Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers!, 2012)

talweg nos doubles errent dans la nuit duelle

« Définitifs et jubilatoires », disait Pierre Cécile des « cris » que l’on trouvait en Substance Mort et Hate Supreme, les deux précédents disques de Talweg. Avec Nos doubles errent dans la nuit duelle, le mystère s’épaissit : Erle et Fels – doubles fugitifs de Joëlle V. (voix) et Eric L. (batterie) – poursuivent à la brune leurs travaux d’expiation.

Qu’on les entende : tendre d’abord l’oreille, soupçonner derrière un fin rideau de cymbales et l’appel lointain d’une corne de brumes (le pluriel est voulu) le chapelet de râles qui attendent comme autant de terribles surprises le noctambule égaré. Ainsi des coups sur toms, lents et réguliers, provoquent-ils le départ d’une nuée d’harpies que l’on a dérangées ; ainsi le dernier de ces coups, c'est-à-dire le coup de trop, déclenche-t-il la furie de leur maître, minotaure pourquoi pas, vierge folle sinon qu’un époux infernal ne cesse de tourmenter.

L’évocation d’Une saison en Enfer n’est pas gratuite : la voix et les tambours de Talweg agissent avec la même puissance que le poète mais en miroir : dans leurs errements eux se passent de mots et de rythme s’il n’est pas celui du battement de cœurs qu’ils ont à vif et qu’ils exposent aux quatre vents ; qu’ils vous offrent même sur un plateau. C’est pourquoi, malgré l'appréhension, il faut aller à Nos doubles errent dans la nuit duelle. La seule chose que l’on y risque vraiment est aussi la plus belle qui puisse nous arriver : qui est de les croiser.

Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2012.
LP (100 exemplaires) : A-B/ Nos doubles errent dans la nuit duelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

affiche talweg

Ce jeudi 20 décembre, Talweg apparaîtra à Marseille.
Supplique du GRIM. Dixième festival Nuit d’Hiver.

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Talweg : Est un chemin, loin en sombre (Up Against the Wall, Motherfuckers!, 2017)

talweg est un chemin sombre

Si Talweg – jusque-là Erle (Joëlle Vinciarelli) à la voix et Fels (Eric Lombaert) à la batterie – n’est pas au bout de ce « chemin » emprunté en 2010 au son de Substance Mort, c’est qu’à force de sillonner (c’est ici leur second vinyle), il a fini par le changer en paysage. Dans ce paysage, le duo s’est enfoncé ; sous ses pas – c’est à dire : par sa faute –, le chemin s’est encore assombri.

Aux râles d’hier, Erle opposera d’autres râles, mais pas seulement. C’est qu’elle et son camarade ont augmenté leur instrumentarium d’une vielle, d’une trompette, de synthétiseurs et de la flûte d’Arnaud Marguet. Alors, avec force, ils agitent d’autres mythologies – c’est, par exemple, un (une ?) Léandre qu’on y trouve, un archet planté dans la gorge – en un noir diptyque exposé à la verticale prêt à avaler crissements, déviations, grippages…

Certes, la batterie et les cornes prendront garde à ne pas effaroucher l’enfant qui calme son angoisse au son d’une comptine, un piano à pouces l’amadouera même, mais un temps seulement. En seconde face, ce sont chez Erle d’autres respirations avant de nouvelles incantations : on ne saurait dire combien de voix s’élèvent sur combien de roulements, ni à quelles hauteurs les premières façons de Talweg (voix contre batterie) évoluent désormais.


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Talweg : est un chemin, loin en sombre
Up Against the Wall, Motherfuckers! / Les disques en rotin réunis
Enregistrement : 2016. Edition : 2017.
LP : A/ Est un chemoin – B/ Loin en sombre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

 

 

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Talweg : Substance Mort / Hate Supreme (Up Against the Wall, Morthefuckers!, 2011)

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Le Myspace de Talweg est une boutique obscure où l’on trouve de quoi souffler en quelques secondes un immeuble de treize étages. Un petit bout de femme (Erle, à la voix) et un gaillard (Fels, à la batterie) l’animent de leurs échanges corsés. De temps en temps, ils proposent au visiteur d’assister à une représentation de telle ou telle pièce de leur théâtre de la cruauté. Ca peut-être Substance Mort ou Hate Supreme.

Comme Coltrane a chanté l’amour, Talweg crache la haine – c’est bien ce qu’il faut comprendre ? Les disques du duo paraissent sous étiquette « Up Against the Wall, Motherfuckers! » : on est en plein dans le sujet. Dans son micro Erle crie cinq minutes pendant que Fels martèle sa batterie. Ce mur du son est impressionnant et remplace l’immeuble dont je parlais plus haut – c’est un terrible Ground Zero rebaptisé (si je puis dire) Hate Supreme.

Substance Mort, c’est encore autre chose. On assiste à un combat sans merci entre un minotaure enchaîné et un bourreau qui au bout de ses baguettes a disposé des tisons. Au début, le minotaure semble en appeler à son père mais trouve finalement les ressources qui lui vaudront d’être délivré. La bête se fait séductrice (Erle, qui en endosse le rôle, tire des notes aigues qui conviendraient aux sirènes ou joue la petite fille perdue en forêt) et son bourreau (fourbe qui se donne des airs d’exorciste) n’a d’autre choix que de l’exciter encore un peu plus. Les cris qui en sortent sont jubilatoires pour l’un et définitifs pour l’autre. Pour nous, ils sont définitifs et jubilatoires tout à la fois !

Talweg : Hate Supreme / Substance Mort (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2011. CD-R.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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