Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Barry Guy: Portrait (Intakt - 2007)

portrait_guyAprès avoir dressé le portrait d'Irène Schweizer, le label Intakt s’attaque à celui du contrebassiste Barry Guy.

On sait le goût de Guy pour les écarts. Ceux qu’il se permet entre un lyrisme régulièrement emporté par les dissonances à la tête du London Jazz Composers Orchestra (aux free jazzmen inspirés: Paul Rutherford
sur Ode Part 1, ou Evan Parker et Paul Dunmall sur Harmos) et une improvisation libre en solo (les grincements à l’archet et les cordes accrochées de Toujours rouge et I Have Crossed By The Grace of The Boatman), par exemple ; ceux, aussi, dus à un aller-retour entre les déconstructions d’un New Orchestra parmi lequel on trouve, entre autres, Mats Gustafsson et Raymond Strid (Inscape), et les rencontres productives en petit comité - des délicatesses mises en place aux côtés du pianiste Agusti Fernandez et du batteur Ramon Lopez (Odyssey) aux gestes vindicatifs fomentés avec Evan Parker et Paul Lytton (Agreement).

Fidèle, le portrait présnte les multiples facettes découvertes sous le masque du musicien d’avant-garde. A l’amateur, maintenant, d’aller y voir, et de poursuivre ensuite une exploration prometteuse.

CD: 01/ Ode Part 1 02/ I Have Crossed by the Grace of the Boatman 03/ Harmos 04/ Agreement 05/ Sleeping Furiously Part 3 06/ She Took the Sacred Rattle and Used It 07/ Double Trouble 08/ Alar 09/ Odyssey 10/ Veni Creator Spiritus 11/ Inscape – Tableaux Part VII 12/ Toujours Rouge

Barry Guy - Portrait - 2007 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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Spontaneous Music Ensemble : Quintessence (Emanem, 2007)

quintesli

Résumé de trois concerts donnés en 1973 et 1974 par le Spontaneous Music Ensemble, Quintessence donne à entendre John Stevens aux côtés du saxophoniste Trevor Watts et du contrebassiste Kent Carter, trio accueillant, la deuxième année, Derek Bailey et Evan Parker.

1974. Intimant d’abord à son improvisation des airs de plaintes aigues et lentes, amassées sur le décorum sombre mis sur pied par l’archet de Carter, le quintette ne tarde pas à libérer les tensions (in)novatrices – harmoniques de Bailey et arpèges étouffés, invectives des deux saxophonistes à qui Stevens conseille, tambour battant, d’en découdre sans relâche (Forty Minutes). Sortie aussi des lamentos premiers, Thirty-Five Minutes conciliera les différents efforts – soubresauts des sopranos et de la guitare – sur le jeu emporté de Stevens, avant que Ten Minutes draine les interventions jusqu'à mettre au jour plus nettement encore l’entente exceptionnelle des musiciens.

Un an plus tôt, Stevens, Watts et Carter improvisaient ensemble Rambunctious et Daam-Oom. Là, le percussionniste adopte une posture plus radicale  et répond au soprano au son de sa voix – litanie perturbée jusqu’à s’obliger le cri, ou incantation maltraité par ses curieuses méthodes de chant. Passé au cornet, Stevens élabore plus tard en duo avec Watts une pièce multipliant autant les charges compulsives qu’elle se réserve des plages mesurées aux frontières, parfois, de l’ultime discrétion (Corsop). De quoi, donc, en apprendre encore sur la pratique et les interrogations de cinq pionniers de l'improvisation européenne faisant aujourd'hui figures de prophètes.

Spontaneous Music Ensemble : Quintessence (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973-1974. Edition : 2007.

CD1 : 01/ Forty Minutes (part 1) 02/ Forty Minutes (part 2) 03/ Thirty-Five Minutes (part 1) 04/ Thirty-Five Minutes (part 2) - CD2: 01/ Ten Minutes 02/ Rambunctious 1 03/ Rambunctious 2 04/ Daa-Oom (Trio Version) 05/ Corsop 06/ Daa-Oom (Duo Version)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alexander Von Schlippenbach: Winterreise (Psi - 2006)

schlipsliExtraits de l’enregistrement de deux concerts donnés au Loft de Cologne en 2004 et 2005, Winterreise redit l’assurance avec laquelle Alexander Von Schlippenbach (piano), Evan Parker (saxophone ténor) et Paul Lovens (percussions) continuent d’interroger ensemble l’improvisation. De deux manières différentes…

Frénétique, d’abord (Winterreise 1). Les ruades de Schlippenbach ne mettant pas longtemps à pousser Parker au free flamboyant, quand Lovens trame dans l’ombre un exposé brillant des possibilités des cymbales et toms. Se réservant quelques pauses, le trio peut laisser discourir seul un piano aux déliés romantiques, avant de dévaler une nouvelle pente abrupte, plage de musique emportée sur laquelle chacun excelle.

Prudent et plus sombre, ensuite (Winterreise 2). Là, les graves lents et réverbérés du piano s’opposent à la pratique expérimentale de Parker, qui traîne ses notes sur les sifflements fomentés sur cymbales par Lovens. Légère, la main droite de Schlippenbach ose des interventions plus concrètes qui inciteront l’ensemble à charger à nouveau, pour conclure, en destructeurs, un disque remarquable.

CD: 01/ Winterreise 1 02/ Winterreise 2

Alexander Von Schlippenbach - Winterreise - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton: Zafiro (Maya Recordings - 2006)

zafirosliPour s’être souvent associés, ces 40 dernières années, les improvisateurs de choix que sont Evan Parker, Barry Guy et Paul Lytton, se connaissent bien. En 2006, ils se rencontraient une nouvelle fois, à Barcelone, histoire de célébrer des noces que l’on qualifiera, pour la circonstance, de saphir (Zafiro).

En trio, les musiciens combinent sur ID1 leurs ruades différentes: brutes, celles de Parker au ténor ; abrasives, celles que Guy fomente à la contrebasse ; retenues, celles que concède Paul Lytton à la batterie. Changeantes, aussi, les attitudes de chacun : pratique peu conventionnelle de Guy (ID5), insatiabilité de Parker au soprano sur l’archet vindicatif de la contrebasse (ID7), exploration rigoureuse (et en solo) d’une forêt de percussions par Lytton (ID4).

Ailleurs, d’autres combinaisons encore: duos Guy / Lytton - investissant un exercice répétitif et charmant (ID8) - et Parker / Guy - découvrant, au creux d’un brouhaha expansif, les traces d’oiseaux de feu ultramodernes (ID9). Lâchés au-dessus de Zafiro, expérience inapaisée capable de mettre au jour un paquet de trouvailles rassurantes.

CD: 01/ ID1 02/ ID2 03/ ID3 04/ ID4 05/ ID5 06/ ID6 07/ ID7 08/ ID8 09/ ID9 10/ ID10 Zafiro Encore

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton - Zafiro - 2006 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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Free Zone Appelby 2005 (Psi - 2006)

psi0606sliAutour du saxophoniste Evan Parker, neuf improvisateurs de choix servent, selon les combinaisons, une musique exaltée et vorace, aux allures oscillant entre free jazz définitif et contemporain déluré.

Parmi les combinaisons, trois trios: Kenny Wheeler (trompette), Paul Rogers (contrebasse) et Tony Levin (batterie), déroulant un free incisif sur Red Earth Trio-1; Gerd Dudek (saxophone ténor), John Edwards (contrebasse) et Tony Marsh (batterie), introduisant Red Earth Trio-2 de manière déconstruite avant de tout sacrifier à l’énergie implacable ; Paul Dunmall (soprano et ténor), Philipp Wachsmann (violon) et Tony Levin, enfin, opposant les entrelacs mesurés de saxophones et de violon à la charge féroce des hurlements et des sirènes (Red Earth Trio-3).

A Red Earth Quartet 1, ensuite, d’occuper l’espace. Ouvert au son du contrepoint abrupt des deux ténors (Evan Parker et Gerd Dudek), la pièce progresse sous l’effet de l’ardeur de Tony Levin. Insatiables, déjà, les saxophonistes amassent leurs trouvailles sans plus se poser de question, quand Levin gagne encore en densité et que la contrebasse de John Edwards n’en peut plus d’insister.

Réunis tous, enfin, sur Red Earth Nonet, les improvisateurs investissent des sphères ténébreuses, mouvements lents et circulaires pour free jazz dense évoquant le Way Ahead de Coursil. Irrémédiable, la charge sera passagère, fière et accablante, et regagnera peu à peu le souterrain duquel on l’avait extirpée. Un final dans les brumes, après autant d’épreuves du feu essuyées avec prestige.

CD: 01/ Red Earth Trio-1 02/ Red Earth Quartet 1 03/ Red Earth Trio-2 04/ Red Earth Trio-3 05/ Red Earth Nonet

Free Zone Appleby 2005 - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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Fast Colour: Antwerp 1988 (Loose Torque - 2005)

fastcoloursliQuintette emmené par le batteur John Stevens, Fast Colour accueillait en 1988 à Anvers la chanteuse Pinise Saul et le saxophoniste Evan Parker. Dans le seul but de parfaire l’hommage délicat adressé par Stevens à l’un de ses partenaires favoris: le contrebassiste Johnny Dyani, disparu 2 ans plus tôt.

Sur un gimmick de contrebasse et la divergence amusée des instruments à vent (trompette d’Harry Beckett, saxophones de Dudu Pukwana et Parker), l’ensemble investit avec Now Time le champ des rengaines délurées dont
Sun Ra s’était fait le chantre - imité bientôt par Eddie Gale -, pour ne plus les lâcher: qu’elles prennent l’allure d’une marche funèbre traînante accueillant les expérimentations légères de la tromboniste Annie Whitehead (Johnny Dyani’s Gone), d’une fanfaronnade gonflée par la surenchère à laquelle se livrent les deux saxophonistes (Mbizo), ou d’une construction baroque hésitant entre free jazz et swing (Way It Goes).

Toujours plus expansifs, les musiciens refusent de penser l’hommage comme célébration terne, redisent la circularité de l’existence sur Don’t Throw It Away (répétitions de la trompette bientôt reprises par Pinise Saul) avant de conclure leur set dans l’opulence altière capable de consoler de Way It Goes / Now Time. Boucle bouclée, œillade à un éternel retour qui pourrait faire passer les membres de Fast Colour du nombre de 7 à celui de 8.

CD: 01/ Now Time 02/ Way It Goes 03/ John Dyani’s Gone 04/ Don’t Throw It Away 05/ Mbizo 06/ Way It Goes / Now Time

Fast Colour - Antwerp 1988 - 2005 - Loose Torque.

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Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink : The Topography of The Lungs (Psi, 2006)

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Après s'être rencontrés au sein d'une des grandes formations de Peter Brötzmann en 1968, le saxophoniste Evan Parker, le guitariste Derek Bailey et le batteur Han Bennink improvisèrent ensemble The Topography of The Lungs, le 13 juillet 1970. La même année, Bailey sortait le disque sur Incus, label qu'il gérait en compagnie de Parker et de Tony Oxley. Aujourd'hui, Parker le réédite sur le sien propre, Psi.

Dès Titan Moon, le trio propose plusieurs manières de céder aux tensions précipités de notes sortis du saxophone, gestes rapides et secs de Bennink et aigus saturés du guitariste, effrontément amassés sur le tas. Ici ou là, des pauses introspectives réussissent à s'imposer au milieu des chaos, jusqu'à lancer l'unique allégeance faite à la musique populaire, la batterie déposant un swing affable sur la fin de Dogmeat.

Passant d'un saxophone (soprano) à l'autre (ténor), Parker distribue aigus (For Peter B & Peter K) ou graves (Fixed Elsewhere) avec la même ardeur, quand Bailey interroge davantage sa capacité à penser plus posément la forme de son implication. Les arpèges espacés et le volume changeant de la guitare électrique répondent ainsi plus efficacement aux interventions du saxophoniste et du batteur.

En guise de bonus, la réédition offre deux versions de Found Elsewhere, sur lesquelles le trio sacrifie presque tout à la réflexion lente. Qui n'oeuvrent pas forcément en faveur de la cohérence de l'ensemble du disque, mais qui peuvent aussi faire figure de contraste valorisant encore les quatre titres de l'édition originale, naviguant entre retenues sensibles et moments effrénés de perdition.

Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink : The Topography of The Lungs (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1970. Edition : 2006

CD : 01/ Titan Moon 02/ For Peter B & Peter K 03/ Fixed Elsewhere 04/ Dogmeat 05/ Found Elsewhere 1 06/ Found Elsewhere 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Barry Guy : Study II, Stringer (Intakt, 2005)

london jazz composers orchestra study ii

A la tête du London Jazz Composers Orchestra depuis 1970, le contrebassiste Barry Guy n’en finit pas d’interroger la faculté qu’a l’individu de s’affirmer au sein d’un collectif là pour respecter des règles. Celles qu’un musicien doit suivre pour rendre une œuvre écrite, tout en évaluant les permissions d’y instiller un peu de Soi improvisé. Deux pièces enregistrées à dix ans d’intervalle illustrent ici le propos.

En 1980, Guy menait un Stringer long de quatre mouvements (Four Pieces For Orchestra). Oscillant déjà entre jazz et contemporain, gestes déraisonnables et structures contraignantes, il dirige un ensemble d’une vingtaine de musiciens dans un univers de métal. Bande passante chargée de propositions variées, la première partie chancelle au gré des assauts du contrebassiste Peter Kowald avant d’accueillir les percussions insatiables de Tony Oxley et John Stevens, ou le free appliqué du saxophoniste Trevor Watts.

Continuant à distribuer les solos, Guy engage Kenny Wheeler à déposer sa trompette sur une suite répétitive et baroque, en guise de deuxième partie. Puis arrive l’heure des souffles : Peter Brötzmann et Evan Parker rivalisent d’emportement sur Part III, quand le clarinettiste Tony Coe préfère confectionner quelques phrasés courbes. En guise de conclusion, les batteurs reviennent le temps d’un grand solo, qui pousse l’ensemble à investir enfin un chaos revendiqué et intraitable.

Si Stringer trouve naturellement sa place dans la riche discographie de la scène improvisée européenne de son époque, Study II, enregistrée en 1991, échappe davantage aux classifications. Cette fois, l’orchestre bâtit une musique nouvelle tirant sa substance des expériences de Berio ou de Cage. Montent des nappes quiètes, écorchées tout juste par des notes multidirectionnelles échappant au cadre ou par quelques grincements promettant la charge à venir.

Grâce aux coups de Paul Lytton, les musiciens trouvent la faille et s’y engouffrent à 17 : la contrebasse de Barre Phillips, les saxophones d’Evan Parker, Trevor Watts et Paul Dunmall, le piano retenu d’Irène Schweizer, le trombone de Conrad Bauer, surtout, imposent un marasme fertile. Ainsi, Study II prouve qu’une décennie peut accueillir l’évolution. Et que la somme des documents la concernant peuvent servir une même idée sur un timbre différent. Deux élans parmi tellement d’autres, mais grâce auxquels Barry Guy lustre les rayons rococo d’une musique exubérante et singulière : la sienne, et un peu celle de chacun des autres.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Study II, Stringer (Intakt / Orkhêstra International)
Réédition : 2005.
CD : 01/ Study II 02/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part I 03/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part II 04/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part III 05 Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Foxes Fox : Naan Tso (Psi, 2005)

foxes fox naan tso copy

Sous le nom de Foxes Fox, un quartette occasionnel, emmené par le saxophoniste Evan Parker, s’est récemment réuni dans l’intention de marquer en musique les derniers coups portés en Angleterre par le batteur Louis Moholo. C’est qu’il fallait à celui-ci retrouver son pays, l’Afrique du Sud, quittée jadis pour cause d’Apartheid.

27 octobre 2004, au Gateway Studio de Londres, sans la moindre introduction, le groupe s’acharne à faire éclater les perturbations, rue dans les brancards, au son des rebonds aériens et des roulements affables de Moholo. Une coupe nette, et le batteur distribue les coups profonds sur tom basse, quand John Edwards tend sa contrebasse d’attaques courtes suggérant bientôt la reprise des hostilités. Après avoir ingénument défendu une phrase répétée jusqu’à ne plus pouvoir la retenir, Parker s’engage avec Steve Beresford dans un inextricable dialogue saxophone / piano. Frôlant l’anthologie, il pourrait résumer à lui seul l’essentiel de la fougue ici déployée si soustraire un seul geste de la somme fantasque qu’est Naan Tso n’était pas illusoire. Après une demi-heure, l’improvisation se termine dans les grincements divers et les boucles de cordes pincées.

D’inspiration plus légère, Slightly Foxed débute par les impacts sauvegardés des doigts d’Edwards sur son instrument. Beresford n’intervenant pas, Parker gagne encore en présence, et distribue comme il l’entend ses phrases grâce au soutien de Moholo, discret mais immanquable. Infaillible, toujours et encore, sur Reinecke Gefettet, sur lequel le quartette reconstitué dresse une composition sur l’instant, grave et emportée. Où Beresford, pas revenu pour rien, badinera à loisir sur un piano réverbéré, jusqu’au chaos grandiose.

Ne restait plus, pour l’équilibre de Foxes Fox, qu’à Edwards de revendiquer mieux. Omniprésent sur Renard pâle, Parker n’en permet pas moins au contrebassiste d’arriver à ses fins : attaquant à grands coups d’archet le bas de son instrument, il tisse un accompagnement insatiable et libérateur, décidant d’une pause à partager, avant d’inviter Moholo à le rejoindre le temps d’un duo dense et concis. La session close sonne l’heure de l’au revoir. Et toutes les boîtes du monde de souhaiter un jour organiser un semblable pot de départ.

Foxes Fox : Naan Tso (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 octobre 2004. Edition : 2005.
CD : 01/ Naan Tso 02/ Slightly Foxed 03/ Reinecke Gefettet 04/ Renard pâle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Stan Tracey, Evan Parker: Crevulations (Psi - 2005)

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Enregistré en 2004 au Festival d’Appleby (Angleterre), Crevulations revient sur la rencontre attendue d’Evan Parker, personnage incontournable de la musique improvisée européenne, avec Stan Tracey, figure tutélaire du jazz britannique.

Pianiste résident du Ronnie Scott’s Club de Londres dans les années 1960, Tracey a eu l’occasion d’apprendre le jazz comme on le faisait alors. Soit, de mille manières différentes malgré les origines semblables, aux côtés de Ben Webster, Stan Getz, Sonny Rollins ou Roland Kirk. Toujours à l’affût, c’est aux côtés d’un maître de la discipline qu’il investit aujourd’hui le champ improvisé.

Apaisant, Bendalingo’s Dream inaugure le contraste fait compromis convaincant. Sur la réverbération des accords de piano, Parker ose quelques mélodies intuitives, thèmes possibles à travailler, avant d’opter pour les silences. Sensiblement, se met en place un discours contemporain gonflé par endroits par les excès nuancés du saxophoniste.

Qu’il impose la rythmique ou laisse courir ses legatos inspirés, Tracey ne perd jamais de vue ce qui l’anime vraiment : revêtir l’habit d’accompagnateur. Capable pourtant de multiplier les accroches mélodiques avec finesse (Crevulation), c’est sans cacher sa préférence qu’il offre au saxophone arabisant le décors de sable adéquat sur The Streatham Walk, ou répète inlassablement les quelques accords qu’il décortique afin d’élargir l’éventail des possibilités de Parker (Babazuf).

Issu du rapport stimulant d’expériences différentes de l’improvisation en musique, Crevulations est un disque d’une singularité rare dans sa catégorie. Assez intelligent pour expliquer autrement et le jazz et l’improvisation libre.

CD: 01/ Bendalingo’s Dream 02/ Crevulations 03/ The Streatham Walk 04/ Babazuf

Stan Tracey, Evan Parker - Crevulations - 2005 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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