Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Barry Chabala : Unbalanced In (unbalanced Out) (Another Timbre, 2012)

barry chabala unbalanced

Le nom de l’instrument de prédilection de Toshimaru Nakamura, le no-input mixing board, a toujours eu sur moi un effet paralysant. Sur ce CD, on l'entend à côté des matériels électronique et informatique de Bonnie Jones et Louisa MartinBarry Chabala (à qui l’on doit ce projet, réalisé par correspondance), Tisha Mukarji et  Gabriel Paiuk me réconfortent par leur présence : leurs instruments sont la guitare et le piano. Qu’ils en soient ici remerciés.

Morton Feldman disait que ce que nous entendons est ce dont nous nous souvenons. Il s’agit sur cet enregistrement reconstruit pas Chabala d'un microcosme électronique plutôt agité que la guitare et les deux pianos accompagneront tour à tour. Parfois, cela sonne comme les cloches d’une petite église autour de laquelle se pressent des électrons ; un Clochemerle où brillent, c’est selon, les cancans et l’ingéniosité. Les plus beaux moments sont lorsque Nakamura cherche à se défaire des branches d’une plante à cordes ou quand l’ordinateur (si je ne me trompe) soulève beaucoup de poussière grise. C’est un piano (mais celui de Mukarji ou de Paiuk ?) qui m’a renvoyé à Feldman : nous entendons, c’est vrai, ce dont nous nous souvenons.

Barry Chabala, Bonnie Jones, Louisa Martin, Tisha Mukarji, Toshimaru Nakamura, Gabriel Paiuk : Unbalanced In (Unbalanced Out) (Another Timbre / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : 01/ Unbalanced In (Unbalanced Out)
Héctor Cabrero © le son du grisli

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Berlin-Buenos Aires Quintet : Berlin-Buenos Aires Quintet (L'innomable, 2010)

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L'une des particularités du Berlin-Buenos Aires Quartet est de compter deux pianistes, dont une œuvrant à l'intérieur de son isntrument : Andrea Neumann. L'autre, à peine plus conventionnel, est Gabriel Paiuk. Restent donc trois places : attribuées à Robin Hayward (tuba), Lucio Capece (saxophone soprano et clarinette basse) et Sergio Merce (saxophone ténor et machines).

Datant de 2004, la rencontre avait pour cadre le Goethe Institut de la capitale argentine : là, le quintette d'exception se sera accordé sur un développement musical sorti du silence de toutes origines. Mécanique de cordes et de bois contre râles engoncés en instruments à vents, déflagrations électroniques passagères et rivalités d'aigus multiples et de silences prégnants, graves étouffés de piano respectant des distances longues comme dix bras mis bout à bout. Les heurts sont inévitables – conséquences de tensions sous-jacentes – mais passagers : les aigus de Merce emportent les derniers soupirs. Le silence véritable peut suivre, mais il lui manque désormais quelque chose.

Berlin-Buenos Aires Quintet : Berlin-Buenos Aires Quintet (L'innomable)
Enregistrement : 2004. Edition : 2010.
CD-R : 01/ Berlin-Buenos Aires Quintet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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La pianiste Andrea Neumann jouera ce jeudi soir aux côtés de Sophie Agnel, Bertrand Gauguet et Benjamin Maumus, dans le cadre (de piano) du Festival Météo.

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Günter Müller : Buenos Aires Tapes (Monotype, 2009)

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C’est à l’occasion d’un séjour argentin, début 2006, que ces deux disques ont été gravés ; ils reproduisent deux concerts donnés par Günter Müller (iPod, electronics), le 9 février avec Courtis & Reche, le 10 avec Merce & Paiuk – soit deux trios qui ne sont pas sans renvoyer les amateurs aux autres « électrios » dans lesquels officie GM : avec Kahn & Dieb 13 par exemple, Sachiko M & Yoshihide, eRikm & Nakamura, Ambarchi & Samartzis, dans MKM (qui a d’ailleurs tourné en Amérique du sud au printemps 2007 comme en témoigne le disque MSA, For4Ears), ou encore avec Voice Crack

Première facette (en une longue pièce) : lourdes pales en rotation, horizon chuintant, pouls secret ; au fil d’un lent zoom, Günter Müller, Anla Courtis (guitare sans cordes, bandes) et Pablo Reche (sampler, electronics) élèvent une maquette portuaire nocturne puis, par des jeux de cache-cache et d’étagement des matières, dégagent de nouveaux reliefs. Dans ces déploiements d’anamorphoses et de profondes basses onduleuses, l’oreille semble se perdre : parfois – à fort volume – au profit de perceptions osthéophoniques, parfois pour mieux découvrir, par une écoute flottante, la subtile présence d’un élément « discret », au bord de la disparition, occupant pourtant une place d’influence dans le champ auditif. Une réussite.

Seconde galette (organisée en trois développements) : en compagnie de Sergio Merce (quatre pistes sans bande, WX7) et Gabriel Paiuk (piano, bandes), si l’ambiance est moins contemplative et les sollicitations plus explicites, le scénario reste intéressant ; un tissage passant du raréfié à l’hétéroclite et du lamé à l’urticant sert de substrat à la fouille sporadique du piano. Une dérive mixte (comme l’on peut parler de « techniques mixtes » en peinture).

Günter Müller : Buenos Aires Tapes (Monotype / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD1 : 01/ CD2 : 01/ 02/ 03/
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues: Dorsal (Creative Sources - 2005)

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Pour mener à bien sa tâche difficile, le violoniste Ernesto Rodrigues a décidé un jour de fonder Creative Sources, label consacré à la musique improvisée la plus contrariante. Pour l'auditeur, certes ; pour le musicien plus encore, qui a accepté d'aborder une musique qu'il faudra purger de tout artifice, débarrasser de référents mélodiques, infiltrer jusqu'à l'organe.

Car c'est là plus qu'ailleurs qu'on suppose la présence des intervenants. A force d'efforts, Ernesto Rodrigues, Manuel Mota et Gabriel Paiuk, disparaissent respectivement derrière un violon, une guitare, un piano. A l'intérieur, même, mettant tout leur coeur à gratter, frapper, tirer, chercher toujours d'autres moyens d'établir quelques preuves d'existence. Les cordes intègrent la section rythmique sans avoir le sens du rythme, quand les musiciens ne préfèrent pas tout simplement effleurer crin, nylon et bois (Tension).

Sur Lesion, l'archet ose une expression à laquelle répondra un piano servi à la cuillère. Une suite d'accords timides à la guitare, et c'en sera fait du remarquable jusqu'à Visceras, où l'on dissociera une autre fois le rythme des inspirations assumées en solo, qu'on aimerait d'ailleurs un peu moins frileuses, histoire de rendre moins monotone le défilement des secondes. Une musique vague qui ne connaît pas le ressac. Une couleur, presque, troublée par les ruptures d'Espinal, javellisée enfin par un archet assidu que soutient une guitare-berimbau à l'exotisme extrait (Inflamacion). Un disque inconseillable, faute d'amateur prêtant l'oreille et pas gêné de miser sur l'inconstant. Prêt aussi à parier, s'il veut avoir une chance d'être charmé par le combat que mène le trio contre les chimères mélodiques et les regrets d'y vouloir échapper.

CD: 01/ Tension 02/ Lesion 03/ Natural 04/ Visceras 05/ Espinal 06/ Inflamacion

Ernesto Rodrigues - Dorsal - 2005 - Creative Sources. Import.

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