Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Joe Giardullo: Red Morocco (Rogue Art - 2007)

giardullogrisli

A la tête d’un ensemble de 14 musiciens (parmi lesquels on trouve Daniel Levin, Joe McPhee, Lori Freedman, ou Dom Minasi), Joe Giardullo donnait en 2005 de belles couleurs au Third Stream de George Russell.

Ajoutant à son étude de la théorie une pratique en compagnie de partenaires compétents, Giardullo convoque ainsi quelques fantômes entre quelques phases improvisées : Gershwin autant que Schönberg sur les soupçons de cordes appliquées à OPB. Ailleurs, une musique impressionniste disparaît peu à peu sous l’insistance des cuivres (Memory Root), une progression contemporaine dispose des notes soudaines de piano sur d’autres mouvements de cordes. Et puis, en guise de conclusion, Giardullo peint sur Red Morocco un univers ouaté, subtil et décisif. Qui confirme la réussite d’une expérience dans laquelle beaucoup se sont perdus.

CD : 01/ OPB 02/ OPG 03/ 2T(m) 04/ Memory Root 05/ OPD 06/ Q-2G(e) 08/ Calabar 09/ Hikori 10/ Red Morocco

Joe Giardullo Open Ensemble - Red Morocco - 2007 - Rogue Art.

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Joe Giardullo: No Work Today: Nine for Steve Lacy (Drimala - 2005)

giasliQuelques temps avant la disparition de Steve Lacy, Joe Giardullo a eu l’honneur de jouer avec celui qu’il considère comme un maître à penser. Sur No Work Today, le multi instrumentiste rend trois fois hommage au disparu et à l’indéfectible: en s’emparant d’un soprano, il se colle à l’exercice de l’enregistrement en solo et interprète deux de ses compositions.

A la recherche des sources, Giardullo ouvre avec l’Influence majeure, celle à qui Lacy n’aura cessé de destiner sa reconnaissance : Thelonious Monk, dont le Work devient No Work Today, au gré des improvisations maîtrisées de Giardullo. Passant de l'évocation du maître à l'élève, le soprano interprète ensuite un Prospectus à sa manière : un rien de swing en plus dans les refrains chantés jadis par Irene Aebi, avant d’aller chercher dans l’espace creux des harmoniques.

Pratiquant avec emphase le langage de Lacy, Giardullo invoque ensuite des cadres, pour mieux passer outre : Which Way atteste des limites sonores de l’instrument, avant que Mr. Ioso’s Walk n’engage l’improvisation vers les notes en cascades d’un free introspectif. Envoûté par un blues aux référents dissous (Sentiments), le saxophoniste suit sa route jusqu’au deuxième thème écrit, Hurtles, dont il fait réminiscences les répétitions.

La trajectoire de l’ensemble, pas vraiment préhensible, est due au laisser-aller de l’improvisation, comme au vague à l’âme satisfait de trouver un peu de confort dans les intentions modales de Giardullo. Neuf clichés pris après coup, assemblés sur l'irréprochable hommage qu'est No Work Today.

CD: 01/ No Work Today 02/ Prospectus 03/ Which Way 04/ Not Good 05/ Mr. Ioso's Walk 06/ Sentiments 07/ The Touch 08/ Hurtles 09/ Dotty

Joe Giardullo - No Work Today: Nine for Steve Lacy - 2005 - Drimala. Distribution Improjazz.

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John Heward: Let Them Pass (Laissez-passer) (Drimala - 2004)

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Pour l’enregistrement de son premier album en tant que leader, le batteur John Heward a choisi le trio. Ainsi, Joe Giardullo (anches) et Michael Bisio (contrebasse) accompagnent le Montréalais sur Let them pass (Laissez-passer) et ont, autant que lui, instigué le projet d’un disque-hommage à leurs parents, émigrés dont l’espoir tenait tout entier dans un simple laissez-passer.

Il est convenu qu’il est au leader de montrer la voie, et Heward, qui se veut un batteur servant les changements et les fluctuations du rythme, impose ses points de vues le long de sept morceaux. D’attaques nerveuses en lignes sages, il entraîne ses acolytes comme lui suit ses intuitions, jouant des successions de cadences (Let them pass One) ou soulignant subtilement les progressions de ses partenaires (Let them pass Four). Parfois même discret au point d’évoquer ingénument sa possible absence (Let them pass Six).

Car le talent d’Heward est aussi de savoir laisser le champ libre. A Joe Giardullo, d’une part, qui d’un saxophone ténor, d’une clarinette ou d’une flûte, déploie un jeu rauque aux mélodies ployant sous les improvisations free (Let them pass Three), tout en multipliant les évocations d’un ailleurs fantasmé – qu’il vienne d’Europe de l’Est (Let them pass Four, Let them pass Five) ou pousse jusqu’en Asie (Let them pass Six).

Mike Bisio profite aussi comme il l’entend de ses permissions. Accentuant bien sûr le rythme, mais aussi l’emportant totalement au terme d’un blues revisité (Let them pass Three). Autre part, il entrelace les notes qu’il obtient à l’archet avec celles produites par les anches (Let them pass Five), opération sans faille au résultat bruitiste et sophistiqué (Let them pass Two).

Let them pass, sept fois. Le trio mené par John Heward livre sept improvisations aux carcasses changeantes, parce que l’enjeu qu’il détermine touche l’oscillation en musique. Let them pass (Laissez-passer), album réfléchi, parfois emporté, sauvage, complexe ou poli (comme on l’est par les eaux), est aussi la preuve qu’il est possible de rendre hommage avec élégance, et sans imposer l’ennui.

CD: 01/ Let them pass One 02/ Let them pass Two 03/ Let them pass Three 04/ Let them pass Four 05/ Let them pass Five 06/ Let them pass Six 07/ Let them pass Seven

John Heward - Let Them Pass (Laissez-passer) - 2004 - Drimala. Import.

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