Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Joëlle Léandre, India Cooke : Journey (NoBusiness, 2010)

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De Guelph au Mans, on avait pu remarquer la complicité de Joëlle Léandre et d’India Cooke. Deux archets inquiets de libertés qui se retrouvaient en 2008 à Denver, ce dont atteste Journey.

Avec autant d’implication mais en se faisant plus persuasives encore, la contrebassiste et la violoniste accordent leurs manières : vindicatives et invocatoires quand elles ne sont pas métronomiques, lyriques ou minimalistes (le violon, surtout, sous influence). Léandre et Cooke construisent un dialogue moins exubérant que celui que Firedance avait consigné et gagnent ainsi l’une et l’autre en « nouveautés » : subtilités confondantes et acharnement ne se jouant plus seulement dans la force mais aussi dans l’audace. Ainsi il arrive que des voix familières – dans le champ même de l’improvisation – parviennent à dire autrement qu’au moyen d’un vocabulaire su par cœur : et, au risque de surprendre, ravissent davantage.


Joëlle Léandre, India Cooke, Journey V (extrait). Courtesy of NoBusiness.

Joëlle Léandre, India Cooke : Journey (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Journey I 02/ Journey II 03/ Journey III 04/ Journey IV 05/ Journey V 06/ Journey VI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joëlle Léandre: At The Le Mans Jazz Festival (Leo - 2006)

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Retour, le temps de deux disques, sur la carte blanche offerte à Joëlle Léandre par l’Europa Jazz Festival du Mans édition 2005. Occasion pour laquelle la contrebassiste conviait aux dialogues quelques uns des plus brillants représentants du jazz et de l’improvisation d’aujourd’hui.

Après s’être entendu à merveille avec la chanteuse Lauren Newton (Face It!), Léandre composait en compagnie d’Irène Schweizer avec la voix de Maggie Nicols. Ensemble, à nouveau, Les Diaboliques s’accordent sur les schémas répétitifs du piano (Meeting One), mariant les constructions abruptes de Léandre aux éclairs facétieux ou plus incantatoires de Nicols (Meeting Two).

Après le trio insatiable, le florilège fait honneur à un duo de contrebasses hors normes. Là, Léandre et William Parker se mesurent à coups d’archets grinçants, gagnant sans cesse en vitesse comme en densité (Meeting Three). Sur Meeting Five, Parker passe de la flûte à la contrebasse, optant pour l’usage de la paraphrase autarcique en réponse à l’improvisation sensible de sa partenaire.

Après avoir mené leur Firedance, Léandre et la violoniste India Cooke réinventent leur entente, nouée par de précieux réseaux de cordes, qui combinent expérimentations tourmentées (Just Now Two) et propositions mélodiques (Just Now One). Cooke jouant ici le rôle qu’investira ensuite le trompettiste Markus Stockhausen, déposant ses phrases claires sur la progression raffinée qu’installent contrebasse et percussions – celles, en l’occurrence, d’un Mark Nauseef rappelant à l’occasion Andrea Centazzo – sur Just Now Four.

Pour terminer, la sélection extrait quatre morceaux du concert donné par la contrebassiste en compagnie de Paul Lovens (batterie), Sebi Tramontana (trombone) et Carlos Zingaro (violon). Plus déconstruit encore, l’ensemble avance en terres dissonantes et répétitives (Just Now Six), indéchiffrables. Histoire de conclure dans les brumes une sélection infaillible, plaidant pour la qualité évidente d’un Europa Jazz 2005 qu’on aura bien fait de confier à Joëlle Léandre.

CD1: Joëlle Léandre, Maggie Nicols, Irène Schweizer: 01/ Meeting One 02/ Meeting Two - Joëlle Léandre, William Parker: 03/ Meeting Three 04/ Meeting Four 05/ Meeting Five - CD2: Joëlle Léandre, Indian Cooke: 01/ Just Now One 02/ Just Now Two 03/ Just Now Three - Joëlle Léandre, Mark Nauseef, Markus Stockausen: 04/ Just Now Four 05/ Just Now Five - Joëlle Léandre, Paul Lovens, Sebi Tramontana, Carlos Zingaro: 06/ Just Now Six 07/ Just Now Seven 08/ Just Now Eight 09/ Just Now Nine

Joëlle Léandre - At Le Mans Jazz Festival - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Joëlle Léandre, India Cooke: Firedance (Red Toucan - 2005)

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S’asseoir, ce 11 septembre 2004, au Youth Music Center de Guelph, Canada, équivalait un peu à se faire une place à coups de coudes dans la Nef des fous de Jérôme Bosch. Le programme annonçait en effet une rencontre spéciale : celle de la contrebassiste Joëlle Léandre, étendard flamboyant d’une musique improvisée version française, et d’India Cooke, violoniste impeccablement éclectique, partenaire de Sarah Vaughan comme de Cecil Taylor, de Ray Charles ou de Sun Ra.

Dès le début, le récital ne dissimule rien de ses intentions : l’improvisation, faite suspense, entortille les notes qu’on se fait une joie de libérer ensemble (Firedance 1). Hétérogènes, les pratiques instrumentales facilitent la création sur le vif d’instants tout entier sacrifiés à une danse rituelle (Firedance 2), ou poussent à la confidence le dialogue élégant (Firedance 7).

Implorant ensemble - la protection de qui ? -, Léandre et Cooke fouettent l’air de coups d’archets vindicatifs, avant d’entamer un duel de pizzicati (Firedance 4). Ailleurs, c’est un rythme malléable qui fait les frais de la bataille, pendant laquelle, tant bien que mal, on cherche à cacher des morceaux de chaos derrière le rideau rouge (Firedance 6).

Histoire de reprendre quelques forces, on s’accorde deux danses du feu en solitaire. Quand celle de Léandre tente, de rebonds d’archets en nappes graves, d’hypnotiser les tensions (Firedance 3), celle de Cooke instaure un bouillon de culture réparateur, fait de phrases délurées, d’envolées lyriques et de clins d’œil au baroque (Firedance 5).

Comme il est loin, le temps des duels. On se console un peu qu’il soit passé sans nous en n’oubliant pas qu’il était pratiqué essentiellement par des messieurs. Aujourd’hui, Joëlle Léandre et India Cooke prouvent qu’à coups de cordes, les dames s’expliquent bien mieux.

CD: 01/ Firedance 1 02/ Firedance 2 03/ Firedance 3 04/ Firedance 4 05/ Firedance 5 06/ Firedance 6 07/ Firedance 7

Joëlle Léandre, India Cooke - Firedance - 2005 - Red Toucan. Distribution Improjazz.

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