Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Eva-Maria Houben Expéditives

eva-maria houben le son du grisli

Les disques défilent et parfois le temps avec. L’emportent même, d’autant que l’écoute peut ne pas suffire à saisir ce qu’il se joue de beau dans un disque, et puis dans un disque supplémentaire ; dans une expression abstraite, puis dans une expression abstraite supplémentaire. L’ « expéditive » est là pour réparer le manque, voire la faute…

diafani

Eva-Maria Houben : 6 Sonaten für Klavier (Diafani, 2013)
Pour ces 6 Sonaten für Klavier, Eva-Maria Houben est seule au piano. Si la veine est classique, la partition révèle des accords à distance, une marche funèbre volontaire, une berceuse continentale ou des exercices plus lâches où main gauche et main droite rivalisent dans l’ombre. Au piano, c’est un art de l’épanouissement tenté par le silence mais aussi hanté par, dit-on, la « grande musique ».

diafaniEva-Maria Houben : Chords (Diafani, 2013)
Le titre du disque promettait une suite d’accords, et c’en sont de longs qu’Houben dispose à distance, derrière un orgue cette fois. Quand ils tremblent, ils peuvent évoquer les notes en perdition de Feldman ; mais, au gré des minutes, et malgré les silences, ils se font plus insistants : la cohésion de l’accord l’emporte à la fin. En négatif, Chords donnera l'indispensable Unda Maris...

diafaniEva-Maria Houben : Unda Maris (Diafani, 2013)
... Un bourdon (orgue) enfoui au plus profond des graves entame Unda Maris, qu'Eva-Maria Houben développera autant en l’amenuisant qu’en le gonflant avec force. Les distances entre deux attaques se réduisent, et leur profusion scinde la note tenue en deux parties distinctes : quand l’une tremble, l’autre menace encore. Indispensable, était-il écrit.



diafaniEva-Maria Houben : Yosemite (Diafani, 2013)
Composition pour ensemble datée de 2007, Yosemite commande surtout aux instruments à vent de longues notes à arranger par couches. Jouant avec les harmoniques, les résistances et de longues plages de silence, Houben transformera de courtes notes en bourdons appelés à disparaître. Comme les reliefs du parc éponyme s’amenuisent à l’horizon.

diafaniEva-Maria Houben, Bileam Kümper : Atmen 1 – Atmen 2 (Diafani, 2013)
En ces deux Atmen, ce sont deux duos que l’on trouve : un orgue et un tuba (Bileam Kümper) qui accordent leurs souffles continus en évoquant de lents mouvements de train dans la nuit ; un orgue et une viole de gambe qui, avec plus de discrétion encore, manœuvrent en musique. Peut-être est-ce l’intention première d’Atmen, qui impressionne et puis stupéfie.

diafaniEva-Maria Houben, Bileam Kümper : Atmen 3 – Atmen 4 (Diafani, 2013)
Avec Kümper encore, deux autres Atmen. Sur lesquelles orgue et tuba commandent à un lot de sirènes de glisser sous votre fenêtre conseils et sifflements (Atmen 3) ou, dans un même élan monochrome, établissent des parallèles dont les harmoniques révèlent à l’auditeur de rares textures instrumentales.

rhizome

Eva-Maria Houben : Field By Memory Inhabited III & IV (Rhizome, 2014)
Eva-Maria Houben et Bileam Kümper, toujours. Mais pas pour rien. Ces deux Field by Memory Inhabited – soit : deux fois un piano contre un violon (alto) – jouent des codes : silences obligatoires et romantisme de bagatelle, notes tenues contre silences mesurés, rumeurs de piano contre archet qui grince voire raye jusqu’à l’instrument ; et puis un orgue qui converse avec un tuba : les instruments ont changé, mais l’air est le même : silences obligatoires, etc.

houben wandelweiser

Eva-Maria Houben : Aus den fliegenden blättern eines fahrenden waldhornisten (Edition Wandelweiser, 2015)
Derrière Aus den fliegenden…, trouver huit pièces datant de 2013, interprétées en 2015 par Wilfried Krüger au cor d’harmonie. D'autres silences, bien sûr, mais surtout des notes tenues et la voix qui parfois perce l’instrument : à force, celle-ci arrange sur ces chansons lentes et à la dérive des airs liturgiques tentés par le doute. C’est là un classique qui sait son contemporain et que la foi a déserté : assez pour aller l’entendre.

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C. Kenneth Lee ‎: Dialogues With Environments (Wandelweiser, 2012) / Houben, Kümper : Landscapes (Diafani, 2013)

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Sans être jamais allé (ou retourné, car je crois aux sept vies des chats) à Los Angeles, je m’en fais l’image inverse de ce que C. Kenneth Lee m’en raconte au travers de solos de piano qu'il a enregistré là-bas de 2007 à 2011.

L’endroit a-t-il jamais une influence sur la musique qu’on y donne ? En jazz, peut-être. En classique, je n’oserais dire. D’ailleurs, le classique de Lee est tout relatif, car il joue avec les bruits de son environnement. Une porte grince, un objet tombe (ces solos ont été captés en public), etc. Mais le pianiste tient-il compte de ces parasites lorsqu’il interprète ses lacis aériens ? La répétition de deux notes (pour lequel Lee a un léger faible), un arpège, la superposition de deux autres notes, leur extension, leur séparation… peuvent-ils dialoguer vraiment avec des bruits terre-à-terre ?

L’architecture de papier de C. Kenneth Lee accueille en fait ces sons du dehors mais ne les « calculent » pas. Elle va, elle tient droit malgré les courants d’air, elle s’élève au-dessus d’eux. Ses environments la rehausse de l’incapacité qu’ils ont à pouvoir l'intégrer. Voilà pourquoi il faut écouter urgemment les monologues de C. Kenneth Lee.

C. Kenneth Lee : Dialogues With Environments (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 2007-2011. Edition : 2012.
CD : 01-02/ Piano Solo No. 3 (2006) 03-06/ Piano Solo No. 4 (2010) 07/ Piano Solo No. 5 (2011)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Landscapes (1-4) consigne un genre plus direct de conversations sonores avec l’environnement. Provoquées par Eva-Maria Houben et Bileam Kümper, celles-ci opposent un orgue et les mouvements d’un train, laissent au vent le loisir de faire chanter un tuba ou font vibrer à distance d’hommes chimes et viole d’amour. Achaque fois, l’empreinte musicale d’impromptus immodérés brille par la beauté des graves et des soupçons qu’on y trouve.

Eva-Maria Houben, Bileam Kümper : Landscapes (1-4) (Diafani)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD: 01-04/ Landscape 1-4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eva-Maria Houben : Orgelbuch (Edition Wandelweiser, 2013)

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Le bruit a couru dans tout le village : à l’office c’est aujourd’hui Eva-Maria Houben qui tient l’orgue ! Les paroissiens ont fui et laissé place à un groupe d’humains hétéroclite. Ils ferment tous les yeux et écoutent les notes sortir des tuyaux, les unes sur les autres, calmes, qui leur font l'effet d'un baume merveilleux.

Quatorze pièces, voilà le répertoire, et peut être trois fois plus de bourdons libérés par les tirants, qui vous lancent un appel, vous submergent, résonnent en vous. L’orgue est réduit, comme tous les instruments de nos jours. Mais dans les limites qu’elle s’est imposées ce n’est pas moins un territoire vierge et incroyablement étendu qu’Houben explore. Une fois fait, rêvant d’ailleurs comme tout esprit curieux, elle allume au clavier des feux de détresse et adresse des messages aux étoiles. Jamais aucune paroisse de la région n’avait célébré pareille cosmogonie !

Eva-Maria Houben : Orgelbuch (Edition wandelweiser)
Edition : 2013.
CD : Orgelbuch
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Eva-Maria Houben : Druids and Questions (Wandelweiser, 2011)

eva-maria houben druids and questions

Derrière la gare, encore le long des rails, il y a un petit parc idéal pour écouter, quand le temps le permet, Druids and Questions d’Eva-Maria Houben, du groupe Wandelweiser.

Qui de l’œuf Malfatti ou de la poule Wandelweiser ? Qui a eu un jour sur l’autre cette influence de silences et de succession de longues traces sonores ? Ces questions se posaient à moi avant que je ne cherche à me faire une idée d’Houben, compositrice née en 1955. Sa musique de grandes orgues offrant leurs notes au compte-gouttes, cette impression de trains passant devant moi sur les différents plans d’un tableau de brouillard, les particules qu’ils laissèrent tous derrière eux, en bref cette musique de voyage à faire plus que de trajet parcouru, me laissèrent deviner que la compositrice allemande aurait pu tout aussi bien être aiguilleuse de trains. Son originalité lui aurait conseillé pour ce faire de souffler sur les machines. Celles-ci l’auraient remercié en chantant.

Eva-Maria Houben : Druids and Questions (Wandelweiser / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Druids and Questions
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Patrick Farmer, Sarah Hugues : No Islands / Droplets (Another Timbre, 2011)

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Au Four6 de John Cage, Patrick Farmer (platine, électronique), Kostis Kilymis (électronique), Sarah Hugues (cithare) et Stephen Cornford (piano amplifié) ajoutent sur ce CD deux improvisations. Ce qui n’empêche pas les trois pièces d'être des boîtes gigognes (de la plus petite à la plus grande : Improvisation #1, Improvisation #2, Four6) comme autant de No Islands.

De ces boîtes fuit une électroacoustique qui filtre des sons en résonance et entre en contact avec le bruit que fait un avion qui passe, des oiseaux qui pépient. L’accueil de la nature fait le charme de cette démarche sonore, participative & destructurée. Le quatuor opère à la manière des impressionnistes mais arrange ses compositions comme un collectif d'abstraits. Entre les phrases que jetent les instruments il y a la nature. Cette nature est artificielle. Rien d’anormal, puisque les îles du quatuor ne sont qu’un mirage.



Patrick Farmer, Kostis Kilymis, Sarah Hugues, Stephen Crawford : No Islands (Another Timbre)
Edition : 2011.
CD : 01/ Improvisation #1 02/ Improvisation #2 03/ Four6
Héctor Cabrero © le son du grisli

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Sarah Hugues et Patrick Farmer appartiennent au Set Ensemble du contrebassiste Dominic Lash. Sur Droplets, les trois improvisent ou interprètent des œuvres d’Eva-Maria Houben et Taylan Susam (du Collectif Wandelweiser). C’est à ce moment que des field recordings (j’entends une mouche ou une cascade, de la pluie ou un avion, des moutons…) s’invitent dans un solo de contrebasse qui célèbre la rondeur et la gravité de l’instrument. Impressionnant de solennité. 

Dominic Lash, Patrick Farmer, Sarah Hugues : Droplets (Another Timbre)
Edition : 2011.
CD : 01/ For Maaike Schoorel  (realisation #1) 02/ Elusion 03/ For Maaike Schoorel 04/ Nachtstück
Héctor Cabrero © le son du grisli

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