Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Frode Gjerstad: On Reade Street (FMR - 2008)

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Sur On Reade Street – enregistré à New York en 2006 –, Frode Gjerstad, William Parker et Hamid Drake remettent ça : improvisation dont l'imagination débordante de qui la mène aide à l'édification d'un free jazz ne s'interdisant ni recours au swing (Drake, en force sur The Street) ni subtiles digressions latines (The People).

A l'alto en ouverture et fermeture, Gjerstad passe à la clarinette sur The Houses, pièce à la noirceur instable changée bientôt en tranquilité infaillible, qui finit de diversifier le propos d'un échange toujours aussi – voire, plus – inspiré.

CD: 01/ The Street 02/ The Houses 03/ The People >>> Frode Gjerstad with William Parker & Hamid Drake - On Reade Street - 2008 - FMR.



William Parker : Double Sunrise Over Neptune (AUM Fidelity, 2008)

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En 2007, au Vision Festival de New York, William Parker emmenait un ensemble de seize musiciens au son des mouvements d’un Double Sunrise Over Neptune plaidant la cause d’une réconciliation universelle à provoquer en musique.

Des musiciens affiliés au jazz (le trompettiste Lewis Barnes, les saxophonistes Rob Brown, Sabir Mateen et Dave Sewelson, le guitariste Joe Morris ou les percussionnistes Gerald Cleaver et Hamid Drake), quelques cordes (dont le violon de Jessica Pavone) et la chanteuse indienne Sangeeta Bandyopadhyay emboîtent ainsi le pas à Parker, qui, intervenant au doso n’goni, laisse la contrebasse aux soins de Shayna Dulberger : chargé d'ouvrir Morning Mantra, pièce appelée à prendre de l’ampleur qui mêle musique classique indienne à des dissonances arabo-andalouses.

Ailleurs, Parker se donne des airs de gnawa et soulève un autre fantasme d’amalgame musical avec une conviction efficace : lyrisme insistant des instruments à vent sur répétitions entêtantes : Lights of Lake George et Neptune’s Mirror, qui enrichissent encore l’exposé altier de musiques du monde réinventées par William Parker, excusant à lui seul des décennies de pauvres tentatives faites par d'autres dans le même domaine.


William Parker, Morning Mantra (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

William Parker : Double Sunrise Over Neptune (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Morning Mantra 02/ Lights of Lake George 03/ O’Neal’s Bridge 04/ Neptune’s Mirror
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Swell: Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow (Rogue Art - 2007)

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Pour le bien de Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow, Steve Swell enregistrait en studio avec une autre de ses formations : Fire Into Music, dans laquelle prennent place le saxophoniste alto Jemeel Moondoc, le contrebassiste William Parker et le batteur Hamid Drake.

Plus performante encore, la section rythmique accueille toujours avec pertinence les dialogues éclairés de Moondoc et Swell : imposant à leurs entrelacs les vociférations d’un archet angoissé (Manhattan Dreamweavers) ou les changements d’allure – du swing inévitable de Planet Hopping on a Sunday Aftrenoon et du Lalo Schiffrinien (malgré la dédicace)  For Grachan à l’impression mouvante de For Arthur Williams, tous morceaux interrompus par quelques déconstructions appuyées.

Sur Blu Coo, enfin, entendre le groupe dérailler un peu sur un bop presque électrique et plus démonstratif dans sa forme, seul véritable bémol de la démonstration altière de Fire into Music.


Steve Swell, For Grachan. Courtesy of Steve Swell.

CD: 01/ Manhattan Dreamweavers 02/ For Grachan 03/ Blu Coo 04/ Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow 05/ For Arthur Williams 06/ Planet Hopping on a Thursday Afternoon

Steve Swell’s Fire into Music - Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow - 2007 - Rogue Art.


Drake, Gahnold, Parker: The Last Dances (Ayler Records - 2007)

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La rencontre de William Parker, Hamid Drake et Anders Ganhold, en Suède, en 2002, avait donné lieu à la sortie d’un premier album : … And William Danced. Cinq ans plus tard, Ayler Records propose en téléchargement les beaux restes de l’enregistrement.

Le temps pour le trio d’interpréter d’autres danses : Slow Dance – lente progression de jazz désaxé – et Bow Dance – sur lequel le saxophoniste profite de l’appui de la section rythmique, rassurante malgré les changements qu’elle impose au déroulement du thème. En guise d’introduction et de conclusion, le swing altier d’Oh Shit, prêt à recevoir toutes formes de solos, et l’exposé de laminage mélodique discret de Dusk.

Comme sur … And William Danced, le trio redit l’efficacité de la rencontre, sur l’ingéniosité d’un contrebassiste et d’un batteur accueillis en Suède par Ganhold, qui ne cesse de diluer le discours d’Albert Ayler en potions personnelles et vertueuses.

Téléchargement: 01/ Oh Shit 02/ Slow Dance 03/ Bow Dance 04/ Dusk

Hamid Drake, Anders Ganhold, William Parker - The Last Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.


William Parker: Corn Meal Dance (AUM Fidelity - 2007)

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Deuxième album enregistré par William Parker à la tête de son Raining Moon Ensemble, Corn Meal Dance donne à entendre la chanteuse Leena Conquest auprès de musiciens d'ordinaire inspirés : Parker, donc, mais aussi Eri Yamamoto (piano), Rob Brown (saxophone alto), Lewis Barnes (trompette) et Hamid Drake (batterie).

Touchés peut être par un chant qui, pour être apprêté n’en distribue pas moins avec générosité des effets galvaudés et ses manières épaisses, les musiciens ne peuvent pas grand chose pour relever le niveau de l'ensemble - Brown et Barnes capables, même, de céder aux avances clinquantes de phrases rococo. Ici ou là, quand même, le groupe fait mieux, et dessine des impressions plus réussies : Tutsi Orphans ou Old Tears. Les ressources de William Parker sont connues et empêchent de douter qu’il mette bientôt la main sur un essai autrement remarquable, qui saura annuler ce précédent.

CD: 01/ Doctor Yesterday 02/ Tutsi Orphans 03/ Poem for June Jordan 04/ Soledad 05/ Corn Meal Dance 06/ Land Song 07/ Prayers 08/ Old Tears 09/ Gilmore’s Hat

William Parker / Raining On The Moon - Corn Meal Dance - 2007 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.



Rob Wagner: Trio (Valid Records - 2007)

22969Familier du jeu en trio, le saxophoniste et clarinettiste Rob Wagner convoquait deux nouveaux partenaires - le percussionniste Hamid Drake et le bassiste Nobu Ozaki – pour enregistrer en décembre 2005, à la Nouvelle Orléans, une session hantée par l'ouragan Katrina.

Par l'inertie des autorités à avoir suivie, aussi, à en croire Desoparia, lamentation rageuse sur laquelle Wagner fait part, au soprano, de ses motivations premières sur le mode oriental défendu par la section rythmique. S'ensuit une série d'impressions inspirées: colère sourdant à travers quelques dérives free (Childhood Memory), recueillement profond (La Madrugada, Plutino, Freedumb), angoisse lentement révélée (Shock, Awe, Sham, Shame) ou états d'âme contraires que réussit à réconcilier le drame (Where Is Home?).

Plaidoyer pour un retour au bon sens, politique autant que musical, Trio allie avec élégance fond et forme, et en profite pour fustiger l'intérêt aléatoire aloué aux catastrophes selon l'endroit du monde où elles tombent.

CD: 01/ Desoparia (They handed out $12 billion cash in Iraq and couldn't even give New Orleans drinking water 02/ Plutino 03/ Where Is Home? 04/ Shock, Awe, Sham, Shame 05/ Childhood Memory 06/ La Madrugada 07/ Freedumb (Aren't you glad to vote in America?) 08/ Penumbria

Rob Wagner - Trio - 2007 - Valid Records.


Hamid Drake, Albert Beger, William Parker: Evolving Silence, Vol. 2 (Earsay Records - 2006)

dragrisliAppelé à rejoindre le Pyramid Trio de Roy Campbell en clôture d’un concert donné au Festival de Jazz de Tel Aviv en 2005, le saxophoniste israélien Albert Beger rencontrait Hamid Drake et William Parker. Quelques heures après, les trois hommes enregistraient en studio quelques compositions signées Beger.

Témoins de cette rencontre, deux volumes ont déjà paru. En introduction du second, la section rythmique installe un décorum complexe et chaleureux sur lequel le saxophone entre prudemment, avant de révéler, plus nonchalant, un goût pour la redite, le tout rappelant les manières de Ken Vandermark
(Evolving Silence).

Passé à la flûte, Beger peine ensuite à se montrer capable d’audaces sur un Duo #3 qu’il improvise en compagnie du contrebassiste. Revenu au ténor, il se laisse heureusement porter par le jeu de Drake sur Funky Lacy, pour sublimer enfin, motivé par l’insistance avec laquelle ses partenaires l’invitent à dérailler, une composition un brin dramatique, Skies of Israel.

Sur Evolving Silence, Vol.2, Albert Beger parvient donc à oublier sa politesse, et se permet quelques interventions convaincantes, quand Parker et Drake donnent d’autres preuves de leur talent, ajoutant à leur créativité coutumière une habileté salvatrice.

CD: 01/ Evolving Silence 02/ Duo #3 03/ Funky Lacy 04/ Skies of Israel

Hamid Drake, Albert Beger, William Parker - Evolving Silence, Vol. 2 - 2006 - Earsay Records.


Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde (Scarecrow Press - 2006)

petergrisliCollaborateur régulier du magazine américain Downbeat, Lloyd Peterson rassemble dans Music and the Creative Spirit 42 témoignages que lui ont accordés des musiciens (*) qu’il qualifie (à raison pour presque tous) de novateurs, évoluant dans le champ d’un jazz en évolution perpétuelle au contact d’un répertoire d’influences éclaté plutôt que confortablement installés dans une tradition qu’il faudrait absolument entretenir.

Sans mentionner la date à laquelle se sont déroulés les interviews – seul défaut majeur de l’ouvrage -, Peterson fait défiler une galerie judicieuse de personnages ayant à dire sur un style qui, comme le note le trompettiste Dave Douglas dans la préface, n’a jamais autant évolué que ces quarante dernières années.

Alors, on trouve Derek Bailey avancer que les deux grands principes qui animent sa pratique musicale sont l’indifférence et la non familiarité avant de se dire musicien conventionnel ; plus loin, William Parker lâche que la compréhension n’est pas du domaine de la beauté ; Steve Lacy, dans le fac-similé d’une lettre adressée à l’auteur, conseille, lui, de laisser la musique parler d’elle-même plutôt que de la contraindre à l’exercice de la théorisation.

Plus prolixes, d’autres expliquent le rapport qu’ils entretiennent avec leur art – Hamid Drake révélant, à la suite d’Albert Ayler, le lien étroit entre la portée musicale de l’univers et la portée universelle de la musique, quand David S. Ware confie que la spiritualité l’a amené à ne plus jouer pour sa notoriété – ou tentent de mettre au clair les affinités de leurs pratiques - Ikue Mori parlant de la scène bruitiste japonaise, Otomo Yoshihide de son rapport au courant Onkyo.

Ailleurs encore, Barry Guy revient sur son expérience au sein du London Jazz Composers Orchestra, George Lewis et Wadada Leo Smith évoquent la grande époque de l’A.A.C.M., tandis qu’autour de Peter Brötzmann, Ken Vandermark, Mats Gustafsson, Joe McPhee et Paal Nilssen-Love discutent, le temps d’un tour de table intelligent, d’improvisation autant que de société, de leur rapport au public autant que de politique.

(*) Fred Anderson, Derek Bailey, Joey Baron, Tim Berne, Peter Brotzmann, Regina Carter, Chicago Roundtable, Marilyn Crispell, Jack DeJohnette, Dave Douglas, Hamid Drake, Bill Frisell, Fred Frith, Annie Gosfield, Mats Gustafsson, Barry Guy, Dave Holland, Susie Ibarra, Eyvind Kang, Steve Lacy, George Lewis, Pat Martino, Christian McBride, Brad Mehldau, Myra Melford, Pat Metheny, Jason Moran, Ikue Mori, David Murray, Paal Nilssen-Love, Greg Osby, Evan Parker, William Parker, Joshua Redman, Maria Schneider, Wadada Leo Smith, Ken Vandermark, Cuong Vu, David S. Ware, Otomo Yoshihide, John Zorn.

Lloyd Peterson, Music and the Creative Spirit. Innovators in Jazz, Improvisation, and the Avant Garde, Scarecrow Press, 2006.


Steve Dalachinsky: The Final Nite (Ugly Duckling Press - 2006)

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Dans The Final Nite, le poète new-yorkais Steve Dalachinsky nous livre une approche expérimentale de son art, qui consiste à suivre depuis 1987 chacune des prestations du saxophoniste Charles Gayle stylo en main. Dans l’ordre chronologique de leur composition, les textes sont présentés ici sans avoir subi ni réécriture ni sélection.

Dans sa préface au recueil, le contrebassiste William Parker – et partenaire régulier de Gayle – souligne l’intimité dévoilée par la lecture de ces poèmes, qu’il compare à des haïkus spontanés au contact desquels chaque lecteur vivra sa propre expérience. C’est que les mots de Dalachinsky brassent large, refusant la compromission qui tendrait à leur imposer une utilité monocorde pour revêtir plutôt quelques aspects changeants : observations semi objectives et réactions partiales, commentaires éclairés ou tentations abstractionnistes. En préambule à chacun des textes, la date et l’endroit du concert, ainsi que le nom des musiciens accompagnant Gayle à cette occasion (William Parker, donc, mais aussi Hamid Drake ou Milford Graves). Témoin chanceux de rencontres singulières, Dalachinsky se veut autant créateur qu’archiviste, et livre avec The Final Nite un document d’essence inédite : apprenant peu car consacré davantage à contenir des fulgurances animées et parfois exaltées par la superbe d’un mentor choisi.

Steven Dalachinsky, The Final Nite & Other Poems: Complete Notes from a Charles Gayle Notebook, Ugly Duckling Press, 2006.


William Parker: ... and William Danced (Ayler - 2002)

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Enregistré à Stockholm en 2002, … And William Danced donne à entendre le contrebassiste William Parker auprès du batteur Hamid Drake et du saxophoniste Anders Ganhold. Si l’on connaît les qualités de la section rythmique, reste à souligner l’audace du local Ganhold.

Sur First Dance, par exemple, le saxophoniste évoque Albert Ayler avant de suivre le cours d’un thème goguenard auquel il oppose un free mesuré - alto rugueux jouant sans se soucier du quart de ses limites. Capable, aussi, de suivre le rythme de Drake sur un bop direct et brut, bientôt interrompu au profit d’une impression d’Afrique, accalmie régénérée par la répétition de la contrebasse mariée à l’instabilité de la batterie (The Undertaker’s Dance).

… And William Danced, ensuite. Thème généreux sur lequel le trio réévalue sa pratique : Parker passant d’un gimmick évolutif à un solo fantasmant l’usage d’une kalimba ; Drake quittant une première discrétion de principe pour la défense d’un swing à l’arrière-goût latin ; Ganhold, enfin, déposant des phrases légères à l’alto avant de revêtir l’habit d’incendiaire impatient. Possibilités abordées toutes avec efficacité, qui multiplient en conséquence les qualités de l’enregistrement.

CD: 01/ First Dance 02/ The Undertaker’s Dance 03/ … And William Danced

William Parker Trio - ... and William Danced - 2002 - Ayler Records.



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