’acoustique. Assez convaincant pour espérer pouvoir aller entendre d’autres preuves au tirage limité de leur existence.

blood stereo

Blood Stereo : The Eight Thumbed Hand Serenades (Ultramarine, 2012)
Sous le nom de Blood Stereo, Dylan Nyoukis et Karen Constance bouclent leurs voix pour nourrir des drones oscillant, inventent des impressions de voyage au son d’appels de muezzins seulement imaginés, donnent enfin dans un expérimental séduisant pour avoir été fait par-dessus la jambe. A en roucouler.

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John Butcher : Winter Gardens (Kukuruku, 2012)

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Deux temps auront composé Winter Gardens, solo qui profite d’autant de concerts que John Butcher donna en 2011 à Londres et Milwaukee. Au ténor et au soprano, toujours, le saxophoniste agit ; de mille manières, encore.

En l’église St Anne de Londres, Butcher donna les deux pièces qui ouvrent chacune des faces du trente-trois tours. C’est là un nouveau dialogue avec un « endroit qui résonne » : d’aphonie en diphonie, le musicien marque son territoire, sujet à expressions volatiles autant qu’à tremblements lyriques : les vêpres qu’il sonne craignant la passion de l’homme pour les manipulations sonores. Sous les traits d’un oiseau-lyre qui aurait troqué l’imitation pour une invention acerbe, Butcher évolue en virtuose. Sous ceux d’un oiseau de feu, il répète ici deux notes, là singe une rhapsodie de Gershwin, ailleurs en appelle au Dixit Dominus de Verdi – au ténor, ses accentuations féroces commandent des pansements de sons délicats en conséquence.

Echappées du Vogel Hall de Milwaukee, deux pièces encore : amplification aidant, le ténor va de clefs qui tombent et claquent en harmoniques que la superposition affole ; pneumatiques et freinages, nouveaux aigus sifflants, retours d’une note sur elle-même, illustrent le portrait d’un « Butcher by the Sea ». Le rapprochement de ces deux moments n’est pas vain, qui renvoie au dictionnaire à la page de « Spectral », dont Tristan Murail parlait ainsi :  « La révolution de la musique spectrale se situe là, dans ce basculement de la conception de l’écoute qui a permis d’entrer dans la profondeur du son, de sculpter vraiment la matière sonore, au lieu d’empiler des briques et couches successives. ≫

EN ECOUTE >>> Un extrait >>> Un deuxième >>> Un troisième enfin

John Butcher : Winter Gardens (Kukuruku)
Enregistrement : 13 décembre 2011 (Londres) & 28 octobre 2011 (Milwaukee). Edition : 2012.
LP : A1/ Sporangia (high) A2/ Sea Cone B1/ Sporangia (low) B2/ Sea Fret
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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