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Festival Musica [2016] : Strasbourg, du 21 septembre au 8 octobre 2016

festival musica 2016

Le Festival Musica de Strasbourg, qui en est à sa 34e édition, est en général très largement dévolu aux musiques contemporaines plutôt académiques, voire institutionnelles, nonobstant quelques ouvertures à l'occasion de certaines éditions à des esthétiques plus proches des musiques improvisées (surtout lors de ses quinze premières éditions (Un Drame Musical Instantané, Anthony Braxton, Cecil Taylor, Trio Traband a Roma, Cassiber, Phil Minton, David Moss…). Les musiques électroacoustiques, plus précisément acousmatiques, y furent longtemps les parents pauvres : absentes de certaines éditions, tout au plus une rencontre parmi la trentaine de rendez-vous proposée chaque année, elles ont l'honneur de cette présente édition. Est-ce dû à la création d’un département consacré à ces esthétiques au Conservatoire de Strasbourg, appuyé par le partenariat avec l’Université de Strasbourg / HEAR (Haute école des arts du Rhin) ? Toujours est-il que le programme de l’édition 2016 de Musica alignait près d’une dizaine d’événements en rapport avec ces courants des musiques contemporaines.

La première semaine (du 21 au 24 septembre) à laquelle on peut rattacher la soirée du mercredi 28 septembre avec le concert de Thierry Balasse (Messe pour le temps présent) tournait principalement autour du GRM, dont le directeur actuel, Daniel Teruggi, présenta en prologue l’acousmonium, avant d’animer une discussion avec Thierry Balasse et eRikm. Cette installation permit tout d’abord d’entendre des créations de certains étudiants de la classe du département d’électroacoustique de l’académie supérieure de musique de Strasbourg, ainsi qu’une de l’enseignant coordinateur, Tom Mays dont le Presque rien pour Karlax usait d’archives de Luc Ferrari fournies par Brunhild Ferrari. Parmi celles des trois étudiants, Dreaming Expanses d’Antonio Tules apparaissait la plus évocatrice d’un cinéma sonore, les deux autres, quoique ambitieuses, affichaient encore un côté « étude » moins propice à l’imaginaire de l’auditeur : très techniques et pleines de heurts pour Les cheveux ondulés me rappellent la mer de mon pays, du Chilien Sergio Nunez Meneses, une utilisation plus intense des ressources de l’ensemble de l’acousmonium, avec Registres de Loïc Le Roux.

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Le lendemain, ce fut la présentation de la dernière œuvre de Pierre Henry (absent pour raison de santé), Chroniques terriennes. Celle-ci n’a pas la densité sonore d’autres œuvres du maître, et pourrait presque s’apparenter à une sorte d’écologie sonore, proche de l’acceptation canadienne de ce vocable, avec ses stridences de cigales, ces ululements ou roucoulements s’ils n’étaient perturbés par des sonorités plus mécaniques, plus anthropiques. Assurée par Thierry Balasse, la diffusion spatialisée de cette création fut suivie par celle de Dracula, créée il y a une quinzaine d’années.
Les auditeurs de Musica retrouvèrent le lendemain l’acousmonium du GRM pour deux sets de présentation d’œuvres réalisées en son sein. D’abord quelques œuvres historiques (deux études de Pierre Schaeffer, forcément, trois œuvres de la fin des années 1960, début 1970 à travers Luc Ferrari, Bernard Parmegiani et François Bayle, dont L’expérience acoustique use de sons empruntés à Soft Machine !, et plus récente, Anamorphées de Gilles Racot). Histoire de montrer les diverses approches. Le second set proposait des œuvres plus récentes. Celle de Vincent-Raphaël Carinola, Cielo Vivo, basée sur quelques vers de Garcia Lorca et offrait une spatialisation intéressante à une trame mouvante et fortement rythmée, plutôt emphatique. Draugalimur, membre fantôme d’eRikm devait suivre : « C’est une pièce que j’ai faite à la suite d’un voyage en Islande en 2013 er ça tourne autour d’un conte islandais sur l’infanticide des familles pauvres, un conte dont j’avais entendu parlé par une amie qui a beaucoup vécu en Islande. J’ai rencontré différentes personnes, je suis entré dans différents paysages, et avec Natacha Muslera nous avons fait des prises de sons... J’ai puisé dans ces enregistrements pour réaliser cette pièce en octophonie… »*. Peut-être la pièce la plus riche en sonorités des quatre présentées durant ce set. Celle de Guiseppe Ielasi, Untitled, January 2014, semble débuter comme une étude mais se meut peu à peu en un récit, parfois linéaire, tantôt plus animé. Springtime de Daniel Teruggi proposa un environnement sonore plutôt onirique, plaisant et prenant, assez rythmé, nourri toutefois d’une voix mutante tantôt proche de la diction d’un Donald Duck, tantôt plus cérémoniale, voire presque sépulcrale.

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Deux rendez-vous marquèrent la deuxième semaine. La soirée du mercredi 28 septembre, Thierry Balasse proposa sa re-création, plus instrumentale, et jouée par sa formation Inouie, de la Messe pour le temps présent de Pierre Henry, précédée de deux autres pièces, une récente création de Pierre Henry encore, Fanfare et arc-en-ciel, pièce plutôt ludique diffusée sur des haut-parleurs mixant orchestre et sons purement acousmatiques et Fusion A.A.N. de son propre cru, présenté par les musiciens d’Inouie (Thierry Balasse lui-même au cadre de piano, bagues-larsen, theremin, cymbale, cloches tubulaires, synthés…, Benoit Meurot aux guitare et synthé, Cécile Maisonhaute aux piano préparé, flûte, guitare, voix, Eric Groleau aux hang, cadre de piano et batterie, Eric Löhrer à la guitare, Elise Blanchard à la basse, Antonin Rayon aux synthé et orgue, enfin Julien Reboux au trombone).
ElectroA, ou la prestation soliste d’eRikm fut le second rendez-vous de la semaine. Dans un halo de lumière rougeâtre, le musicien improvisa pendant près d’une heure avec ses deux platines CDs, divers ustensiles et effets, mixant les sons, mettant d’autres en boucles, créant une fresque sonore mouvante, parcourue de pulsations avant d’évoluer vers des sections plus linéaires, presque minimales mais régulièrement perturbées par divers couinements, triturations, maintenant l’auditoire dans un qui-vive permanent.

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Les musiques électroacoustiques se déclinèrent en trois prestations lors de la troisième semaine de Musica. Les festivaliers eurent d’abord droit à un troisième acousmonium (après celui du GRM et celui de Pierre Henry) : c’est le studio Musiques et Recherches, de la musicienne belge Annette Vande Gorne, invité par Exhibitronic (Festival international des Arts Sonores, né à Strasbourg en 2011 auquel Musica a proposé une carte blanche !) qui en assura la maintenance pour diffuser quatre pièces, quelque peu inégales. La première, Avant les tigres, due à un jeune élève de Musiques et Recherches, Laurent Delforge était plutôt narrative, colorée, proposant une sorte de paysage mouvant sans agressivité. Annette Vande Gorne diffusa une de ses dernières créations, Déluges et laissés par les actions humaines, avec forces références (Claude Lévi-Strauss, Anatole France, Pasolini) et un questionnement. Pourquoi ? Cette pièce ne fit pas l’unanimité dans l’audience, contrairement à espace-escape, pièce de 1989 que Francis Dhomont présenta au public strasbourgeois après la courte séquence dévolue à Yérri-Gaspar Hummel (directeur artistique d’Exibitronic) et son point de contrôle C, qui évoquait, de manière plus emphatique (malgré les sons d’orage) la condition humaine, la liberté, les frontières.
Deux concerts mixtes (instruments et acousmatique conjoints) constituèrent le plat de la pénultième journée du festival, dont le concert de clôture officiel. Tout d’abord le décoiffant KLANG4, avec Armand Angster (saxophone, clarinettes), Françoise Kubler (voix, harmonica, percussion) entourés d’un platiniste / sampleur, Pablo Valentino, et du compositeur électroacousticien Yérri-Gaspar Hummel. Cette prestation fut aussi mixte dans sa conception, entre trame apparente écrite et pratique improvisée. Tout en nuances, les deux acousticiens surent créer un environnement sonore raffiné et renouvelé aux interventions d’Armand Angster qui, ainsi, dérogeait à l’attitude souvent convenu  inhérente à ses interprétations de la musique contemporaine, en se lâchant. De même, malicieuse, Françoise Kubler, vocalisant, minaudant, susurrant, chantant en diverses langues conquit son public. Un concert réjouissant.

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Drum-Machines. Cela fait un peu plus d’un an que l’on attendait cette création associant eRikm (interprète et concepteur) et Les Percussions de Strasbourg (à travers quatre de ses membres). Elle débuta en septembre 2015 par une première séance de travail, se met progressivement en place au cours de l’année pour être enfin présentée à cette édition de Musica. Le résultat, ce fut d’abord l’esthétique musicale d’eRikm démultiplié, densifié, qui, pendant près d’une heure, apparut comme une machine infernale dans laquelle les instruments acoustiques (frottés, triturés…) se confondaient tantôt avec les sons distillés par le compositeur, tantôt s’individualisaient délicatement tout en en proposant des  usages iconoclastes (qu’un jeu de caméras et d’écran permettait de visualiser) : vielle à roue, brindilles sur peau de tambour vibrant à la caresse d’une bille, plaque de métal, polystyrène… Un concert final étonnant et dynamique qui apparemment sut aussi ravir les aficionados des interprétations de musiques plus institutionnelles par les Percussions de Strasbourg.

P.S. Quoique ces quelques lignes se limitent volontairement à un aspect de la programmation, je ne peux m’empêcher de citer, parmi la trentaine d’autres rendez-vous concernant de l’édition 2016 de MUSICA, le compositeur espagnol Arturo Posadas, dont les œuvres « noires » (La lumière du noir, Anamorfosis, Oscuro abismo de llanto y de ternura), proposées par l’ensemble Linéa,Sombras (par le Quatuor Diotima, une soprano et un clarinettiste) et même Kerguelen (par l’orchestra national des Pays de la Loire) révélèrent une esthétique particulière. Il régnait dans ces prestations un esprit presque zeuhlien, en tout cas proche des ambiances distillées par Univers Zéro ou Présent. Et le même quatuor Diotima, avec Visual Exformation composée par le suédois Jesper Nordin** fit penser à l'Art Zoyd des années 1970. Voire à Sandglasses de la compositrice lituanienne Justė Janulytė (Musica 2011). Ou encore à Hildur Guðnadottir, violoncelliste islandaise (que Musica ferait bien d’inviter !)

Pierre Durr (textes & photos) © Le son du grisli

* extrait de l’interview réalisé pour le compte de Radio Bienvenue Strasbourg
** lequel a justement proposé sa pièce Pendants à l’ensemble L’itinéraire sur le CD Experiences de vol #8 édité par Art Zoyd Studio en 2010

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Festival Le bruit de la musique #4 : Saint-Silvain-sous-Toulx, 18-20 août 2016

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C'est une pâture, plantée d'un chapiteau rouge et jaune, et de quelques grandes tentes ouvertes. Il y flotte un air de fête : des guirlandes cousues, composées de triangles de tissu, des ampoules colorées pour quand il fera nuit.
C'est une pâture, dans un patelin de moins de 200 habitants, dans le nord de la Creuse. Un patelin nommé Saint-Silvain-sous-Toulx. Jamais mis les pieds à Saint-Silvain avec un I, jamais mis les pieds en Creuse non plus.
C'est une pâture où nous arrivons grâce à Metamkine, distributeur de disques et livres sur la musique contemporaine. Il est présent à ce festival, l'a signalé dans sa lettre d'information, il suffit de tirer le fil pour découvrir le  festival « Le Bruit de la musique », sous-titré « festival d'aventures sonore et artistiques ». Heureuse découverte !
C'est une pâture qui accueillait, du 18 au 20 août, déjà la quatrième édition. Le percussionniste Lê Quan Ninh présente tous les concerts. C'est lui, avec quelques proches, qui est à l'initiative de ce festival, aussi enthousiasmant que confidentiel.

Mise en bouche, jeudi 18, avec Marc Guillerot. Et quelle bouche ! Celle du comédien est goulument pleine de la poésie sonore, lettriste, syllabique d'un dadaïste autrichien, Raoul Hausmann, né à Vienne, cofondateur de Dada-Berlin, qui a vécu et est mort à Limoges. Proférations, cris, textes avec ou sans sens, c'est incarné et régalant. A  Saint-Silvain-sous-Toulx, dans la pâture, sous le chapiteau, on célèbre les 100 ans de Dada.
L'église de Saint-Silvain est décorée de peintures patriotiques, à la gloire des poilus morts pour la patrie en 14-18. C'est devant ce fond de scène édifiant que le percussionniste Burkhard Beins et le guitariste Michael Renkel, réunis depuis 1989 au sein du duo Activity Center, ont offert une impro subtile et respirante. Une sorte de perfection dans l'écoute et la vieille complicité, dans l'invention des sons bruitistes, tout en douceur et imagination.

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Je passerai sur le spectacle suivant – sons électriques de Jean-Philippe Gross et danse annoncée comme banale de Marie Cambois – qui m'a laissée froide. Mais le cadre est magique : le parc du château de La Roche, à quelques minutes à pied de la pâture.
L'ensemble Accroche-Note, basé à Strasbourg depuis 1981, bénéficie d'une carte blanche du festival. Il donnera trois concerts, un par jour, dans trois configurations différentes. Celui du jeudi soir, dans les jardins de La Spouze, en plein air, sous le volètement bienveillant de chauves-souris, fait sourire plus d'un spectateur. Le trio de clarinettes, qui réunit Armand Angster, Sylvain Kassap et Jean-Marc Foltz alterne des impros et des pièces contemporaines : Cavanna, Aperghis, et un Boulez reconfiguré à la sauce Angster. Soit du casse-gueule contemporain bourré de difficultés (et évidemment exécuté sans du tout se vautrer) et du joyeux, voire farcesque, dialogue musical de complices. Toutes les tailles de clarinettes sont au menu, de la petite à la contrebasse, dans une richesse de sonorités maîtrisées. Un festin.
Retour sous le chapiteau, pour une expérience visuelle et auditive hors du commun. Voici Hyperbang, composé de Gaëlle Rouard, Christophe Cardoen et David Chiesa. L'espace est configuré bizarrement. Les chaises font face à un écran, entouré de draperies noires. OK, il y aura une projection sur l'écran, mais où diable se trouve le musicien ? Il est question d'un cadre de piano, on ne voit rien... Le noir se fait, et un phénomène indescriptible commence. En même temps, des sons étranges, des images tout aussi invraisemblables, des lumières sur l'écran, des couleurs, des fulgurances auditives, des hachures visuelles et sonores, des flashes colorés, des déclinaisons agressives de nuances opposées, des feulements hurlements crissements grincements à pleine voix. Que faire ? Fermer les yeux ? Les oreilles ? Ou partir dans ce voyage hors du monde, hors du sens commun, des perceptions habituelles et rassurantes ? Ce trip psychédélique, une fois accepté, laisse alors voir des images, des sonorités reconnaissables, et plus seulement des couleurs ou des sons bruts. Des images comme rêvées et solarisées, des sons qui sortent d'un instrument, ce cadre de piano, caché aux regards. Cette expérience de perception est proprement hallucinante. Quand elle se termine, sous les applaudissements enthousiastes, me voilà dévorée de curiosité : mais comment font-ils ça ? Gaëlle Rouard est à l'image. Christophe Cardoen à la lumière. David Chiesa aux cordes amplifiées. Tous trois sont cachés derrière l'écran. Je me glisse. On peut voir ? On peut savoir ? Ben, pas vraiment, ils n'ont pas envie, et c'est leur droit le plus strict, de montrer, d'expliquer comment ils produisent, en direct, cette cuisine extravagante, sauvage et appétissante.
Et voilà, c'était le premier jour dans la pâture de Saint-Silvain-Sous-Toulx.

foccroulle par anne kiesel

Vendredi 19, la mise en bouche est une mise en jambes. Tom Vierhout propose une balade à l'écoute des oiseaux, et à la découverte des plantes sauvages. S'arrêter pour tendre l'oreille au cri d'un tendre pouillot, apprendre à reconnaître le chant de la fauvette à tête noire. Bucolique. Et musical, aussi.
Pendant ce festival, on voyage dans les communes voisines, au milieu de paysages sauvages. On arrive dans des églises romanes, que la pauvreté de la Creuse a préservées des remaniements trop brutaux. Vive la pauvreté, se félicitent les amoureux de l'art roman. Nous voici à Domeyrot.
Geneviève Foccroulle est au piano. Concentrée, habitée, lumineuse. Ses doigts, qui se reflètent sur la paroi noire brillante, dansent, lent ballet inspiré qui respire la partition, qui dessine la musique dans l'espace, lui donne un corps, réel et subtil. Elle joue des pièces contemporaines, intelligemment entrelacées avec d'autres du XVe. Le dernier morceau de son récital est un Morton Feldman assez connu, Palais de Mari, sa dernière composition pour piano. La partition déroule de subtiles variations, sur un tempo qui semble immuable mais qui joue avec les appuis. Par son interprétation, à la fois profonde et légère, Geneviève Foccroulle installe une sensation de temps suspendu, un sentiment d'éternité. Un moment de grâce inouïe. Juste après le concert, elle explique, avec infiniment de simplicité et de gentillesse, comment elle approfondit sans fin son travail sur cette partition qui la fascine et dont elle ne cesse de découvrir les subtilités. Une grande dame.
Nouveau trajet, cette fois jusqu'à l'église de Toulx-Sainte-Croix, village perché.
C'est le deuxième concert d'Accroche-Note, fondé par Armand Angster et Françoise Kubler. Les voici justement en duo, clarinette et voix de soprano. Avec à nouveau ce qui est l'essence du festival : le rapprochement entre improvisations et pièces contemporaines. Cage, Manouri, Resanovic, Mâche, certaines pièces ont même été écrites pour eux. Elles sont interprétées avec une classe folle. Françoise Kubler a une aisance vocale aussi éblouissante que son sourire, et une tessiture impressionnante, souplesse moelleuse des aigus puissants jusqu'aux graves jouissifs. Du très haut niveau.

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Après de tels sommets, comment atterrir ? C'est tout le génie d'une programmation aux petits oignons. Pierre Meunier, grand homme de théâtre. Il arrive, avec son profil rustique de travailleur manuel. Il a un seau de chantier, rempli de grosses pierres. Il les fait soupeser par le public. C'est lourd. Un autre seau de pierres, puis un autre. Où nous emmène-t-il, avec ses cailloux qu'il empile sur une table de camping ? Dans un voyage absurde et vertigineux au pays de la pesanteur, de l'esthétique de la chute, de la poésie du tas. On rit beaucoup, on est soufflé, le spectacle s'appelle « Au milieu du désordre ».
Pour clore cette grande journée, un solo de Will Guthrie, impeccable batteur au riche langage.

Samedi 20, retour dans l'église de Domeyrot, où est installé le piano du festival. C'est le matin, nos oreilles sont fraîches. Frédéric Blondy s'installe au piano. Ce n'est pas un piano préparé, rien n'est encore installé dans les cordes. Mais un grand bric-à-brac est prêt à être utilisé, au fil de l'impro qui va commencer. Charlotte Hug est à l'alto. Ses accessoires sont moins spectaculaires (petites pinces à linge, objets métalliques que je n'ai pas identifiés, et son archet dont les crins sont amovibles à une extrémité ce qui lui permet de faire le tour de l'alto et de faire sonner les quatre cordes en même temps). Les deux musiciens se lancent dans ce qui fut peut-être le sommet du festival (quel crève-cœur de désigner un coup de cœur au détriment de tous les autres). C'est inracontable mais on va essayer. Lui danse dans son piano, gratte, frotte, frappe, sonne. Il quitte le cadre du piano pour revenir sur les touches. Pas bavard, il joue aussi avec les silences, dans un tempo puissant d'une beauté saisissante. Elle effleure, caresse, résonne, grince, hurle son alto, chuchote à la voix, percute des lèvres, invente un chant, lance des hurlements orgasmiques, ose tout. Les deux dialoguent, écoute, respect, relance, complicité. Leur impro à quatre mains et deux âmes se termine magnifiquement, sur un sommet (bien plus enthousiasmant qu'une fin classique dans un souffle qui s'essouffle jusqu'au silence). Après tant de beauté, le monde peut s'arrêter de tourner.

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Pas facile de passer ensuite. Hélène Mourot, dans un solo de hautbois, avait pour mission de monter que cet instrument, considéré comme ingrat, a sa place dans la musique contemporaine. Elle a, disons, effleuré le sujet.
Troisième concert d'Accroche-Note, avec quatre musiciens cette fois. Les deux fondateurs, Armand Angster et Françoise Kubler, plus Cécile Steffanus au piano et Christophe Beau au violoncelle. Un programme contemporain de duos, entièrement écrit  : Ligeti, Xenakis, Berg, Fedele, Harvey (avec quand même un impro à quatre pour le plaisir à la fin). De très haut vol, comme toutes les cartes blanches de cet ensemble au cours du festival.
Enfin, voici Rie Nakajima, qui avait installé dans le parc du château de petites machines produisant des sons par contact électrique, au gré du vent. Elle a clôt le festival au cours d'une performance, activant et modifiant d'autres petites machines bricolés, qui font résonner des objets métalliques, de la vaisselle, une poubelle. Le bruitisme modeste. Charmant, d'autant plus que le public a pris la liberté de circuler au milieu des objets sonores, les écoutant comme des chants d'oiseaux.

Anne Kiesel © Le son du grisli

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