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Tribraque : Le passé du futur est toujours présent (Bloc Thyristors, 2014)

tribraque le passé du futur est toujours présent

Ce n’est donc pas en braque mais en barque que l’aventure Tribraque se poursuit. Une barcarolle ralentie par le médiator de Jean-François Pauvros, c'est comme ça que débute la suite du « sauvagement émancipatoire » de Tribraque.

Braque quand même, c’est accordé (je ne me lancerai pas dans une interprétation de la pochette du disque). La guitare à califourchon, les claque-baguettes de Jean-Nöel Cognard, l’electrosonic de Patrick Müller et l’électricité à tous les étages. Pour réécrire le présent au futur le trio ouvre des portes sur le passé pour en découdre avec la Great Kosmische Musik, le prog ou free rock et même le metal-babouin avalé par l’americana-vibrato (Hurt de Nine Inch Nails chanté par Pauvros).

C'est peut-être parce que les gars rament à l’envers que notre point de vue change tout le temps. Et on n’est pas fâché de remonter avec eux jusqu’au (super) latin de Clorurel : Lincit (oui, le latin est une langue vivante) sur le vinyle et jusqu’à Hydrorgyrum sur le CD livré avec le vinyle. Magie de la technique, la galette de polycarbonate nous amène jusqu’en Inde (après absorption de Brucina). Bref, si Le passé du futur est toujours présent, avouons que le présent de l’avenir a de beaux (et parfois hallucinants) restes.

Tribraque : Le passé du futur est toujours présent (Bloc Thyristors / Souffle Continu)
Enregistré : 1er août 2012. Edition : 2014.
LP + CD : 01/ Acidum Oxalicum 02/ Tina Tinnabaris 03/ Hurt 04/ Clorurel : Lincit [05/ Brucina 06/ Suffas Quinicus 07/ Hydrorgyrum]
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Marc Montera : What’s Up? Femmes poètes de la Beat Generation (Signature, 2013)

What’s Up, le projet que Jean-Marc Montera (qui joua by the past on s’en souvient avec Moore et/ou Ranaldo) a monté en hommage aux « femmes poètes de la Beat Generation » vaut bien une légère infidélité (textuelle je précise) à Leah Singer ! Voilà ce qu’a dû conclure Lee Ranaldo (aussi fasciné que ses partenaires de SY par la Beat Generation) qui est avec Jean-François Pauvros, Noël Akchoté et Montera himself des quatre guitaristes du projet…

Anne Waldman, ruth weiss, Janine Pommy Vega, Hettie Jones, sont les quatre poétesses choisies, retranscrites et traduites dans un livret, et « lues » (ou récitées, jouées, surjouées, rendues…) par Sophie Gontier sur des improvisations des guitaristes et de Fanny Pacoud (violon), d’Ernie Brooks (l’ancien acolyte d’Arthur Russell à la basse électrique sur le CD2) et d’Ahmad Compaore (batterie). Un post-No Wave à la Branca ? Un rock de chambre illuminé ? Une ambient poétique ? Les trois, mon géRanal ! Dissipées les premières inquiétudes (hommage à la gente f., clins d’œil aux poétesses battantes, ode aux femmes beatues…), et si la lecture prend parfois trop de place, la musique est là, qui impressionne durement !  

écoute le son du grisliJean-Marc Montera
Drum Song

Jean-Marc Montera : What’s Up? Femmes poètes de la Beat Generation (Signature)
Edition : 2013.
2 CD : CD1 : 01/ Drum Song 02/ Word 03/ Women in Black 04/ The Lie 05/ 2009 06/ Teddy Bears 07/ 1967 08/ Number Song 1 – CD2 : 01/ Jazz 02/ Anna Marie 03/ House Bound 04/ Two Hearts 05/ Living on Hair 06/ Train Song 07/ Sunrise Blue 08/ Number Song 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Marteau rouge : Noir (Gaffer, 2012) / Jean-Marc Foussat : L'oiseau (Fou, 2012)

marteau rouge noir

C’est un peu toujours la même planète (ou est-ce peut-être une étoile noire ?) que l’on redécouvre quand on écoute un nouveau Marteau rouge (Jean-Marc Foussat, VCS 111 et voix, Jean-François Pauvros, guitares, Makoto Sato, batterie). A chaque fois, le trio enfonce des clous et fait du bruit, parfois beaucoup de bruit… mais à la fin, pourtant, la construction s’avère différente.

L’explication ? C’est que, certes, c’est toujours la même planète, mais à chaque fois peuplée d’autochtones différents. Cachés par les reliefs ou enfouis sous la terre, ils travaillent à un prog rock psyché free qui pourrait faire la bande-son d’un remake de la Guerre des Mondes qu’aurait signé David Cronenberg. La musique risquerait d’ailleurs d’être plus intense que le film : elle est parfois harassante et parfois bouleversante ; on revient donc de Noir harassés et bouleversés.

EN ECOUTE >>> Noir 03

Marteau rouge : Noir (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : Noir
Pierre Cécile © Le son du grisli

jean-marc foussat l'oiseau

L’oiseau est l’hommage de Jean-Marc Foussat à son fils Victor. Synthés, bandes, voix en faction... dézinguent vingt minutes durant un Kindertotenlieder ultra concret. Bien sûr, le CD est poignant, mais ses sonorités avilissent souvent sa musicalité. Alors, Foussat revient à la voix qu’il a perdue, à la voix qui l’habite, et l'écoute avec nous.

Jean-Marc Foussat : L’oiseau (Fou)
Edition : 2012.
CD : L’oiseau
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Daunik Lazro, Jean-François Pauvros, Roger Turner : Curare (NoBusiness, 2011)

lazro_pauvros_turner_curare

Sur le papier – et pour peu qu'on ait écouté, ces dernières décennies, les travaux respectifs de Daunik Lazro, Jean-François Pauvros et Roger Turner – pareil attelage est diablement prometteur... Et l'auditeur déjà se met à désirer, échafauder, si ce n'est planifier ses scénarios : énergie rock et décharges soniques... C'est aller trop vite, car sur scène puis au disque (vinyle ou compact), c'est mieux encore, et au-delà du power trio fantasmé – pas plus de Lazro en sax macho, que de Pauvros en musculeux du manche, ou de Turner cogneur.

Ainsi à l'automne 2008, devant le public des Instants Chavirés, découpe-t-on des mobiles de tôle [Morsure, White Dirt], cherchant avec une patience tendue agencements et émergences (mais point encore les derniers outrages – Pauvros s'y connaît) : de la limaille, des copeaux, une mise en forme des plaques par chaudronnerie expérimentale, jusqu'au chant des métaux, à force de ferrailler.

A Besançon, fin juin 2010 [En Nage, The Eye], l'affaire prend un tour plus direct et presque poisseux. À larges traînées de fraiseuse baryton, tandis que de part et d'autre on s'active au pied-de-biche, une fois les lames du plancher soulevées, on dégage, on pousse et fait monter une pâte à échardes qui se met à circuler, lyrique et bien bandée.

Un disque formidable.

EN ECOUTE >>> White Dirt >>> En nage

Daunik Lazro, Jean-François Pauvros, Roger Turner : Curare (NoBusiness)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Morsure 02/ White Dirt 03/ En Nage 04/ The Eye
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Interview de Daunik Lazro

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Si l'on ne présente plus l'essentiel Daunik Lazro, on se réjouit de pouvoir s'entretenir avec lui à l'occasion de la sortie de trois remarquables disques, en cascade : Some Other Zongs (solo, Ayler Records), Pourtant les cimes des arbres (trio avec Benjamin Duboc & Didier Lasserre, Dark Tree Records), Curare (trio avec Jean-François Pauvros & Roger Turner, NoBusiness Records)...

Le film (Horizon vertical) que Christine Baudillon t'a récemment consacré s'appuie sur quantité de situations de scène, mais il te montre également beaucoup « aux champs », au contact des saisons et de la nature, dans une sorte de retraite, ou de retrait. Tu sembles néanmoins particulièrement actif, comme en témoigne la salve des trois disques publiés cet automne et les concerts les accompagnant... Comment s'articulent ces deux aspects de ton existence aujourd'hui, concrètement et artistiquement ? Assez peu de concerts mais quelques disques, cela convient à mon organisme fatigué. La route, les voyages, les tournées, le relationnel qui va avec, merci bien, je ne pourrais plus. Des regrets ? À peine. En revanche, vivre à l’écart de la mégapole m’a permis de mesurer l’enjeu de chaque concert et de penser (à) la musique un peu différemment.

Les trois disques que j'évoquais forment un intéressant portrait de toi-même – sous trois angles, pourrait-on dire (le solo, le trio délicat, le trio ferrailleur). Quelle urgence leur publication revêtait-elle pour toi ? En quoi témoignent-ils de tes préoccupations esthétiques actuelles ? Ce n’est pas moi qui décide de sortir un disque, mais le producteur qui a suscité ou accepté le projet. La maquette du solo sur Ayler Records, Stéphane Berland l’a immédiatement mise en œuvre. Le trio sur Dark Tree a été voulu par Bertrand Gastaut, on l’avait enregistré en août 2010. Et le trio Curare a trouvé preneur chez NoBusiness Records, après avoir patienté un temps. D’autres musiques auraient pu se faire disquer, il y a eu des projets avortés, la contingence joue son rôle, mais je suis content de ces trois nouveautés. Un beau triptyque.

Dans quelles circonstances se sont formés ces deux nouveaux trios (avec Benjamin Duboc & Didier Lasserre ; avec Jean-François Pauvros & Roger Turner) ? Il faudrait demander à Bertrand Gastaut le pourquoi de son désir d’un trio Lazro / Duboc / Lasserre, mais je crois que c’est une bonne idée, au bon moment. Quant au trio Curare, on avait plus ou moins loupé deux concerts il y a… 20 ans ( ?), et réécoutant Messieurs Pauvros et Turner, j’ai eu envie de vérifier si ce trio avait pris de la graine. C’est chose faite.

Selon Steve Lacy, se produire (beaucoup, ou trop) en solo, c'est courir le risque de « l'incestueux »... Qu'en penser ? Ah, intéressant ! Si j’avais à jouer en solo quatre jours de suite, ça m’inquiéterait. Comment se renouveler, physiquement et musicalement ? Ressasser les mêmes tournures ennuie tout le monde, moi le premier. Mais inventer du tout beau tout neuf, chaque jour, n’est pas à ma portée. J’ai besoin que la vie s’écoule, que mon désir musical soit revivifié (Ornette Coleman : Beauty Is a Rare Thing). Besoin de me ressourcer À L’ÉCOUTE des musiques d’autrui, surtout.

Tu montres, et différemment dans chacun de ces récents enregistrements, tout ton attachement au son en tant que tel, matière que le corps du musicien façonne... bien loin des « artistes du sonore » ou des « physiciens et conceptuels »... Le sage Hampâté Bâ : « Être trop sérieux n’est pas très sérieux ». C’est ce que j’aurais envie de dire à Radu Malfatti, quand j’écoute ses travaux récents de compositeur. Et des impros de bruit ambiant avec quatre beaux sons de trombone à l’heure ne me font pas pâmer. Il est bon, ou légitime, sans doute, qu’il y ait des intellos musiciens, voire théoriciens. Ne serait-ce que pour évacuer la sur-inflation marchande des corps séducteurs et spectaculaires. Tous les musiciens n’ont pas à être des James Brown, heureusement que de la pensée, de l’abstraction, ont (re)conquis droit de cité. L’univers musical ne se réduit pas au FIGURATIF qui « raconte des histoires / peint des paysages ». Mais priver la musique de toute vie organique, de sa chair, relève pour moi de la posture ou de la perversion intellectuelle. Et pue la bourgeoisie blanche. Quant aux godelureaux atteints de boutonnite, qui considèrent les instrumentistes comme des attardés et croient détenir les clefs du musical nouveau, ce sont juste d’ignorants connards. Au-delà du syndrome Malfatti, l’arrivée de la lutherie électro a chamboulé le paysage, en déstabilisant le virtuosisme instrumental : les athlètes du manche de guitare,  les bodybuildés du saxophone s’en sont trouvés ringardisés, et tant mieux. Micros, machines, systèmes de captation et de diffusion sont autant des outils musicaux que piano ou violon. Autre bonne nouvelle : beaucoup d’improvisateurs qui comptent aujourd’hui sont à la fois instrumentistes et « physiciens » du son, récepteurs, émetteurs et transformateurs, hommes de terrain et de labo, musiciens complets.

Finalement, que dit la musique ? Parle-t-elle d'autre chose que d'elle-même ? De même que la littérature est un vaste intertexte de livres s’écrivant les uns à la suite des autres (rares sont les auteurs qui ne sont pas aussi et d’abord lecteurs, au moins des chefs-d’œuvre passés), la musique est presque toujours « méta » : Trane a écouté Bird lequel a d’abord imité Lester. Toute musique est « cagienne » en ce qu’elle se nourrit des musiques d’avant, d’autour et d’autrui. En même temps, la musique ne dit rien mais est BRUISSANTE de l’état du monde, inévitablement. Fables of Faubus épingle un salaud mais tout Mingus évoque l’Amérikkke de l’apartheid. (À chaque auditeur de faire avec ce qu’il entend.)

A la sortie du film de Baudillon, en début d'année, j'ai été frappé que si peu de journalistes ne tentent (épargnons celui qui s'y est grossièrement essayé dans Jazz Magazine) de mettre en rapport tes propos sur drogue, astrologie et musique... A mon sens, ces trois pratiques (ou modes d'appréhension du monde) ont trait au Temps et aux façons de s'y soustraire, de l'envisager selon d'autres échelles, d'échapper à sa gravitation... Que Jazzmag ait expédié, pour ne pas dire exécuté le DVD, m’a attristé. Que de grands pros (qui suivent mon travail depuis trente ans et souvent l’ont apprécié) n’aient pas jugé bon d’accuser RECEPTION, révèle que ce film ne leur a pas montré ce qu’ils auraient aimé y voir.  En attente d’un documentaire circonstancié, ils n’ont pas « vu » le film ou ont résisté au malaise qu’il instaure. Christine Baudillon ne s’appelle pas (encore) Tarkovski ou Rivette, soit. La musique, par essence art du Temps. Elle donne à ressentir son écoulement, elle peut aussi le perturber, le dilater, le figer, le dissoudre, voire le multiplier ; conduire à la transe, à l’extase… Comme sont aptes à le faire certaines substances, haschisch et hallucinogènes en tête. Relation passionnante qu’on trouve incarnée dans le chamanisme et dont moult auteurs ont traité, à commencer par Baudelaire, Huxley, Michaux, Castaneda. L’astrologie, elle, même fréquentée de loin, permet d'approcher une connaissance de soi qui se déploie au cours de la vie, processus dynamique comme peut l'être une psychanalyse. Surtout, elle amène à considérer les cycles planétaires dans leur interdépendance, donc une pluralité de temps (de tempi, de rythmes, d’allures, de trajectoires…), chacun différents mais qui fonctionnent « ensemble », coexistent dans le temps cosmique. Pas mal pour penser le temps musical en sa complexité.

Daunik Lazro, propos recueillis en novembre et décembre 2011.
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Photographies : @ Yann Dintcheff @ Christine Baudillon

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AMP : s/t (El Sound, 2011)

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AMP pour Akchoté / Montera / Pauvros. AMP qui donna un concert au Point du jour, un centre d’art installé à Cherbourg dans un bâtiment d’Eric Lapierre. On peut trouver ce concert d’AMP sous forme de LP (blanc ou noir) édité par El Sound, ou, de durée plus courte cependant, sous forme de CD (argent) accompagné d’un livre de photos du bâtiment, édités par Le point du jour. 

Mais revenons à la musique. Le 29 août 2009, les trois guitaristes trituraient leurs médiators sur un mélange de folk et de blues improvisé. Avant que les ondes électriques ne changent tout et fassent tout vaciller. Les guitares partent en vrilles (je  veux parler de vraies vrilles) et élèvent un mur de sons précontraints. Le deuxième acte de la performance, deux fois plus court (c'est-à-dire neuf minutes et demi), commence aussi calmement. Un arpège et encore un peu de folk. Mais des sifflements montent, une guitare vrombit, Akchoté, Montera et Pauvros crachent tout ce qu’il leur reste, et le reste est dense. Ils se font éruptifs et grandioses. Malgré tout, la construction de Lapierre semble avoir tenu.

AMP : s/t (El Sound / Souffle Continu)
Enregistrement : 29 août 2009. Edition : 2011.
LP : A/ B/
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-François Pauvros donnera, le 31 mai en compagnie de Charles Pennequin, un concert au Générateur, Gentilly. Deux places sont offertes aux lecteurs du son du grisli : la participation à ce petit concours impliquant d’adresser ses coordonnées ici.

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Tribraque : Tribraque (Bloc Thyristors, 2010)

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Ces jours-ci, le même disque sort deux fois : en version LP sur le label Bloc Thyristors [voir illustration] et en version CD sur le label Trace [voir ici]. Ce disque, c’est Tribraque de Tribraque. « Tribraque » est peut être le mot-valise né du rapprochement de « tribu » (qui est un trio formé par Jean-François Pauvros aux guitares et à la voix, Patrick Müller à l’électronique et Jean-Noël Cognard à la batterie) et de « foutraque » (adjectif qui prévient de la folie qui opère sur la longue improvisation des musiciens).

Quitte à ce qu’on se méprenne sur mon compte, j’avoue que, dès le début, j’ai choisi de me laisser faire : Pauvros m’installe sans précaution dans la nacelle, rabat la barre de protection à grand coup de guitare et actionne die groß maschine : mon périple en montagnes russes commence à peine et je ne sais pourquoi je m’accroche déjà. La musique est sans cesse déstabilisante (électrique, rugueuse, aliénée) si tant est qu'elle ne ménage pas l’auditeur grâce à des plages moins dérangées : comme si Kieran Hebden & Steve Reid avaient été poussés dans les brancards ;  comme si le post-rock de Between renaissait de ses cendres. En un mot : sauvagement émancipatoire !

Tribraque : Tribraque (Bloc Thyristors / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
LP/CD : 01-06/ Part I-Part VI
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Marteau rouge, Evan Parker : Live (In Situ, 2009)

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Marteau Rouge (Jean-François Pauvros / Jean-Marc Foussat / Makoto Sato), c’est quelque chose qui grouille, qui gronde, qui menace, qui déborde, qui frappe fort et dur à la face des vaines hiérarchies. Evan Parker, c’est tout ce que l’on sait (la circularité, la convulsion) et ce que l’on redécouvre aujourd’hui (un phrasé hérité du jazz, un lyrisme confondant). C’est aussi et surtout l’étonnante facilité qu’a le barde barbu de ne faire qu’un avec ses partenaires d’un soir.

Ici, il ne s’agit pas d’une confrontation. Ici, il s’agit de faire bloc et union. Accepter les moments de doute(s) et d’observation, de suspension et de retenue(s) avant que parle la poudre. Et la poudre parlera forcément. Rouge, indélébile, brisante. Alors, ils attireront des tissus sombres et épais puis reviendront croiser le fer. Ils en remettront une couche puis traverseront d’autres territoires, plus apaisés, plus tempérés. Ils diront comment ensemble, ça peut se passer de chef. Et nous, spectateurs-auditeurs convaincus depuis longtemps, nous nous agripperons avec fureur et délectation à cette musique de vie et de forces vives. Et si c’était à nous de jouer maintenant ?

Marteau Rouge, Evan Parker : Live (In Situ / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Un 02/ Deux  03/ Trois, tourne mon Coeur 04/ Quatre 5/ Cinq 06/ Six, Au temps des cerises  07/ Dix 08/ Onze, Douze, Quand tout sera rouge
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Jean-François Pauvros
Archives Evan Parker

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Jean-François Pauvros, Makoto Kawabata: Mars (Prele - 2006)

pauvrosliSur Mars, les guitaristes Jean-François Pauvros (ex Catalogue) et Makoto Kawabata (membre d’Acid Mothers Temple) livrent cinq improvisations inquiètes, au trouble tenant d’une évidence bruyamment mise au jour.

D’abord paisible, la confrontation distribue quelques grésillements sur des nappes effleurées à peine (Part 1) jusqu’à ce que les intentions vacillantes se fassent plus concrètes. Les turbulences et les charges virulentes de Part 2 orientent alors le propos de Mars vers la découverte d’une zone de perturbation bruitiste sur laquelle deux couches de guitares rivalisent de trouvailles (Part 3).

Une fois sortis de la faille béante, Pauvros et Kawabata se contentent d’enfouir des craquements minuscules et des larsens lointains (Part 4), puis adressent un peu au hasard des cris déchirants et ultimes, amas de propositions dernières en guise de conclusion essoufflée (Part 5).

Tenant les promesses d’un duo d’exception, le disque sublime les visions musicales de chacun des deux guitaristes : Jean-François Pauvros et Makoto Kawabata, expérimentateurs bruitistes et révélateurs d’une ambient aussi éclatante que perturbée.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5

Jean-François Pauvros, Makoto Kawabata - Mars - 2006 - Prele Records.

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