Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Joëlle Léandre: A voix basse (Musica Falsa - 2008)

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Dans A voix basse, à un Franck Médioni qu’elle a changé en scribe, Joëlle Léandre raconte tout, ou presque : son rapport à la contrebasse, son instrument, l’attachement d’une musicienne à la terre, son idée d’une improvisation qui ne s’apprend pas, ne s’improvise pas, n’interdit surtout pas l’erreur. Entre les lignes qui traitent de sa pratique musicale, des incartades sur le jazz ou le classique, des manières autres d’aborder l’instant, et beaucoup de voyages, de trajets la rapprochant de l’endroit du concert comme ils semblent l’éloigner, le temps de leur durée, du souci musical. Enfin, quelques colères : animées par la culture et ses institutions, ou par la place faite aux femmes dans la musique. Tout cela, évidemment, qui la motive.



Joëlle Léandre, Franck Medioni - A voix basse - 2008 - Musica Falsa.

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Houle, Léandre, Strid: 9 moments (Red Toucan - 2007)

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Après Hasse Poulsen et George Graew (tous enregistrements produits par Red Toucan), c’était au tour du percussionniste Raymond Strid de se frotter à la paire Houle / Léandre : rencontre en 9 moments.

Plus ou moins longs, ceux-là, et forcément différents : angoissé, lorsque le trio amasse les effets d’un archet emporté et les plaintes de la clarinette (Moment calme) ; sophistiqué : la clarinette et ses lignes claires, maintenant, face aux pizzicatos réputés de Léandre (Moment final) ; monumental, deux fois, sur des pièces plus longues : Moment tendu, qui voit Strid convaincre ses partenaires de suivre son allure changeante, et Moment grave, tour de force déconstruit capable d’invectives lyriques plus que singulières.

Souvent discret, toujours réfléchi, Raymond Strid aura donc su bien relever le défi, se sera montré à la hauteur des exigences de la rencontre, occasionnelle et redoutable.

CD : 01/ Moment premier 02/ Moment grave 03/ Moment calme 04/ Moment tendu 05/ Moment à deux 06/ Moment clé 07/ Moment spatial 08/ Moment donné 09/ Moment final

François Houle, Joëlle Léandre, Raymond Strid - 9 moments - 2007 - Red Toucan.

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Joëlle Léandre, Kevin Norton : Winter in New York 2006 (Leo, 2007)

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Forcément placée sous le signe de l’ardeur, la rencontre de la contrebassiste Joëlle Léandre et du percussionniste Kevin Norton en arrive aux conclusions de Winter in New York 2006 : appuyées et définitives.

Hachant souvent leur dialogue, Léandre et Norton imposent à leurs improvisations un rythme frénétique sur lequel estimer leur inspiration : insistances mélodiques ou emportements derniers sur lesquelles se glisse la voix de Léandre, archet grinçant contre notes suspendues de vibraphone, résonance des cymbales combinées aux parcours chaotiques des pizzicatos.

De phrases lasses jouant les apaisées en précis de perturbations fascinantes, le duo trouve partout l’accord parfait obligeant toutes ses contradictions.

Joëlle Léandre, Kevin Norton : Winter in New York 2006 (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006. Edition : 2007.
CD : 01/ Winter December #1 02/ Winter December #2 03/ Winter December #3 04/ Winter December #4 05/ Winter December #5 06/ Winter December #6 07/ Winter December #7 08/ Winter December #8
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joëlle Léandre: At The Le Mans Jazz Festival (Leo - 2006)

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Retour, le temps de deux disques, sur la carte blanche offerte à Joëlle Léandre par l’Europa Jazz Festival du Mans édition 2005. Occasion pour laquelle la contrebassiste conviait aux dialogues quelques uns des plus brillants représentants du jazz et de l’improvisation d’aujourd’hui.

Après s’être entendu à merveille avec la chanteuse Lauren Newton (Face It!), Léandre composait en compagnie d’Irène Schweizer avec la voix de Maggie Nicols. Ensemble, à nouveau, Les Diaboliques s’accordent sur les schémas répétitifs du piano (Meeting One), mariant les constructions abruptes de Léandre aux éclairs facétieux ou plus incantatoires de Nicols (Meeting Two).

Après le trio insatiable, le florilège fait honneur à un duo de contrebasses hors normes. Là, Léandre et William Parker se mesurent à coups d’archets grinçants, gagnant sans cesse en vitesse comme en densité (Meeting Three). Sur Meeting Five, Parker passe de la flûte à la contrebasse, optant pour l’usage de la paraphrase autarcique en réponse à l’improvisation sensible de sa partenaire.

Après avoir mené leur Firedance, Léandre et la violoniste India Cooke réinventent leur entente, nouée par de précieux réseaux de cordes, qui combinent expérimentations tourmentées (Just Now Two) et propositions mélodiques (Just Now One). Cooke jouant ici le rôle qu’investira ensuite le trompettiste Markus Stockhausen, déposant ses phrases claires sur la progression raffinée qu’installent contrebasse et percussions – celles, en l’occurrence, d’un Mark Nauseef rappelant à l’occasion Andrea Centazzo – sur Just Now Four.

Pour terminer, la sélection extrait quatre morceaux du concert donné par la contrebassiste en compagnie de Paul Lovens (batterie), Sebi Tramontana (trombone) et Carlos Zingaro (violon). Plus déconstruit encore, l’ensemble avance en terres dissonantes et répétitives (Just Now Six), indéchiffrables. Histoire de conclure dans les brumes une sélection infaillible, plaidant pour la qualité évidente d’un Europa Jazz 2005 qu’on aura bien fait de confier à Joëlle Léandre.

CD1: Joëlle Léandre, Maggie Nicols, Irène Schweizer: 01/ Meeting One 02/ Meeting Two - Joëlle Léandre, William Parker: 03/ Meeting Three 04/ Meeting Four 05/ Meeting Five - CD2: Joëlle Léandre, Indian Cooke: 01/ Just Now One 02/ Just Now Two 03/ Just Now Three - Joëlle Léandre, Mark Nauseef, Markus Stockausen: 04/ Just Now Four 05/ Just Now Five - Joëlle Léandre, Paul Lovens, Sebi Tramontana, Carlos Zingaro: 06/ Just Now Six 07/ Just Now Seven 08/ Just Now Eight 09/ Just Now Nine

Joëlle Léandre - At Le Mans Jazz Festival - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Lauren Newton, Joëlle Léandre: Face It! (Leo - 2005)

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La dernière édition de l’Europa Djaz Festival du Mans honorait la contrebassiste Joëlle Léandre au point de la charger de la programmation d’une « Joëlle Léandre Suite », série de concerts donnés en compagnie de musiciens qu’elle aura dû choisir. Entre une soirée passée en compagnie d’Irène Schweizer et Maggie Nicols et une autre donnée en duo avec William Parker, Léandre retrouvait, le 28 avril 2005, la chanteuse américaine Lauren Newton.

Si les deux femmes connaissent souvent la joie des retrouvailles, elles refusent d’évoquer le moindre souvenir, pour mieux engager toujours leur duo improvisé sur le terrain d’une fraîcheur régénérée. Insatiable dès le départ, l’archet de Léandre pose des sonorités grinçantes sur lesquelles Newton se fait peu à peu une place, assez confortable bientôt pour oser les premiers cris faussés par un vibrato lyrique (Face It 1).

Distillant des allusions au swing et à la pop sous un archet tout à coup plus percussif (Face It 2), ou multipliant les expérimentations chargées d’effets de gorge, de sifflements et d’expressions assumant l’onomatopée comme moyen efficace de communication (Face It 4), Newton peut donner l’illusion d’être sous emprise ou, au contraire, démontrer une maîtrise assez poussée pour se permettre un peu de légèreté, voire, d’humour (Face It 2).

Plus éloquent encore, lorsque Léandre et Newton se cherchent : l’archet rattrapant au col une note tout juste échappée des lèvres de la chanteuse (Face It 5), ou la voix faisant écho sur le vif à une fulgurance insoupçonnable concédée par la contrebasse (Face It 7). En un mot, une entente appropriée. Ou réappropriée, conclue à merveille par Face It 9 : bel canto de terres éloignées, où l’improvisation n’est toujours pas affaire de sauvages.

CD: 01/ Face It 1 02/ Face It 2 03/ Face It 3 04/ Face It 4 05/ Face It 5 06/ Face It 6 07/ Face It 7 08/ Face It 8 09/ Face It 9

Lauren Newton, Joëlle Léandre - Face It! - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Irène Schweizer : Portrait (Intakt, 2005)

grislischweizerCélébrer vingt années passées au service de la musique vaut bien compilation. Une fois n’est pas coutume, le label qui a soutenu dès l’origine l’oeuvre de l’artiste compilé n’a pas été dépossédé, et se charge, récompensé, de la rétrospective en question : Portrait, celui d’Irène Schweizer, présenté par Intakt records.

Rassemblant quatorze titres, le disque se trouve gonflé par la présence des partenaires du sujet. Batteurs défendant sans cesse le changement dans la pratique (impacts parfaits de Louis Moholo sur Angel, approches plus répétitives de Pierre Favre sur Waltz For Lois, arythmie tout en retenues d’Andrew Cyrille sur A Monkish Encore), saxophonistes iconoclastes (le blues chaleureux de Bleu Foncé rehaussé par Omri Ziegele, la fantaisie de Co Streiff canalisée sur So Oder So), ou autres amies illuminées (Maggie Nicols et Joëlle Léandre, par deux fois).

Bien qu’embrassant une période allant du Live at Taktlos à un enregistrement tout récent mené en trio aux côtés de Fred Anderson et Hamid Drake (Willisau), Portrait prouve la clairvoyance de la démarche de Schweizer, qui ménage les amours mélodiques (Sisterhood) et l’improvisation la plus désaxée (Verspielte Zeiten). Passant naturellement du ragtime (Sisterhood Of Spit) au contemporain (Contours) sans jamais perdre de vue que l’enjeu est l’envie. Vingt années à amasser les ostinatos, à s’amuser des ruptures de rythme, accompagnée ou en solo. Sélection scrupuleuse et parfaite introduction à l’œuvre de Schweizer, Portrait rafraîchit affablement les mémoires et attise encore l’impatience de qui attend la suite.

Irène Schweizer : Portrait (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD: 01/ Sisterhood Of Spit 02/ Bleu foncé 03/ Angel 04/ Contours 05/ The Very Last Tango 06/ Waltz For Lois 07/ So Oder So 08/ Verspielte Zeiten 09/ Come Along, Charles 10/ Hüben Ohne Drüben 11/ Hackensack 12/ First Meeting 13/ A Monkish Encore 14/ Willisau
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Irène Schweizer: Live at Taktlos (Intakt - 2005)

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Ah, Zürich, dans les années 1980... Et en février... Derrière les promesses évidentes d'une époque et d'un lieu, fallait-il soupçonner, pour tout bonus, la bande-son remarquable élaborée méthodiquement par le Festival de Taktlos, 1984 ? Là, Irène Schweizer avait été conviée à investir le champ improvisé, sur trois jours, en compagnie d'acolytes qu'elle aura pris soin de choisir elle même.

Premier élu, George Lewis, multi instrumentiste ici au trombone, qui a fait ses classes au sein de l'A.A.C.M. Sur First Meeting, il doit lutter contre les illuminations cycliques du piano de Schweizer lorsqu'il n'accompagne pas ses fuites fantasques. Irréprochable, il installe une pause en sourdine, décide sur l'instant de cantabiles, clôt enfin le débat à grands coups de vibrato obscur.

Roulements sur toms de Günter Sommer et incantations angoissées de Maggie Nicols - chanteuse au savoir-faire exubérant - inaugurent Lungs And Legs Willing ? Invitée à servir sans se poser de question l'intensité dramatique qui la caractérise, Irène Schweizer emmène le trio jusqu'au chaos lumineux, avant de suivre ses inspirations ironiques au son d'une fantaisie latine virant au ragtime éclaté.

Aux côtés de Joëlle Léandre et de Paul Lovens, le discours n'attend pas pour se montrer virulent (Trutznachtigall). L'archet grave de la contrebassiste - même si, en retrait - allié aux coups rèches que reçoit la batterie de Lovens, révèle à Schweizer une autre direction, la précipitant bientôt à la recherche du cri primal. Par dessus les thèmes minuscules du piano, heureusement imbriqués sans cohérence, elle lance quelques appels à destination de ses accroches à la Great Black Music, avant de singer un air fantasmé d'opéra français.

A bout de souffle, sans doute, elle cède sa place au duo Maggie Nicols / Lindsay Cooper, sur Every Now And Then, combinaison d'un peu plus d'une minute d'un récitatif grinçant et d'un (autre) piano désaxé. Soit, un My Fair Lady sous acide, en guise de conclusion de près de 45 minutes d'improvisation forcenée, démontrant comment un piano classique peut, avec un peu d'imagination, décrêter un punk. Alors, à la place de Londres, en 1984, Zürich, pourquoi pas...

CD: 01/ First Meeting 02/ Lungs And Legs Willing ? 03/ Trutznachtigall 04/ Every Now And Then

Irène Scwheizer - Live at Taktlos - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Joëlle Léandre, India Cooke: Firedance (Red Toucan - 2005)

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S’asseoir, ce 11 septembre 2004, au Youth Music Center de Guelph, Canada, équivalait un peu à se faire une place à coups de coudes dans la Nef des fous de Jérôme Bosch. Le programme annonçait en effet une rencontre spéciale : celle de la contrebassiste Joëlle Léandre, étendard flamboyant d’une musique improvisée version française, et d’India Cooke, violoniste impeccablement éclectique, partenaire de Sarah Vaughan comme de Cecil Taylor, de Ray Charles ou de Sun Ra.

Dès le début, le récital ne dissimule rien de ses intentions : l’improvisation, faite suspense, entortille les notes qu’on se fait une joie de libérer ensemble (Firedance 1). Hétérogènes, les pratiques instrumentales facilitent la création sur le vif d’instants tout entier sacrifiés à une danse rituelle (Firedance 2), ou poussent à la confidence le dialogue élégant (Firedance 7).

Implorant ensemble - la protection de qui ? -, Léandre et Cooke fouettent l’air de coups d’archets vindicatifs, avant d’entamer un duel de pizzicati (Firedance 4). Ailleurs, c’est un rythme malléable qui fait les frais de la bataille, pendant laquelle, tant bien que mal, on cherche à cacher des morceaux de chaos derrière le rideau rouge (Firedance 6).

Histoire de reprendre quelques forces, on s’accorde deux danses du feu en solitaire. Quand celle de Léandre tente, de rebonds d’archets en nappes graves, d’hypnotiser les tensions (Firedance 3), celle de Cooke instaure un bouillon de culture réparateur, fait de phrases délurées, d’envolées lyriques et de clins d’œil au baroque (Firedance 5).

Comme il est loin, le temps des duels. On se console un peu qu’il soit passé sans nous en n’oubliant pas qu’il était pratiqué essentiellement par des messieurs. Aujourd’hui, Joëlle Léandre et India Cooke prouvent qu’à coups de cordes, les dames s’expliquent bien mieux.

CD: 01/ Firedance 1 02/ Firedance 2 03/ Firedance 3 04/ Firedance 4 05/ Firedance 5 06/ Firedance 6 07/ Firedance 7

Joëlle Léandre, India Cooke - Firedance - 2005 - Red Toucan. Distribution Improjazz.

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