Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Sylvie Courvoisier: Lonelyville (Intakt - 2007)

courvoisliEnregistré en 2006 en concert, Lonelyville donne à entendre les retrouvailles de la pianiste Sylvie Courvoisier et de ses fantômes, tourmentés ici, tranquilles ailleurs. Pour y faire face, l’appuient Mark Feldman (violon), Vincent Courtois (violoncelle), Ikue Mori (ordinateur) et Gerald Cleaver (batterie).

Sur Texturologie et Cosmorama, comme du temps d’Abaton, Courvoisier commande de grands mouvements - lyrisme qu’elle défend, acharnée, auprès de Feldman – pour décider ensuite de lents déploiements atmosphériques sur lesquels se dispersent les interventions (reverses de Mori, simili contrepoint servi par violon et violoncelle), abandonnés eux aussi et bientôt en faveur d’insistances dramatiques gonflées par l’impeccable accompagnement de Cleaver.

Plus déconstruits, Contraste et Lonelyville servent une sorte de contemporain ténébreux mais accessible, qui imbrique les dérélictions électroniques et les charges acoustiques furtives, tout comme il ose quelques dialogues épars et improvisés. Deuxième face d’une même médaille, qui respecte la partition autant qu’elle va voir du côté où il est possible encore de construire librement, et que Sylvie Courvoisier arbore avec distinction.

CD: 01/ Texturologie 02/ Cosmorama 03/ Contraste 04/ Lonelyville

Sylvie Courvoisier - Lonelyville - 2007 - Intakt records. Distribution Orkhêstra International.



Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde (Scarecrow Press - 2006)

petergrisliCollaborateur régulier du magazine américain Downbeat, Lloyd Peterson rassemble dans Music and the Creative Spirit 42 témoignages que lui ont accordés des musiciens (*) qu’il qualifie (à raison pour presque tous) de novateurs, évoluant dans le champ d’un jazz en évolution perpétuelle au contact d’un répertoire d’influences éclaté plutôt que confortablement installés dans une tradition qu’il faudrait absolument entretenir.

Sans mentionner la date à laquelle se sont déroulés les interviews – seul défaut majeur de l’ouvrage -, Peterson fait défiler une galerie judicieuse de personnages ayant à dire sur un style qui, comme le note le trompettiste Dave Douglas dans la préface, n’a jamais autant évolué que ces quarante dernières années.

Alors, on trouve Derek Bailey avancer que les deux grands principes qui animent sa pratique musicale sont l’indifférence et la non familiarité avant de se dire musicien conventionnel ; plus loin, William Parker lâche que la compréhension n’est pas du domaine de la beauté ; Steve Lacy, dans le fac-similé d’une lettre adressée à l’auteur, conseille, lui, de laisser la musique parler d’elle-même plutôt que de la contraindre à l’exercice de la théorisation.

Plus prolixes, d’autres expliquent le rapport qu’ils entretiennent avec leur art – Hamid Drake révélant, à la suite d’Albert Ayler, le lien étroit entre la portée musicale de l’univers et la portée universelle de la musique, quand David S. Ware confie que la spiritualité l’a amené à ne plus jouer pour sa notoriété – ou tentent de mettre au clair les affinités de leurs pratiques - Ikue Mori parlant de la scène bruitiste japonaise, Otomo Yoshihide de son rapport au courant Onkyo.

Ailleurs encore, Barry Guy revient sur son expérience au sein du London Jazz Composers Orchestra, George Lewis et Wadada Leo Smith évoquent la grande époque de l’A.A.C.M., tandis qu’autour de Peter Brötzmann, Ken Vandermark, Mats Gustafsson, Joe McPhee et Paal Nilssen-Love discutent, le temps d’un tour de table intelligent, d’improvisation autant que de société, de leur rapport au public autant que de politique.

(*) Fred Anderson, Derek Bailey, Joey Baron, Tim Berne, Peter Brotzmann, Regina Carter, Chicago Roundtable, Marilyn Crispell, Jack DeJohnette, Dave Douglas, Hamid Drake, Bill Frisell, Fred Frith, Annie Gosfield, Mats Gustafsson, Barry Guy, Dave Holland, Susie Ibarra, Eyvind Kang, Steve Lacy, George Lewis, Pat Martino, Christian McBride, Brad Mehldau, Myra Melford, Pat Metheny, Jason Moran, Ikue Mori, David Murray, Paal Nilssen-Love, Greg Osby, Evan Parker, William Parker, Joshua Redman, Maria Schneider, Wadada Leo Smith, Ken Vandermark, Cuong Vu, David S. Ware, Otomo Yoshihide, John Zorn.

Lloyd Peterson, Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde, Scarecrow Press, 2006.


Nauseef, Mori, Courvoisier, Quintus: Albert (Leo Records - 2006)

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Quatre improvisateurs iconoclastes - Mark Nauseef (percussions), Sylvie Courvoisier (piano), Ikue Mori (ordinateur) et Walter Quintus (enregistrement et traitement sonore) - fêtant le 100ème anniversaire du chimiste suisse Albert Hofmann - longtemps intéressé aux effets du LSD selon méthode absorptive -, et voici Albert, précis d’hallucinations électroacoustiques.

Utilisant des enregistrements de la voix d’Hofmann, le groupe promène la figure du savant d’une jungle de percussions minimales (Creative Spirit of God) à une zone dépressionnaire soumise au bon vouloir de fulgurances diverses (électroniques, surtout, sur L.S.D. Came To Me, ou acoustiques sur Nothing Is Obvious), et d’un monde de métal réverbéré (The Chemistry of Ergot) à un champ mélodique incertain (la déflagration électronique de This Fundamental Truth).

Combinant habilement les interventions du piano et quelques drones oscillants (Psychedelic Induced Revelations, Mystery of The Matter), les divers élans acoustiques et les reverses instantanés dont ils sont le matériau (Creative Spirit of God), les musiciens enferment en 10 pilules leur apologie insouciante, conscients qu’on ne peut résister longtemps, comme le conclura Hofmann, au mystère de la matière.

Albert came to me. Albert must come to you.

CD: 01/ The Chemistry of Ergot 02/ Creative Spirit of God 03/ Psychedelic Induced Revelations 04/ L.S.D. Came To Me 05/ Albet’s Alchemy 06/ Nothing Is Obvious 07/ Mystery of the Matter 08/ I Synthesized It 09/ L.S.D. Must Come To You 10/ This Fundamental Truth

Nauseef, Mori, Courvoisier, Quintus - Albert - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.



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