Le son du grisli

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Machi Oul Big Band : Quetzal Coatl (Palm, 1975)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Sur la pochette, des notes manuscrites de Manuel Villaroel, leader et compositeur du Machi Oul Big Band : « Le problème le plus épineux à résoudre était celui de l’équilibre entre le matériel écrit et l’improvisation. Ce qui paraissait être un casse-tête fut en fait une solution car le Machi Oul est une œuvre collective où chacun des membres a pris des responsabilités, assumé des risques. » Parmi eux, trois Villaroel issus d’une même famille, et Jean-François Canape, Alain Brunet, Gérard Coppéré, Jean Querlier, Jef Sicard, Joseph Traindl, François & Jean-Louis Méchali, Keno Speller – entre autres, et comme une connexion évidente (même si néanmoins sous-jacente) au Dharma Quintet.

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Tout a commencé au Chili, à Santiago dont est originaire Manuel. En parallèle à ses études de vétérinaire, il y découvrit le jazz, d’abord via Oscar Peterson, Erroll Garner, puis rapidement au travers des Ahmad Jamal, McCoy Tyner et – surtout – Cecil Taylor. Manuel joue déjà du piano ; Patricio, son frère, de la batterie. Autour de 1968, ensemble ils gagnent l’Europe à bord d’un cargo, sac au dos. Détours divers et variés ; rencontre avec Han Bennink ; arrivée à Nanterre où le producteur des disques Futura, Gérard Terronès, les repère et leur offre un engagement au Riverbop pendant lequel est mis sur pied un septette dont le premier album, datant de 1971, constituera en quelque sorte la matrice de Quetzal Coatl.

Manuel Villaroel : « Il me fallait personnellement affronter ma condition d’expatrié sans la renier. J’ai essayé de ne pas trahir mes racines, j’ai tenté de traduire dans ma musique tout ce qui m’était essentiel, de réfléchir ses origines – l’Amérique latine, ses feelings musicaux mais surtout humains – tout en restant fidèle au jazz, qui est le mode d’expression des musiciens du groupe. »

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De cette formation, ceux qui en ont le mieux parlé à l’époque sont sans doute Chris Flicker et Daniel Soutif. L’un et l’autre ont su insister sur la force d’un Machi Oul Big Band s’inscrivant à la fois dans la continuité (par endroits), et en rupture d’avec un free jazz alors parfois trop prompt à évacuer forme et écriture, comme si ce délestage, et lui seul, pouvait être garant de liberté.

Ici le prétexte est fort, qui s’ancre dans les chants de sorcier initiatiques, ce que signifie littéralement, et en premier chef : « Machi Oul ». Du coup, la quinzaine de musiciens réunis ne célèbre rien d’autre qu’un chant cérémoniel communautaire, d’ailleurs voulu bénéfique. « Music is the healing force of the universe » proclamait Albert Ayler. Toujours sur la pochette, Manuel Villaroel s’avère d’accord avec Ayler. Il ajoute : « elle apaise les conflits, unifie les individus. »

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Ici donc, ce qui se trame est chargé d’un rôle positif : il s’agit de guérir des maux physiques aussi bien que moraux. « Quetzel Coatl » (le morceau) s’inspire du serpent à plumes mythologique ; « Legendas de Nahuelbuta », d’un maquis de résistance à la colonisation. L’on songera au Third World de Gato Barbieri, voire à un autre big band, Brotherhood of Breath, de par la proximité des revendications. Et comme au sein de la Confrérie du Souffle britannique (notamment composée d’expatriés africains), générosité rime avec sincérité, arrangements avec ivresse collective. L’amour de la liberté prend la forme d’une jungle expressionniste. Toute explosion des solistes procure un sentiment extatique.

Une certaine joie se dégage de l’ensemble, proche du gai savoir d’un Mingus – mais paré des atours d’un folklore imaginaire latino-américain. Une autre mouture du Machi Oul Big Band, avec Richard Foy, Jean-François Loriol, Bertrand Auger et bien d’autres encore, mais toujours avec Jef Sicard, illuminera l’Espace Cardin le temps d’un concert mémorable et inspiré en 1979.

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Philippe Robert © Le son du grisli

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Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy (Sardegna e Jazz - 2005)

dolphyeregrisliEn 2004, le festival « Ai confini tra Sardegna e Jazz » s’intéressait particulièrement à l’œuvre d’Eric Dolphy (disparu 40 ans plus tôt). Pour l’occasion, colloques et concerts étaient organisés, qui revenaient sur l’homme, son œuvre, son influence. Publié en 2005, Tender Warrior rassemble un livre et un disque, pose les scellés et fait figure de résumé.

Quand le livre revient sur les effets de la carrière du clarinettiste, saxophoniste et flûtiste, sur le jazz et les musiques improvisées, interroge à son propos une pléiade de musiciens (tels que Joe McPhee, Jef Sicard, Ken Vandermark, Otomo Yoshihide), donne à lire sa dernière interview et retranscrit la discographie du maître élaborée par ses biographes Vladimir Simosko et Barry Tepperman, le disque offre une sélection des concerts donnés cette année là à Santa’Anna Arresi.

Pêchant ici dans le répertoire de Dolphy, improvisant là, les musiciens rendent des hommages différents. Des polyphonies étranges du launedda accompagnées par les tablas et darboukas (pour le résultat approximatif de Red Planet de Coltrane on Launeddas, enchaînant leurs solos plus que naïvement) à l’interprétation par l’Eric Dolphy’s Memorial Barbecue d’Out to Lunch et Out There sur le mode brouillon, en passant par le duo Tim Berne (saxophone) / Umberto Petrin (piano) au contemporain pompier, l’auditeur avait de quoi craindre le pire.


Heureusement, Nexus, formation locale plutôt en verve, enchaîne une composition personnelle et la Jitterbug Waltz, passant d’un free radical à une impression atmosphérique, pour rendre ensuite avec les honneurs 245 et Lotsa Potsa. Le duo Matthew Shipp / David S. Ware, ensuite, improvisant Two for Eric, combinant leurs improvisations individuelles, toutes à l’écoute de l’inspiration. Courte, l’improvisation ramasse assez d’évidences pour excuser les faux pas pratiqués ailleurs sur le disque.

En guise de conclusion, un extrait d’un des derniers concerts de Dolphy. En compagnie du Bob James Trio, le 1er mars 1964, Dolphy passe d’un instrument à l’autre sur la partition déposée par ses accompagnateurs. Dissonant, stimulant et dense, Strenght And Unity dévoile sans doute ce qu’aurait pu être sa musique par la suite : plus étrange, forcément ; plus inédite encore.

CD: 01/ Coltrane on launeddas: Red Planet 02/ Tim Berne e Umberto Petrin: Serene 03/ Nexus: Vertical Invaders #1, Jitterbug Waltz, 245, Lotsa Potsa 04/ Eric Dolphy’s Memorial Barbecue: Out to Lunch, Out There 05/ Eric Dolphy: Strenght and Unity

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy, Sardegna e jazz, 2005.

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