Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Looper : Dying Sun (Another Timbre + Cathnor, 2010)

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Quand bien même, en filigrane, la couverture de Dying Sun laisse deviner un arbre ; quand bien même la première des trois pièces d'improvisation que le disque renferme est d'appellation astronomique. Ce soleil épuisé au lit duquel se sont portés Martin Küchen, Nikos Veliotis et Ingar Zach en serait un capable seulement de lueurs tombantes, et qui peinent à atteindre les grandes profondeurs. L'association – l'enjeu le nécessitait – est d'exception, qui s'était déjà inquiété d'ombres et de couleurs pâles à déformer à Oslo et Stävanger en compagnie de John Tilbury (sur le film qu'est Mass, ces tableaux en mouvement lent rappellent Grosz, Bacon, Freud ou encore les portraits du Fayoum) et compose sous le nom de Looper.

Hostilités muettes, déliquescence des atermoiements, motifs insidieux agissant en toutes discrétions, en discrétions sur lesquelles le trio s'accorde pour la troisième fois sur disque. Soleil épuisé, donc, mais qui n'en mourra pas parce que le monde en décomposition qu'il encercle a malgré tout trouvé en lui sa source d'inspiration, de régénération voire. Ainsi : toujours, le temps sera marqué (régularité de la prospection de Zach) même lorsque l'auditeur, étourdi, en aura perdu la notion ; toujours, l'étagement horizontal se chargera d'ajouter une couche différente aux reliefs déjà irréguliers (baryton facteur de drones) ; de plus en plus, la distance parcourue laissera à une faune douée de bioluminescence le luxe des lumières (l'archet répertoriant le bruit d'espèces aussi rares que sont enfouis les territoires qu'elles arpentent).

Quant au trio d'humains en présence : les clefs de Küchen trahissent la mécanique nécessaire à l'exploration, l'archet soumis à gravité de Veliotis se résout à l'appel du « vide » des contre-reliefs, jusqu'à ce que les cymbales de Zach commandent le retour à la surface. Progressif, celui-ci, et qu'il faut bien concéder pour constater les formidables découvertes de l'expérience, dont la plainte spasmodique du dragon des abysses est peut-être la pièce de choix.

Looper : Dying Sun (Another Timer + Cathnor / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010. 
CD : 01/ Grand Redshift 02/ Hazy Dawn 03/ Near Eternity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Muta : Bricolage (Al Maslakh, 2010)

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Ces travaux de Bricolage sont ceux de Muta, le disque est leur second. Comme sur Yesterday Night You Were Sleeping at My Place, Alessandra Rombolá (flûtes, préparations), Rhodri Davies (harpe électrique, electronics) et Ingar Zach (percussion, drone commander, scruti box), composent avec leurs qualités et leur entente.

Alors, on pourrait reprendre, pour définir cette musique d’établi, les mêmes termes qu’hier – drones encore et pièces sombres autant – auxquels ajouter les éléments d’un langage commun au vocabulaire fourni davantage et dont une roue motorisée disperse les éléments : Rombolá traînant sur le carreau quelques uns de ceux-là lorsqu’elle n’ouvre pas le corps de sa flûte à un bestiaire hurlant ; Davies progressant en discret dans sa forêt de cordes électriques ; Zach commandant tous allumages de moteurs minuscules ou transformant sa cymbale en autre machine à drones.

Célébrer pour finir la persistante angoisse enfantée par la seconde rencontre de Muta sur disque. Au mixage, cette fois, Giuseppe Ielasi : pas étranger non plus aux râles magnifiques du cerbère bricolant.

Muta : Bricolage (Al Maslakh)
Enregistrement : 8 avril 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Driphlith 02/ Encilion 03/ Goriwaered 04/ Hafflau 05/ Llinyn 06/ Osgo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ingar Zach : M.O.S. (Sofa, 2010)

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A ses percussions, à sa gran cassa et à ses boîtes, Ingar Zach est retourné seul pour élaborer M.O.S.

L’acronyme est d’abord un chant qui vous attire par sa régularité et la promesse qu’il vous fait d’être toujours rassurant, consolant voire. Sur le mètre, des drones naissent qu’allongent des résonances, et puis des notes isolées s’accrochent entre elles… Le rythme interrompu abandonne le suiveur en champ magnétique : à force de tourner, plusieurs voix s’élèvent maintenant et l’environnent, certaines grondent et lui intiment de reprendre une respiration régulière. Peine perdue, reste à l’égaré les plaintes qui sauront peut être contrer le transport enivrant. Déjà l’oreille avise le retour prochain du rythme d'ouverture : celui qui l’obligea à perdre tous repères mais celui aussi qu’elle a bien l’intention de suivre une nouvelle fois.

Ingar Zach : M.O.S. (Sofa)
Edition : 2010.
CD : 01/ M.O.S.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mural : Nectars of Emergence (Sofa, 2010)

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Au rayon Ambient Music, on trouve du papier peint comme de grands panneaux d'artistes dont le catalogue de motifs est inépuisable. Mural travaille dans la seconde catégorie : trois artistes chevronnés s'y sont réunis en agence d'architecture sonore et entament sur Nectars of Emergence leur ascension du Mont Rothko.

Jim Denley (saxophone alto et flûtes), Kim Myhr (guitare acoustique et préparations)  et Ingar Zach (percussion dont un belle et grosse caisse), construisent calmement les sept panneaux de leur rencontre que la guitare est la seule à structurer clairement : le jeu de Myhr est minimaliste et son instrument est désaccordé mais il a l'avantage de marquer les secondes ! On imagine le temps filant au cadran d'une horloge universelle, on imagine les trois hommes inspirés par le memento de cette horloge sans forcément s'en rendre compte d'ailleurs.

A croire qu'on vagabonde dans un grand hall de gare : après les préparatifs de voyage vient le bruit des engins de transport. Denley et Zach avancent par touches évasives et Myhr fait de ses cordes une tablature géante où il jette toutes les idées qui lui passent par la tête. Cela siffle et cela magnétise jusqu'à ce que l'énergie se désagrège et c'est justement là la fin, sur un morceau qui s'intitule Entropy – notons que ce genre de musique redonne tout son sens à l'habitude de donner un titre à chaque morceau qui est joué.

Mural : Nectars of Emergence (Sofa Records / Metamkine)
Enregistrement : 15, 16 juillet 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Monolith of the Chaotic Pledge 02/ Luminous Continuum 03/ Flash Expansion 04/ Saturated Field 05/ Coming-into-being 06/ Blood Listener 07/ Entropy
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Dans les arbres : Dans les arbres (ECM, 2008)

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Dans les arbresIvar Grydeland (guitare) et Ingar Zach (percussions), Christian Wallumrød (piano) et Xavier Charles (clarinette, harmonica) – s’occupait en 2006 de l’enregistrement d’un disque du même nom, qui convaincra peut-être ECM de faire davantage confiance à la jeunesse.

Développant huit improvisations lentes, les musiciens réaffirment leur intérêt pour une musique qu’ils défendirent déjà, ensemble ou séparément : ambient acoustique en dérive sur laquelle se chevauchent les cordes défaites de Grydeland (L’indifférence), les longues notes de clarinette de Charles (La froideur), les interventions réfléchies de Zach et les trouvailles faites par Wallumrød, inspiré encore par le fantôme de John Cage. De Somnolence en Retenue, la progression, horizontale, hésite parfois : entre élans répétitifs et déconstructions lasses, minimalisme enflé (sur Le détachement, seul morceau ayant du mal à convaincre) et glissements atmosphériques d’envergure, qui bientôt embrassent l’ensemble de l’ouvrage.

Dans les arbres : Dans les arbres (ECM / Universal)
Enregistrement : 2006. Edition : 2008.
CD : 01/ La somnolence 02/ L'indifférence 03/ Le flegme 04/ L'engourdissement 05/ Le détachement 06/ La froideur 07/ L'assoupissement 08/ La retenue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Rombolá, Algora, Zach: … de las piedras (Another Timbre - 2008)

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En six improvisations, Alessandra Rombolá (flûtes et installations), Esteban Algora (accordéon) et Ingar Zach (percussions) parcourent sur ...de las piedras des compositions qu’ils peignent dans le même temps : morceaux d’angoisses dilués puis déposés par couches successives.

Inquiet de matière sonore différente, le trio amasse ainsi nappes longues et notes élaborées dans l’urgence, résonances et bruits parasites, chocs nés de gestes brusques et preuves de lyrisme éteint pour provenir d’une pratique qui a déjà beaucoup donné. Horizontale ici, verticale ailleurs, l’improvisation s’insinue dans l’ombre, avant de tout avaler.


Rombolá, Algora, Zach, ... de las piedras (extrait). Courtesy of Another Timbre.

CD: 01/ ámbar 02/ alabastro 03/ galena 04/ turmalina 05/ jade 06/ amatista >>> Alessandra Rombolá, Esteban Algora, Ingar Zach - … de las piedras - 2008 - Another Timbre. Distribution Metamkine.


Point 4: Panopticon (Sofa - 2008)

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Depuis février 2006, Point 4 – projet des percussionnistes Ingar Zach et Bjorn Rabben et des pianistes Kenneth Karlsson et Jon Balke – élabore à partir d’injonctions musicales écrites une musique versant beaucoup dans l’improvisation et le sample.

En ouverture, l’atmosphère sombre de Wide red commande aux pianos d’aller lentement, méfiance envers quelques déflagrations électroniques à suivre et autres assauts décidés par les batteurs. Alors, la réponse de Balke et Karlsson : projectiles un peu partout : accords précipités, brèves notes isolées ailleurs.

La suite des hostilités conseillera quelques pauses : mouvement plus lent déployé sous bourdon grave ou larsen persistant, hésitations d’autres notes de piano devant l’invasion de parasites électroniques. Proche, l’univers du percussionniste Andrea Centazzo, bientôt dépassé pour l’avoir couplé aux joies (ré)créatives de l’affrontement.

CD: 01/ Wide red 02/ Di fianco 03/ Sostenuto 04/ Partita - Allemande I 05/ Partita - Digression 06/ Partita - Allemande II 07/ Partita - Courtante 08/ Partita - Sarabande 09/ Partita - Gigue 10/ Panopticon 11/ Seven perspectives - point zero 12/ Seven perspectives - point one 13/ Seven perspectives - point two 14/ Seven perspectives - point three 15/ Seven perspectives - point five 16/ Seven perspectives - point six 17/ Seven perspectives - point seven 18/ Side shadow 19/ Vanishing point

Point 4 - Panopticon - 2008 - Sofa Records.


Muta : Yesterday Night You Were Sleeping At My Place (Sofa, 2007)

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Depuis 2003, la flûtiste Alessandra Rombola, le harpiste Rhodri Davies et le batteur Ingar Zach, interrogent, sous le nom de Muta, une musique électroacoustique basée sur quelques structures et bousculée par l’usage impromptu d’un dispositif instrumental recherché. Premier essai discographique, Yesterday Night You Were Sleeping At My Place expose leurs tentatives les plus récentes.

D’une pratique expérimentale ayant pour conséquence la défense d’une abstraction plus ou moins quiète (Birds Wake Up, We Go to Sleep, Coffe And Brain, Daylight Black), le trio peut ainsi passer à la construction soumise à règles de pièces sombres, sur le drone installé par un moteur tenace (Hamida) ou sous les effets grisants de répétitions de cordes et de flûte (Dead Time).

Après avoir servi une musique contemporaine torturée - Passing Time combinant les tensions acoustiques et les interventions électroniques bruitistes -, le groupe finit par tomber sur l’épave d’un vaisseau fantôme craquant sur Vertical Time, morceau résumant à lui seul les aspirations angoissées d’un trio d’expérimentateurs dont la capacité à se montrer convaincants tient de l’habitude.

Muta : Yesterday Night You Were Sleeping at My Place (Sofa)
Edition : 2007.
CD :
01/ Hamida 02/ Birds Wake Up, We Go to Sleep 03/ Dead Time 04/ Passing Time 05/ Vertical Time 06/ Coffee And Brain 07/ Daylight Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tri-Dim, Jim O'Rourke, Barry Guy : 2 of 2 (Sofa, 2001)

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Compilation d’enregistrements ou projets divers réunis par Tri-Dim afin d’élaborer un deuxième album hybride, 2 of 2 a été confectionné en compagnie de monstres-parrains de choix. Auprès du trio norvégien, donc : Barry Guy et Jim O’Rourke.

Il est malgré tout normal de revenir sur les présentations. Enregistré en concert sans aide extérieure au trio, Håkon Kornstad (anches), David Stackenäs (guitare) et Ingar Zach (percussions) installent en frénétiques un 01 qui mêle assauts et fulgurances sans décoller vraiment. Réunis pour investir ensemble un propos improvisé, ils ne parviennent pas à démontrerici des talents qu’on a pu leur reconnaître ailleurs.

Invité à construire 02 en assemblant à sa guise des parcelles d’enregistrements inédits du trio, Jim O’Rourke impose d’abord des concisions, glisse de longs silences dans les collages. Le grain du saxophone, à peine perceptible, lance une programmation électronique élégante, oscillant au gré des allées et venues de basses sur un bourdon rendu par quelques boucles discrètes. La rencontre avec Barry Guy s’est tenue, elle, au Molde Jazz Festival. En retrait sur l’ouverture de 03, l’archet du contrebassiste ne tarde pourtant pas à abandonner un phrasé introspectif pour donner à entendre un amas féroce et irrésistible, soutenu intelligemment par la guitare et les percussions. Les pizzicatos chassent ensuite l’archet décadent et décident d’un calme indigne de confiance. Insufflant l’essentiel de la substance de 04, qui reprend le chaos là où le quartette l’avait laissé, Guy impose le retour à l’ordre et au calme afin d’envisager au mieux la conclusion.

Voici donc installés, sur 2 of 2, trois univers différents aux ramifications se chevauchant parfois. Aperçu des formes que peut épouser l’improvisation, enregistrée sur le vif ou travaillée ensuite. Et de l’influence de superviseurs choisis sur la qualité de l’œuvre.

Tri-Dim, Jim O'Rourke, Barry Guy : 2 of 2 (Sofa)
Edition : 2001.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ingar Zach : Percussion Music (Sofa, 2004)

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Après avoir confronté ses méthodes d'improvisation à celles de maîtres du genre (Derek Bailey, Barry Guy), le percussionniste Ingar Zach s'essaye au solo. Dans une chocolaterie abandonnée d'Oslo, il mène Percussion Music, longue pièce d'ambient sombre et raffinée.

Des nappes ténébreuses investissent d'entrée les intentions du musicien, minutieusement calé entre un arsenal percussif détonnant, un zither-harpe, et quelques moteurs. Une fois passée la résonance vaporeuse des gongs, les attaques de balais sur cymbales sonnent le glas des progressions douces. Les vibrations des moteurs gagnent une, puis deux, des cordes du zither, pour devenir fond sonore toujours régénéré.

Ayant d'abord construit sur l'instant une bande originale pour western de glace, Zach offre ensuite sa confiance aux parasites électriques. Pour évoluer encore plus librement, sans doute. Assénant des gifles sèches aux cymbales ride et crash, administrant la violence de ses coups à quelques percussions de bois, il fleurit le bourdon des cordes électrifiées jusqu'à fantasmer de timides plaintes vocales.

Rien de superflu, sur Percussion Music. Trois quarts d'heure racontés, exposant avec élégance le développement possible d'une musique en mouvement. Un désert de Gobi, sur lequel Stephan Micus et Derek Bailey viendraient fortuitement à se rencontrer.

Ingar Zach : Percussion Music (Sofa)
Edition : 2004.
CD : 01/ Percussion Music
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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