Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY, 2010)

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L’ICP Orchestra à entendre sur Jubilee Varia fut enregistré en 1997 en concert à Zurich. Réduit au nonette, il fomente des combinaisons d’un fatras supérieur pour rapprocher une improvisation en verve et un retour aux excentricités ludiques. 

Deux grandes pièces au programme (Jubilee Varia et Jealousy) découpées en trois parties. Piano et batterie ouvrent la première : Misha Mengelberg et Han Bennink dialoguent à coups de phrases cinglantes avant de passer le relais à la combinaison Reijseger / Honsiger / Glerum, section de cordes pertinemment emmêlées, puis aux souffles conjoints de Moore, Baars, Heberer et Wierbos, le temps de défendre un mambo nonchalant : ¿Quién será? détourné avec humour.

A Bit Nervous Jealous? Me?, Next Subject et Rollo I font ensuite Jealousy. La même équipe au chevet d’une composition baroque feignant d’avoir perdu la raison : là, l’orchestre passe pour être de salon avant de mettre en lumière l’échappée belle d’un de ses éléments : les archets accordés n’en faisant qu’un, qui semble tenir plus que tout à déserter l’ensemble à la dérive. C’est ensuite un développement plus turbulent – archets contre clarinette malgré le rôle d’entremetteur que s’est réservé Mengelberg – et le retour aux danses : l’ICP Orchestra en appelle une autre fois à la réhabilitation du swing, mais un swing dont la témérité et l’effronterie sont les premiers gages de modernité.

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1997. Réédition : 2010.
CD : 01-03/ Jubilee Varia 04-06/ Jealousy (A Bit Nervous Jealous? Me? / Next Subject / Rollo I)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Han Bennink, Frode Gjerstad : Han & Frode (Cadence Jazz, 2009)

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Sous le titre mignon d’Han & Frode a été consigné le souvenir d’une tournée faite ensemble par Bennink et Gjerstad.

C'est-à-dire, celui aussi de l'union d’un art percussif tendu comme un arc bien que dangereusement sec et de déferlantes de notes de clarinette, qu’elles sifflent ou fomente des rauques derniers ; le souvenir aussi d’un Bennink faisant de la batterie l’instrument principal – sa voix étant le second – d’un art martial ludique et celui d’un Gjerstad dont l’alto ne peut s’empêcher de cracher les éléments d’un langage animal perturbé. Le tout, se déplaçant sous les effets de dépressions passagères, puisqu'ici Bennink retient ses coups et que là Gjerstad pleure la figure de Pee Wee Russell. Ceci avant que les vieux démons – c'est-à-dire Han et Frode en personne – reprennent le dessus.

Han Bennink, Frode Gjerstad : Han & Frode (Cadence Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-06/ Inderøy Part 1-6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The Ex : 30 (Ex Records, 2009)

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Saviez-vous que The Ex a trente (30) ans ? Il suffirait de le dire, d’écrire ici trente fois  « The Ex » en guise de remerciements puis de faire un lien vers un méchant site marchand qui vous vendrait la rétrospective 30.

Peu importe la manière, peu importe que vous donniez aux méchants ou aux gentils, il faut simplement se ruer sur ces deux disques : une rétrospective bien faite, qui se pose la question de son utilité (qu’est-ce ce qu’une compilation sinon une référence de plus qui présente à la fois de manière générale les grands travaux d’hier et fait état en même temps de ce qui vous anime encore aujourd’hui ?).

L’écoute de 30 offre un plaisir immédiat, vous remet en mémoire un morceau oublié ou vous fait découvrir un titre à côté duquel vous étiez honteusement passé, vous montre l’entreprise familiale aux côtés d’invités de marque (Getatchew Mekuria, Tom Cora, Han Bennink…). Plage après plage, ces deux disques vous enfoncent dans le crâne que The Ex est le plus grand groupe de rock à avoir émergé alors que vous marchiez à peine, que les mêmes The Ex ont subi une évolution qui les mena de premières influences punko-undertones-buzzcocksiennes à un statut de faiseur d’indispensables chansons rugueuses, frontales et entretenant parfois, dans le but de brouiller les pistes, un rapport étrange à la musique andalouse ou éthiopienne. Tout est là, sur deux disques : 30 années d’Ex No Future.

The Ex : 30 (Ex Records / Amazon)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Rules 02/ Blessed Box at the Backseat 03/ Sucked Out Chucked Out #1 04/ The Wellknown Soldier 05/ Jack Frost is Innocent 06/ Fire and Ice 07/ White Liberal 08/ Ay Carmela 09/ Knock 10/ Choice 11/ Rara Rap 12/ Headache by Numbers 13/ Shopping Street 14/ State of Freedom 15/ Blah Blah 16/ Bouquet of Barbed Wire 17/ Gonna Rob the Spermbank 18/ Lied ded Steinklopfer - CD2 : 01/ State of Shock 02/ Hidegen Fjnak A Szelek 03/ Stupid Competitions 04/ Former Reporter 05/ Travel On, Poor Bob 06/ Atoll 07/ Frenzy 08/ Time Flies 09/ Symfonie Voor Machines 10/ Huriyet 11/ Ethiopia Hagere 12/ The Big Black 13/ IF That Hat Fits The Suit 14/ The Lawn of Limp 15/ Listen to the Painters
Pierre Cécile © Le son du grisli


Wolter Wierbos : Deining (Dolfijn, 2009)

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Sur Deining – qui assemble des extraits de concerts organisés par le tromboniste sur sa propre péniche –, Wolter Wierbos se frotte à Ab Baars, Han Bennink, Wilbert de Joode, Mary Oliver et Franky Douglas.

La fantaisie de Wierbos, d'être entendue ici en duos ou trios, toutes combinaisons multipliant les références : au swing et à l’improvisation la plus délurée, à une musique expérimentale défaite ou encore à une abstraction bruitiste et amusée. Seules tentatives peinant à convaincre, celles issues de la rencontre de Wierbos avec la guitare de Douglas : mélancolie fade de Visions ou mirage latin-jazz d'Innermission.

En face, rien que d’imposant pour faire oublier les écarts : Wilbert de Joode faisant dériver encore autrement le tromboniste sur In Het Want ; Baars donnant avec lui dans un folklore minuscule ou Bennink décidant de mettre en place une musique de fanfare réduite à l’excès ; Oliver se chargeant, elle, d’aller puiser chez son partenaire un chapelet d’élucubrations sorties de souffles nouveaux.

Wolter Wierbos : Deining (Dolfijn Records)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Aan Lager Wat 02/ Op Stoom Raken 03/ Voor de Wind 04/ Loefzijde 05/ In Het Want 06/ Fuik 07/ Visions 08/ Buitengaats 09/ Peer’s Counting Song 10/ Dageraad 11/ Innermission 12/ Op de Werf 13/ De Drie Gebroeders 14/ Geusje 15/ Hoog Aan de Wind 16/ Peer’s Counting Song 17/ Ma 18/ Overstag
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Han Bennink Trio : Parken (Ilk, 2009)

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Sur Parken, Han Bennink fait pour la première fois de son nom celui d’une formation : trio, en l’occurrence, qu’il forme aujourd’hui avec le pianiste Simon Toldam et le clarinettiste Joachim Badenhorst.

Pour faire suite à une série de concerts, l’enregistrement distribue les preuves de l’entente du batteur et de ses jeunes partenaires, notamment sur un lot d'improvisations (Myckewelk exacerbé ou Flemische March sur lequel Bennink court après les notes en cascades du pianiste, les rattrape et les avale). Ailleurs, le trio sert des compositions signées de ses membres (Music for Camping de Toldman, qui révèle chez celui-ci une érudition musicale, et notamment jazz, capable de faire oublier un peu une sonorité un brin clinquante ; plus convaincant Reedeater de Badenhorst) ou tiré du répertoire de Duke Ellington.

Trois fois il est ainsi donné d’entendre des pièces dues à la collaboration Ellington / Billy Strayhorn : Fleurette africaine, pâtissant elle aussi d’une production léchée à l’excès ; Lady of The Lavendermist, célébrée surtout par le duo Badenhorst / Bennink aux clarinette basse et cymbales ; et puis, surtout, Ispahan : là, Toldman démontre un jeu d’accords plus subtil quand Badenhorst se fraye un chemin entre les coups vifs assénés par Bennink.

Han Bennink Trio : Parken (Ilk Music / Instant Jazz)
Edition : 2009.
CD : 01/ Music for Camping 02/ Flemische March 03/ Lady of The Lavender Mist 04/ Myckewelk 05/ Isfahan 06/ Reedeater 07/ Fleurette africaine 08/ After The March 09/ Parken
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Han Bennink : Cover Art (Huit Clos, 2008)

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Comme quelques-uns de ses confrères du free jazz et de l’improvisation (Peter Brötzmann et Paul Dunmall, pour ne citer qu’eux), le batteur hollandais Han Bennink a également exercé ses talents dans le domaine des arts plastiques. Ses créations pour les pochettes de disques du label ICP (Instant Composers Pool), qu’il fonde en 1967 avec le saxophoniste Willem Breuker et le pianiste Misha Mengelberg, ont été regroupées dans un beau petit livre édité en 2008 par la maison amstellodamoise Huit Clos.

Comme le souligne Ben van Melick dans son introduction à l’ouvrage, les pratiques sonore et graphique de Han Bennink subissent très tôt l’influence de mouvements tels que Fluxus ou le Pop Art. L’attitude sur scène, la fuite en avant de l’improvisation et l’interaction avec le public composent une performance, une seule œuvre, dont l’accomplissement est placé sous l’égide du slogan qu’est l’ICP.

Cette « composition instantanée » prônée par les musiciens préside également à la réalisation des pochettes de disques. L’artiste utilise ce qu’il a sous la main, pratique le collage – d’objets récupérés (plumes, allumettes), mais aussi de photographies et dessins d’images typiques des Pays-Bas sous une forme synthétique (moulins, fromages, oiseaux…) – et trace des signes typographiques et traits divers. Tous ces éléments se combinent pour former l’« Amsterdam Cobra Pop », d’après les termes employés en 1968 par un journaliste hollandais. Cette synthèse joyeuse et débridée correspond magnifiquement bien à la musique de l’ICP : libre, faussement naïve et se référant à des classiques (Thelonious Monk, Herbie Nichols) avec respect et ironie tout en allant de l’avant.

Han Bennink, Ben van Melick (préface) : Cover Art (Huit Clos).
Edition : 2008.
Jean Dezert © Le son du grisli

Archives Han Bennink


Clusone 3: Soft Lights and Sweet Music (HatOLOGY - 2008)

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En 1993, Clusone 3Michael Moore (saxophone alto et clarinettes), Ernst Reijseger (violoncelle) et Han Bennink (batterie), sortis de l’ICP Orchestra – donnait un concert radiodiffusé : Soft Lights and Sweet Music, aujourd’hui réédité

Après avoir investi ensemble le répertoire de Duke Ellington, Lee Konitz, Herbie Nichols ou (forcément) Misha Mengelberg, les trois musiciens s’attaquèrent là à l’œuvre d’Irving Berlin. L'association, d’élever alors son esthétique au rang d’avant-garde anéantie par un penchant affirmé pour les airs populaires, qui croule peu à peu sous un amas d’interprétations de standards en dérive, de constructions anguleuses faites pour ne pas tenir longtemps et de mélodies grotesques débordées par une invention rare. Souvent, la fantaisie l’emporte – qui fait naître ici ou là quelque doute passager –, qui, dans l'ensemble, vient fleurir avec une pertinence terrible le propos intransigeant.

CD: 01/ Soft Lights and Sweet Music 02/ There’s No Business Like Show Business 03/ The Song is Ended 04/ Anything You Can Do, I Can Do Better 05/ For the Folks Back Home / Cheek to Cheek 06/ What’ll I Do ? 07/ A Pretty Girl is Like a Melody 08/ How Deep is the Ocean ? 09/ Give Me Your Tired Your Poor 10/ Marie 11/ They Say It’s Wonderful 12/ Always 13/ Cukoo in the Clock 14/ Lets Face the Music and Dance 15/ When I Lost You 16/ I Am an Indian Too 17/ I Never Had a Chance 18/ White Christmas >>> Clusone 3 - Soft Lights and Sweet Music (Irving Berlin Songbook) - 2008 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.


Han Bennink & Terrie Ex : Zeng ! (Terp, 2007)

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Retour sur la deuxième confrontation improvisée entre Han Bennink et Terrie Ex, Zeng ! fait figure d’exposé tiède parce que pas toujours inspiré.

Déconstruite, l’expérience donne à entendre un dialogue sans arrêt sur le fil, avantage autant qu’inconvénient pour la bonne tenue de l’ensemble. Qui oscille entre moments convaincants – Ex trouvant un soutien de taille dans la répétition (Radder) ou usant avec intelligence d’un bootle-neck (Shelly), maîtrise de Bennink – et dialogues approximatifs entre une batterie sur laquelle on n’en finit pas de porter des coups secs et une guitare électrique à l’audace mesurée. L’intérêt de Zeng !, d’en tirer les conséquences.

Han Bennink, Terrie Ex - Zeng ! - 2007 - Terp Records. CD: 01/ Spikkel 02/ Zegnie 03/ Hortsik 04/ Haraf ! 05/ Snerk 06/ Radder 07/ Two Bruised Ribs 08/ Shelly 09/ Pekele


Peter Brötzmann: The Complete Machine Gun Sessions (Atavistic – 2007)

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L’occasion (réédition augmentée de Machine Gun) faisant le larron angliciste : Peter Brötzmann conduisait, en 1968, la dream team de la Free Music européenne. Fast & Furious.

Aux côtés d’Evan Parker, Willem Breuker, Fred Van Hove, Peter Kowald, Buschi Niebergall, Sven-Åke Johansson et Han Bennink, Brötzmann décide de tout sacrifier à un défoulement exutoire : maelström de pratiques permissives hurlantes, découpées ou gonflées de plaintes qui savent faire usage d’ironie mordante – free jazz évaporé à l’arrivée d’une fanfare soul sur Machine Gun, ou écarté au son d’un mambo soudain rendu à l’unisson sur Responsible.

Les ruades de piano solo de Music for Han Bennink passées, voici d’autres versions des œuvres rares que sont les deux pièces citées plus tôt : prises alternatives ou enregistrement concert (auquel participe aussi le saxophoniste Gerd Dudek) qui réaffirment l’évidence selon laquelle : s’il faut avoir chez soi un disque de jazz fomenté en Europe à cette époque, alors, il s’agit de Complete Machine Gun Sessions.

 

Peter Brötzmann : The Complete Machine Gun Sessions (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1968. Edition : 2007.

CD: 01/ Machine Gun 02/ Responsible / For Jan Van De Ven 03/ Music for Han Bennink 04/ Machine Gun (2nd Take) 05/ Responsible / For Jan Van De Ven (1st Take) 06/ Machine Gun (Live)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink : The Topography of The Lungs (Psi, 2006)

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Après s'être rencontrés au sein d'une des grandes formations de Peter Brötzmann en 1968, le saxophoniste Evan Parker, le guitariste Derek Bailey et le batteur Han Bennink improvisèrent ensemble The Topography of The Lungs, le 13 juillet 1970. La même année, Bailey sortait le disque sur Incus, label qu'il gérait en compagnie de Parker et de Tony Oxley. Aujourd'hui, Parker le réédite sur le sien propre, Psi.

Dès Titan Moon, le trio propose plusieurs manières de céder aux tensions précipités de notes sortis du saxophone, gestes rapides et secs de Bennink et aigus saturés du guitariste, effrontément amassés sur le tas. Ici ou là, des pauses introspectives réussissent à s'imposer au milieu des chaos, jusqu'à lancer l'unique allégeance faite à la musique populaire, la batterie déposant un swing affable sur la fin de Dogmeat.

Passant d'un saxophone (soprano) à l'autre (ténor), Parker distribue aigus (For Peter B & Peter K) ou graves (Fixed Elsewhere) avec la même ardeur, quand Bailey interroge davantage sa capacité à penser plus posément la forme de son implication. Les arpèges espacés et le volume changeant de la guitare électrique répondent ainsi plus efficacement aux interventions du saxophoniste et du batteur.

En guise de bonus, la réédition offre deux versions de Found Elsewhere, sur lesquelles le trio sacrifie presque tout à la réflexion lente. Qui n'oeuvrent pas forcément en faveur de la cohérence de l'ensemble du disque, mais qui peuvent aussi faire figure de contraste valorisant encore les quatre titres de l'édition originale, naviguant entre retenues sensibles et moments effrénés de perdition.

Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink : The Topography of The Lungs (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1970. Edition : 2006

CD : 01/ Titan Moon 02/ For Peter B & Peter K 03/ Fixed Elsewhere 04/ Dogmeat 05/ Found Elsewhere 1 06/ Found Elsewhere 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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