Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Jean-Luc Petit : Matière des souffles (Improvising Beings, 2014)

jean-luc petit matière des souffles

Et au milieu de ces friches désertées – et néanmoins résonantes – s’élèvera le souffle de Jean-Luc Petit. Le voyage sera fait d’échos et d’éclats. Le souffle sera cuivré, anguleux, orageux, ombrageux. Les harmoniques ne seront pas de recours mais de nécessité. L’aigu sera poison mais la tendresse aura droit de cité. Les souffles seront comme des cailloux sorciers. Ils rechercheront la respiration originelle, la modulation ancestrale. Car Jean-Luc Petit est un musicien qui sait déployer et entretenir une idée. Le zapping n’est pas pour lui. L’inutile lui est étranger.

Son saxophone baryton est un astre d’affection et de miroirs. Sa clarinette contrebasse craquelle le grain à l’extrême. Elle slappe et s’emballe. Perçoit la nervosité et s’en délecte. Et ces friches désertées de devenir clairières de sons et de souffles. Larges sons, larges souffles.

écoute le son du grisliJean-Luc Petit
Le noir et le goudron

Jean-Luc Petit : matière des souffles (Improvising Beings)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Abrasives incursions 02/ Vibratoires 03/ Le noir et le goudron 04/ La montagne se consume 05/ Autre cime, autre gisement
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label, 2011)

petit pontevia pha

Après avoir craquelé l’unisson et s’être désunis (l’option de ne distinguer qu’un seul instrument par canal n’est sans doute pas étrangère à cette sensation de division), le ténor (maintenant baryton) de Jean-Luc Petit et la batterie horizontale de Mathias Pontevia réintègrent le foyer de la résonnance.

Activant le circulaire ou kidnappant la secousse, jouant du tonnerre lointain et des frôlements de souffle, batteur et saxophoniste gardent en mémoire les horizons à ne pas enfreindre. Soit, garder le cap d’une improvisation tendue et intense (magnifique diversité des timbres de Pontevia) en ne tenaillant jamais une expression toujours renouvelée.

Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ PHA 02/ Le tube, le câble 03/ Musique gluturale 04/ Il touche, il crache, il renifle 05/ Supraphonic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler, 2011)

benjamin_duboc_primare_cantus

A Benjamin Duboc, artiste régulier du label, Ayler Records offre la belle opportunité de développer ses conceptions musicales sur la longueur. Primare Cantus se présente donc en un coffret de trois disques, chacun présentant le contrebassiste en contextes différents.

D’abord, il faut souligner l’ambition du projet et sa belle démesure. Ensuite, déjà dire que le résultat est impressionnant, pour qui choisira de s’attarder en compagnie d’une musique qui ne s’offre qu’à l’auditeur qui s’y plonge totalement. Cette immersion en eaux profondes commence doucement, progressivement, en une longue pièce à la contrebasse solo, Primare Cantus, qui occupe tout le disque premier, et qui donnera son nom à l’’ensemble du projet. La respiration, le battement, le souffle de la contrebasse dans cette première et longue pièce captive tout le long de ses 42 minutes en un voyage presque immobile. La musique y est jouée sur le cordier de la contrebasse, à l’archet, et explore ainsi le registre le plus grave de cet instrument grave. Elle se déplace lentement, par infimes variations, par petites touches qui créent un sentiment d’engourdissement et de fascination.

Sur le second disque, la contrebasse de Duboc, qui si elle n’est plus seule n’en demeure pas moins centrale, se fait tendrement envelopper jusque dans ses dissonances par le saxophone ténor de Sylvain Guérineau, les saxophones ténor et  baryton de Jean-Luc Petit ou les percussions de Didier Lasserre. Les 10 pièces, toutes jouées en duo, qui figurent sur ce deuxième disque font surgir de bien contrastés univers. Ses trois compagnons offrent à Benjamin Duboc un miroir aux propres étendues parcourues par les cordes insatiables de sa contrebasse. Avec l’improvisation comme ligne d’horizon sont foulées les pistes accidentées du free jazz (en particulier quand Duboc converse avec Guérineau) et les surfaces planes et légèrement ondoyantes découvertes sous l’impulsion patiente de la cymbale et du tambour de Lasserre. Cette pièce centrale, ces dix poings libres et resserrés offrent les plus beaux moments de Primare Cantus (Après la neige avec Petit et Après la sève avec Lasserre, pour n’en citer que deux, sont magnifiques).

Le disque qui clôt cette trilogie continue de mener le même travail attentif et passionné de révélation de l’intime matière sonore. Ici, trois titres. Une longue pièce en duo avec Pascal Battus et ses micros de guitare (Un nu, intense, orageuse), une autre, tout aussi longue, en trio (Garabagne, extraordinaire montée en puissance et autre moment de grâce du coffret ! -– sur laquelle Duboc est accompagné de la pianiste Sophie Agnel et du trompettiste Christian Pruvost) et enchâssé entre les deux un court  field recording. A savoir : l’enregistrement brut de feuilles agitées par le vent, qui prend tout sens et relief ici. Car chez Duboc, le son de la contrebasse se mêle à celui de son propre souffle, les instruments se révèlent autant par les notes jouées que par l’air vibré. Chez Duboc, la musicalité se niche partout, et les musiciens et leurs instruments ne sont que des médiums de cette musique. Cette courte pièce, Chêne, nous rappelle à la dimension quasi chamanique de la musique jouée lors des trois disques.

Le disque refermé, la musique est toujours là.

EN ECOUTE >>> Primare Cantus >>> Après la neige >>> Un nu

Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
3 CD
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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