Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Jason Kahn : Things Fall Apart (Herbal International, 2013)

jaosn kahn things fall apart

Où il enregistra jadis Walcheturm – salle du même nom, à Zurich –, Jason Kahn est récemment retourné pour Things Fall Apart. Trois-cent-vingt mètres carré rien qu’à lui… ou presque, puisque la rumeur d’une manifestation en préparation dans la ville et celle d’un mariage célébré dans un restaurant proche bouleversèrent à la fois et ses attentes et ses projets.

Espérant pouvoir à un moment quand même disposer du silence (ce sera le cas sur Night), Kahn se souvient avoir lu Chinua Ahebe et décide, sous son influence, de laisser les bruits courir et puis d’en ajouter (voix, batterie, objets divers, micros et enceintes, radio…). Au premier doute succède ainsi un « laisser faire » qui pourrait s’inscrire dans le développement de son œuvre : passé de la batterie à l’électronique, Kahn pourrait-il envisager à l’avenir sa pratique instrumentale comme un simple marquage (de présence) par le son ? Simple hypothèse dont l’évidence perd en force à l’écoute de Things Fall Apart : quatorze pièces sorties du Walcheturm, c’est-à-dire d’un endroit où « tout » échappa à Jason Kahn ce 14 avril 2013.

S’il ne renonce pas à marquer son territoire, Kahn accepte de lui laisser une marge de manœuvre qui fera effet sur son expression : c’est alors comme si bruits de bouches et chants improvisés, vibrations (pas, chaises traînées au sol) et tremblements (solos de batterie), conversations attrapées au vol ou prières contrefaites, peu à peu le ramenaient au monde. Effaçant doutes et inhibition, l’astreinte commande ainsi une série de saynètes (défaites, nonchalantes, insouciantes puis affirmées) qui, même si parfois désarçonnantes, finissent par accorder une expression personnelle et particulière au monde (et non plus au seul espace) qui l’environne. Et c'est alors que le silence se fait.

écoute le son du grisliJason Kahn
Things Fall Apart

Jason Kahn : Things Fall Apart (Herbal International)
Enregistrement : 14 avril 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Catcher 02/ Im Raum 03/ Dreaming Of 04/ Message For 05/ We Fall 06/ Mornings 07/ Split Hum 08/ Calling 09/ Semblance 10/ An Arc 11/ Wait 12/ Speaker 13 13/ Last Drum 14/ Night
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Jason Kahn : In Place / Broken Place / Fronts (Winds Measure / CFYR / Khalija, 2013)

jason kahn in place daitoku broken place frontsDu flot régulier des publications (de l'album à télécharger jusqu'au vinyle) de Jason Kahn, et entre les disques compacts que publie Herbal International (Things Fall Apart, un étonnant solo) ou promet Cathnor (Untitled for Four, une longue partition graphique – avec Patrick Farmer, Sarah Hughes et Dominic Lash), il est plaisant d'extraire ces trois récents enregistrements pensés pour le format de la cassette.

Jason Kahn : In place: Daitoku-ji and Shibuya Crossing (Winds Measure Recordings, 2013)
S'inscrivant de façon critique dans le champ du field recording, la série de travaux menée par Kahn depuis 2011 sous l'intitulé In place (d'abord à Zurich) substitue au micro et à l'enregistrement de terrain une immersion attentive de plusieurs heures in situ, dont un texte rend ensuite compte ; cet objet littéraire qui pourrait s'apparenter à une « tentative d'épuisement d'un lieu » (et par l'ouïe et par la vue) à la Perec est ensuite enregistré par l'artiste, de sa voix blanche, posée, dans le silence du studio. Cette intelligente extension du domaine de la pratique sonore porte d'autant plus que la lecture, assez monotone, est évocatrice et sobrement musicale, « produisant de l'espace » (Henri Lefebvre est d'ailleurs une influence assumée) là où il n'en reste pas même un son : le complexe bouddhiste du Daitoku-ji de Kyoto et le carrefour central de Shibuya à Tokyo, dans leur absence même, se réinventent et sonnent en chaque auditeur, par les mots. Une réussite très originale !

EN ECOUTE >>> Daitoku-ji and Shibuya Crossing

Jason Kahn : Broken place (Copy For Your Records, 2013)
Le contexte, fort différent pour cette grosse heure de musique, replace Kahn devant l'équipement que nous lui connaissons : synthétiseur analogique, table de mixage, voix, radio et sons captés à l'extérieur sont convoqués pour une performance, depuis son appartement de Zurich, diffusée en direct au festival Audioblast, fin novembre 2012. Le flux, généralement lourd d'interférences et de grésillements, s'épaissit par adjonction de fragments radiophoniques, de vocalises, de bruits et débris, se fissure et s'affaiblit à l'occasion ; ces creux et failles, structurant une pièce chargée, confèrent son intérêt à cet enregistrement bien fracassé.

Jason Kahn, Mark Trayle : Fronts (Khalija, 2013)
Chacune des faces de cette cassette reproduit une improvisation saisie lors de concerts (d'abord à Zurich, ensuite à Genève, en mars 2012) donnés par Kahn (synthé analogique, table de mixage, radio) avec Mark Trayle (electronics, guitare). Le duo semble avoir d'emblée trouvé un pouls et une aire de collaboration stimulante, communicative (pour l'auditeur dont l'immersion est rapidement acquise) : l'énergie circule dans un beau jeu de contrastes entre textures – bouffées de blizzard à échardes contre escadrilles aux fuselages polis – au profit d'une fort efficace propulsion par frottement. Un enregistrement à comparer avec ce que JK a récemment donné avec Bryan Eubanks ou en compagnie de Bruce Russell & Richard Francis (Dunedin).

EN ECOUTE >>> Fronts (extrait)


Jason Kahn : Open Space (Editions, 2013)

jason kahn open space

Cela fait près de dix ans que Jason Kahn (electronics) élabore, sur mesure, pour des occasions et des musiciens particuliers, des partitions graphiques : de Séoul (Dotolim) à New York (Timelines_NY), de Los Angeles (Timelines Los Angeles) à Zurich (Timelines, Sin Asunto), leur interprétation – puisque c'est bien d'une actualisation collective, littéralement d'une « performance », dont il s'agit – a toujours donné lieu à de passionnants concerts... et les soixante-dix minutes de la prestation enregistrée en janvier 2012 à Sydney ne déçoivent pas !

Porté à neuf membres, l'effectif australien regroupe, autour de Kahn, Chris Abrahams (piano), Laura Altman (clarinette), Monika Brooks (accordéon), Rishin Singh (trombone), Aemon Webb (guitare), John Wilton (percussion), Matt Earle (electronics) et Adam Sussmann (electronics) – les deux derniers constituant le Stasis Duo avec lequel JK a enregistré début 2011. L'orchestre au complet n'intervient que très brièvement et ponctuellement ; il est en général dispersé afin d'obtenir différentes variations de densités : c'est ainsi que les accords d'Abrahams se déposent sur un bourdon de guitare avant que ne s'ouvre une courte séquence de silence à peine empoussiéré qui elle-même annonce des constructions fragiles, mixtes, dictées par cette partition qui pousse les improvisateurs hors de leurs « zones de confort », dans des associations délicates.

L'auditeur, quant à lui, affecté à la manipulation de ces deux beaux vinyles (luxueusement escortés : fac-similé de la partition, livret détaillé, pochette peinte et numérotée), est convié dans cet « espace » que ménagent les interactions à l'œuvre. Carte en main, il n'en évalue que mieux les ouvertures.

open space score open space c

Jason Kahn : Open Space (Editions)
Enregistrement : Janvier 2012. Edition : 2013.
2 LP : LP1 : A/ Open Space B/ Open Space – LP2 : C/ Open Space D/ Open Space
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Richard Francis, Jason Kahn, Bruce Russell : Dunedin / Richard Francis : Warmth (CMR, 2012)

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C'est à l'occasion d'un séjour néo-zélandais de Jason Kahn (synthétiseur analogique, radio, table de mixage) que ce concert du 28 janvier 2011, en compagnie de Richard Francis (synthétiseur modulaire, ordinateur) et Bruce Russell (électronique), à Dunedin, a été enregistré.

Si Francis avait déjà collaboré (séparément) avec l'un et l'autre de ses partenaires, la rencontre des trois univers avait tout de même de quoi intriguer... et l'improvisation de moins de quarante minutes, cachée ici sous une bien sévère pochette, comble largement les attentes : non seulement en dépassant la contemplation atteinte dans le duo avec Kahn (paru en 2009 chez Monochrome Vision), mais en proposant également une interaction différente de celle arrangée avec Russell pour Garage Music (sur Alone at Last).

Variées, les textures – poussiéreuses ou électriques, vibratoires – que le trio génère se mêlent, se couvrent puis s'imbriquent, dans un mouvement de propulsion auquel on ne se soustrait pas, immergé que l'on est dans ce flux complexe. Délicatement puissante, évoluant au rythme des faisceaux qui traversent son épaisseur, crachée de trois turbines sensibles, cette musique fait mieux que satisfaire, elle conquiert.

Richard Francis, Jason Kahn, Bruce Russell : Dunedin (CMR)
Enregistrement : 28 janvier 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Dunedin
Guillaume Tarche © Le son du grisli

richard francis warmth le son du grisli

Élaboré (à l'aide des synthétiseur, ordinateur et field recordings de Richard Francis) à Auckland début 2012, ce bref recueil se présente comme une collection de vignettes évocatrices de souvenirs, d'impressions ou de « moments sonores » ; néanmoins, rien d'explicite ni d'illustratif dans ces sourds empilements qui grésillent, comme des lambeaux s'entre-parasitant. Austère et intrigant.

Richard Francis : Warmth (CMR)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Love Sounds 02/ Rainy Dub 03/ Rivet 04/ Generational Radio 05/ Let Noise In
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Jason Kahn, Bryan Eubanks : Energy (Of) (Copy For Your Records, 2012)

jason kahn bryan eubanks energy (of)

Reproduisant un concert donné en septembre 2011 (durant une tournée américaine de neuf dates), ce disque de quarante minutes s'inscrit d'une certaine façon dans le prolongement du solo de Jason Kahn intitulé Beautiful Ghost Wave : mêmes éraillements et mêmes matériaux explosibles... A ceci près qu'il s'agit d'un duo et que Bryan Eubanks pousse efficacement non seulement dans le sens de l'assaut sonore, mais aussi dans celui de la progression, de la transition entre les phases de jeu.

Si la densité d'événements reste donc très grande, la lisibilité, ou l'audibilité, de l'ensemble reste néanmoins bonne (en termes d'équilibre des forces, de clarté, et également en termes de structure – ce qui n'est pas rien dans le cadre d'une pièce longue en concert). Et les instruments électroniques d'Eubanks, faits maison, ont beau crépiter en défibrillateurs destroy ou balancer leurs déflagrations chaotiques, le système de Kahn (synthétiseur analogique, table de mixage, micros contact) postillonne, crache ondes et boulons, trouvant des nuées communes à charger d'énergie électrique, voire quelques trouées à ménager – quand apparaissent des bribes d'enregistrements faits sur les lieux mêmes.

Décapant et énergétique.

Jason Kahn, Bryan Eubanks : Energy (Of) (Copy for your Records)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
01/ Energy (Of)
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Burkhard Beins, Jason Kahn, Z'EV : 26 avril 2014 à Nantes

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Drum & Percussion Madness!! est un marathon particulier, qui nécessite passage de témoin, organisé sur trois jours à Nantes par l'association APO-33. Trois jours de claques et, ce samedi, un triangle à sommets imposants : Burkhard Beins, Jason Kahn et Z'EV. Eux trois ne se toisent ni ne s'évaluent, mais s'écoutent, en différents (même si rapprochés) endroits de la Plateforme Intermédia de La Fabrique.

Au centre, Burkhard Beins envisage d'abord le rythme en élément de surface : brossant, polissant, appliquant ses mouvements circulaires à la notion de temps qui passe tout en faisant chanter ses caisses claires sur le passage d'un objet de métal ou d'un bloc de polystyrène. L'art est concentré, recueilli même, dans les pas duquel devra dire celui de Jason Kahn. A gauche, lui entamera son improvisation avec l'air de s'échauffer. La frappe est sèche, les baguettes interrogent chaque centimètre de batterie ; Kahn semble battre la breloque dans l'espoir de tomber enfin sur une musique d'attente jusqu'au moment où tout bascule, cet instant à partir duquel les résonances révéleront l'importance de tous les coups qui les ont précédées et dont elles ont nourri leur refrain. A droite, dans une cage ouverte de percussions suspendues, Z'EV peut alors interroger peau et disques de métal. A l'aveugle, il grattera aussi l'intérieur d'une boîte jusqu'à l'âme qu'on est bien forcé de lui reconnaître. Trois façons, donc, de battre et le fer et la mesure, qui valent bien que l'on décerne à Drum & Percussion Madness!! son troisième point d'exclamation.

Burkhard Beins, Jason Kahn, Z'EV, Nantes, APO33, festival Drum & Percussion Madness!!
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jason Kahn, Tim Olive : Two Sunrise (845 Audio, 2014)

jaso kahn tim olive 845 audio

Enregistrées en 2012 à Kyoto et Osaka : quatre pièces intrusives, remontées, bruitistes. Les deux premières rencontres de Jason Kahn et de Tim Olive – résumées ici à quatre plages – ne pouvaient être autrement.

Les échanges sont souvent musclés, qui commandent des bourdons que les musiciens se renvoient dans l’urgence – pressés davantage parfois par quelque soubresaut –, des graves à saturation, des parasites nourris via moteurs récalcitrants, des velléités passées en machines sonores…. Sur pickups, Olive peut aussi chercher ses sons en autiste quand Kahn répertorie dans son coin tous les bruits métalliques qu’il trouve et même invente : de fraises, de rouages, de scies… Au Japon, le soleil se leva deux fois sur la bande-son d’une fin de chantier particulier, parce qu’enthousiasmant.

écoute le son du grisliJason Kahn, Tim Olive
Two Sunrise

Jason Kahn, Tim Olive : Two Sunrise (845 Audio / Metamkine)
Enregistrement : 27 septembre (01-03) et 6 octobre 2012 (04). Edition : 2014.
CD : 01-04/ Two Sunrise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

drums percussion

Jason Kahn sera, ce 26 avril à Nantes, de ce Drum & Percussion Madness!! qu’APO-33 organise sur trois jours. Au programme du week-end, trouver aussi : Burkhard Beins, Z’EV ou D’incise


Jason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle : Carnage (Pulled Out, 2014) / Kahn, Takahiro Yamamoto, Takuji Naka: Yugue (Akuseku, 2013)

jason kahn adam sussmann matt earle carnage

Accompli à huis clos avec les membres du Stasis Duo (Adam Süssmann & Matt Earle), en marge du festival australien où fut gravé le vaste Open space, ce Carnage a été enregistré en janvier 2012 dans la chambre qu'occupait Jason Kahn (electronics) à Sydney, ranimant au passage une plaisante tradition rock de destruction hôtelière...

Pour cette troisième publication du groupe – après le compact Draught et l'album téléchargeable Concerts Melbourne + Sydney – c'est un disque vinyle qui fait état des dégâts occasionnés à la literie et au mobilier.

Superpositions de couches grésillant, de pulsations cherchant à s'agglomérer puis se froissant, de plateaux d'attente avant les assauts d'infiltrations virales et les lointaines déflagrations : le spectre est grand ouvert, des monstrueux coups de sonde en profondeur jusqu'aux missiles fissiles qui vrillent les oreilles et font péter les fusibles (c'est d'ailleurs ce dont témoigne le livret qui rapporte les difficultés, si ce n'est la dangerosité, à masteriser ces archipels de fréquences extrêmes). La piaule a été soigneusement retournée !

écoute le son du grisliJason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle
Carnage (sample)

Jason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle : Carnage (Pulled Out)
Enregistrement : 21 janvier 2012. Edition : 2014.
LP : Pulled Out
Guillaume Tarche © Le son du grisli

jason kahn takahiro yamamoto takuji naka yugue

Associé, pour la première moitié de ce concert japonais, à Takahiro Yamamoto (platine) et Takuji Naka (saxophone, bandes, electronics), Jason Kahn (synthétiseur analogique, table de mixage, radio) contribue à l'ambiance d'atelier qui règne sur l'improvisation : on fourbit, on s'avance, on ajuste ; les établis s'accolent, dans une approche acoustique et des gestes qui vont s'affirmant au fil des minutes. Sur la seconde pièce du disque, sans Kahn, c'est une autre dramaturgie qui émerge, faite de connivences et de complémentarités plus attendues ou explicites, sur un long flux corrodé.

Jason Kahn, Takahiro Yamamoto, Takuji Naka : Yugue (Akuseku)
Enregistrement : 2 octobre 2012. Edition : 2013
CD : 01/ jk / ty / tn 02/ ty / tn
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Suffer/Enjoy (Antifrost, 2002)

suffer enjoy antifrost

Ca y est, cette fois, on a franchi la ligne rouge. Et derrière, c’est le noir, si l’on en croit les premières secondes du premier morceau de cette compilation. On le doit à Francisco López : grave, insidieux, perturbant !

Comme notre vision commence à se faire à l’obscurité, on distingue des ombres (PG-13, Zbignew Karkowski, Coti, Utah Kawasaki, ILIOS, AS11, Philip Samartzis, Ami Yoshida, Jason Kahn et Kim Cascone). Toutes ont quelque chose à nous murmurer à l’oreille (Antifrost, le label qui a commandé ces travaux compilés aux artistes, a limité leur fréquence à 200 herz). Chaque plage nous transmet une chose ou une autre : la tremblote de Karkowski, l’ambient lo-fi de Coti, les crépitements de Samartzis, les sifflotements de Yoshida, et même l’effacement tonal de Kahn et Cascone, tout concourt à nous surprendre dans des contrées obscures où l’on tâtonne à l’ouïe. Imparable…

Collectif : Suffer/Enjoy (Antifrost)
Edition : 2002.
CD : Suffer/Enjoy
Pierre Cécile © Le son du grisli


Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System, 2012)

tetras pareidolia

Le jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions, tel est l’idée musicale qui pourrait réunir et animer depuis 2010 les trois membres de Tetras : Jason Kahn (batterie percussions), Jeroen Visser (orgue, électronique) et Christian Weber (contrebasse). Si ce n’était que ce genre de rapprochement, s’il tient la route quelques minutes à l’écoute d’un enregistrement tel que Pareidolia – quatre faces se souvenant d’improvisations datées de février 2011 –, perd en affirmation à mesure que le trio travaille la matière sonore.

A l’instar du Radian de Brandlmayr, Tetras gonfle son électroacoustique jusqu’à l’explosion : de copeaux de burinage sur cymbale, d’impérieux gimmicks de contrebasse, de drones élevés avec patience, et d’effets multiples dus à l’électronique de Visser (crachin et suspensions). Sur crescendo ou à plat, Tetras croise trois perceptions d’un même moment à passer : les charmes de l’exercice soumettent l’auditeur à cette paréidolie annoncée : n’est-ce pas un jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions qu’on décèle ici ?

Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System/ Souffle Continu)
2 LP : Pareidolia
Enregistrement : Février 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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